Canon biblique
ensemble des livres faisant partie de la Bible, différent selon les différentes obédiences juives ou chrétiennes
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Un canon biblique est un ensemble de textes considérés comme faisant partie de la Bible par les différentes confessions juives ou chrétiennes.

Le terme apparaît avec ce sens au IVe siècle. La liste des livres acceptés tant chez les juifs que chez les chrétiens est close, même si aucun chef religieux ne l'a édictée. Il faut attendre le XVIe siècle pour que cela soit fait dans l'Église catholique et chez les protestants. Chez les juifs, les discussions entre rabbins durent aussi jusqu'au IVe siècle même si, selon certaines théories, la liste est quasiment close au Ier siècle à Jamnia.
Le nombre de livres est différent pour chacune des religions qui reconnaissent la Bible comme la parole de Dieu. Les Samaritains n'acceptent que les cinq premiers livres de l'Ancien Testament. Les juifs en comptent 24. Toutes les églises chrétiennes y ajoutent les livres du Nouveau Testament. L'Église catholique considère aussi comme inspirés sept livres deutérocanoniques les autres églises, exceptée l'Église orthodoxe éthiopienne n'ont pas un canon fermé décidé par l'autorité religieuse et c'est plus la coutume qui fait que le canon catholique est adopté, parfois en y ajoutant quelques autres livres. L'Église éthiopienne est la seule à ajouter aussi des livres au Nouveau Testament.
Étymologie et premières utilisations du terme

Le mot canon vient du grec ancien κανών / kanṓn, signifiant « tige de roseau, toute barre de bois longue et droite » et par métaphore « modèle, principe »[1]. Le grammairien et helléniste français Pierre Chantraine donne au mot grec une origine sémitique et le rapproche de l'hébreu qanē et de l'akkadien qanu. Encore plus anciennement les termes sémitiques viendraient du sumérien gin[2].
Au IVe siècle, un sens figuré apparaît désignant l'ensemble des livres de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament reconnus par l'Église. Le mot canon est utilisé en ce sens pour la première fois en 363, au concile de Laodicée dans les canons[n 1] 59 et 60 (concile régional). Cependant, la liste des livres canoniques du canon 60 est mise en doute par certains universitaires car elle n'apparaît pas dans tous les manuscrits[3]. Le terme est repris quelques années après, en 367, par Athanase d'Alexandrie dans sa Lettre festale[n 2]. Athanase y désigne sous le nom de canon l'ensemble des livres reconnus par l'Église comme étant inspirés par Dieu[4].
Un livre mais plusieurs canons
Textes présents
La Bible est reconnu comme un livre saint par les Juifs et par les églises chrétiennes mais la liste des livres qui en font partie diffère et même dans la chrétienté, il existe des désaccords. La différence la plus significative entre la Bible juive et la chrétienne est, dans cette dernière, l'ajout du Nouveau Testament. Cependant, d'autres textes antérieurs à l'apparition du christianisme se retrouvent dans le canon chrétien mais pas dans l'hébraïque. Ces textes sont appelés deutérocanoniques par les catholiques et les orthodoxes et apocryphes par les protestants[5]. Par ailleurs, l'ordre et le classement des textes varient entre les deux traditions. La Bible hébraïque appelée Tanakh est divisée en trois parties : La Torah (Loi), les Nevi'im (Prophètes) et les Ketouvim (Écrits). La traduction grecque de la Bible hébraïque, la Septante, comprend quatre parties : le Pentateuque (équivalent de la Torah), les livres historiques, les hagiographes et les livres des prophètes[4]. Cet ordre chrétien est ordinairement expliqué par la volonté de voir les textes des prophètes comme des annonces de la venue du Christ[6]. Enfin, des livres sont cités dans la Bible mais ne font pas partie du canon et ont disparu[7].
Textes du canon
Réécritures
La canonicité d'un ouvrage n'implique pas que son texte soit immuable. À partir du quatrième siècle avant notre ère, les textes du Tanakh commencent à former un canon. C'est à dire que parmi les livres qui peuvent circuler, certains se voient attribuer une valeur unique. Le texte qui les compose se stabilise. Cela change entre le troisième et le premier siècle avant notre ère, quand certains textes connaissent des réécritures importantes[8]. C'est le cas pour la Torah samaritaine qui diffère sur plusieurs points de celle des Hébreux[9]. Et pour cette dernière, des « corrections de scribes » ont changé des parties de texte[10]. D'autres réécritures ont lieu par la suite. Ainsi les livres qui forment un canon ouvert sont disponibles avec des versions multiples comme le montrent les manuscrits de la mer Morte et les différences entre le texte de la Septante et les manuscrits qui circulent en Judée[8].
