Cabinet ministériel en France
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Le cabinet ministériel en France désigne l'ensemble des collaborateurs directs d'un membre du gouvernement de la République française et qui l'assistent dans sa tâche. Le cabinet se situe à l'interface du monde politique et de l'administration, dont le ministre est, selon la Constitution du 4 octobre 1958, le chef. La nomination au sein d'un cabinet ministériel se fait par un arrêté du ministre publié au Journal officiel de la République française.
Entourage informel des secrétaires du roi (Ancien Régime)
Sous l'Ancien Régime, les ministres n'existent pas encore, et les décisionnaires suprêmes des départements de l’État (départements ministériels) sont appelés les secrétaires du roi. Ils disposent d'un « entourage » informel et non réglementé[1].
Des secrétaires particuliers aux cabinets (1791-1815)
Les cabinets ministériels émergent ainsi avec la création du poste de ministre, sous la Révolution française. Aucun texte ne vient toutefois réglementer leur cabinet. Sous la Première République, le cabinet n'est constitué que d'une « secrétaire intime », qui répond au courrier du ministre ; le ministre travaille principalement avec le secrétaire général de son ministère[2]. Ils constituent parfois le seul collaborateur du ministre, jusqu'en 1795[2].
Le Directoire fait évoluer la situation. Les ministres, dont la fonction avait été supprimée un an plus tard, sont recréés. Dès leur recréation, ils s'entourent d'un « bureau particulier », qui traite des affaires les plus sensibles ou intimes pour le ministre[2]. Ce bureau particulier ne se transforme vraiment en cabinet qu'à la fin de l'Empire[3]. Le terme de cabinet est utilisé à partir de 1811[2]. Les cabinets n'ont alors que trois membres au maximum, et ce jusqu'à la Deuxième République[2].
Les archives des cabinets sont pour beaucoup détruites à la chute du Premier Empire[4].
Le cabinet du ministre restreint (1815-1848)
L'expression de « cabinet du ministre » apparaît sous la Restauration et se confirme sous la monarchie de Juillet[5]. Le poste de président du Conseil des ministres, créé le , et qui préside le Conseil des ministres lorsque le roi de France est indisponible, mène à la création d'un cabinet propre en 1819 sous le Élie Decazes. Il nomme alors Joseph Lingay, agrégé de grammaire, comme chef de cabinet[2]. Le ministre de la Guerre est un cas singulier en ce que les directeurs de cabinet sont par principe des officiers d’état-major ; certains deviennent généraux à l'issue de leur service en cabinet, comme Alexandre Moline de Saint-Yon[2].
L'officialisation progressive du rôle des cabinets conduit ainsi à ce que l'expression devienne d'usage à partir du milieu des années 1820. L'Almanach royal de 1825 fait état de « bureaux près le ministre », à la tête duquel se trouve un « maître des requêtes au Conseil d’État, attaché au comité des Finances, chargé, en cette qualité, de la suite des travaux dont le ministre se réserve la direction immédiate »[6]. Dès l'année suivante, l'Almanach utilise l'expression de cabinet[2]. Le rôle du cabinet demeure alors restreint. Lorsque le secrétaire général du ministère est proche du ministre, il joue le rôle de directeur de cabinet. Ce n'est qu'en absence de secrétaire général, ou de relation de proximité avec lui, qu'un directeur de cabinet s'occupe des affaires du ministre[2].
La monarchie de Juillet conduit à la recréation du cabinet du président du Conseil, qui n'avait été en activité que de manière sporadique. Le cabinet est actif de à ; Joseph Lingay occupe le poste de directeur de cabinet tout ce temps[2]. Pendant ce temps, les ordonnances royales de 1844, qui visent à clarifier l'organisation administrative des ministères, officialisent juridiquement l'existence du cabinet, sans toutefois leur donner de statut à proprement parler[2].
La pratique du « testament ministériel » se met en place, selon laquelle le successeur du ministre, s'il ne souhaite pas conserver les membres de son cabinet, les nomme à un poste à plus haute responsabilité que leur poste précédant leur arrivée au cabinet, selon les desiderata du prédécesseur[7]. L'usage selon lequel les archives du cabinet appartiennent à ses membres, et non au ministère, se répand et ne se dément plus par la suite[8].
