Édouard Herriot

homme d'État français From Wikipedia, the free encyclopedia

Édouard Herriot, né le à Troyes (Aube) et mort le à Saint-Genis-Laval (Rhône), est un académicien et homme d'État français. Membre du Parti radical, il est un personnage éminent de la IIIe République.

LégislatureIre et IIe (Quatrième République)
PrédécesseurVincent Auriol
PrédécesseurOctave Aubry
Faits en bref Fonctions, Président de l'Assemblée nationale ...
Édouard Herriot
Illustration.
Édouard Herriot en 1924.
Fonctions
Président de l'Assemblée nationale

(6 ans, 11 mois et 21 jours)
Législature Ire et IIe (Quatrième République)
Prédécesseur Vincent Auriol
Successeur André Le Troquer
Fauteuil 8 de l'Académie française

(10 ans, 3 mois et 21 jours)
Prédécesseur Octave Aubry
Successeur Jean Rostand
Député français

(11 ans, 4 mois et 20 jours)
Élection 21 octobre 1945
Réélection 2 juin 1946
10 novembre 1946
17 juin 1951
2 janvier 1956
Circonscription 1re du Rhône
Législature Ire Constituante
IIe Constituante
Ire, IIe et IIIe (Quatrième République)
Groupe politique RRRS
Successeur Roger Fulchiron

(22 ans, 5 mois et 13 jours)
Élection 16 novembre 1919
Réélection 11 mai 1924
22 avril 1928
1er mai 1932
3 mai 1936
Circonscription Rhône
Législature XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et XVIe (Troisième République)
Groupe politique RRRS
Maire de Lyon

(11 ans, 10 mois et 8 jours)
Prédécesseur Justin Godart
Successeur Louis Pradel

(34 ans, 9 mois et 21 jours)
Prédécesseur Jean-Victor Augagneur
Successeur Georges Cohendy
Président de la Chambre des députés
[a]
(4 ans, 1 mois et 6 jours)
Législature XVIe (Troisième République)
Prédécesseur Fernand Bouisson
Successeur Félix Gouin (Assemblée consultative provisoire)

(1 an, 2 mois et 28 jours)
Législature XIIIe (Troisième République)
Prédécesseur Paul Painlevé
Successeur Raoul Péret
Ministre d'État

(1 an, 11 mois et 13 jours)
Président Albert Lebrun
Président du Conseil Gaston Doumergue
Pierre-Étienne Flandin
Fernand Bouisson
Pierre Laval
Gouvernement Doumergue II
Flandin I
Bouisson
Laval IV
Président du Conseil des ministres français
et ministre des Affaires étrangères

(6 mois et 11 jours)
Président Albert Lebrun
Gouvernement Herriot III
Législature XVe (Troisième République)
Coalition Concentration républicaine
Prédécesseur André Tardieu
Successeur Joseph Paul-Boncour

(2 jours)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Herriot II
Législature XIVe (Troisième République)
Coalition Cartel des gauches
Prédécesseur Aristide Briand
Successeur Raymond Poincaré
(Présidence du conseil)
Aristide Briand
(Affaires étrangères)

(9 mois et 27 jours)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Herriot I
Législature XIVe (Troisième République)
Coalition Cartel des gauches
Prédécesseur Frédéric François-Marsal
(Présidence du conseil)
Edmond Lefebvre du Prey
(Affaires étrangères)
Successeur Paul Painlevé
(Présidence du conseil)
Aristide Briand
(Affaires étrangères)
Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts

(2 ans, 3 mois et 19 jours)
Président Gaston Doumergue
Président du Conseil Raymond Poincaré
Gouvernement Poincaré IV
Prédécesseur Édouard Daladier
Successeur Pierre Marraud
Ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement

(3 mois et 5 jours)
Président Raymond Poincaré
Président du Conseil Aristide Briand
Gouvernement Briand VI
Prédécesseur Marcel Sembat
Successeur Georges Desplas
Sénateur français

