Britto-Romains
culture syncrétique des bretons romanisés
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Les Britto-Romains (en anglais : Romano-British) sont les Bretons insulaires romanisés à la suite de la conquête de la Grande-Bretagne par l'Empire romain au cours du Ier siècle. Ces populations celtes adoptent une partie des coutumes romaines, sans pour autant abandonner leur langue (le brittonique) et certaines de leurs coutumes.
| Britto-Romains | |
Carte montrant les différents niveaux de romanisation en Grande-Bretagne, d'après les traces archéologiques. | |
| Période | Ier – Ve siècles |
|---|---|
| Ethnie | Celtes |
| Langue(s) | Latin britannique, brittonique commun |
| Religion | Religions celtique et romaine, puis christianisme |
| Villes principales | Londinium (Londres), Camulodunum (Colchester), Verulamium (St Albans) |
| Région d'origine | Province de Bretagne |
| Région actuelle | Partie sud de la Grande-Bretagne (Angleterre, pays de Galles, Sud de l'Écosse) |
| Frontière | Pictes, Scots |
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Après la chute de l'Empire romain d'Occident (en l'an 476), les Britto-Romains préservent la romanité sur la majeure partie de l'île de Bretagne, et les enclaves continentales qu'ils contrôlent sur le littoral et les fleuves au nord de la Loire.
Les chroniques anciennes décrivent les soldats bretons manœuvrant toujours « à la romaine » jusqu'à une époque très tardive. Les Britto-Romains ont trois spécialités, si l'on en croit la littérature et les textes anciens : la garde maritime et fluviale, la cavalerie lourde et l'occupation des zones montagneuses.
Des deux côtés de la Manche
Leur présence est attestée non seulement dans l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) mais également sur le continent, notamment sur les côtes européennes de la Manche au golfe de Gascogne. Il s'agit alors de légions bretonnes tenant le rôle de police maritime et fluviale, occupant en particulier la péninsule armoricaine. La civilisation britto-romaine survit au déclin de l'Empire romain d'Occident, se considérant alors comme la dernière enclave romaine en Occident.
La romanisation était plus étendue au sud-est. À l’ouest de la ligne qui va du Humber à l’estuaire de la Severn, en passant par les Cornouailles et le Devon, l’acculturation romaine était presque inexistante.
Le terme « culture britto-romaine » correspond à la culture qui se développa en Grande-Bretagne, sous l’Empire romain, après la conquête romaine de la Grande-Bretagne en 43 apr. J.-C. et la création de la Britannia. Elle consiste en une fusion de la culture importée des Romains et de celle des indigènes, les Brittons, un peuple de coutumes et de langues celtiques. Elle survécut au Ve siècle, qui vit la fin de la loi romaine en Grande-Bretagne. Il y eut même une romanisation sur le plan culturel, avec l'apparition d'un latin britannique utilisé pour la communication entre Brittons. Les spécialistes tel que Christopher Snyder (en) estiment qu’entre les Ve et VIe siècles, c’est-à-dire du départ des légions romaines en 410 à l’arrivée de saint Augustin de Cantorbéry, le Sud de la Grande-Bretagne a su préserver une société post-romaine capable de résister aux attaques des Anglo-Saxons, utilisant même un latin vernaculaire[1].
Arrivée des Romains

Les troupes romaines de l’empereur Claude, venant surtout des provinces germaniques, envahirent ce qui est aujourd’hui l’Angleterre en 43 apr. J.-C. Les années suivantes virent la création de la province de Bretagne (Britannia), qui englobait l’intégralité de l’Angleterre, le Pays de Galles et une partie de l’Écosse[2]. Dès lors, des entrepreneurs romains et des dignitaires s’y installèrent par milliers. Des troupes romaines venant de toutes les provinces de l’Empire — Espagne, Syrie, Égypte, mais surtout des provinces germaniques de Batavie de Frise (Hollande actuelle), de Belgique et du Rhin — étaient placées en garnison dans des villes romaines ; nombreux furent les soldats à épouser des Brittonnes. La culture et la religion brittonnes connurent une diversification là où la population, au mode de vie romain, restait principalement celtique.
Par la suite, la province de Bretagne jouit d'une relative autonomie vis-à-vis de l’Empire romain durant une période prolongée, d’abord au sein de l’empire des Gaules, puis, quelques décennies plus tard, sous l'administration des usurpateurs Carausius et Allectus.
Citoyenneté romaine
Un des aspects de l'influence romaine dans la vie brittonne était représenté par l'octroi de la citoyenneté romaine[3]. Cet octroi était d'abord très sélectif : il n'était accordé qu'aux représentants municipaux de certaines classes sociales que la coutume romaine faisait citoyens, aux vétérans des légions romaines ou des troupes auxiliaires, et à quelques locaux liés par une relation de clientélisme à un aristocrate capable de l'obtenir pour eux. Quelques rois brittons, comme Tiberius Claudius Cogidubnus, reçurent la citoyenneté de cette manière.