Premier accroissement du rôle et stabilisation des cabinets (1848-1870)
La révolution française de 1848 mène à un chamboulement des effectifs des cabinets. Tous les directeurs de cabinet sont remerciés, et on leur substitue pour une courte période des hauts fonctionnaires de l'administration n'ayant jamais servi la monarchie[4]. La Deuxième République voit une légère augmentation de la taille des effectifs des cabinets, allant jusqu'à cinq pour certains ministres[2]. Les cabinets sont alors de plus en plus peuplés par les conseillers d'État[9].
Sous le Second Empire, les cabinets ministériels se maintiennent, en effectifs, à ce qu'ils étaient auparavant[2]. L'Empire est toutefois une période d'affirmation du pouvoir des cabinets, du fait de la forte stabilité ministérielle sous Bonaparte : entre la proclamation de l'Empire et , qui marque le début de l'Empire libéral, seuls 36 ministres sont nommés. Les membres des cabinets bénéficient par conséquent de cette stabilité et renforcent l'entité dans laquelle ils travaillent[4]. Un nombre croissant de préfets passe par les cabinets[10].
Comme le souligne Éric Anceau, les cabinets voient leur existence officialisée par le décret du portant sur l’organisation centrale du ministère de l’Intérieur[4]. Napoléon III normalise également les cabinets par une réforme de leur rémunération : les membres des cabinets sont rémunérés de manière régulière, et non plus sur les fonds secrets, à l'exception des collaborateurs occasionnels des cabinets. Anceau rappelle ainsi que le décret du rend public la rémunération des membres du cabinet du ministre d’État, pour la première fois[4].
Le standard devient un cabinet de seize à vingt membres à partir du milieu des années 1860. En 1867, celui du ministère des Affaires étrangères comporte 16 membres (contre 8 en 1860)[4].
Renforcement des cabinets partisans (1871-1940)
Jean-Pierre Azéma remarque que, sous la Troisième et la Quatrième républiques, le recrutement au sein des cabinets est partisan, souvent lié à la circonscription électorale du ministre et aux activités de liaison avec le Parlement[11]. Le poste (et le nom) de directeur de cabinet émerge et s'affirme dans les années 1890, la fonction se distinguant alors de celle de chef de cabinet, chargé de la logistique du cabinet[10].
Le développement des cabinets exige, au début du XXe siècle, un encadrement de leurs effectifs. La loi de finances du a pour la première fois imposé une limite au nombre de membres de cabinet ministériel, que le décret du a précisé (7 pour un ministre, 5 pour un secrétaire d’État)[7]. Elle interdit également la pratique du testament ministériel en déclarant nulle toute promotion d’un membre de cabinet non publiée au Journal officiel avant la démission du ministre[7].
Les cabinets se trouvent précisés, dans leur nature juridique, par la jurisprudence. Le Conseil d'État, dans ses arrêts du (Dame Geubel de La Ruelle) et du (Labussière et d'Hugues), qualifient de service public le travail réalisé dans les cabinets : « sous l'autorité et la direction des ministres, auprès desquels ils sont placés, les chefs-adjoints, sous-chefs de cabinet et chefs du secrétariat particulier de ministres ont à exécuter des travaux d'ordres administratif, en vue d'assurer la gestion des services compris dans un département ministériel » ; or, « dans l'emploi qu'ils occupent, ils prennent part, d'une manière régulière et suivie, au fonctionnement de ces services » ; donc, « leurs services présentent le caractère de services publics »[8].
Dans les dernières années de la Troisième République, 88 % des membres de cabinet sont des hauts fonctionnaires[12].
Continuité et ruptures sous le régime de Vichy (1940-1944)
Selon Gilles Le Béguec, le régime de Vichy marque une rupture dans le recrutement des cabinets ministériels, quoique des hauts fonctionnaires de la Troisième République aient pu servir sous Vichy. En revanche, seule une dizaine de membres des cabinets sous Vichy semble avoir travaillé dans les cabinets de la Quatrième République, dont deux au cabinet de Philippe Pétain (Pierre Chaussade et Jean de Béarn)[12].
Accroissement des effectifs sous le Gouvernement provisoire (1945-1946)
Le Gouvernement provisoire de la République française est un moment d'étoffement des effectifs des cabinets. Dans le gouvernement Bidault I, les cabinets comptent 421 membres, là où les derniers cabinets de la Troisième République plafonnaient autour de 350 membres[12].
période du gouvernement provisoire a été marquée par l’installation d’équipes très étoffées, avec, par exemple, 421 collaborateurs au temps du gouvernement dirigé en 1946 par Georges Bidault (statistique comptabilisant l’ensemble des membres des cabinets des ministres et secrétaires d’État, à l’exception des cabinets militaires).