(7 ans, 1 mois et 16 jours)
Élection
Circonscription Rhône
Prédécesseur Édouard Millaud
Successeur Eugène Ruffier
Biographie
Nom de naissance Édouard Marie Herriot
Date de naissance
Lieu de naissance Troyes (Aube)
Date de décès (à 84 ans)
Lieu de décès Saint-Genis-Laval (Rhône)
Sépulture Cimetière de Loyasse, Lyon 5e
Nationalité Française
Parti politique Parti radical
Enfants Suzanne Bérard
Diplômé de École normale supérieure
Profession Professeur agrégé
Religion Agnostique

Signature de Édouard Herriot

Image illustrative de l’article Édouard Herriot Image illustrative de l’article Édouard Herriot
Maires de Lyon
Chefs du gouvernement français
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Figure centrale du Cartel des gauches, il est président du Conseil des ministres à trois reprises. Ardent défenseur du parlementarisme, il est notamment président de la Chambre des députés sous la IIIe République, puis président de l'Assemblée nationale sous la IVe République.

Il est aussi maire de Lyon pendant plus de 46 ans, de à , puis de à sa mort.

En 1946, il est élu à l'Académie française.

Biographie

Jeunes années

Maison natale d'Édouard Herriot au 28 de la place Jean-Jaurès à Troyes.

Édouard Herriot naît le à Troyes, dans le département de l'Aube[1]. Il est le fils de François-Nicolas Herriot, lieutenant d'infanterie, et de Jeanne-Eugénie Collon[1]. Sa famille paternelle est d'origine vosgienne[2].

Il effectue ses études au collège Sainte-Barbe à Troyes, puis au lycée de La Roche-sur-Yon. À 15 ans, il obtient une bourse qui lui permet de poursuivre ses études au lycée Louis-le-Grand, à Paris, où il obtient en 1889 le baccalauréat avec la mention « très bien ». En 1891, après une khâgne dans ce même lycée, il est reçu dixième à l'École normale supérieure[3] et en sort en 1894 agrégé de lettres en se classant premier[4].

Jeune professeur agrégé, il est nommé à Nantes, puis à Lyon, où il enseigne dans une classe de rhétorique. Son premier ouvrage, Philon le Juif : essai sur l'école juive d'Alexandrie publié chez Hachette en 1898, est couronné par le prix Victor-Cousin de l'Académie des sciences morales et politiques.

Il s'engage dans l'affaire Dreyfus aux côtés d'Émile Zola et Anatole France, et fonde la section lyonnaise de la Ligue des droits de l'homme. Il s'affirme comme un orateur exceptionnel.

Le , il épouse à Lyon Blanche Rebatel (1877-1962), fille du docteur Fleury Rebatel, président du Conseil général du Rhône[5]. Cette union lui facilite son entrée en politique.

En 1904, il soutient à Paris-Sorbonne une thèse principale de lettres Madame Récamier et ses amis, puis, en 1905, une thèse complémentaire, Un ouvrage inédit de Madame de Staël : les fragments d'écrits politiques (1799)[6].

Maire de Lyon

Entré au conseil municipal de Lyon en 1904, il devient adjoint, puis maire le , succédant à Jean-Victor Augagneur, devenu gouverneur de Madagascar[7]. Il reste maire jusqu'en 1957, avec une interruption sous l’Occupation.

Jusqu'en 1914, la gestion de Lyon sera la grande affaire d'Édouard Herriot : il fait construire des ponts sur la Saône et le Rhône, de nouveaux abattoirs ; il fait électrifier les services de la ville, instaure des bourses pour permettre aux meilleurs élèves du primaire d'entrer au lycée ; il fait construire un nouvel hôpital, transforme la propriété du Vernay en école de plein air pour lutter contre la tuberculose des enfants[8].

Édouard Herriot, sénateur et maire de Lyon, en 1914.