Traductions
Jusqu'au troisième siècle avant notre ère, la Bible existe seulement en hébreu. À Alexandrie où une importante communauté juive s'est installée, une traduction en grec, nommée la Septante est faite à cette époque. Les livres retenus sont ceux qui encore de nos jours constituent le canon hébreu. Cependant, d'autres livres, appelés deutérocanoniques, sont par la suite traduits et ajoutés à la Septante. Selon les époques les juifs célèbrent ou rejettent cette traduction de la Bible mais ils n'acceptent jamais les textes grecs. En effet, une traduction doit toujours être mise en regard du texte hébreu qui est la langue dans laquelle la Torah a été révélée. Ce n'est qu'à partir de ce texte qu'il est possible de comprendre vraiment le message divin. Dès lors il n'est pas possible qu'un texte se présente comme inspiré par Dieu mais dans une autre langue que l'hébreu[11]. Cette traduction en grec est au contraire retenue par l'Église, d'autant que le Nouveau Testament étant écrit en grec, la question de la langue pour l'Ancien Testament ne se pose pas[12]. Entre le premier et le deuxième siècle de notre ère, des traducteurs[n 3] reprennent le texte de la Septante et le corrigent pour qu'il soit plus proche du texte prémassorétique, c'est-à-dire le texte biblique avant la mise en place des signes permettant sa meilleure lecture[9].
Le canon de la Septante accepté par les chrétiens se compose de quatre parties[6] :
- Le Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome ;
- Les « Livres historiques » : Josué, Juges, Ruth, I-II Samuel (I-II Règnes), I-II Rois (III-IV Règnes), I-II Chroniques (I-II Paralipomènes), Esdras, Néhémie, Esther[n 4], Tobie[n 5], Judith[n 5], premier et deuxième Livre des Maccabées[n 5] ;
- Les « Hagiographes » : Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des cantiques, Sagesse de Salomon[n 5], Siracide[n 5] ;
- Les Prophètes : Isaïe, Jérémie, Lamentations, Baruch[n 5], Ézéchiel, Daniel[n 4], Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie.
Lorsque les églises réformées apparaissent au XVIe siècle, le texte de la Bible à garder devient une question importante. Le choix va se porter rapidement vers un retour au texte hébreu pour l'Ancien Testament et un abandon de la liste de la Septante. De ce fait les livres deutérocanoniques sont exclus. D'une part, cela permet de retirer des parties incompatibles avec la théologie protestante comme l'existence du Purgatoire qui pourrait être inféré des versets 43 à 45 du 12 chapitre du deuxième Livre des Maccabées et d'autre part cela s'accorde avec la théorie de la Sola scriptura [13].
Canon de la Bible hébraïque
Le concept de canon hébraïque
Chez les Juifs, l'idée de constituer un canon n'existe pas jusqu'au premier siècle de notre ère. L'auteur juif Flavius Josèphe dans son ouvrage Contre Apion, écrit à la fin du Ier siècle explique qu'il n'existe que 22 livres qui racontent l'histoire des Hébreux et que ceux-ci sont rassemblés en trois groupes[14] : les cinq livres de la Torah, les treize livres prophétiques et les quatre livres d'hymnes ou de préceptes (les Psaumes, le Cantique des cantiques, les Proverbes et Qohélet)[15]. Ce nombre n'est d'ailleurs pas en accord avec l'Apocalypse d'Esdras qui date de la même époque et qui compte 24 livres comme c'est encore le cas de nos jours[16]. Il n'est cependant pas question d'un canon définitif. En effet, chez les prêtres si la Torah n'est jamais remise en cause, en revanche les textes prophétiques ne sont pas toujours mis dans le même ordre et la présence de certains des Ketouvim est discutée. Parmi ces derniers, les Proverbes, le Cantique des cantiques et Qohélet sont sujets à des discussions tout comme le Livre d'Esther qui est un livre prophétique. Les disputes pour savoir si ce sont des livres acceptables ont lieu dans les cercles lettrés mais il semble que ces textes soient bien diffusés chez le peuple juif. C'est justement parce qu'ils sont lus que les sages essaient de voir s'ils sont des livres inspirés[15].
L'idée d'un canon de la Bible hébraïque ne s'impose qu'après l'assemblée de Yabneh aussi appelée synode de Jamnia, c'est-à-dire à la fin du Ier siècle, après la destruction du Second Temple par les Romains[17]. Auparavant, le concept d'une liste close complète et définitive est inconcevable[18]. En effet, les différents courants du judaïsme - Sadducéens, Esséniens, juifs hellénisés - ont des avis divergents sur la liste des livres qui reprennent vraiment le message divin[19].
Théories anciennes abandonnées
Élie Lévita en 1538 explique comment selon lui le canon juif s'est imposé. En -450, Esdras et la Grande Assemblée auraient établi le canon du Tanakh et divisé celui-ci en ses trois parties. Ce canon aurait exclu tous les livres deutérocanoniques et aurait été accepté par l'ensemble des Juifs. Cette hypothèse est la plupart du temps acceptée jusqu'au XIXe siècle[20].
