Camille Aymard

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Décès
(à 82 ans)
Andilly
Nom de naissance
Edmond Camille Aymard,
Pseudonyme
Henri Marnier
Camille Aymard
Camille Aymard en 1922 photographié par l'Agence Meurisse.
Biographie
Naissance
Décès
(à 82 ans)
Andilly
Nom de naissance
Edmond Camille Aymard,
Pseudonyme
Henri Marnier
Nationalité
Activité
Fratrie
Marcel Aymard, Henri Aymard
Autres informations
A travaillé pour

Camille Aymard, né le à Loudun et mort le à Andilly, est un journaliste, patron de presse, avocat, écrivain et homme politique français.

Formation d'avocat

Élève au lycée Louis-le-Grand, Camille Aymard fit des études de droit, comme ses frères Henri et Marcel, mais, également intéressé par la littérature et le journalisme, il publia dans Le Pot aux Roses, hebdomadaire dont son ami Jean de la Hire était rédacteur en chef, une série d’articles : « Les amants de Mayerling » () ; « Un point nouveau de jurisprudence artistique » () ; « Trois vengeances du chancelier de fer » () ; « Mœurs d’Orient » (), etc[1]. En 1905, il devint Docteur en droit en 1905 après avoir présenté sa thèse intitulée La profession du crime, étude sur le phénomène des délinquants récidivistes. De 1903 à 1906, il fut avocat à la Cour d’appel de Paris, mais il fut exclu de l’exercice de sa profession pendant trois mois pour collusion avec la partie adverse au détriment d’une cliente[1].

En Indochine : un français « sans dignité et sans scrupule »

Pour s’éloigner quelque temps de Paris, il se rendit d’abord en Égypte, où il travailla comme secrétaire d’un avocat, puis il fut chargé d’accompagner le député René Besnard dans une mission d’études au Maroc. Il partit ensuite en Indochine, où il arriva en mars ou , et fut nommé avocat (1907) puis notaire (1908)[1].

Le et à nouveau le , il fit l’objet de sanctions disciplinaires de la part du gouverneur général Antony Klobukowski, « pour avoir eu recours à des intermédiaires afin d’augmenter sa clientèle ». Il se livra ensuite à des « manœuvres contre le crédit de la France pendant la guerre par l’affirmation, en Indochine, de la valeur presque nulle des titres d’emprunt et des bons de la Défense nationale émis par la France ; rachat clandestin et à bas prix, auprès des souscripteurs trompés et crédules, de ces titres dont M. Camille Aymard connaissait trop bien la parfaite solidité »[1]. En 1917, le procureur général Louis Delestrée, dans un réquisitoire, le décrivit ainsi : « Mauvais Français, capable et coupable des pires fautes dans le but d’un profit malhonnête. Officier ministériel sans conscience, sans dignité et sans scrupule, sans souci des fonctions qu’il exerce, ni respect de sa propre nationalité à l’étranger »[1].

En 1919 (), le gouverneur général Albert Sarraut décida de suspendre Aymard de ses fonctions pour deux ans. Celui-ci avait accumulé une grande fortune en dépouillant des Annamites et des Chinois par le biais d’un trafic sur des titres de crédit, mais il n’existait pas de loi adéquate pour le punir[1]. Selon les documents du Procès Camille Aymard, ses manœuvres, qui, en pleine guerre, sapèrent la confiance que les Annamites et les Chinois avaient placée dans l’État français, furent jugées immorales et antipatriotiques, sans être illégales[1].