Le , naît dans le 1er arrondissement de Lyon sa fille adultérine, la future Suzanne Bérard, déclarée née de parents inconnus sous le patronyme Collon (nom de la mère d'Herriot). Elle n'est reconnue que 27 ans plus tard, le , par sa mère Jeanne Marie Janin[9].

Le , il obtient son premier poste ministériel comme ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement, Marcel Sembat ayant dû quitter le gouvernement par suite de la pénurie de charbon. Herriot limoge immédiatement le directeur des mines du ministère, Paul Louis Weiss, accusé par l'opinion publique d'être responsable de la pénurie[b].

À l’automne 1922, il se rend en Russie soviétique, avec Édouard Daladier[10] ; il éprouve de vives sympathies pour cet État. À la suite de sa visite, à la commune d'enfants no 1, il déclare : « Ces communistes sont des encyclopédistes comme les renaissants »[11]. En 1924, il intervient personnellement[12] auprès du préfet du Rhône[13] pour éviter l'expulsion de l'anarchiste italien Sante Ferrini

De 1924 à 1932

Après que les élections législatives du 25 mai ont donné la majorité au Cartel des gauches dont il était le principal animateur, il provoque la démission du président Alexandre Millerand qui avait pris parti pour le Bloc national pendant la campagne électorale et avait affirmé son pouvoir en intervenant dans les fonctions du président du Conseil. Il est alors appelé à la présidence du Conseil par le nouveau président de la République, Gaston Doumergue.

Président du conseil, il annonce le 2 juin 1924 l’expulsion des congréganistes dont près de 10 000 étaient rentrés en France en 1914 pour se battre. Herriot veut introduire les lois laïques en Alsace-Lorraine et rompre les relations diplomatiques avec le Vatican, mais il se heurte à l'opposition du Sénat et au risque de velléités indépendantistes locales sur le premier point, et sur le second, il est désavoué par le Conseil d'État et la résistance populaire. La création de la ligue DRAC (Droits des religieux anciens combattants) l'empêche de prononcer une nouvelle expulsion des religieux français[14].

Il est critiqué pour ses choix en matière de finances, hésitant dans le remède à donner à la crise (il balance entre un emprunt, souhaité par la droite, et le « prélèvement » sur le capital réclamé par les socialistes). La Bourse connait beaucoup de fluctuations, principalement à la baisse, pendant son gouvernement. Herriot démissionne le , après que le Sénat lui a refusé la confiance. Il accuse alors le « mur d’argent », c’est-à-dire les grandes puissances financières du pays, qui auraient fait échouer le Cartel. Cette accusation a sa part de vérité, considérant le fait que la Banque de France (à l’époque privée) s’est montrée bien moins indulgente avec son gouvernement qu’avec d’autres de droite[15].

Herriot préside alors la Chambre des députés pendant un an, mais lorsque Caillaux, ministre des Finances, demande, pour résoudre la crise financière, l'autorisation de recourir à des décrets-lois, il descend de la présidence pour dénoncer comme député une procédure qui bafoue la prééminence du parlement. Le cabinet Briand (le cinquième cabinet depuis le précédent gouvernement de Herriot) est renversé le et Doumergue contraint Herriot à former un nouveau gouvernement.

Il se heurte alors à ce qu’il avait appelé le « mur d’argent », la Banque de France lui demandant de légiférer afin d'augmenter les plafonds des avances qu’elle peut verser à l'État, menaçant le cas échéant d’interrompre ses paiements au Trésor. Devant le risque de faillite des comptes publics et la chute toujours plus importante du cours du franc, Herriot est mis en minorité par la Chambre dès le 21 juillet, la chute de son gouvernement marquant la fin du Cartel des Gauches et le retour au pouvoir de Poincaré[15].