Poursuite des cabinets partisans et début de technocratisation (1946-1958)
La Quatrième République reprend le principe des cabinets ministériels. Selon Gilles Le Béguec, la sociologie des membres de cabinets sous ce régime est singulière, car les recrutements sont souvent influencés par des proximités liées à la Résistance, ainsi que par les réseaux déjà constitués dans les derniers cabinets de la Troisième République. Aussi, les avocats et partisans, qui constituaient une part importante des membres de cabinet sous la précédente république, voient leur proportion se réduire au profit des hauts fonctionnaires[12]. Les anciens élèves de l'École nationale d'administration (devenue INSP) investissent de manière croissante les cabinets. Si l'école est créée en 1945 et la première promotion est sortie en 1947, c'est dès cette année-là que le premier ancien élève, Roger Vaurs, rejoint un cabinet[12]. Les énarques accroissent leur présence dans les cabinets dans les dernières années du régime[12].
La constitution du cabinet se cristallise à ce moment-là, avec un directeur de cabinet qui a désormais une fonction bien séparée de celle de chef de cabinet, la présence de conseillers spéciaux, de chargés de mission, etc.[12] Le modèle du cabinet ministériel et son organisation du travail sont petit à petit adoptés par un plus grand nombre d'institutions, y compris le cabinet du président de la République française, mais aussi celui des présidents des assemblées[12].
Le décret du portant règlement d'administration en ce qui concerne les cabinets ministériels, toujours en vigueur, est devenu le principal texte normatif concernant les cabinets. Il détermine les postes dont un cabinet peut disposer. Le nombre de collaborateurs est alors fixé à 10 pour un ministre au maximum, et 7 pour un secrétaire d’État[7].
Cabinets contemporains (1958-...)
Sous la Cinquième République, les cabinets ministériels sont principalement peuplés par les hauts fonctionnaires, notamment issus de l'École nationale d'administration, du fait de leurs compétences techniques[11],[13]. Ainsi, la proportion de membres de cabinets issus de la haute fonction publique, et en l'occurrence de l'ENA, s'accroît avec le temps. Si les anciens élèves de l'ENA représentent, en 1955, 21 % des membres du cabinet du ministre de l’Économie et des Finances, cette proportion passe à 58 % en 1966 et se maintient à ce niveau en 1984[14]. Au sein du cabinet du ministre des Affaires étrangères, la proportion passe de 0 % en 1955 à 44 % en 1966, et 50 % en 1984, suivant un schéma similaire à celui du cabinet du ministre de l'Intérieur (0 %, 33 % et 42 % respectivement)[14].
L'accroissement de la compétence et de la technicité des membres des cabinets, couplée au renforcement du pouvoir exécutif sous la Cinquième République, conduit à une augmentation du rôle des cabinets dans la conduite des politiques publiques.
La présidence de François Mitterrand marque un tournant dans l'histoire des cabinets ministériels français en accroissant considérablement le nombre de ses membres, qui double par rapport au dernier gouvernement Barre (de 200 à 417). Sous les gouvernements de droite puis de gauche, un certain nombre de collaborateurs ministériels pantouflent dans le secteur privé qu'ils avaient contribué à privatiser à partir de 1986 ; des lois adoptées en 1993 et 1994 viennent interdire la pratique[7].
Le nombre de membres de cabinet se modère après trois années de gouvernance socialiste, en retombant à 314 membres sous le gouvernement Fabius[7]. Leur nombre atteint un record sous le gouvernement Raffarin II, avec 685 membres[7]. De nos jours, un ministre s'entoure de 15 à 18 conseillers (officiels et chargés de mission, voir infra), et plus pour le ministre chargé d'un grand ministère[7].
Statut juridique
Absence de statut légal
Les cabinets n'ont pas d'existence juridique. Ils ne sont pas cités dans la Constitution du 4 octobre 1958. Aucune loi n'a défini leur régime juridique[7].
Mentions implicites
Seuls deux types de textes attestent juridiquement de leur existence : ceux qui limitent le nombre de membres d'un cabinet, et ceux qui imposent des règles déontologiques dans le recrutement (interdisant, par exemple, l'embauche d'un membre de la famille du ministre)[7].
Missions
Gestion du quotidien du ministre
Les membres du cabinet concourent à l'animation du quotidien du ministre, qu'il s'agisse de son intendance ou de sa correspondance. Le chef de cabinet joue un rôle essentiel à ce titre[7]. Il contribue fortement à la stratégie médiatique du ministre, en en concevant les contours ; la cellule de communication du ministère est ainsi coordonnée par le cabinet[7].