En 1715, le théologien John Ernest Grabe nuance ce consensus et propose une autre théorie, celle d'un canon alexandrin. Si la base reste celle de Lévita, il suggère que chez les juifs de la Diaspora et surtout à Alexandrie aurait existé un ensemble de livres plus important. Le Tanakh décrit par Lévita aurait été complété par les textes rédigés en grec, que ce soit des livres complets ou des ajouts de textes grecs au texte hébreu. C'est ce canon élargi qui aurait été celui connu par les premiers chrétiens et cela expliquerait que les livres deutérocanoniques aient été reconnus comme inspirés[20].
Le synode de Jamnia

Ces théories classiques sont abandonnées au XIXe siècle lorsque Heinrich Graetz propose une nouvelle hypothèse. Selon lui le canon hébreu a été établi au premier siècle de notre ère au synode de Jamnia fondé par Yoḥanan ben Zakkaï. Lors de cette assemblée, les rabbins présents auraient discuté de plusieurs sujets liés à la foi. Entre autres, il semble qu'ils aient proposé pour la première fois une liste des livres inspirés. Cette hypothèse est cependant combattue, entre autres par le docteur écossais William M. Christie, qui juge qu'elle ne repose sur aucune source. Si l'hypothèse d'un canon établi à Jamnia est retenue, cela ne signifie pas qu'il s'impose aussitôt à tout le peuple juif. Il aurait été accepté seulement par un groupe de rabbins et, quoi qu'il en soit, les discussions pour juger de la validité de certains livres ont continué au moins jusqu'au IVe siècle[21]. Il semble que sur ce sujet, les rabbins se souciaient surtout de lister les livres sacrés pour savoir s'il fallait se purifier avant de les prendre en main[22].
Canon samaritain
À côté du canon hébreu existe aussi un canon bien plus restreint reconnu seulement par les Samaritains. Ceux-ci n'acceptent que les seuls premiers cinq livres comme inspirés par Dieu (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome). De plus le texte connaît près de 6000 variantes avec le texte massorétique et les deux divergent sur de nombreux points. Le plus crucial est la place accordé au mont Garizim qui est selon les Samaritains celui où devait se trouver le temple de Dieu. Cette extrême importance accordée à ce lieu expliquerait pourquoi tous les autres livres de la Bible sont rejetés. En effet, dans ceux-ci c'est Jérusalem qui est le centre religieux et c'est là que le temple des Juifs est construit[23].
Livres deutérocanoniques
Aux 39 livres qui se retrouvent dans le Tanakh, l'Église catholique en ajoute sept, appelés livres deutérocanoniques. Deutéro vient d'un mot grec qui signifie "deuxième" ; cela sert à montrer que ces livres font partie d'un second canon de livres qui ne sont pas acceptés par les juifs. Ces sept livres sont plus récents que ceux du Tanakh et ont été écrits en grec, ou bien, s'ils ont été auparavant écrits en hébreu, il ne reste que leur traduction grecque[24]. Ces sept livres sont appelés apocryphes, et ne sont donc pas reconnus comme inspirés, par les protestants mais sont souvent, dans les premiers temps du mouvement, placés entre l'Ancien et le Nouveau Testament[25]. Ils font partie des antilegomena, terme générique qui inclut aussi les livres d'inspiration chrétienne mais qui ne font pas partie du canon[26].
L'opinion ancienne des biblistes était que le canon chrétien, avec les livres deutérocanoniques, était issu du choix des livres en cours dans la communauté juive d'Alexandrie. Ce dernier aurait donc compris plus de livres que le canon resserré qu'on trouvait à Jérusalem. La découverte des manuscrits de la mer Morte a entraîné la remise en cause de cette théorie puisque certains de ces livres, comme le Siracide ou le livre de Tobie, étaient présents à Qumrân. Il semble donc que plusieurs «canons» coexistaient dans les lieux où vivaient les communautés juives. Cette idée est renforcée par le fait que des choix textuels de la Bible des Septante se retrouvent dans les Bibles découvertes à Qumrân[26]. Les chrétiens auraient gardé ces textes deutérocanoniques pour deux raisons. La première est que les livres auraient été utilisés pour montrer que la venue du Christ était annoncée dans plusieurs livres du Tanakh[27]. La seconde était de faire le lien entre l'histoire des hébreux et la nouvelle alliance. Les textes de Tobie, Judith et des Maccabées permettent de ne pas arrêter l'histoire des Hébreux à la reconstruction du Temple et à Esdras et de montrer que le christianisme naissant s'intègre au récit historique des Hébreux. Les textes sapientiaux comme le livre de la Sagesse montrent quant à eux que l'inspiration divine n'a pas cessé avec la réforme d'Esdras, alors que c'était la position dominante chez les Juifs[27].
