Caricatures de Victor Hugo
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Les caricatures de Victor Hugo désignent l'ensemble des caricatures, dessins satiriques et illustrations, parus dans la presse écrite, représentant Victor Hugo, homme de lettres et personnalité politique.
La lithographie, inventée en 1796, offre une facilité d’utilisation et une qualité qui ont séduit les caricaturistes [1]. Ceux-ci trouvent, dans la presse satirique en pleine expansion, le véhicule idéal de leurs œuvres [2]. Quelques artistes de talent ayant pour noms Daumier, Gill, Granville, Cham, Nadar, Roubaud, collaborent à des journaux républicains, tels Le Charivari, La Charge, La Mode, Le Journal pour rire et La Caricature. D’autres, dont le plus connu est Sarcus, dit Quillenbois, publient dans des journaux monarchistes, légitimistes, comme Le Caricaturiste [3]. Sous la monarchie de Juillet, le Victor Hugo porte-étendard de la révolution littéraire va vite devenir un sujet de choix pour eux.
Différents visages de Hugo
Homme privé
La vie privée de Victor Hugo n’a été que très rarement abordée. La mort de son fils Charles en 1871 est évoquée par Faustin[4]. Ses petits-enfants, rendus pourtant célébrissimes par les poèmes qui leur sont consacrés, restent dans l’ombre du grand homme [5]. Le Hugo, grand coureur de jupons et bigame n’est pas brocardé autant qu’on aurait pu s’y attendre. À la suite du décès de Juliette Drouet, une caricature fait allusion à son goût pour les très jeunes femmes avec une perfidie discrète [6], mais la liaison avec sa maîtresse de près de cinquante ans n'est pas évoquée par la presse.
Homme public
Littérateur
Les portraits-charges de Hugo, dès les années 1830, témoignent d’un regard à la fois irrévérencieux et admiratif sur l’artiste convaincu de son génie, sûr de la justesse de ses théories littéraires et opiniâtre dans ses luttes. À partir des années 1860, le banni - prêt aux plus grands sacrifices pour la défense du droit acquiert une stature morale. C’est ainsi que Carjat le représente dans Le Drolatique du – campé sur le rivage de l’exil, déterminé, le regard fixé dans les yeux du lecteur [7]. Après la publication en quatorze années seulement des Odes et Ballades, des Feuilles d’automne, des Chants du crépuscule, des Voix intérieures, du recueil les Rayons et les Ombres ; après le triomphe de Notre-Dame de Paris ; après les représentations d’Hernani, de Lucrèce Borgia, de le Roi s’amuse, des Burgraves, et d’autres œuvres encore, Victor Hugo a acquis le titre de maître incontesté du courant romantique. Aussi est-il représenté seul ou surdimensionné par rapport à ses collègues en littérature [8]. Puis, sous la Troisième République, il finit par être reconnu l’égal de tous ces écrivains entrés dans l’histoire, à l’instar de Voltaire, et l’acharnement d’un nouveau-venu appelé Zola à vouloir déboulonner la statue du maître est raillé par les caricaturistes [9].
Engagement politique
Son entrée en politique en 1848 comme député suscite la méfiance et une réputation d’opportunisme commence à lui être attachée. Les caricaturistes ne se privent pas d’ironiser sur le royaliste devenu admirateur de Napoléon puis soutien de Louis Napoléon Bonaparte pour finir républicain [10]. Pendant le Second Empire, sous couvert de célébrer Victor Hugo l’auteur immense, la presse rend hommage à Hugo l’indomptable proscrit. Même Daumier passe de la défiance à une admiration affichée dans sa célèbre lithographie où il représente l’aigle de Napoléon III écrasé sous les Châtiments [11]. Seuls les journaux royalistes – monarchistes ou légitimistes – et d’un catholicisme militant affichent leur hostilité au renégat de 1848 devenu adversaire de l'Église [12].
Physique
Le front gigantesque qui deviendra la signature visuelle de Hugo apparaît pour la première fois dans un dessin-charge de Michel Delaporte le [13]. Benjamin Roubaud, notamment, va fixer les traits distinctifs de la caricature en prolongeant le front d’une ample chevelure peignée en arrière, comme dans son Panthéon charivarique, qui a illustré des générations de manuels scolaires [14]. Daumier, quant à lui, accentue la posture du lutteur – tête baissée, bras croisés, visage fermé [15]. Selon le moment de sa carrière, le poète est souvent accompagné d’objets symboliques de son œuvre ou de son génie tels que la cathédrale de Paris, des piles de livres, des étendards, une lyre ; il se retrouve vêtu d’une toge. Il finit par être associé aux forces de la nature – le soleil, la mer avant d’entrer dans le panthéon terrestre et divin [16].
Réaction face aux descriptions données
Très tôt, Hugo choisit d’accepter l’image, quelle qu’elle puisse être, que la presse donne de lui. En , il confie à Antoine Fontaney : « Tout article est bon ! Pour bâtir votre monument, tout est bon ! Que les uns y apportent leur marbre, les autres leur moellon ! Rien n’est inutile[17] ! » D’ailleurs Hugo et Juliette Drouet furent longtemps abonnés au Charivari dont ils se plaisaient à découper certains articles et dessins [18]. On connaît une lettre que Hugo écrit à Balzac pour le prier d’empêcher la parution d’un article particulièrement acerbe à la suite de son discours de réception à l’Académie française, mais il semble ne s’être jamais opposé à la publication de portraits-charges [19].