Édouard Herriot est élu en 1930, président de l'Association française pour le développement de l'enseignement technique (AFDET), et le demeurera jusqu'en 1952. À l'occasion de la fête des 25 ans de l’AFDET qu'il préside comme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, il intervient sur la culture : « Il n’y a aucune espèce de contradiction entre l’enseignement technique et la culture générale. Il y a plusieurs moyens de parvenir à la culture. […] Je salue par avance le moment où le développement de l’enseignement technique, à tous les degrés, nous aura créé une culture nouvelle qui, sans faire aucun tort à la culture ancienne de la France, lui donnera des hommes d’un type nouveau et d’une valeur d’esprit … comme un Pasteur ou un Berthelot, c’est-à-dire à n’avoir rien à envier à la culture de qui que ce soit »[16].

Georges Clemenceau aura sur lui ce trait ironique : « Le Vésuve se borne souvent à fumer sa pipe comme Herriot, tout en ayant sur celui-ci l'avantage de se faire parfois oublier »[17]. Son adversaire royaliste Léon Daudet le décrit ainsi : « Très 1792 aussi Herriot, citoyen laborieux, rond et subtil, orateur né, même tribun, se frappant la poitrine à tour de bras, chaleureux et sans mémoire, et dantonisant à tout propos. Mais un vivant parmi les spectres d'un radicalisme désuet. Il m'a toujours été sympathique, en raison de son feu, de son réel talent, oratoire et littéraire […]. Homme de parti, il aura voulu jouer les hommes d'État. Il lui manque pour cela le caractère, et on le sent flottant, sous ses formules friables, comme un costaud de saindoux dans un caleçon de tulle illusion »[18].

Marqué peut-être par ces échecs, Herriot commence à se rapprocher peu à peu de la droite. En tout cas il a droit aux compliments flatteurs de l’abbé Bethléem[19], grand pourfendeur de la pornographie, pour avoir interdit l’affichage de journaux « osés » dans les kiosques de Lyon. Une certaine presse de gauche ricane alors car la vie privée d'Herriot n'est pas tout à fait exemplaire[réf. nécessaire] et Le Canard enchaîné y fait allusion dans ses contrepèteries[20], il n'en commence pas moins à gagner la faveur des catholiques.

De 1932 à 1939

Albert Einstein et Édouard Herriot, reçus docteurs honoris causa de l'université de Glasgow.

En juin 1932, il revient au pouvoir (troisième gouvernement Édouard Herriot) après des élections ayant marqué une poussée vers la gauche. En référence à ce qui se passe en Allemagne, où Adolf Hitler va prendre le pouvoir en janvier 1933, le dessinateur Sennep affuble Herriot, fumeur de pipe invétéré, du surnom de « Fühmeur »[21]. Durant son gouvernement, qui durera à peine plus de six mois, le ministère de l’Instruction publique devient ministère de l’Éducation nationale. Herriot est devenu beaucoup plus modéré et l'on a dit que son gouvernement a été le dernier à laisser une impression de calme[22]. Le renforcement de la lutte contre la fraude fiscale conduit tout de même à l'affaire de la Banque commerciale de Bâle. Son gouvernement tombe le sur la question du remboursement de la dette française à l'égard des États-Unis.

À l'invitation de Staline, Édouard Herriot se rend en 1933 à Moscou. À cette occasion, un canular fait croire à l'opinion qu'il a été nommé colonel dans l'armée soviétique ; si bien que l'ambassade d'URSS se sent tenue de démentir en précisant « qu'une telle distinction ne peut avoir été conférée à l'homme d'État français pour l'excellente raison que le grade de colonel n'existe pas dans l'armée soviétique[23] ». Il en restera une caricature de Sennep (Le colonel des kodaks)[24]. Ce voyage s'inscrit dans le rapprochement qui débouchera sur le pacte franco-soviétique de 1935. À cette occasion, Herriot visite l'Ukraine, où sévit alors une famine dramatique, l'Holodomor. Aveuglé par la propagande soviétique et les figurants se dressant sur son passage, Édouard Herriot ne se rend pas compte de la famine qui sévit dans le pays[25] et déclare n'avoir vu que « des jardins potagers de kolkhozes admirablement irrigués et cultivés […]. Lorsque l'on soutient que l'Ukraine est dévastée par la famine, permettez-moi de hausser les épaules. »[26] « On m'assure, me dites-vous, que cette contrée vit à cette heure une époque attristée ? […] Or, je n'ai constaté que la prospérité. »[27],[28], dans son récit de voyage publié l'année suivante, Orient, où il fait également l'éloge de la nouvelle Turquie, républicaine et laïque[29].