Un dernier point qui peut expliquer la présence de ces livres dans la Bible chrétienne et son absence dans le Tanakh est que les premiers chrétiens lisaient surtout le texte grec de la Septante alors que les Juifs se référaient plutôt à la Bible en hébreu. Or, les livres deutérocanoniques sont à cette époque surtout disponibles en grec. Les Juifs affirment leur fidélité à la tradition en rejetant ce qui vient du monde grec païen et en même temps à tout ce qui pourrait justifier les prétentions des premiers chrétiens. Dans un mouvement contraire à celui des communautés chrétiennes, qui voient dans les livres deutérocanoniques une annonce de la venue du Christ, en rejetant ceux-ci les Juifs refusent les lectures chrétiennes de la Bible[28].
Présence des livres dans les canons
Ce tableau montre quels livres sont considérés comme canoniques par les religions qui considèrent que la Bible est le livre qui transmet le message divin. Les explications et les sources sont données plus bas (partie : Particularités des canons de chaque église chrétienne).
| Nom | Bible samaritaine | Tanakh | Protestantisme | Catholicisme | Églises orthodoxes | Église orthodoxe tewahedo | Églises syriaques |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Livre de la Genèse | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de l'Exode | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Lévitique | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre des Nombres | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Deutéronome | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Josué | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre des Juges | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livres de Samuel | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Premier et Deuxième Livre des Rois | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Isaïe | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Jérémie | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui (comprend le livre des Lamentations, l'épître de Jérémie et le livre de Baruch) | Oui |
| Livre d'Ézéchiel | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Osée | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Joël | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Amos | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Abdias | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Jonas | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Michée | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Nahum | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Habacuc | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Sophonie | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Aggée | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Zacharie | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Malachie | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre des Psaumes | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Job | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre des Proverbes | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui (divisé en 2 parties : Messalë (chapitres 1 à 24) et Tägsas (chapitres 25 à 31)[29]. | Oui |
| Livre de Ruth | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Cantique des cantiques | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Ecclésiaste | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre des Lamentations | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui (inclus dans Jérémie) | Oui |
| Livre d'Esther | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Daniel | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre d'Esdras | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui (compte 1 avec le livre de Néhémie) | Oui |
| Livre de Néhémie | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui (compte 1 avec le livre d'Esdras) | Oui |
| Livres des Chroniques | Non | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Prière de Manassé (inséré à la fin du second livre des Chroniques) | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Tobie | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Judith | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Premier Livre des Maccabées | Non | Non | Non | Oui | Oui | Non | Oui |
| Deuxième Livre des Maccabées | Non | Non | Non | Oui | Oui | Non | Oui |
| Troisième Livre des Maccabées | Non | Non | Non | Non | Oui | Non | Oui (parfois) |
| Quatrième Livre des Maccabées | Non | Non | Non | Non | Oui | Non | Oui (parfois) |
| Livre de la Sagesse | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Siracide | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Livre de Baruch | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui (inclus dans Jérémie) | Oui |
| Épître de Jérémie | Non | Non | Non | Oui (6e chapitre du Livre de Baruch) | Oui | Oui (inclus dans Jérémie) | Oui |
| Épître de Baruch | Non | Non | Non | Non | Non | Non | Oui (parfois) |
| Troisième Livre d'Esdras | Non | Non | Non | Non | Oui | Oui | Oui (parfois) |
| Apocalypse d'Esdras | Non | Non | Non | Non | Non | Oui | Oui (parfois) |
| Livres des Maccabées éthiopiens | Non | Non | Non | Non | Non | Oui (3 livres) | Non |
| Josippon | Non | Non | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Livre des Jubilés | Non | Non | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Livre d'Hénoch | Non | Non | Non | Non | Non | Oui | Non |
| Psaume 151 | Non | Non | Non | Non | Oui (dans certaines églises orthodoxes) | Oui | Oui |
Construction du canon du Nouveau Testament
Après la crucifixion de Jésus, son message est diffusé oralement par ses disciples. La mise par écrit de sa biographie et de ses paroles n'est pas immédiate. Les premiers textes chrétiens apparaissent dans la deuxième moitié du premier siècle avec les lettres de Paul de Tarse. D'autres lettres évangéliques sont écrites durant la même période comme la Première épître de Clément et l'épître de Barnabé. C'est de la même période que date la Didachè qui est un texte expliquant les règles que doivent suivre les membres d'une communauté chrétienne[30],[31]. Viennent ensuite les Évangiles, les Actes des Apôtres, l'Apocalypse mais aussi des textes comme le Pasteur d'Hermas. Ainsi d'une tradition orale passe-t-on à une multiplication d'écrits chrétiens entre la deuxième moitié du premier siècle et celle du deuxième siècle. Ces textes ne sont pas tous reconnus comme inspirés par Dieu et pour certains la décision de les considérer comme saints ou de les rejeter comme apocryphes a pris du temps[32]. Par ailleurs, l'Église fait face à des discours considérés comme hérétiques qui s'appuient sur des textes jugés de ce fait mensongers. Faire une liste des seuls textes reconnus par l'Église s'impose donc[33] pour que ceux-ci soient les seuls lus lors des cérémonies religieuses[34].