Pendant qu’il était notaire à Saïgon (en vérité en vacances prolongées pour cause de maladie qui le retinrent en France de l’été 1912 à ), Aymard collabora avec René Besnard à la rédaction d’un livre glorifiant la colonisation du Maroc[1]. En 1919, Aymard quitta Saïgon pour rentrer définitivement en France. Avec la fortune accumulée en Indochine (17 millions de francs-or), Aymard acheta un journal de Saïgon, L’Impartial, qui, sous la direction de son ami Henri Chavigny de Lachevrotière, devint un « journal provocateur », se distingua par « son attitude de provocation et de haine envers les Annamites », justifia les méthodes pratiquées par le gouverneur de Cochinchine Maurice Cognacq, et attaqua les propositions de réforme présentées par André Malraux et Paul Monin dans leurs journaux L’Indochine et L’Indochine enchaînée[1]. Dans le numéro du Figaro du , le journaliste Camille Devilar estima que la campagne qu’Aymard organisa en 1926/1927, avec Ernest Outrey, Henri de Monpezat et Henri Chavigny, contre le gouverneur général de l’Indochine française, Alexandre Varenne, fut une œuvre de calomnie, de manipulation, de déformation et de chantage[1].

Aymard durant l'Entre-deux guerres : directeur de La Liberté, anticommuniste, polémiste

Après son retour en France, Aymard, grâce à des prêts accordés par Alexis-Joseph Pernotte, directeur général de la Banque Industrielle de Chine, et Horace Finaly, directeur général de la Banque de Paris et des Pays-Bas, acheta, en 1920, au prince Roland Bonaparte un important lot d’actions du journal Le Figaro lui permettant d'en devenir administrateur délégué[2]. Aymard acquit également La Liberté en 1922. Directeur pendant un temps des deux journaux, il vendit ensuite le lot acheté à Bonaparte à François Coty[1]. Coty devint ainsi propriétaire du Figaro, et Aymard celui de La Liberté, dont la diffusion déclina rapidement, passant de 100 000 à 10 000 exemplaires. En 1920, Aymard fit la connaissance de Joseph Kessel et lui recommanda de visiter l’Irlande. Les dix articles que le jeune journaliste publia dans La Liberté établirent sa réputation de grand reporter. Plus tard, Kessel facilita le contact d’Aymard avec Alexandre Stavisky[1].

Camille Aymard en 1922 photographié par l'Agence Meurisse.

Fin 1923, Aymard attaqua dans La Liberté le député radical-socialiste Édouard Herriot, l’accusant d’avoir eu une rencontre avec un journaliste allemand, Anton Haßmüller. Herriot, dans une lettre du , démentit la nouvelle, laissant entendre qu’Aymard mentait, ce qui amena celui-ci à lui envoyer ses témoins pour exiger une rétractation ou une réparation par les armes[1]. Après le refus d'Herriot, un Jury d’honneur fut constitué, composé du résident supérieur en Indochine Georges Maspéro, du député de Cochinchine Ernest Outrey (témoins d’Aymard), des députés Alexandre Varenne et Édouard Daladier (témoins d’Herriot), ainsi que de Joseph Kessel (favorable à Aymard) et du député Paul Painlevé (favorable à Herriot). Les six membres parvinrent à un compromis et le duel n'eu pas lieu[1].

Anticommuniste virulent et obsédé par l'idée d'une révolution pilotée depuis Moscou, Aymard fit publier dans La Liberté, le , deux articles sensationnalistes sur le danger communiste en France, le conduisant devant la justice en tant que directeur, avec le rédacteur Paul Chautard et le gérant Horsin-Déon, pour publication de fausses nouvelles[1]. Le , Aymard récidiva en déclarant dans La Liberté que le général Charles Mangin, promoteur d’une armée africaine au service de la France, mort le , avait été empoisonné par des terroristes envoyés par Moscou[1]. Plus tard, en 1925, Aymard publia son livre, Bolchevisme ou fascisme ?… Français, il faut choisir !, dans lequel il se posait en admirateur du fascisme italien, mouvement qu'il définissait ainsi :

« Face au bolchevisme, mouvement de classe, dictature du prolétariat fondée sur un sursaut de colère et de haine, proclamant sa volonté de détruire la société et la patrie, un autre mouvement a surgi spontanément des profondeurs de l’âme pour la défense de tout ce qui rend la vie douce et digne d’être vécue : c’est le fascisme » (Aymard 1925 : 187)[1].