En 1934, après les émeutes du 6 février, il entre dans le cabinet Doumergue pour lui donner une caution de gauche, mais cette tentative d'Union nationale ne dure pas.

Édouard Herriot, ancien président du parti radical, se tient en retrait lors du Front populaire (agence Meurisse, 1936, Paris, Bibliothèque nationale de France).

Il reste cependant ministre d'État dans les cabinets Flandin et Laval. Il tente d'y exercer une influence conciliatrice, mais les difficultés auxquelles se heurte la France dépassent les capacités de son personnel politique ; en 1935, gêné par l'évolution vers la gauche du Parti radical, il démissionne de sa présidence (il est nommé président honoraire du parti  la fonction de président honoraire est créée à cette occasion[30]) et redevient président de la Chambre des députés. Il participe à la création du Front populaire[31], dont les réunions se font à La Ruche de Montchat dans le troisième arrondissement de Lyon.

En 1935, il inaugure la statue de Richelieu à Luçon en Vendée. En mars 1939, il surprend un peu le camp laïque en suspendant la séance de la Chambre des députés à l'annonce de la mort du pape Pie XI.

Il est élu membre titulaire de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon le [32].

Occupation et régime de Vichy

Devant l'avance allemande, il suit le gouvernement à Bordeaux puis à Clermont-Ferrand et enfin à Vichy. Devant l'Assemblée nationale (réunion des deux chambres) siégeant dans l'opéra de la station thermale, les 9 et , il rend hommage au maréchal Pétain, le premier jour : « Autour de M. le maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation s’est groupée en sa détresse. Prenons garde de ne pas troubler l'accord qui s'est établi sous son autorité. Nous aurons à nous réformer, à rendre plus austère une République que nous avions faite trop facile, mais dont les principes gardent toute leur vertu. » et après avoir défendu les députés embarqués sur le Massilia, il s'abstient volontairement le lendemain, lors du vote accordant les pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain.

Le 20 septembre 1940, le conseil municipal de Lyon est remplacé par une délégation spéciale, présidée par Georges Cohendy, ex-adjoint de Herriot, qui de ce fait n'est plus maire de Lyon. Herriot rompt avec Cohendy[33].

Après le décret-loi du 25 août 1942 mettant fin au fonctionnement du bureau des deux Chambres, les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, Jeanneney et Herriot, adressent une lettre de protestation à Pétain, en forme de réquisitoire : « Cet acte est en contradiction avec vos engagements. [...] Votre dessein d'abolir la représentation nationale existait déjà. Vous l'avez poursuivi depuis lors. [...] Non seulement le mot de République a disparu du Journal officiel et du fronton des bâtiments nationaux ; mais vous abolissez partout le principe de la représentation élective ; vous enfreignez les règles fondamentales de notre droit civique et de notre droit pénal [...] ». Puis Herriot et Jeanneney adressent le 30 août une lettre au Grand-rabbin de France pour exprimer leur « profonde sympathie » et condamner les mesures prises contre les Juifs, exprimant leur « indignation » devant ces « iniquités et spoliations », et devant la « barbarie » du traitement infligé aux enfants[34].

Le même jour, Herriot renvoie sa Légion d'honneur pour protester contre son attribution à des membres de la LVF, ce qui lui vaut d’être assigné à résidence à l'hôtel des Thermes d'Évaux-les-Bains[35] dans la Creuse, en compagnie de diverses personnalités, parmi lesquelles le syndicaliste Léon Jouhaux. Il est ensuite rapidement transféré, en compagnie de Guy La Chambre et de Robert Jacomet (contrôleur général des armées), à la Villa Loisel[36], propriété de l'industriel François-Philippe Loisel située dans la même ville et réquisitionnée par le gouvernement de Vichy.