La lente formation du canon
La mise en place du canon du Nouveau Testament a longtemps été datée de la deuxième moitié du IIe siècle. Ce sont Adolf von Harnack suivi par Hans von Campenhausen[35] qui développent cette thèse. À cette date, les quatre évangiles, les Actes des Apôtres, les épîtres de Paul, la première épître de Pierre et la première de Jean forment le canon et les autres livres sont encore sujet de discussion. La liste finale est établie dans la deuxième moitié du IVe siècle comme le montre la lettre festale d'Athanase. Contre cette opinion, Albert Sundberg, dans The Old Testament of the Early Church, tend à démontrer que la clôture du canon du Tanakh dans la communauté juive au premier siècle a influencé le choix des livres gardés par l'Église. Cela s'est cependant fait lentement et c'est seulement au IVe siècle qu'il est achevé. Ce processus lent a fait que le canon des textes chrétiens a été décidé en même temps. Auparavant, si certains textes étaient reconnus comme inspirés et avaient une autorité religieuse, ils n'étaient pas encore inscrits dans une liste fermée. Selon Jean-Daniel Kaestli, l'opposition dans la chronologie tient plutôt à une vision différente du terme canon. Dans le premier cas, il s'agit d'une série de livres considérés comme inspirés mais dans une liste qui n'est pas nécessairement close, alors que dans le second, on parle de canon seulement si aucun livre ne peut être ajouté ou supprimé de la liste[36].
Le canon de Marcion (vers 150)
Le premier canon de livres chrétiens est dû à Marcion. Celui-ci rejette tous les textes hébreux au motif que la parole du Christ les rend caducs. Seuls importent les textes qui reprennent ou expliquent les paroles de Jésus. Il garde seulement l'évangile selon Luc et dix lettres attribuées à Paul (l'épître aux Galates, la première et la deuxième épître aux Corinthiens, l'épître aux Romains,la première et la deuxième épître aux Thessaloniciens, l'épître aux Éphésiens, l'Épître aux Colossiens, l'épître aux Philippiens et l'épître à Philémon)[37]. Par ailleurs, il procède à un travail d'édition sur l'évangile de Luc et certaines des lettres en ôtant tout ce qui pourrait provenir de la tradition juive. Ce faisant, il n'innove pas car certains de ses retraits ont été identifiés comme remontant à une époque antérieure et il est dans le droit fil d'une tradition classique qui consiste à retrouver le texte d'origine en retirant les interpolations ou les ajouts faits par les scribes. Comme sa doctrine est considérée comme hérétique, le canon de Marcion n'a cependant pas d'effet sur le choix des textes considérés comme saints dans l'Église[38].
Le fragment de Muratori

En 1740 Ludovico Antonio Muratori publie un texte de 85 lignes conservé dans un codex du VIIe siècle ou VIIIe siècle. Ce texte est incomplet mais il liste les livres qui sont reconnus comme inspirés par l'Église catholique[39]. S'y trouvent les quatre évangiles (aucun autre n'est même nommé ce qui laisse supposer que leur caractère non-canonique était évident)[40], les Actes des Apôtres[40], douze lettres de Paul (l'épître aux Hébreux est absente)[41] et trois lettres catholiques : celle de Jude et deux de Jean[42]. Depuis la fin du XIXe siècle le fragment était daté de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle. Adolf von Harnack l'attribuait à l'évêque Victor mort en 199. Mais cette datation a été récusée par Sunberg en 1973, qui date le fragment de Muratori du IVe siècle et lui donne une origine orientale. Si cela est vrai alors cela en fait une liste parmi les autres et lui retire son statut de liste inaugurale[39].
Les évangiles
Les plus anciennes traces des évangiles datent de la première moitié du IIe siècle ; Le papyrus P52 qui contient quelques phrases de l'évangile selon Jean est habituellement daté vers 130[43]. Cependant des témoignages de pères de l'Église montrent que d'autres évangiles étaient déjà diffusés au IIe siècle. En effet, Justin de Naplouse dans sa première apologie écrit « les apôtres dans les mémoires qu'ils ont écrites, que l'on appelle évangiles »[44]. De plus dans son Dialogue avec Tryphon il cite des passages de l'évangile selon Matthieu et de celui de Marc[45]. Les quatre évangiles canoniques sont donc utilisés dans les églises dés la première partie du IIe siècle au plus tard[45].
- Papyrus P52
- Recto
- Verso
Le Diatessaron de Tatien
En 172 ou après Tatien écrit le Diatessaron qui est une harmonie des évangiles dont il ne reste que des fragments. Il semble être parti d'une précédente utilisée par Justin de Naplouse mais qui ne gardait que les trois évangiles synoptiques[46]. Partant de ce document, il aurait ajouté l'Évangile selon Jean et peut-être des parties d'autres évangiles qui ne sont pas reconnus comme canoniques[47],[48]. Cela signifie qu'il n'existait pas encore à l'époque de Tatien un canon des quatre évangiles[49].
