Campagne du Japon
dernière campagne militaire majeure alliée (1945), guerre du Pacifique
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La campagne du Japon (en anglais : Japan campaign ou Home Islands campaign) désigne la phase finale stratégique des opérations militaires menées par les forces alliées contre l'archipel impérial japonais durant la Seconde Guerre mondiale.
- Victoire décisive des Alliés
- Bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki
- Invasion soviétique de la Mandchourie
- Capitulation du Japon
- Début de l'Occupation du Japon
| Date | – |
|---|---|
| Lieu | Archipel japonais, Îles Ryūkyū, Îles Kouriles, Îles Bonin |
| Casus belli | Refus du Japon de capituler après la perte de la « ligne de défense nationale absolue » (îles Mariannes). |
| Issue |
|
---- |
| Alliés occidentaux : env. 14 000 tués (Iwo Jima, Okinawa, campagnes aériennes et navales) URSS : env. 12 000 tués |
Militaires : env. 110 000 tués (Okinawa/Iwo Jima) env. 85 000 tués (Mandchourie) Civils : 330 000 à 900 000 tués (bombardements aériens et atomiques)[n 1] |
Théâtre du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations de la guerre du Pacifique
Japon :
- Raid de Doolittle
- Bombardements stratégiques sur le Japon (Tokyo
- Yokosuka
- Kure
- Hiroshima et Nagasaki)
- Raids aériens japonais des îles Mariannes
- Campagne des archipels Ogasawara et Ryūkyū
- Opération Famine
- Bombardements navals alliés sur le Japon
- Baie de Sagami
- Invasion de Sakhaline
- Invasion des îles Kouriles
- Opération Downfall
- Reddition du Japon
- Invasion de l'Indochine (1940)
- Océan Indien (1940-45)
- Guerre franco-thaïlandaise
- Invasion de la Thaïlande
- Campagne de Malaisie
- Hong Kong
- Singapour
- Campagne de Birmanie
- Opération Kita
- Indochine (1945)
- Détroit de Malacca
- Opération Jurist
- Opération Tiderace
- Opération Zipper
- Bombardements stratégiques (1944-45)
Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée
S'étendant de la prise des îles Mariannes en à la capitulation du Japon signée le , cette campagne marque l'effondrement progressif de l'empire du Japon. Elle se distingue des campagnes précédentes par l'absence d'invasion terrestre majeure des îles principales (Honshū, Kyūshū, Shikoku, Hokkaidō), les Alliés privilégiant une stratégie d'étouffement combinant un blocus naval hermétique et une campagne de bombardements stratégiques visant à anéantir le potentiel industriel et le moral de la population.
Cette période inclut les batailles d'Iwo Jima et d'Okinawa, la destruction de la Marine impériale japonaise et culmine en avec les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ainsi que l'entrée en guerre de l'Union soviétique.
Contexte stratégique (1944)
Au début de l'été 1944, la stratégie défensive du Japon, reposant sur une « zone de défense nationale absolue », s'effondre. La prise des îles Mariannes (Saipan, Tinian et Guam) par les forces américaines lors de l'opération Forager est un tournant décisif. Le Premier ministre Hideki Tōjō est contraint à la démission le , remplacé par Kuniaki Koiso.
La perte des Mariannes offre aux États-Unis des bases aériennes situées à environ 2 400 km de Tokyo, plaçant pour la première fois les centres industriels japonais à portée des bombardiers stratégiques B-29 Superfortress[1]. Face à cette menace, le quartier général impérial adopte la stratégie du Shoketsu (« saignée »), une guerre d'usure totale visant à infliger des pertes si lourdes aux Alliés que ces derniers accepteraient une paix négociée préservant le système impérial (le Kokutai)[2].
Guerre aérienne et destruction des infrastructures
Échec des bombardements de précision
La campagne aérienne débute difficilement. La Twentieth Air Force, sous le commandement du général Haywood S. Hansell, tente initialement d'appliquer la doctrine américaine de bombardement de précision diurne à haute altitude, ciblant les usines d'aviation. Ces tentatives sont largement entravées par le Jet stream, des vents violents de haute altitude au-dessus du Japon qui dispersent les bombes, ainsi que par une couverture nuageuse fréquente.
Le tournant tactique de Curtis LeMay
En , le général Curtis LeMay prend le commandement du XXIe Bomber Command. Analysant l'échec des frappes de précision, il opère un changement radical de tactique en :
- Passage aux raids nocturnes à basse altitude (1 500 m à 2 000 m).
- Suppression de l'armement défensif des B-29 pour emporter plus de bombes.
- Utilisation massive de bombes incendiaires au napalm (modèle M69) pour incendier les villes japonaises, construites majoritairement en bois et papier.
L'intensification des raids
Le premier raid de cette nouvelle campagne, l'Opération Meetinghouse, a lieu dans la nuit du 9 au . 334 B-29 larguent 1 700 tonnes de bombes incendiaires sur Tokyo. La tempête de feu générée détruit 41 km2 de la capitale et tue entre 80 000 et 100 000 personnes, faisant de cette nuit le raid aérien le plus meurtrier de l'histoire, surpassant Dresde ou les bombardements atomiques ultérieurs en termes de mort immédiate[3].
Jusqu'en , cette tactique est étendue à 67 grandes villes japonaises. Selon les estimations du rapport de l'United States Strategic Bombing Survey (USSBS), environ 300 000 à 900 000 civils sont tués et 8,5 millions se retrouvent sans abris[4].