Attaqué par les collaborationistes, il est placé en résidence surveillée en , d'abord chez lui en Isère ; puis il est jugé inapte à la déportation par les autorités allemandes, qui l'internent dans un asile où il feint la folie, à Maréville près de Nancy[35].

En août 1944, les Alliés approchant de Paris, Laval, qui craint que Pétain essaie de traiter avec Eisenhower, voire avec de Gaulle (tentative de l'amiral Auphan[37]) et lui laisse le mauvais rôle, se rend dans la capitale afin de réunir l'ancienne Assemblée nationale dans le but de lui remettre le pouvoir et de barrer ainsi la route aux Communistes et à de Gaulle[38],[37]. Avec l'accord de l'ambassadeur allemand à Paris Otto Abetz, le , il va chercher Édouard Herriot, le fait libérer et le ramène à Paris avec son assentiment[38]. Il fait contacter Jules Jeanneney, président du Sénat, qui ne répond pas[39]. Herriot, dans un premier temps favorable au plan de Laval, temporise et finit par refuser de décider en l'absence de Jeanneney. Il a également reçu l’avertissement que lui a fait passer la Résistance et la réticence des parlementaires consultés, comme de Monzie, impressionnés par les assassinats (Mandel, Zay, etc.) commis par la Milice[40].

Les Allemands, ayant changé d'avis après l'intervention des collaborationnistes Marcel Déat et Fernand de Brinon, décident de se saisir de Laval et des restes de son gouvernement « pour assurer sa sécurité légitime »[41]. Herriot, qui refuse les possibilités qui lui sont offertes de fuir, soit pour rejoindre les chefs de l'insurrection parisienne, soit pour se réfugier chez un Américain, ami de Laval, déclare : « Je dois suivre mon destin. »[42]. Après un dernier déjeuner à Matignon, avec Laval et Otto Abetz, le [40], il est arrêté par les Allemands et reconduit dans un premier temps à Maréville, puis en Allemagne. Il termine sa « déportation d'honneur[43] » à Potsdam, libéré par l'Armée rouge. En , « il se dédouane sans élégance » dans la presse en minimisant cet épisode et en fournissant une version sensiblement différente[43].

Après la Libération

À son retour en France, Herriot éprouve de l'amertume, bien qu'il soit reçu par de Gaulle : il représente la « France des boutiquiers » et les « fausses élites [qui] sont celles de la médiocrité » vilipendées par Albert Camus[44]. Néanmoins, il fait figure de sage et devient le président de la nouvelle Assemblée nationale en 1947. Il partagera son temps : du mardi au vendredi à Paris, du samedi au lundi à Lyon pour traiter les dossiers municipaux[45].

Il est élu membre de l'Académie française le , le dernier des quatorze nouveaux élus de cette année-là. Avec son élection, l'Académie est pour la première fois au complet depuis le début de la guerre, si l'on excepte deux fauteuils déclarés vacants lorsque les titulaires, Philippe Pétain et Charles Maurras, avaient été exclus[46].

Concernant la question coloniale, il se prononce, lors des débats qui entourent la naissance de l'Union française, contre l'égalité des droits politiques aux populations de l'Empire. Il déclare alors le  : « Si nous donnions l'égalité des droits aux peuples coloniaux, nous serions la colonie de nos colonies »[47]. En 1955 cependant, il se prononce pour le congrès extraordinaire visant à réformer le parti radical et réclamé par Pierre Mendès France, acteur de la décolonisation, dont l'organisation était refusée par Léon Martinaud-Déplat, le président administratif[48].

Édouard Herriot en 1949, lors des cérémonies du sixième centenaire du rattachement du Dauphiné à la France.

