Cartel Amiri

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Cartel Amiri est le nom donné par les services de police et la presse à une organisation criminelle structurée, active en France depuis le milieu des années 2010. Dirigée par le criminel montpelliérain Malik Amiri, surnommé «L'Amiral», l'organisation est spécialisée dans le trafic de stupéfiants à grande échelle, le trafic d'armes de guerre, les enlèvements, ainsi que les règlements de comptes d'une violence extrême[1].

Type
Organisation criminelle
Siège
Montpellier (présumé)
Membres
30 à 250 (estimation SRPJ)
Faits en bref Zone d'activité, Type ...
Cartel Amiri
Cadre
Zone d'activité
Type
Organisation criminelle
Siège
Montpellier (présumé)
Organisation
Membres
30 à 250 (estimation SRPJ)
Fondateur
Budget
Plusieurs centaines de millions d'euros
Fermer

Considéré comme l'un des réseaux les plus puissants et les plus brutaux du sud de la France au cours de la décennie 2010-2020, son influence s'est étendue de l'Hérault aux départements voisins du Gard, du Bouches-du-Rhône et jusqu'en Corse[2].

Histoire

Origines et structuration (2013-2016)

Les origines du Cartel Amiri remontent à la bande formée dans le quartier du Petit Bard à Montpellier par Malik Amiri dès son adolescence. Après ses premiers démêlés avec la justice à partir de 2013, Amiri aurait progressivement structuré son groupe, imposant une discipline inspirée du grand banditisme[3].

C'est entre 2015 et 2016 que le réseau aurait pris de l'ampleur, passant d'un simple groupe de trafic de quartier à une organisation criminelle structurée. Malik Amiri, alors âgé de 17 à 18 ans, aurait mis en place une hiérarchie stricte composés de lieutenants chargés de la logistique, du recrutement et de la collecte des fonds. Cette période est marquée par une stratégie visant à éliminer les groupes rivaux notamment à Nîmes et dans la banlieue de Marseille[4].

Apogée et expansion (2017-2021)

La période 2017-2021 constitue l'apogée du cartel. L'organisation met en place des filières de Go fast depuis l'Espagne pour acheminer de grandes quantités de cocaïne et de résine de cannabis[5]. Le cartel se diversifie également dans le trafic d'armes, important des fusils d'assaut type Kalachnikov, des lance-roquettes et des grenades depuis les pays d'Europe de l'Est[6].

Le cartel se signale par des actions d'une cruauté exceptionnelle, utilisant la torture et les exécutions publiques pour semer la terreur. L'affaire de l'homicide de "B. Karim", un rival nîmois éventré et laissé pour mort dans une décharge en 2018, est emblématique de ses méthodes[7].

Violences, règlements de comptes et propagande

Outre les actes de violence, le cartel aurait, notamment à travers la figure de Malik Amiri dit «Fazer», eu recours à une propagande intense afin d'intimider ses alliés comme ses adversaires. Le chef présumé aurait fait filmer des sévices, des exécutions et des humiliations, puis diffusé ces images sur des réseaux de messagerie chiffrés et des groupes privés, dans un objectif de dissuasion et de contrôle interne[8]. Ces vidéos, souvent accompagnées de menaces explicites, auraient servi à terroriser les groupes rivaux, à prévenir les trahisons et à maintenir un climat de peur au sein de l'organisation, ses propres rangs, renforçant ainsi l'autorité d'Amiri tant sur le plan psychologique que physique[9].

Démantèlement et poursuites (depuis 2021)

En mars 2021, une vaste opération coordonnée par l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), baptisée "Sahara", aboutit à l'arrestation de Malik Amiri et d'une dizaine de ses proches à Montpellier, Nîmes et Marseille[1]. Malgré l'incarcération de son chef, le cartel est soupçonné de poursuivre ses activités, dirigé depuis la prison de Fleury-Mérogis par Amiri via des téléphones portables clandestins[10].

La libération conditionnelle d'Amiri en septembre 2022 pour raisons médicales est suivie de sa mise en examen dans le cadre d'une information judiciaire ouverte par le parquet national antiterroriste (PNAT), certaines affaires ayant été requalifiées en «association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime terroriste» en raison de la possession d'armes de guerre[11]. Un procès majeur, impliquant plusieurs dizaines de prévenus, est attendu pour 2026.

Organisation et activités

Structure hiérarchique

Le Cartel Amiri est décrit par les enquêteurs comme une organisation pyramidale très structurée[3]. Au sommet, Malik Amiri prendrait toutes les décisions stratégiques. Il serait entouré d'un cercle rapproché de lieutenants, souvent des amis d'enfance du Petit Bard, chargés de superviser les différentes cellules opérationnelles[12].