Vers une canonisation des quatre évangiles
Selon Theodor Zahn (1838-1933) et Adolf von Harnack (1851-1930)[n 6] les quatre évangiles sont établis et forment une partie du canon dès le début du IIe siècle. Cependant, la recherche actuelle met à mal cette opinion en montrant l'importance de la tradition orale chez les pères de l'Église et la multiplication d'autres évangiles, plus tard catalogués comme apocryphes[50].
Vers 180, Irénée de Lyon écrit Contre les hérésies. Même s'il ne s'agit pas d'une réponse au Diatessaron, ce texte aborde la question de la pluralité des évangiles et justifie l'existence de quatre textes différents dont aucun ne peut être retiré et auxquels aucun autre ne peut être ajouté[51],[n 7].
« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles [quatre]. En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit »[52].
Lettres
Épîtres pauliniennes
Quatorze lettres sont attribuées à Paul mais sept seulement sont jugées comme authentiques et constituent le plus ancien texte chrétien. Ces sept auraient été écrites avant les évangiles puisqu'elles sont habituellement datées entre 50 et 60[53],[54]. Les autres auraient été écrites par des disciples de Paul[55]. Cependant, dans les premiers temps du christianisme elles sont le plus souvent considérées comme étant toutes de la main de Paul[54]. Marcion ne reconnaît que dix épîtres sur ces quatorze[37].
L'Épître aux Hébreux, dont l'attribution à Paul a été longtemps discutée, est désormais considérée par les spécialistes comme l'œuvre d'un auteur inconnu[56]. Elle n'a pas été acceptée immédiatement dans le canon et n'est pas présente dans les premiers recueils des lettres de Paul[57]. Encore au IIIe siècle, à Rome, l'auteur chrétien Caïus rejette cette lettre alors que dans les Églises d'Orient, elle fait déjà partie du corpus paulinien depuis la fin du IIe siècle[58].
Autres épîtres
À l'époque d'Eusèbe de Césarée, c'est-à-dire fin du IIIe siècle - début du IVe siècle, les épîtres catholiques ne sont pas encore toutes acceptées. Dans la liste des livres reconnus qui se trouve dans son Histoire ecclésiastique (III, 25,1-7), écrite au plus tard en 324, figurent seulement la première de Jean et la première de Pierre. Les autres (épître de Jacques, épître de Jude, deuxième épître de Pierre, deuxième et Troisième épître de Jean) sont marquées comme contestées. En revanche, Athanase dans sa lettre festale datée de 367 inclut ces sept lettres dans les livres reconnus par l'Église[59],[60]. Cependant il faut attendre la fin du IVe siècle pour qu'elles soient définitivement acceptées par le Synode de Hippo Regius en 393 et les synodes de Carthage de 397 et 419[61].
Apocalypse
La canonisation du dernier livre du Nouveau Testament a aussi été difficile. S'il est souvent reconnu par les pères de l'Église au IIe siècle (Justin de Naplouse, Irénée de Lyon, Tertullien, etc.) et qu'il est présent dans le Fragment de Muratori, il est ensuite mis en question. En effet, l'hérésie montaniste valorisait les textes qui pouvaient servir à défendre son millénarisme. Le rejet par l'Église de cette hérésie a aussi entraîné une suspicion sur tous les apocalypses qui pouvaient circuler. Par ailleurs Denys d'Alexandrie, cité par Eusèbe de Césarée, démontre que l'auteur de l'Apocalypse ne peut être le même que celui de l'Évangile et cette critique philologique et stylistique va encore plus semer le doute sur la nature inspirée de ce texte[62]. En 692, lors du Concile in Trullo la canonicité de l'Apocalypse n'est toujours pas assurée, du moins dans l'Église grecque. En effet, les mêmes synodes africains qui avaient reconnus les épîtres catholiques admettent dans le canon l'Apocalypse[63].
Les textes rejetés
Dans les premiers siècles du christianisme, ce qui importait aux pères de l'Église était de savoir si tel ou tel texte pouvait être lu. Il fallait éviter que des idées hérétiques se propagent chez les fidèles. En dehors de ces récits condamnés, il existait de nombreux évangiles ou de textes qui pouvaient être lus, voire qui pouvaient se retrouver au même rang que ceux qui étaient canoniques[64]. Ainsi, le Pasteur d'Hermas s'il n'est déjà plus accepté comme un livre canonique au IVe siècle comme l'indique Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique[65] était dans les premiers temps du christianisme très estimé et il se trouve dans certaines listes de textes faisant partie du Nouveau Testament[66].
Il en est de même pour l'Apocalypse de Pierre, daté du début du IIe siècle et qui est reconnu comme canonique par plusieurs pères de l'Église. Dans le canon de Muratori l'auteur marque que l'Église catholique le reconnaît mais que certains ne l'acceptent pas[67]. Toutefois, au IVe siècle plus aucune liste des livres saints ne le mentionne[68].