En 1953, sa santé s’est altérée. Un de ses derniers actes est de prendre parti pour l'Alsace lors du procès de Bordeaux, où sont jugés des incorporés de force qui s'étaient trouvés à Oradour lors du massacre. Lorsque est discuté à l'Assemblée nationale le projet d'amnistie, il s'écrie : « La patrie est une mère. Elle ne peut pas admettre que ses enfants se déchirent sur son sein[49]. » À la fin de l'année, il ne peut présider l’élection du président de la République et il est remplacé par André Le Troquer. Ce dernier lui succède à la présidence de l'Assemblée nationale au début de 1954 quand le vieux maire de Lyon décide de ne plus se représenter. Le 30 août 1954, assis en fauteuil roulant, il fait une ultime intervention devant ses pairs députés dans l'hémicycle, contre la Communauté européenne de défense (CED)[50]. Dans un discours écouté avec attention, Herriot rejette ce projet d'armée supranationale : « c'est la vie ou la mort de la France »[51].

Il est lauréat du prix international de la paix en 1954 et président de La Jeunesse au plein air de 1950 à sa mort. Il est en outre l'un des fondateurs du Comité du Vieux Pérouges, qui vise à sauvegarder le patrimoine de la cité médiévale de Pérouges dans l'Ain.

Il est à l’origine de l'expression « Français moyen »[52].

Fin de vie

En revenant de sa résidence, la maison forte de Brotel à Saint-Baudille-de-la-Tour en Isère, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Lyon[53], Édouard Herriot prend froid, puis est transporté à l'hôpital Sainte-Eugénie en [54]. Après une rémission, il y meurt le à 84 ans.

Les obsèques religieuses de ce vieil anticlérical sont d'abord annoncées par le cardinal Gerlier, qui a reçu son consentement et lui a administré l'extrême-onction la veille de sa mort[55] ; mais Pierre Mendès France réussit à convaincre la veuve du président, très croyante, de ne pas conduire le convoi funèbre à la primatiale Saint-Jean. Finalement, ces obsèques se déroulent dans la chapelle de l'hôpital Sainte-Eugénie, présidées par Gerlier[56]. Le , les funérailles nationales d'Édouard Herriot sont retransmises par la télévision depuis la place Bellecour, en présence du président de la République, René Coty, et du président du Conseil, Guy Mollet[50]. Il est enterré dans un mémorial du cimetière de Loyasse[57] façonné par le sculpteur Georges Salendre.

Le philosophe Alain, proche des thèses du radicalisme en politique, ne cachait pas son estime pour le maire de Lyon : « Herriot était puissant par le suffrage populaire, puissant par l'éloquence, puissant par l'espoir des foules »[58]. François Mauriac le décrit ainsi dans son bloc-notes : « En vérité, Édouard Herriot était un gros homme charmant. Son charme naissait de ce contraste entre la culture, tous les dons d'une intelligence royale et la ruse, disons la finesse, politicienne »[59].

Détail des mandats et fonctions

Au gouvernement

  •  : ministre des Travaux publics du Gouvernement Briand VI
  •  : président du conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Herriot I
  •  : président du conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Herriot II
  •  : ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts Gouvernement Poincaré IV
  •  : président du conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Herriot III
  •  : ministre d'Etat sans portefeuille des gouvernements Gaston Doumergue, Flandin, Bouisson et Laval

