Bothrops lanceolatus
espèce de reptiles
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Trigonocéphale, Fer de lance de la Martinique
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EN : En danger
- Coluber lanceolatus Lacépède, 1789
- Coluber megaera Shaw, 1802
Bothrops lanceolatus est une espèce de serpents venimeux de la famille des Viperidae et de la sous-famille des Crotalinae originaire de la Martinique[1]. En français il peut être appelé Trigonocéphale ou Fer de lance de la Martinique, en créole bèt-long ou kravat.
Répartition et habitat
Bothrops lanceolatus est une espèce endémique de la Martinique[1], ce qui signifie qu'elle n'existe, à l'état sauvage, nulle part ailleurs que sur cette île. Un cousin de Bothrops lanceolatus vit également sur l'île voisine : à Sainte-Lucie, il s'agit de Bothrops caribbaeus, une espèce distincte. L'arrivée d'une population d'une espèce ancêtre sur les îles s'est faite grâce à une dispersion trans-océanique depuis l’Amérique du Sud, probablement d'abord sur l'une des deux îles, puis d'une île à l'autre il y aurait entre 3 et 6,5 millions d’années[2], laissant aux deux populations le temps d'évoluer génétiquement jusqu'à nos jours et de former deux espèces différenciées (par spéciation allopatrique). Les espèces continentales apparentées (comme Bothrops asper et Bothrops atrox entre autres) ont elles aussi continué d'évoluer et de se différencier durant ce temps. La présence de ce serpent en Martinique est citée dans l'ouvrage du Père Labat: Voyage aux Isles, chronique aventureuse des Caraïbes (1693-1705). Elle est également citée par « l'anonyme de Carpentras », un flibustier Français dans la mer des Antilles en 1618-1620 : Relation d'un voyage infortuné fait aux Indes occidentales par le capitaine Fleury avec la description des îles qu’on y rencontre par l’un de ceux qui fit le voyage. Ces ouvrages attestent de la présence du reptile sur l'île déjà au début et dans le courant du XVIIe siècle. Contrairement à certaines rumeurs, il n'a pas été introduit[3], ni par les Amérindiens, ni par les Européens[4].
Des travaux scientifiques récents[réf. souhaitée], visant notamment à connaitre son statut de conservation, ont permis de dresser une carte des habitats favorables à Bothrops lanceolatus. Il en ressort que la répartition de la population est morcelée entre le nord de l'île et le sud. Les populations du sud sont très morcelées et sont les plus menacées. La population du nord est beaucoup plus homogène, du fait de la continuité forestière mieux préservée dans le massif des volcans.
Concernant son habitat, il privilégie les zones encore sauvages ou semi-sauvages, calmes et retirées, notamment la forêt du nord de l'île ou les mornes boisés (collines), du sud. Il fait des incursions dans les plantations de canne à sucre à proximité des forêts, et parfois proche des habitations où il peut trouver des proies telles que les rats en abondance. L'espèce subsiste dans certaines zones d'anthropisation clairsemée. Les forêts humides, la fraîcheur, les points d'eau et les altitudes supérieures à 200 m, voire à 400 m semblent les zones d'habitat les plus favorables. Il s'agit en tout cas de ses habitats refuges actuels. Avant l'anthropisation, l'espèce habitait la totalité de l'île[réf. souhaitée].
Description
C'est un serpent d'assez grande taille qui atteint 1,5 m à l'âge adulte et qui peut dépasser les 2 m[5]. Les femelles sont généralement plus grandes que les mâles.
Sa coloration est variable, allant du jaune, jaune sale au marron avec des taches à dominante de marron-noir. Les juvéniles ont une couleur jaune doré puis à l'âge adulte la teinte devient plus sombre[5]. Sa tête triangulaire (d'où les noms de « trigonocéphale » et « fer de lance ») est facilement reconnaissable. Une bande latérale noire est présente à arrière de l'œil, étendue sur toute la longueur de la tête.
Biologie
Bothrops lanceolatus fréquente les zones humides, les lisières de forêts et parfois les plantations. Il chasse à l'affût, principalement la nuit[5]. Les adultes consomment surtout des rongeurs ainsi que des oiseaux, tandis que les jeunes consomment plutôt des lézards et des grenouilles. C'est un serpent semi-arboricole, les plus grands spécimens seront davantage rencontrés au sol.
C'est une espèce ovovivipare. La reproduction ne suit pas vraiment de saisonnalité. Les femelles mettent bas entre 10 et 25 serpenteaux pour un maximum connu de 56. Déjà équipés de crochets venimeux et donc parfaitement autonomes, ils mesurent entre 20 et 25 cm à la naissance[6]
Venimosité
Bothrops lanceolatus est un serpent venimeux à denture solénoglyphe. Sa morsure est très dangereuse pour l'homme, notamment si aucun soin approprié n'est apporté. Son venin est principalement hémotoxique et agit par effet de coagulation disséminée du sang dans les vaisseaux, et provoque des thromboses artériolaires et des désordres myocardiques et encéphaliques graves. Le venin a un pouvoir pro-coagulant qui est unique chez les serpents[5].
Un sérum antivenimeux mono-spécifique efficace a été développé en France par l'institut Pasteur de Guyane[5] : BothroFAV1 depuis 1991, remplacé par BothroFav2 depuis 2011.