Particularités des canons de chaque église chrétienne
La définition d'un canon n'est pas une priorité pour les premiers chrétiens. En revanche, lorsque le christianisme est reconnu dans l'Empire romain au IVe siècle, plusieurs conciles en définissent un[69]. C'est un outil pour lutter contre les hérésies qui s'appuient souvent sur des textes qui vont à l'encontre de la doctrine de l'Église[33]. Ainsi, la tradition affirme qu'en 382 au concile de Rome une liste des livres canoniques est établie dans un décret, non daté, attribué au pape Damase Ier. Cette liste est reprise lors du concile d'Hippone en 393 et ceux de Carthage en 397 et 419[69]. La liste complète et officielle établie à Carthage en 397 est la plus ancienne qui nous soit parvenue. Cependant, malgré ces listes, les discussions pour savoir s'il faut garder tel ou tel livre ne cessent pas[25].
Canon catholique
Dans le cas de l'Église catholique, c'est le concile de Trente (1545-1563) qui a définitivement confirmé le canon des Écritures, en énumérant par le De canonis scripturis du les livres reconnus comme inspirés. Font partie de ce canon quarante cinq livres (ce chiffre sera porté à quarante six lorsque le livre des Lamentations sera distingué du livre de Jérémie) pour l'Ancien Testament et vingt-sept pour le Nouveau Testament. En revanche, aucune version du texte biblique (vulgate ou septante) n'est jugé canonique[70].
Canon orthodoxe
Dans sa Lettre festale XXXIX, en 367, Athanase d'Alexandrie cite les vingt-sept livres du Nouveau Testament. Il indique que les livres qui seront beaucoup plus tard appelés deutérocanoniques par Luther au XVIe siècle dans son désaccord avec l'Église catholique, ainsi que la Doctrine des douze apôtres (la Didachè), et le Pasteur d'Hermas, (aujourd'hui rangés parmi les écrits des Pères apostoliques), ne sont pas inclus dans le canon[71].
Les grecs finissent par accepter l'intégralité du canon occidental au concile in Trullo en 692[72], c'est-à-dire tous les livres présents dans la Bible catholique, y compris les deutérocanoniques[73]. Sont ajoutés les livres d'Esdras 3 (appelé 1 Esdras en grec et 2 Esdras en vieux-slave) et le troisième Livre des Maccabées. D'autres livres sont en plus recommandé à la lecture. Il s'agit du quatrième livre d'Esdras dans l'église russe orthodoxe qui l'appelle 3 Esdras et du quatrième Livre des Maccabées dans l'Église grecque orthodoxe. On trouve aussi le Psaume 151 et la prière de Manassé[74].
Toutefois, après la réforme luthérienne, la tendance a été de revenir à un canon court reprenant le canon hébraïque sans que cela empêche que des livres jugés apocryphes par les catholiques et les protestants comme le second livre d'Esdras ou le troisième livre des Maccabées soient utilisés lors de la liturgie. Il n'y a finalement pas de règle établie formellement pour définir le canon des écritures. C'est seulement l'habitude d'utiliser les mêmes livres que ceux définis par le concile de Trente qui forme le canon orthodoxe[73].
Canon orthodoxe tewahedo

La Bible des Septante a été traduite en Guèze entre le IVe siècle et VIIe siècle. Mais en plus des textes qui s'y trouvent, la Bible éthiopienne y ajoute des écrits considérés comme apocryphes par les autres églises tels que l'Apocalypse d'Esdras et le Livre des Jubilés. D'autres textes comme le Pasteur d'Hermas ont été traduits à la même époque sans être pour autant introduis dans ce canon. Il semble qu'à cette époque, l'église éthiopienne utilisait un canon ouvert et qu'il n'existait pas de liste des textes considérés comme inspirés. Finalement, c'est aux XIVe siècle et XVe siècle, et surtout sous le règne de Zara Yaqob, que le canon est mis en place même s'il s'agit d'un canon dont les livres varient d'une édition à l'autre. En effet, le négus lutte contre les hérésies présentes et s'appuie sur un choix de textes qui puissent les contredire. Entre autres il établit qu'il existe 81 livres saints. Il justifie cela en faisant référence au Sinodos qui est un recueil ancien d'ordonnances ecclésiastiques, attribuées aux apôtres et datée aux plus tard du Ve siècle[75]. Une autre de ses sources est, semble-t-il, le Fetha Negest, écrit entre le XIIIe siècle et le XVe siècle et lui-même basé sur le sinodos mais arrivé en Éthiopie par une traduction d'un texte arabe compilant des ouvrages byzantins[76].
Après Zara Yaqob, le canon reste fluide. Jubilés, 1 Hénoch, le Sinodos, le Testamentum Domini et la Didascalie clémentine sont rarement présents dans les Bibles imprimées, même si le nombre de 81 livres est toujours mis en avant. Pour le négus, l'origine apostolique du nombre impose de le retrouver dans les Bibles et cela s'est perpétué mais cela n'a pas entraîner une liste fermée[75].