Au Parlement

À la Chambre des députés puis Assemblée nationale
Au Sénat

Au niveau local

  • Maire de Lyon
    • du au
    • du au

Autres fonctions

Décorations

Œuvres

- Prix Bordin de l’Académie française en 1906
  • Un ouvrage inédit de Mme de Staël. Les “Fragments d'écrits politiques” (1799), Paris, Plon-Nourrit, 1904 (thèse complémentaire)
  • La Vie et la Passion de Michel Servet, Paris, La Raison, 1907
  • Vieille et jeune Turquie, Paris, Rousseau, 1911
  • Agir, Paris, Payot & Cie, 1917
  • Créer, 2 vol., Paris, Payot & Cie, 1919
  • La Russie nouvelle, Paris, Ferenczi, 1922
  • Impressions d'Amérique, Lyon, Audin & cie, 1923
  • Dans la forêt normande, Paris, Librairie Hachette, 1925 [rééditions illustrées en 1927 par les éditions de l'Estampe (Paris) et en 1947 par G. Bouvet (Lyon)]
  • Pourquoi je suis radical-socialiste, Paris, Les éditions de France, 1928
  • La Vie de Beethoven, Paris, Gallimard (coll. Vie des hommes illustres), 1929
  • Europe, Paris, les éditions Redier, 1930
  • Sous l'olivier, Paris, Librairie Hachette, 1930
  • La Porte océane (Sur les terres des abbayes, les foyers spirituels de Rouen), Paris, Librairie Hachette, 1932 ; édition bibliophilique enrichie de lithographies originales de René Demeurisse, Georges Bouvet et Cie, Lyon, 1948
  • La France dans le monde, Paris, Hachette, 1933
  • Le Problème des dettes, Paris, Fasquelle, 1933
  • Orient, Paris, Librairie Hachette, 1934
  • Lyon n'est plus [4 volumes : « Jacobins et Modérés », « Le Siège », « La Réaction », « La Répression »], Paris, Hachette, 1937-1940
  • Sanctuaires, Paris, Librairie Hachette, 1938
  • Aux sources de la liberté, 210 p., NRF, Gallimard, Paris, 1939
  • La Triple Gloire de Lyon, Lyon, Audin, 1946
  • « L'âme de la France et la leçon de Port-Royal », discours à l'Académie française (nov. 1946), dans revue Conférencia, 1947
  • Pages immortelles de Diderot, choisies et expliquées, Éditions Correa, Paris, 1949
  • Lyon, lithographies de René Aubert, éditions Pierre de Tartas, 1949
  • Études françaises, éditions du milieu du monde, 1950
  • Péguy : Charles Péguy, conférence donnée au théâtre municipal le 17 mai 1950, Imprimerie Durand, Chartres, Fédération des associations d'élèves et amis des écoles publiques d'Eure-et-loir, , 23 p.
  • Notes et maximes [posthume], J. Bérard, 1962

Hommages et postérité

Tombeau d’Édouard Herriot au cimetière de Loyasse à Lyon.

De nombreux édifices lyonnais portent son nom : la rue du Président-Édouard-Herriot, l'hôpital Édouard-Herriot, le port Édouard-Herriot, ainsi que le lycée Édouard-Herriot.

Soixante ans après sa mort, sa mémoire est encore célébrée et son tombeau rénové par la ville de Lyon[61].

Plusieurs villes ont des voies publiques nommées d'après lui comme le boulevard Édouard-Herriot à Marseille[62].

Édouard Herriot, en tant que maire, a été représenté de son vivant sur la grande fresque de la Bourse du travail de Lyon ouverte en 1934. L'inauguration n'a eu lieu qu'en 1935 car Herriot refusait le chant de L'Internationale réclamé par les syndicats[63],[64].

En 1969, est inauguré un monument avec sa statue dans un square du centre historique de Troyes sa ville natale[65].

En commémoration du vingtième anniversaire de sa mort, La Poste émet en 1977 un timbre de 1,20 F à son effigie[66].

Une rose créée en 1912 par le rosiériste lyonnais Joseph Pernet-Ducher porte le nom de Madame Édouard Herriot.

Dans la littérature et la fiction

Édouard Herriot apparaît dans le téléfilm L'Affaire Salengro d'Yves Boisset (diffusé en 2009) dans lequel son rôle est interprété par Bernard Bloch.

Dans son livre Une sortie honorable (2022), l'écrivain Eric Vuillard dresse un portrait haut en couleur d'Édouard Herriot comme président de l'Assemblée nationale[67].

Fonds d'archives

Notes et références

Voir aussi

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