Blocus naval et famine
Le Japon, nation insulaire pauvre en ressources naturelles, dépend entièrement des importations pour son pétrole, son caoutchouc, et une grande partie de son riz. L'US Navy met en place un blocus visant à l'asphyxie économique.
Guerre sous-marine
Les sous-marins de l'US Navy, bien que représentant une petite fraction de l'effort de guerre total, sont responsables de la destruction de 55 % du tonnage marchand japonais[5]. En 1945, la flotte marchande japonaise est pratiquement anéantie ; les importations de pétrole sont totalement coupées et celles de denrées alimentaires chutent à 10 % des niveaux d'avant-guerre.
Opération Starvation
À partir de , sur l'insistance de l'amiral Chester Nimitz, l'aviation se joint au blocus naval. L'opération Starvation (« Famine ») mobilise des escadres de B-29 pour larguer des mines magnétiques et acoustiques dans les voies navigables vitales, notamment le détroit de Shimonoseki et la mer intérieure de Seto. Ce minage aérien paralyse le transport côtier interne. La ration alimentaire moyenne au Japon tombe sous les 1 600 kcal par jour en , plaçant la population au bord de la famine généralisée[6].
Approche de l'archipel et dernières batailles
Pour préparer l'invasion finale (opération Downfall), les Alliés cherchent à sécuriser des bases avancées.
Iwo Jima
Située à mi-chemin entre les Mariannes et Tokyo, l'île d'Iwo Jima est stratégique pour fournir des terrains de secours aux B-29 endommagés et des bases pour les chasseurs d'escorte P-51 Mustang. La bataille (février-) est la seule offensive américaine où les pertes totales des Marines (morts et blessés, soit environ 26 000 hommes) dépassent le nombre de défenseurs japonais (environ 21 000, dont la quasi-totalité sont tués)[7].
Okinawa
L'invasion d'Okinawa (avril-) est la répétition générale de l'invasion du Japon. La garnison japonaise de 100 000 hommes, retranchée dans des fortifications souterraines, résiste pendant 82 jours.
- **Kamikazes :** C'est durant cette campagne que les attaques-suicides atteignent leur paroxysme. Plus de 1 900 sorties kamikazes coulent 36 navires alliés et en endommagent 368 autres[8].
- **Bilan humain :** Les combats coûtent la vie à plus de 12 500 soldats américains et 110 000 soldats japonais. Environ un tiers de la population civile d'Okinawa (soit près de 100 000 civils) périt, souvent contrainte au suicide par la propagande impériale[9]. Ce bilan terrifiant influence lourdement la décision de Truman d'utiliser l'arme atomique.
Préparatifs de l'invasion finale
À l'été 1945, deux plans massifs s'affrontent.
Alliés : opération Downfall
Les Alliés prévoient une invasion en deux temps :
- Opération Olympic (prévue pour le ) : invasion du sud de l'île de Kyūshū pour y établir des bases aériennes.
- Opération Opération Coronet (prévue pour le ) : invasion de la plaine de Kantō (Tokyo) sur l'île principale de Honshū.
Les estimations de pertes américaines pour ces opérations varient énormément, allant de 100 000 à 1 million de victimes selon les scénarios[10].
Japon : opération Ketsu-Gō
Le Japon anticipe correctement que l'invasion aura lieu à Kyūshū. Le plan Ketsu-Gō (« opération Décisive ») mobilise toutes les ressources restantes :
- 900 000 soldats sont massés sur Kyūshū (contre 540 000 estimés par les renseignements américains).
- 10 000 avions sont réservés pour des attaques kamikazes.
- Le Corps combattants des citoyens patriotes mobilise 28 millions de civils (hommes de 15 à 60 ans, femmes de 17 à 40 ans) armés sommairement (lances en bambou, vieux fusils) pour mener une guérilla jusqu'à la mort.
Le dénouement : août 1945
L'impasse est brisée par une succession rapide d'événements cataclysmiques début août.
Les bombardements atomiques
Rejetant l'ultimatum de la Déclaration de Potsdam du , le gouvernement japonais attend une médiation soviétique.
- Le ****, le B-29 Enola Gay largue la bombe à l'uranium Little Boy sur Hiroshima. L'explosion tue instantanément 70 000 à 80 000 personnes. Le bilan s'élève à environ 140 000 morts à la fin de 1945 du fait des blessures et radiations[11].
- Le ****, le B-29 Bockscar largue la bombe au plutonium Fat Man sur Nagasaki, tuant environ 39 000 personnes instantanément (70 000 à 80 000 morts au total fin 1945).
L'invasion soviétique
Le coup de grâce stratégique survient le , lorsque l'URSS déclare la guerre au Japon, rompant le pacte de neutralité. Le à l'aube, 1,6 million de soldats soviétiques lancent une offensive éclair en Mandchourie. L'Armée du Kwantung est balayée. Cet événement prive le Japon de son dernier espoir diplomatique et de ses dernières ressources continentales[12].
La capitulation
Convaincu que la poursuite de la guerre mènerait à l'annihilation du peuple japonais (« la destruction totale de la civilisation humaine » selon ses mots), l'empereur Hirohito impose sa volonté au Conseil suprême de guerre pour accepter la capitulation.
Malgré une tentative de coup d'État par de jeunes officiers fanatiques dans la nuit du 14 au (l'incident de Kyūjō), l'empereur annonce la reddition dans une allocution radiodiffusée le (le Gyokuon-hōsō). La signature officielle des actes de capitulation a lieu le dans la baie de Tokyo, à bord du cuirassé USS Missouri (BB-63).