Cairn
monticule artificiel de pierre
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Un cairn (prononcé /kεʁn/), ou montjoie[1], est un amas artificiel de pierres placé à dessein pour marquer un lieu particulier. Ce type d'amas se trouve la plupart du temps sur les reliefs, les tourbières ou au sommet des montagnes. Ce terme est souvent utilisé en référence à l'Écosse, mais peut aussi être utilisé dans d’autres lieux.

Terminologie
Le mot est issu du celtique *karn (« tas de pierre ») et, par-delà, du pré-indo-européen ou proto-indo-européen *kar (« pierre, rocher »)[2],[3]. La racine carn- est attestée en vieux celtique continental (gaulois) par le dérivé verbal carnitu, carnitus, qui signifie « a / ont érigé (une tombe) »[2], correspondant à karnitu / karnitus dans les inscriptions de Gaule cisalpine (Todi et Briona, Italie), ainsi que dans celle de Gaule transalpine de Saignon (Vaucluse)[2].
L'ancien celtique a donné les mots gallois carn (« tas de pierre »), carnedd (« idem, ruines »)[2], vieil irlandais carn (« tas de pierre », notamment au-dessus d'une tombe)[2], écossais càrn, qui a un sens beaucoup plus large : il peut désigner plusieurs types de collines ainsi que des amoncellements naturels de pierres. Le breton possède aussi le terme karn[4], que l'on retrouve dans la toponymie, là où il y a parfois des cairns dolméniques : île Carn ; Pors Carn ; Carnac ; Carnoët ; etc. Ailleurs en France, le type Carnacum a donné les nombreux Carnac, certains Charnay, Charné, certains Charny, et avec -ate Charnas, etc.[5]
Plus loin, le radical pré-indo-européen ou indo-européen *kar- a donné, par exemple, le vieux norrois hörgr (« tas, amas »), l'anglo-saxon hearg (« temple »), qui remontent à un hypothétique *karukos, ce qui indique que le tas de pierre se réfère à un culte chez les Germains comme chez les Celtes[2].
Fonctions

Les cairns remplissent plusieurs fonctions :
- baliser un sentier traversant un sol rocailleux ou aride, ou traversant un glacier ;
- compléter un balisage déjà existant mais très espacé et difficilement repérable, en particulier par temps de brouillard ;
- repérer un point particulier comme le sommet d’une montagne ou un col, la présence d'une grotte ou certains de ses accès ou passages intérieurs ;
- marquer un site funéraire ou célébrer les morts ;
- servir de support à des pratiques religieuses telles que des drapeaux de prières en Himalaya et au Tibet, le sacrifice aux déités des montagnes avec les ovoo en Mongolie et les apacheta[6].
En outre, les cairns furent utilisés pour commémorer toutes sortes d'événements : un site de batailles, un endroit où un chariot fut renversé, etc.
Ils peuvent varier de simples amas branlants à de savantes prouesses de construction comme au col du Carro en France.
Typologie


Grâce à la simplicité du concept, les cairns sont présents partout dans le monde dans les régions alpines et montagneuses. On peut aussi les trouver dans les déserts et les toundras[6].
Les stûpas[7] d'Inde ou du Tibet ont probablement été érigés pour les mêmes raisons, bien que, désormais, ils contiennent généralement les cendres de saints bouddhistes ou de lamas.
Le cairn en tant que personnage

Bien que la pratique ne soit pas répandue en français, les cairns sont souvent désignés par leurs attributs anthropomorphiques. En allemand et en néerlandais, les cairns sont appelés respectivement Steinmann et Steenman, qui signifient littéralement « homme de pierre »[8] ; en piémontais, ils sont appelés omèt « petit homme »[9]. Une forme d'inukshuk inuit évoque aussi une silhouette humaine, et est appelée un inunnguat (« imitation d’une personne »).
Concernant les religions de l'Antiquité, et particulièrement le Panthéon grec, ces pratiques seraient à l'origine du culte d'Hermès, divinité du voyage, du commerce, de l'échange, des bergers. L'habitude d'ériger des monticules de pierre à destination des voyageurs dans un objectif de repérage d'un itinéraire aurait amené à créer des cultes héroïques locaux pouvant être amenés à se diffuser. En grec, ces monceaux de pierre sont des Hermios[10].
Interdictions d'ajout sur cairn ou de montage de nouveaux cairns
Certains pays interdisent l'ajout de pierres sur des cairns ou le montage de nouveaux cairns. L'Islande a créé une signalétique pour interdire les nouveaux cairns en zone touristique, ils défigurent le paysage et sont différents des vrais cairns : « C'est comme la différence entre de mauvais graffitis et une belle peinture[11]. »
Les autorités françaises chargées de la sauvegarde des côtes territoriales interdisent également ce genre de construction qui provoque l'érosion et la dégradation des sites classés[12],[13].
Le parc national des Calanques en interdit la construction sous peine d'amende[14].
- Signalétique interdisant la construction de cairns en Islande.
- Cairns désormais prohibés au phare de Chassiron.