Animation du travail administratif
Le cabinet, en tant qu'il est placé au sommet de l'administration et sert son chef, joue un rôle d'animation et de supervision de l'activité de l'administration centrale et déconcentrée. Il règle les problèmes qui lui remontent afin de veiller au mieux au bon fonctionnement de la machine administrative[7].
Prise de décision
Le cabinet joue un rôle essentiel car il « intervient de façon parfois décisive dans les choix stratégiques et dans l’élaboration des politiques publiques, participe au travail de rédaction des projets de lois et de décrets, en assure le « portage » » (Jean-Michel Eymeri-Douzans et Xavier Bioy)[7].

Rémunérations
Jusqu'au décret du 5 décembre 2001
Lors de leur création, et pendant une large partie du XIXe siècle, la rémunération des membres des cabinets ministériels a été secrète[15].
Par la suite, la rémunération des membres de cabinets ministériels a été encadrée par une multiplicité de textes accordant un large pouvoir au ministre. Les fonctionnaires en poste en cabinet étaient rémunérés par leur traitement régulier, auxquelles des primes s'ajoutaient. Sous le Second Empire (voir supra), la pratique de la rémunération sur la base des fonds spéciaux de l’État est interdite, si ce n'est pour les collaborateurs occasionnels[4]. En revanche, jusqu'en 2001, les indemnités (qui s'ajoutent aux rémunérations) étaient non déclarées et versés en liquide, par le biais des fonds spéciaux[16],[17],[18].
Depuis le décret du 5 décembre 2001
Le gouvernement Jospin décide de normaliser la rémunération dans les cabinets en l'alignant avec le droit commun. Le décret du est pris par le Premier ministre Lionel Jospin et conduit à une clarification et une rationalisation des modalités de rémunération dans les cabinets ministériels[19].
Le régime de rémunération des hauts fonctionnaires membres du cabinet est différent de celui des membres recrutés par contrat, du fait de ce que les premiers demeurent au service de l’État comme fonctionnaires. Ils voient ainsi leur traitement maintenu, et reçoivent en plus de cela une « indemnité de sujétions particulières », qui est fixée discrétionnairement par le ministre dans la limite de 15 % du traitement[7]. Ainsi, la rémunération des hauts fonctionnaires est supérieure de 26 % à celle des contractuels[19]. Entre fonctionnaires, le niveau de rémunération peut aller de 1 à 4[19].
Une enquête menée par René Dosière indique qu'en 2016, les conseillers ministériels touchaient 7 624 euros brut en par mois en moyenne[20]. En 2021, cette rémunération est de 8 225 €, puis 8 495 € en 2022[21] et 8 441 € en 2023[19]. Les membres du cabinet du Premier ministre sont généralement mieux rémunérés. Ces informations sont disponibles dans le jaune budgétaire[21]. Il peut arriver que les membres des cabinets ministériels soient mieux payés que leur ministre[20]. Dosière estime que 20 % des membres de cabinet sont mieux payés que leur ministre[21].
Comme le soulignent Eymeri-Douzans et Bioy, « compte tenu de la surcharge de travail en cabinet [...], la motivation financière ne semble pas décisive, bien que les intéressés soient fort bien payés par rapport aux autres cadres publics ou privés »[7].
Règles déontologiques
Déclaration d'intérêt
Depuis les lois relatives à la transparence de la vie publique de 2013, les membres des cabinets ministériels adressent au président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique une déclaration de situation patrimoniale et une déclaration d'intérêts[22].
Interdictions de nomination
En 1993 et 1994, deux lois sont adoptées pour encadrer la pratique du pantouflage des membres des cabinets ministériels. Un membre de cabinet, haut fonctionnaire ou contractuel, qui rejoindrait une entreprise au sujet de laquelle il a travaillé lors de son passage en cabinet, ou qui se trouve dans un secteur économique qu'il a supervisé, se rendrait coupable de prise illégale d'intérêts[7].
Les lois pour la confiance dans la vie politique ont mené à l'interdiction pour un ministre de recruter, au sein de son cabinet, des membres de la famille. Les membres de sa famille éloignée peuvent en faire partie, mais ils doivent alors être déclarés à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique[23].