Ces cellules sont spécialisées:

  • Cellule logistique et transport: Organise les filières de Go Fast, la location de véhicules volés ou loués sous de fausses identités, et la gestion des planques.
  • Cellule "produit": Gère l'approvisionnement en stupéfiants (principalement depuis l'Espagne et le Maroc) et en armes (depuis les Balkans et l'Europe de l'Est). Elle est également responsable du "coupage" des produits et de leur redistribution.
  • Cellule "sécurité" et "action": Composée des membres les plus violents, elle est chargée des règlements de comptes, des intimidations, des enlèvements et de la protection des hauts responsables du cartel.
  • Cellule financière: Gère la collecte des revenus, le blanchiment d'argent et l'investissement dans des économies légales.

Le compartimentage est une règle d'or. Chaque membre ne connaît que ses contacts directs, ce qui a longtemps compliqué le travail des enquêteurs[9].

Activités criminelles

Le Cartel Amiri est une organisation "polyvalente" dont les activités principales et secondaires génèrent des profits estimés à plusieurs centaines de millions d'euros[13].

Trafic de stupéfiants

C'est le cœur de l'activité du cartel. L'organisation est spécialisée dans l'importation de cocaïne de grande pureté et de résine de cannabis à grande échelle. Le réseau serait responsable de l'introduction de plusieurs tonnes de résine et de centaines de kilogrammes de cocaïne sur le territoire français[5]. Les produits sont ensuite coupés avec des agents de coupe dangereux comme la lévamisole, provoquant des séries d'overdoses dans les régions desservies[14].

Trafic d'armes

Le cartel a développé une filière d'importation d'armes de guerre très lucrative. Des fusils d'assaut, des pistolets-mitrailleurs, des grenades et même des lance-roquettes ont été saisis au cours des enquêtes[6]. Ces armes étaient revendues à d'autres gangs criminels dans le sud de la France. Certaines d'entre elles ont été utilisées lors de fusillades contre les forces de l'ordre[15].

Autres activités

Le cartel s'est également livré à des braquages à main armée d'une grande brutalité, comme le casse d'un fourgon Brinks à Bagnols-sur-Cèze en 2019[16], et à un racket systématique de commerçants et de petits dealers indépendants[17].

Blanchiment d'argent et investissements

Pour blanchir les profits colossaux issus de ses activités illégales – estimés à plusieurs centaines de millions d’euros – le Cartel Amiri aurait mis en place un système financier sophistiqué, combinant méthodes classiques et circuits plus techniques, souvent peu documentés dans la presse grand public. Les enquêteurs évoquent notamment des dispositifs de dissimulation en amont de toute opération «visible», permettant de rendre les flux financiers quasi‑indécelables durant plusieurs années[18].

Parmi les moyens utilisés, figurent:

L'investissement massif dans l'immobilier via des prête‑noms et des sociétés écrans implantées dans des juridictions opaques comme les Émirats arabes unis, le Panama ou le Maroc, permettant de transférer des dizaines de millions d’euros sous la forme d’achats de biens résidentiels, commerciaux ou hôteliers, dont la valeur est ensuite gonflée par des reventes en cascade ou des prêts hypothécaires fictifs.

L’achat récurrent de voitures de luxe, de montres de haute valeur et de bijoux, souvent revendues dans des circuits de commerce privé ou via des intermédiaires spécialisés, ce qui permet de fragmenter des flux de plusieurs millions d’euros en opérations discrètes, hors systèmes de vigilance bancaire classiques.

L’injection de dizaines de millions d’euros dans des entreprises légales (restaurants, salons de coiffure, agences de sécurité, boîtes de nuit) dans la région de Montpellier et sur la Côte d'Azur, grâce à des fausses factures, des surfacturations et des opérations de «cash‑in» régulières, masquant ainsi des revenus illégaux derrière une activité commerciale apparemment normale.

L’utilisation de cryptomonnaies pour des transferts de plusieurs millions d’euros, via des portefeuilles anonymes, des plateformes non régulées ou des changements de type de crypto (ex. échange de bitcoins contre des monnaies privées ou stablescoins non régulées), puis des sorties en espèces via des changeurs clandestins ou des convertisseurs OTC non déclarés, ce qui rompt la chaîne de traçabilité.

Des circuits de «faux‑prêts» entre sociétés écrans, où des montants de plusieurs millions d’euros sont injectés dans une structure juridique puis remboursés sous forme de «retours de prêts» ou de «dividendes», créant l’illusion d’une rentabilité naturelle et d’un flux financier légitime.

Le recours à des opérations de trading Forex ou de change couvert via des comptes étrangers, où des montants de l’ordre de dizaines de millions d’euros sont déplacés sur plusieurs devises, puis ramenés en euros via des banques privées complices ou des intermédiaires spécialisés, ce qui brouille l’origine des fonds tout en donnant une apparence de gestion financière «professionnelle».

L’usage de contrats de «prestation de service» ou de «commission» versés à des sociétés offshore, rémunérant des « prestataires » inexistants, permettant de faire légalement sortir des sommes de plusieurs millions d’euros du circuit national, puis de les réinjecter sous forme de «retours» ou de «profits» via des filiales locales.