On compte entre 10 et 30 morsures par an en Martinique, mais les complications et les décès sont rares grâce au bon accès aux soins sur l'île. Le venin a une action relativement lente, ce qui laisse souvent assez de temps pour un traitement efficace en hôpital, qui doit cependant avoir lieu moins de six heures après la morsure pour réduire les séquelles. Ainsi en 2021, il n'y a eu aucun décès depuis 15 ans. On[Qui ?] estime que sans soin médical le taux de mortalité des personnes mordues serait d'environ 30 %[7],[6].
Il est fortement conseillé de ne pas s'enfoncer seul en randonnée dans la végétation des mornes du centre et du sud de l'île. Concernant le nord de la Martinique et sa grande forêt, il vaut mieux organiser ses randonnées dans des sentiers bien balisés et accompagné d'une personne connaissant parfaitement les lieux. Se munir de bonnes chaussures, si possible montantes et d'un bon bâton pour « sonder » la végétation en avant de ses pas. Ne pas sortir des sentiers balisés pour une excursion en pleine forêt (recommandation ONF : Office national des forêts[réf. incomplète]).
En cas de morsure, il est recommandé de rester le plus calme possible, de faire allonger la victime, d'appeler le 112 (numéro des urgences) ; après avoir répondu à ses questions, votre interlocuteur décidera des meilleures façons d'évacuer la victime vers un centre hospitalier de Fort-de-France (par voie terrestre ou par hélicoptère)[réf. souhaitée].
Statut et conservation
Tentatives d’éradication dans le passé
Fin XIXe siècle, dans les années 1890, la mangouste a été importée des Indes pour combattre ce serpent. Or ces deux animaux ne sont pas actifs durant les mêmes périodes (le trigonocéphale a une activité principalement nocturne et la mangouste principalement diurne), donc, en mal de prédation, la mangouste s'est rabattue sur les poules et ses œufs. Toutes sortes d'œufs en général, au point que nombre d'espèces d'oiseaux, comme les perroquets, ont disparu de l'île (d'autres[Qui ?] invoquent la chasse qui serait la cause de la disparition des perroquets, chasse également citée dans l'ouvrage du père Labat[réf. incomplète]).
Au XXe siècle, des primes étaient accordées au nombre d'individus capturés.
Historique des destructions de trigonocéphales :
De 1960 à 69 : 81 385 captures. De 1970 à 79 : 68 285 captures. De 1980 à 89 : 33 667 captures. De 1990 à 99 : 8 975 captures. De 2000 à 2002 : 1 262 captures. Soit un total sur 42 ans de : 193 574 serpents capturés et tués.
Une espèce menacée
Cette espèce est considérée comme menacée. Elle est classée EN (En Danger) sur la liste rouge de l'UICN.
Elle a connu une forte régression, d'une part à cause de sa destruction directe dans le passé et de la prédation par les espèces introduites, mais d'autre part et surtout à cause de l'urbanisation diffuse et de la fragmentation de ses habitats, qualifiée de sévère, qui entrainent l'isolement des petites populations. Elle est aussi touchée par la mortalité sur les routes[6].
Cette espèce fait encore l'objet de destructions occasionnelles par des habitants ou des randonneurs, ce qui est inutile pour la sécurité des personnes, car cet acte est dangereux et augmente fortement le risque de morsure. Lors d'une rencontre avec un spécimen, il suffit de le laisser tranquille en gardant une petite distance pour ne courir aucun risque (quelques mètres suffisent, selon la taille du serpent) et de s’éloigner. Un spécimen rencontré sur un chemin peut aisément être contourné le plus souvent, il est aussi possible de le faire fuir en tapant des pieds sur le sol. Si un spécimen est trouvé dans une propriété habitée ou dans un lieu très fréquenté en dehors de l'habitat naturel, il peut être déplacé en faisant appel à une personne compétente autorisée[réf. souhaitée].
Une espèce désormais protégée
S'agissant d'une espèce endémique de la Martinique, elle fait partie intégrante du patrimoine naturel de l'île, et fait désormais partie des espèces dont la conservation est considérée comme prioritaire.
Bothrops lanceolatus est une espèce protégée sur l'ensemble du territoire français depuis 2019. Il est interdit de capturer, de tuer, de détenir ou de vendre cette espèce, et son habitat est aussi protégé. Les dérogations à la capture doivent faire l'objet d'une autorisation préfectorale, ce qui ne concerne que les pompiers et quelques personnes capacitaires ou des organismes qui le nécessitent (CHU pour la récolte de venin, recherche scientifique)[7].
Symbolique
Drapeau aux serpents

Ce drapeau orné de trigonocéphales, trouvant ses origines dans la marine du XVIIIe siècle, est le symbole non officiel le plus largement utilisé pour représenter la Martinique entre la fin du XXe siècle et le début du XXIe siècle. Ses références historiques étant critiquées, il est remplacé en 2019 par le président du Conseil exécutif de Martinique par le drapeau intitulé « Ipséité», puis en 2022 par la Collectivité territoriale par le drapeau « rouge-vert-noir».
Insigne du détachement CRS de la Martinique
Le détachement des Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS) présent sur l'île de 1949 à 1960 avait adopté un insigne mettant en scène un trigonocéphale entourant la flamme CRS et une ancre de marine, le tout devant un paysage représentant la baie de Fort-de-France bordée de palmiers royaux.