Composition
Membres
Les cabinets ministériels comportent nécessairement un directeur de cabinet, qui est le collaborateur le plus proche du ministre, ainsi que le chef de cabinet, chargé de fonctions logistiques et de coordination[24]. Les ministres s'entourent souvent d'un conseiller spécial (ou « conseiller auprès du ministre »). Chacune de ces personnes peut disposer d'un adjoint[24]. Les cabinets disposent aussi de conseillers techniques, dont, généralement, au moins un conseiller parlementaire et un conseiller communication. Des chargés de mission s'y adjoignent et travaillent sur des thématiques particulières. D'autres collaborateurs peuvent enfin être recrutés ; cette dernière catégorie regroupe par exemple des fonctions de chef du secrétariat particulier[24].
Au , 56% des membres officiels de cabinet sont affectés par leur ministère d’origine ou mis à disposition par d’autres ministères ; les autres sont des contractuels dont le contrat prend fin avec le départ du ministre[25].
Limitation du nombre de membres
Le nombre maximal de membres d'un cabinet ministériel fluctue avec le temps. Les seuils, qui évoluent à l'issue de chaque élection présidentielle, peuvent se voir être dérogés du fait de circonstances particulières (pandémie de Covid-19, organisation des jeux olympiques et paralympiques)[26]. Il arrive, rarement dans la pratique, que ces règles soient contournées[27]. Dans ce cas, le ministre fait appel à des chargés de mission choisis parmi les hauts fonctionnaires du ministère, et qui, d'un point de vue légal, continuent de travailler et d'être rémunéré par lui et non par le cabinet[7].
La limite du nombre de membres du cabinet est variable, en elle est fixée à quinze membres pour le cabinet d'un ministre, et dix membres pour le cabinet d'un ministre délégué[28].
Le nombre de membres du cabinet est de 488 au [29].
Processus de nomination
Depuis 2017, les nominations sont soumises au Premier ministre[28].
Fonctions support
En plus des membres du cabinet, des personnes sont chargées des fonctions support, concourant au fonctionnement des cabinets mais aussi parfois à d'autres directions ou directions générales du ministère. Cela inclut les agents chargés de la protection du ministre, de la sécurité des bâtiments, de l'assistance (administration, courrier, secrétariat…), de l'intendance (cuisine, hôtellerie…), ou encore de la logistique (chauffeur). Ces effectifs s’élevaient à 2 238 agents au [29].
Parité
La loi du visant à renforcer l'accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique a créé une obligation de parité dans les nominations aux emplois des cabinets ministériels à compter du [30]. Une circulaire du (gouvernement Borne) impose un objectif intérimaire d’une proportion minimale de 40 % de personnes du sexe[31].
Sociologie
Profil sociologique
Si la participation à un cabinet ministériel n'exige pas d'être haut fonctionnaire, ceux-ci soient très nombreux dans les cabinets du fait du besoin en compétences techniques et en connaissance de l'administration requise par le ministre. Ainsi, les anciens élèves de l'École nationale d'administration/Institut national du service public représentent 11 % des membres de cabinets ministériels en 1958, puis 18 % en 1962, et continue d'augmenter pour atteindre autour de 70 % durant les années 2000[32]. Les énarques en cabinet ministériel sont généralement jeunes[14]. Ainsi, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac ont intégré un cabinet très peu de temps après leur sortie de l'ENA, aux âges de 28 et 30 ans[7].
Dans certains ministères, comme celui de l’Économie et des Finances, le passage par le cabinet du ministre fait partie du cursus honorum classique des hauts fonctionnaires, indépendamment de leur positionnement politique[7].
Parité
Avant l'obligation de parité en 2026, les cabinets ministériels étaient peu féminisés. Leur composition a toutefois suivi l'évolution de la proportion de femmes dans la haute fonction publique[7].
Au sein du gouvernement Philippe II, 37 % des 311 conseillers ministériels étaient des femmes[33].
Selon une étude publiée par Les Décodeurs, sur près de 400 membres de cabinets ministériels nommés au (gouvernement Attal), la part des femmes est de 42 %[34].
Temps de travail
Les cabinets ministériels sont des lieux de travail intense[7]. Les membres sont mobilisables ad libitum par le ministre et son directeur de cabinet. Les horaires vont généralement de 9h du matin jusqu'à 22h, ainsi que le samedi jusqu'à 18h au minimum[7]. Les conseillers qui doivent suivre l'activité parlementaire travaillent également lors des séances de nuit. Le travail en cabinet est difficilement conciliable avec une vie de famille[7]. La conséquence de cela est un taux de rotation très élevé, peu de conseillers restant plus de deux ans en poste[7].