Les autres habitants de la province, les « pérégrins », ne bénéficiaient pas de la citoyenneté et continuaient à vivre selon les lois de leurs ancêtres. L'inconvénient principal de leur condition était qu'ils ne pouvaient posséder de terres avec un titre de propriété latin, ni servir dans l'armée en tant que légionnaire (même s'ils pouvaient servir dans les troupes auxiliaires, ce qui leur ouvrait la voie vers la citoyenneté romaine). Enfin, ils ne pouvaient hériter d'un citoyen romain.
Pour la majeure partie des Brittons, paysans attachés à leurs terres, avoir la citoyenneté romaine ne transformait pas drastiquement leurs conditions de vie au jour le jour. Toutefois, le nombre de citoyens augmenta progressivement avec les années, la citoyenneté étant héréditaire et toujours plus de citoyens étant nommés. Finalement, en 212, tous, sauf les esclaves et les affranchis, furent nommés citoyens par l'édit de Caracalla.
Départ des Romains de Grande-Bretagne
La province de Bretagne devint une des plus loyales de l'Empire jusqu'à son déclin, quand la main d’œuvre commença à être dispersée dans des guerres civiles. L'empereur Honorius ordonna finalement le retrait des troupes romaines pour repousser les invasions barbares qui menaçaient l'Italie. L'usurpateur Constantin III se rebella contre Honorius et emmena des troupes en Gaule, mais il finit vaincu par l'armée impériale.
Après le départ définitif des Romains de Grande-Bretagne, à l'été 410, les Britto-Romains reçurent un rescrit d'Honorius leur ordonnant de « se défendre par leurs propres moyens ». Il pourrait toutefois s'agir d'une erreur d'interprétation, le rescrit concernant peut-être plutôt la cité de Bruttium, en Italie du Sud.
Une demande écrite du général Aetius, surnommée le « grognement des Brittons », a pu recevoir l'assistance navale d'un Empire romain d'Occident déclinant. Les éventuelles troupes combattant sur place étaient néanmoins livrées à elles-mêmes.
Période post-romaine

Dans les premières années, les basses terres et les cités ont pu avoir quelque organisation ou « conseil », et l'évêque de Londres semble avoir joué un rôle clé. Les Brittons étaient cependant divisés politiquement : anciens soldats, mercenaires, nobles, dignitaires et fermiers s’autoproclamaient rois, combattaient les uns contre les autres et laissaient la Grande-Bretagne ouverte aux invasions. Deux factions semblent avoir émergé : une faction pro-romaine et une faction indépendante. Un des chefs de l'époque, connu sous le nom de Vortigern, a pu porter le titre de Haut Roi. Les ravages causés par les Pictes au nord et par les Scots en Irlande forcèrent les Brittons à demander l'aide des tribus germaniques païennes des Angles, des Saxons et des Jutes, qui décidèrent par la suite de s'établir sur l'île. Des populations britto-romaines migrèrent alors en Bretagne armoricaine, en Galice et en Irlande.
Les Anglo-Saxons obtinrent le contrôle de l'Est de l'Angleterre au Ve siècle. Au milieu du VIe siècle, ils commencèrent à se répandre dans les Midlands, puis au VIIe siècle leur expansion se dirigea vers le Sud-Ouest et le Nord de l’Angleterre. Les parties non conquises du Sud du pays, le Pays de Galles notamment, conservèrent leur culture britto-romaine et leur religion chrétienne.
Des légendes anglo-saxonnes font référence au peuple britto-romain par le terme de Welsh. Cette dénomination provient d'une racine germanique signifiant « étranger » et faisait initialement référence aux autochtones du Sud de l'Angleterre[4]. Historiquement, le pays de Galles et la péninsule du Sud-Ouest étaient désignés sous les noms de Northern Wales et Western Wales.
Les guerres de cette période troublée ont inspiré les légendes d'Uther Pendragon et du roi Arthur. Ces personnages font l'objet de nombreuses théories, mais on affirme souvent que le chef militaire britto-romain Ambrosius Aurelianus servit de modèle pour la figure d'Uther, tandis que la cour du roi Arthur cristallise le souvenir idéalisé de la civilisation britto-romaine pré-saxonne.
Littérature galloise
Parmi les dirigeants et les héros brittoniques du Haut Moyen Âge se distinguent Magnus Maximus (Macsen Wledic) et Ambrosius Aurelianus (Emrys Wledic). Cette résistance aux envahisseurs semble avoir réactivé la légende d'un personnage historique de l'Antiquité tardive, Lucius Artorius Castus, général romain ayant combattu en Armorique trois siècles avant les invasions saxonnes. Le personnage légendaire du roi Arthur (qui se bat cette fois contre les Saxons) pourrait être construit sur ce souvenir (participation à la fondation identitaire d'une nation bretonne à compter de l’Armorique du Ve siècle). D'autres historiens ont, quant à eux, tenté de trouver des bases historiques à sa légende.
Articles connexes
- Bretagne (province romaine) (43-410)
- Révolte carausienne (286-296)
- Colonisation de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons
- Histoire de l'Angleterre anglo-saxonne
- Culture gallo-romaine
- Liste des trésors romains en Grande-Bretagne (en)