Depuis, le canon existe sous deux formes : une brève et une longue. Mais dans les deux cas, il compte 81 livres. La forme longue comporte plus de livres mais d'autres du canon bref sont reliés et comptent pour un. Ainsi Jérémie, les lamentations, Baruch et les textes deutérocanoniques de Jérémie comptent pour un seul livre dans le format long alors que le format court compte trois livres. En regroupant des livres, le format long du canon peut accueillir huit livres qui ne sont pas dans le format court à savoir les quatre livres du sinodos, les deux livres du Testamentum Domini appelés Mäshafä Kidan, trois lettres de Clément de Rome (qui comptent pour un livre) et le Qälëmentos[77],[78].
Canon protestant
Lorsque Martin Luther entre en opposition avec l'Église, la question d'un canon biblique n'est pas centrale. Cependant, son importance grandit rapidement puisque les opinions des deux parties s'appuient sur des lectures différentes des livres saints. Ainsi, accepter le deuxième Livre des Maccabées permet de valider l'existence du Purgatoire. De plus les protestants considèrent que seul compte le texte de la Bible (ce principe est nommé Sola scriptura), alors que les catholiques pensent que la tradition est de même valeur si la Bible ne dit rien sur le sujet[79]. En affirmant cela, les protestants sont obligés de définir quels sont les écrits inspirés sur lesquels la foi se fonde. Andreas Bodenstein dans son livre De canonicis Scripturis libellus publié en 1521 accepte seulement les textes de l'Ancien Testament écrits en hébreu. Il nomme les autres apocryphia et les divisent en deux groupes. Le premier comprend le livre de la Sagesse, l'Ecclésiastique, Judith, Tobit et les deux premiers livres des Maccabées et bien qu'ils ne soient pas saints peuvent être des lectures utiles pour les chrétiens. Celles-ci ne doivent cependant pas se faire au dépend des autres livres de la Bible. Le second groupe, composé d'Esdras 1 et 2, Baruch, de la prière de Manassée et des chapitres additionnels de Daniel sont à rejeter totalement. En 1526, une édition de la Bible en néerlandais est publiée à Anvers. Elle est la première à mettre entre l'Ancien et le Nouveau Testament les livres apocryphes. Luther en 1534 publie sa Bible dans laquelle les livres deutérocanoniques, indiqués comme Apocrypha sont présents mais sont précédés d'une préface dans laquelle il insiste sur leur caractère non-canonique[13].
Même si le choix de rejeter les livres deutérocanoniques a été immédiatement accepté chez les protestants, il faut attendre 1561 pour que cela soit clairement inscrit dans la Confession de la Foi belge (articles 4 à 6)[80]. En 1563, c'est l'église anglicane qui fait de même dans les Trente-neuf articles[81],[82].
Le canon protestant de l'Ancien Testament comprend les mêmes livres que le canon juif de la Bible hébraïque, bien qu'il divise certains livres et les ordonne différemment, ce qui le distingue des canons orthodoxe et catholique, qui ont fait le choix de suivre la Septante. Le canon protestant de l'Ancien Testament comprend ainsi 39 livres[83].
La liste des livres du nouveau testament est la suivante :
- Évangiles selon Matthieu, Marc, Luc, Jean; Actes des Apôtres, Épîtres de Paul aux: Romains, Corinthiens I, Corinthiens II, Galates, Éphésiens, Philippiens, Colossiens, Thessaloniciens I, Thessaloniciens II, Timothée I, Timothée II, Tite, Philémon; Hébreux, Jacques, I et II Pierre, I, II et III Jean, Épître de Jude, Apocalypse[80],[84].
Selon les églises réformées, le canon est une collection de livres faisant autorité par eux-mêmes. Ces livres avaient leur autorité avant d'être canonisés par l'Église. Mais dans le sens le plus élémentaire, ni les individus ni les conciles n'ont créé le canon. Au contraire, ils en sont venus à percevoir et à reconnaître la qualité de ces écrits, qui se sont imposés comme canoniques. Cette conviction de leur autorité divine "vient de l'œuvre intérieure du Saint-Esprit, témoignant par, et avec, la Parole dans nos cœurs" (Confession de Westminster, 1.5)[85].
Canon syriaque
Le canon des églises syriaques est quasiment le même que celui des églises catholique et orthodoxe. Quelques livres ont plus de mal à s'imposer (Esther, Job, Cantique des Cantiques, Esdras-Néhémie, Chroniques) mais maintenant ils sont présents dans les Bibles syriaques tout comme les livres deutérocanoniques. Sont parfois ajoutés les livres 3 et 4 d'Esdras, les livres 3 et 4 des Maccabées, la prière de Manassée et le Psaume 151 dans l'Église syriaque orthodoxe. Enfin, l'Épître de Baruch, mais pas l'Apocalypse syriaque de Baruch dans lequel se trouve cette lettre, est parfois attesté[74].