Poursuite de carrière
Les hauts fonctionnaires qui rejoignent un cabinet ministériel acquièrent des compétences et des responsabilités élevées au cours de leur séjour en cabinet. Ils peuvent ainsi connaître en quittant le cabinet, dès lors qu'ils ont servi plusieurs années le ministre, une accélération de carrière par le biais d'une nomination à des responsabilités plus élevées[35].
Coût
Le coût d'un cabinet ministériel varie selon le ministère, le nombre de membres et le niveau des primes distribuées. René Dosière estime que, dans le gouvernement François Fillon, le coût total d'un cabinet était en moyenne 17 M€ par an, en prenant en compte la rémunération du ministre mais aussi des fonctions support[36],[37].
En 2021, René Dosière estime que le coût annuel total de tous les cabinets est de 72 M€. Il ajoute à cela les rémunérations du personnel exerçant des fonctions support au sein du ministère et qui appuient le cabinet, comme les chauffeurs et l'intendance, pour aboutir à un chiffre de 172 M€[21].
Dans la culture populaire
Livres
Dès leur émergence, les cabinets font l'objet de descriptions littéraires. Dans Lucien Leuwen (1834), Stendhal évoque les cabinets comme des lieux d'intrigue pour ambitieux. Émile Zola, dans Son Excellence Eugène Rougon, dépeint négativement les cabinets comme un « lieu d’oisiveté sociale » (Gildas Tanguy)[10].
Films et séries télévisées
Les cabinets ministériels ont connu une médiatisation croissante dans des films et séries télévisées à partir des années 2010. Il en est ainsi de L'Exercice de l'État (même année), dont le personnage principal est un directeur de cabinet. Le film Quai d'Orsay (2013) a pour personnage principal la plume de Dominique de Villepin, Antonin Baudry[7].
Débats
Création d'un statut légal
La création d'un statut légal du cabinet a pu être avancée par le passé, sans que cela n'aboutisse. Jean-Michel Eymeri-Douzans et Xavier Bioy soulignent que cela est lié au principe de séparation des pouvoirs : le Conseil d'État ne contrôle pas les actes de gouvernement, or c'est la vocation du cabinet de traiter de ces actes, qui ne sont pas administratifs. Si le Conseil d'État décidait de contrôler les actes des cabinets, cela « reviendrait à les vider de la substance gouvernementale qui se niche au cœur de leur activité pour les ravaler à n’être qu’un type supplémentaire d’organe administratif gestionnaire de procédures rationnelles-légales », d'où que « le flou juridique qui entoure les cabinets français est bien dans leur nature »[7]. Ils remarquent que la même situation existe dans les autres pays européens[7].
Effectifs
Selon une inspection conduite en 2007, une taille trop importante des cabinets revient à reproduire la structure de l’administration, cette inspection avait proposé de réduire l’effectif de chaque cabinet, et que le cabinet soit unique pour le ministre de plein exercice, ses éventuels ministres délégués et secrétaires d’État[38]. Jean Pisani-Ferry considère en 2014 nécessaire une simplification des relations au sein du pouvoir exécutif et une rationalisation de la gestion des cabinets ministériels en en réduisant le nombre[39].
Historiographie
L'historiographie des cabinets ministériels est récente, car elle ne commence qu'au début des années 1970[2]. La recherche dans ce domaine est rendue difficile par le manque d'archives des cabinets, la plupart des notes au ministre étant détruites une fois le ministre quittant son poste au XIXe siècle[40]. Le manque de sources est particulièrement fort pour la période précédant la Révolution française de 1848, car il n'existe ni fonds d'archive ou presque, ni de Journal officiel de la République française qui précise la composition des cabinets[2]. Même sous la Cinquième République, jusqu'aux années 1970, les versements aux Archives nationales ne sont pas systématiques. Lors de l'alternance de 1981, sur 42 cabinets, 26 n'ont rien versé aux Archives nationales[8].
Marc Bouvet souligne que la première étude portant sur l'histoire des cabinets est celle publiée par Guy Thuillier en 1973, intitulée « Les cabinets ministériels de 1815 à 1870 »[2]. En 1975 est publié Origines et Histoire des cabinets des ministres en France, un ouvrage collectif auquel participe notamment Jean Tulard avec un article sur les cabinets sous le Premier Empire. Thuillier publie à nouveau en 1982 un livre intitulé Les Cabinets ministériels, et y constate que « l’archéologie des cabinets mériterait d’être un jour entreprise »[2].