Né à Plovdiv, la plus ancienne ville d'Europe, de parents bulgares, le jeune Boris fut très tôt baigné dans le monde musical. Son grand-père, Hristo Sovichanov, était un célèbre chanteur à Bitola (alors dans l'Empire ottoman). Тоut les trois enfants de Hristo étaient de bons chanteurs, Kiril (le père de Boris Christoff) était un ténor, chantait dans des chœur laïques et religieuses, chantait également pour Radio Sofia et pour l'Institut de musique de l'Académie bulgare des sciences[1],[2].
Jeune homme, il chantait dans le célèbre chœur Gusla. En 1938, il a obtenu son diplôme en droit et a commencé une carrière de magistrat[3]. Il a continué à chanter pendant son temps libre dans la chœur Gusla, obtenant un grand succès en tant que soliste de chorale en 1940; il a également chanté dans le chœur de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski de Sofia et dans le Chœur académique[4]. Sa voix particulièrement ample et mélodieuse lui valut cependant une telle admiration qu'en 1942, l'État bulgare lui proposa une bourse d'études afin d'étudier le chant et perfectionner son art en Italie. Le Roi Boris III de Bulgarie, impressionné par sa voix, lui confia non sans humour: «Nous avons trop de juristes dans ce pays et pas assez de chanteurs!». Boris Christoff, sur les conseils d'un autre grand Boris, alla donc étudier à Rome.
Au début de leur collaboration, Stracciari est persuadé d'en faire un baryton comme lui, tant sa facilité à monter dans l'aigu est déconcertante. Mais sa voix imposante de basse est bel et bien là.
Les débuts
Il débuta, après quelques apparitions officieuses, en 1946, à Reggio de Calabre, dans le rôle de Colline dans La Bohème. Le succès fut immédiat. Il dut d'ailleurs répéter trois fois son air Vecchia zimmara.
Dans les années 1950 et 1960, il atteignit, sur la scène internationale, le zénith de sa carrière. Dès lors, il fut entouré des meilleurs artistes de son époque: Maria Callas, Renata Tebaldi, Franco Corelli, Tito Gobbi. Les grands chefs d'orchestre étaient tous très désireux de pouvoir travailler et, bien sûr, d'enregistrer avec lui comme Vittorio Gui et Issay Dobrowen.
Il devient alors artiste officiel de la firme EMI, qui participa à sa légende en lui faisant graver ses plus beaux rôles.
André Cluytens, un de ses grands admirateurs, lui fit enregistrer le rôle de Boris Godounov (un premier enregistrement était pourtant déjà sur le marché, avec bien sûr Christoff et Dobrowen à la baguette), et dans les deux cas la basse bulgare chanta les trois rôles de basses (Pimen, Varlaam et Boris).
Boris Christoff avait cette capacité à ne pas décharger toute son énergie devant un micro (comme beaucoup de chanteurs-acteurs d'après-guerre), sachant doser savamment son art du chant, capable d'alterner clairs obscurs, piani, forte, avec une précision chirurgicale comme très peu de chanteurs ont su le faire.
Le monstre sacré
Sur scène sa présence était électrique, se concentrant uniquement sur son chant, économe en gestes, mais d'un port naturellement royal, il captivait l'attention.
Un critique italien qui le vit chanter le rôle d'Ivan Soussanine à la Scala dit de lui: «Quand Boris Christoff chanta le grand air de Soussanine, ce n'était plus lui que l'on écoutait, mais le chant même transformé en poésie».
L'artiste grava d'ailleurs ce rôle avec Igor Markevitch, peut-être un de ses plus beaux enregistrements (il y retrouve une nouvelle fois Nicolaï Gedda).
Son enregistrement des mélodies russes (et pas uniquement de Moussorgsky), effectué sur plusieurs années, demeure l'un des trésors de l'histoire du disque.
Boris Christoff passa le plus gros de sa carrière en Europe, surtout en Italie, mais aussi au Covent Garden de Londres, où il venait chanter régulièrement, notamment le rôle de Boris Godounov et à Paris.
Son répertoire comptait 120 rôles, parmi lesquels Boris Godounov qu'il chanta environ 600 fois.
Les dernières années
Il donne son dernier concert le , à l'âge de 72 ans, à l'Académie Bulgare de Rome. Retiré dans sa villa de Buggiano en Toscane, il décède d'une longue maladie le à Rome. Son corps, rapatrié à Sofia, reçut des obsèques nationales dans la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky.
Notes et références
↑(bg) Георги Каранджулов, «Борис Христов и Македония» [«Boris Hristov et la Macédoine»], Македонски преглед, vol.XXXII, no1, , p.71-72 (lire en ligne)
↑(bg) Нино Луканов, Борис Христов. Незабравими мигове от едно приятелство [«Boris Christoff. Moments inoubliables d'une amitié»], Стара Загора, Литера принт АД, (lire en ligne), p.16, 17
↑(bg) Атанас Божков, Борис Христов [«Boris Christoff»], София, Булвест 2000 София, Полиграф Пловдив, (ISBN954-18-0024-6), p.26-27, 31-32