Il écrivit aussi que :

« Le fascisme est d’essence religieuse : c’est une croyance, un idéal plus encore qu’une doctrine, un courant populaire plus qu’un parti. [ …] Le fascisme est la religion de la patrie. Il n’envisage et ne juge toutes choses que sous l’angle national. »[3]

Il se présenta sans succès aux élections de 1928.

Electeur la France te regarde. Vote pour l'adversaire le plus redouté du communisme Vote pour Camille Aymard affiche, A. Barrère.

En 1930, après avoir incité au meurtre envers Léon Blum, il se rendit au Palais-Bourbon, armé d’une cravache (selon d’autres sources, d’un fouet pour chiens), et provoqua une bagarre entre députés de gauche et journalistes de droite[1].

Impliqué dans une longue série de polémiques, Aymard renonça, fin 1932, à son poste de directeur de La Liberté, dont il devint simple rédacteur. En 1934, on tenta de l'impliquer dans l’Affaire Stavisky : le , un mandat d’arrêt fut émis contre lui, et il fut accusé d’avoir dissimulé des capitaux obtenus par Stavisky par des crimes ou délits. Dans sa défense, il expliqua avoir connu Stavisky en 1932 par l’intermédiaire de son ami le romancier Joseph Kessel et avoir reçu de lui en novembre de cette année une somme de 50 000 francs sous forme de « souscription » (subvention). Le procès se termina finalement par un non-lieu[1].

Gaulliste au Maroc durant la Seconde Guerre mondiale

Retiré, il continua cependant de publier différents ouvrages dont Le drame de la Méditerranée (1938), étude sur les stratégies géopolitiques de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Italie en Méditerranée. En 1940, après la défaite française face à l’Allemagne, Aymard se retira au château d’Espalungue, dans le village de Dognen[1]. Il se rendit ensuite à Casablanca où, en , il fonda l’hebdomadaire France, organe du général Giraud, qui à partir du s’appela Paris et s’opposait au journal France publié à Londres. Le , un mandat du Comité français de Libération nationale d’Alger ordonna la confiscation de l’hebdomadaire d’Aymard. Le , celui-ci fit appel devant la Cour d’appel de Rabat mais sans succès[1].

En 1944, à Casablanca, Aymard fut visité par Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui le décrivait ainsi :

« Je connaissais Camille Aymard depuis longtemps. Il avait dirigé à Paris un journal du soir, La Liberté, qui eut son heure de notoriété. Camille Aymard était un homme séduisant, de grande culture et dont les opinions politiques avaient été variées. Ici, certes, il s’était fait gaulliste militant et montrait au service de sa nouvelle cause une habileté et une conviction égales à celles de ses prises de position antérieures. Malgré tout, il y avait en lui un fond de libéralisme qui le rendait sympathique »[1].

En , à Marrakech, Aymard reçut la visite de Josée de Chambrun, fille de Pierre Laval. Josée nota dans ses journaux intimes qu’Aymard lui dit qu’il avait toujours été un admirateur de son père[1].

Défenseur de l'empire colonial français après-guerre

Après sa confiscation momentanée, l’hebdomadaire Paris, dans lequel Aymard défendait les intérêts des colons français, continua de paraître jusqu’en 1956. En 1958, Aymard publia Tragédie française en Afrique du Nord, où l’indépendance de la Tunisie est décrite comme un désastre du point de vue des « Français d’Afrique »[1]. Aussi, Aymard reproche à Pierre Mendès-France d’avoir abandonné le Tonkin et la moitié de l’Annam à Hô Chi Minh, livré à Jawaharlal Nehru les colonies françaises en Inde, reconnu le « criminel » Habib Bourguiba comme représentant du peuple tunisien. Après l'indépendance du Maroc en , le journal Paris cessa de paraître et Aymard rentra en France[1]. Il mourut en à l'âge de 83 ans

Publications

Notes et références

Liens externes

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