Bornes de Landau-Mignotte
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En algèbre, les bornes de Landau-Mignotte (parfois appelée bornes de Mignotte[1]), du nom du mathématicien allemand Edmund Landau et du mathématicien français Maurice Mignotte, font partie d'une famille d'inégalités reliant un polynôme univarié P(X) à l'un de ses facteurs Q(X). Une version de base stipule que les coefficients de Q(X) sont bornés indépendamment de Q(X) par une expression exponentielle impliquant uniquement le degré et les coefficients de P(X), c'est-à-dire dépendant uniquement de P(X).
Cette borne a des applications en calcul formel où ces limites peuvent donner des estimations a priori sur le temps d'exécution et la complexité des algorithmes[2].
Pour tel que divise . Si on note (respectivement ) la somme des valeurs absolues des coefficients de (respectivement ) et le degré de , alors
Notations
On se fixe des polynômes complexes univariés. On se restreindra plus tard à des polynômes entiers, c'est-à-dire dans . On les note
où sont les degrés respectifs et les coefficients dominants (supposés non nuls) sont .
On définit les normes suivantes en considérant les coefficients des polynômes comme des vecteurs, explicitement
Par le théorème fondamental de l'algèbre, le polynôme a racines (comptées avec multiplicité). On introduit alors la mesure de Mahler de comme
On définit de la même manière , , etc.
L'inégalité de Landau et d'autres propriétés fondamentales
Landau a prouvé [3] en 1905 une inégalité clef reliant la mesure de Mahler d'un polynôme à sa norme euclidienne.
- ce qui est détaillé dans l'article Mesure de Mahler.
De plus, les normes précédemment définies obéissent aux inégalités suivantes :
Tandis que la mesure de Mahler est multiplicative, c'est-à-dire si alors et satisfait par les relations coefficients racines.
De plus, pour un polynôme non constant, on a . Voir aussi la conjecture de Lehmer pour une minoration plus précise.
La mesure de Mahler est multiplicative
Borne de Mignotte
En 1974, Mignotte a utilisé l'inégalité de Landau pour prouver une version de base[4] des bornes suivantes[2].
Pour les polynômes complexes dans , si divise alors :
- .
et les coefficients individuels obéissent aux inégalités suivantes pour tout :
- .
Le passage de à s'obtient par les relations coefficients racines tandis que la deuxième inégalité s'obtient par les considérations précédente. En effet :. On en déduit le lien entre en sommant (on a l'égalité par le binôme de Newton).
Pour les polynômes entiers (c'est-à-dire ) alors et si de plus est unitaire alors .
On peut alors obtenir des inégalités plus fines. Si on a tel que divise alors
En utilisant la formule de Stirling appliquée aux coefficients binomiaux, nous obtenons asymptotiquement une légère amélioration de la borne précédente :
En retournant aux bornes sur les coefficients, on en déduit que si est réductible alors il a un facteur non trivial de degré tel que
En combinant cela avec la formule de Stirling pour remplacer les coefficients binomiaux, on obtient une majoration encore plus fine.
Bien que ces bornes indépendantes de et ne dépendant que de présentent un grand intérêt théorique, on dispose souvent en pratique d'informations sur le degré de . C'est pourquoi les bornes plus fines qui dépendent en outre de sont souvent plus pertinentes.
Précision des bornes
Polynômes cyclotomiques
Pour les polynômes cyclotomiques est un diviseur irréductible de degré , où désigne fonction indicatrice d'Euler. Dans ce cas et il est d'usage de noter .
Or par un théorème de Bateman qui stipule[5] que pour tout et tout entier positif suffisamment grands nous avons , on trouve un écart superpolynomial en le degré entre le coefficient maximum et la borne de Landau-Mignotte. En effet en utilisant la formule de Stirling ainsi que des bornes de la fonction indicatrice d'Euler, on obtient
Cela laisse donc un écart important entre les bornes de Landau-Mignotte et ce que l'on sait être atteint par les polynômes cyclotomiques.