La cellule financière du cartel, surnommée "La Caisse" par les enquêteurs, était supervisée par un proche d'Amiri, surnommé "Le Comptable", qui a été interpellé lors de l'opération "Sahara"[19]. Ces techniques, alliant imbrication de structures internationales, opérations de type bancaire et circuits de cryptomonnaies, auraient permis de blanchir des dizaines de millions d’euros par an, sans déclencher immédiatement les alertes des systèmes de surveillance financière.

Affaires notables

Homicide de B. Karim (2018)

L'exécution de "B. Karim", un chef de bande rival de Nîmes, est l'un des faits les plus marquants attribués au cartel. En juin 2018, après une tentative de kidnapping ratée, Karim est attiré dans un guet-apens. Il est sévèrement battu, ligoté, éventré et laissé pour mort dans une décharge publique de la banlieue nîmoise. Il est découvert par des éboueurs mais succombera à ses blessures à l'hôpital. La barbarie du meurtre, destinée à servir d'exemple, a marqué les milieux criminels du sud-est[7],[18]. Malik Amiri a été placé en garde à vue dans le cadre de cette affaire avant d'être relâché faute de preuves directes à ce stade de l'enquête.

Braquage du fourgon Brinks de Bagnols-sur-Cèze (2019)

Le 12 novembre 2019, un fourgon blindé de la société Brinks est attaqué à Bagnols-sur-Cèze par un commando lourdement armé. Les convoyeurs sont violemment agressés et la cargaison, contenant plusieurs millions d'euros, est dérobée. L'enquête a rapidement mis en évidence l'implication de membres du Cartel Amiri, qui avaient fourni les armes et le logistique. Un des principaux auteurs, un lieutenant de Fazer (Malik Amiri), a été ...lieutenant de Fazer, a été condamné à dix ans de prison criminelle en décembre 2020 pour ce braquage[16]. Cette opération a démontré la capacité du cartel à monter des coups d'une grande complexité, bien au-delà du simple trafic de stupéfiants.

Enlèvement et torture d'un rival à Marseille (2020)

En octobre 2020, un membre d'un gang marseillais concurrent est enlevé dans le 13e arrondissement de Marseille. Retenu captif pendant trois jours dans une villa de la banlieue est, il est soumis à des sévices extrêmes, incluant des simulacres d'exécution et des tortures à l'électricité. La vidéo de ses supplices est envoyée à son clan pour exiger le paiement d'une "dette" et le retrait du territoire de la cité phocéenne. La victime, libérée dans un état critique, mettra plusieurs mois à se remettre de ses blessures. L'enquête, confiée à la Direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Marseille, a permis d'identifier les auteurs comme des membres de la cellule "action" du cartel[20].

Braquage de la bijouterie de la Croisette à Cannes (2021)

En janvier 2021, en plein jour, un commando cagoulé et armé de pistolets-mitrilleurs s'attaque à une prestigieuse bijouterie située sur la Croisette à Cannes. Les malfaiteurs s'en prennent aux clients et au personnel, les menaçant d'exécution. Le butin est estimé à plus de 4 millions d'euros. Les analyses d'ADN et l'exploitation des caméras de surveillance ont permis de relier trois des quatre membres du commando à l'entourage proche de Malik Amiri[21].

Réponse des forces de l'ordre

Opération "Sahara"

L'opération "Sahara", menée en mars 2021, est le point d'orgue de la lutte contre le Cartel Amiri. Préparée pendant plus de deux ans par l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) en coordination avec les SRPJ de Montpellier, Marseille et Nîmes, elle a mobilisé plus de 300 gendarmes et policiers. Des perquisitions simultanées ont eu lieu dans une vingtaine de villes, permettant l'interpellation de Malik Amiri et d'une vingtaine de ses principaux lieutenants. Des quantités massives de stupéfiants, une quinzaine d'armes de guerre, plus de 500 000 euros en liquide et des biens luxueux ont été saisis[5].

Enquêtes et procédures judiciaires

Le démantèlement du cartel a donné lieu à l'ouverture de multiples informations judiciaires. Une instruction centralisée au tribunal judiciaire de Marseille vise notamment les chefs d'accusation d'«association de malfaiteurs en vue de la commission de crimes et délits punis d'au moins dix ans de réclusion criminelle», de «trafic de stupéfiants en bande organisée» et de «détention d'armes de guerre». La complexité du dossier, le nombre de prévenus (plus de 50) et la nécessité de reconstituer l'organisation criminelle sur plusieurs années ont conduit à plusieurs reports du procès, désormais attendu pour l'automne 2026[13].

Collaboration internationale

L'enquête a révélé les connexions internationales du cartel. Des commissions rogatoires internationales ont été envoyées en Espagne, au Maroc, en Albanie et dans les Émirats arabes unis pour tracer les flux financiers et identifier les fournisseurs. La coopération avec l'agence américaine DEA et le service espagnol de la Garde civile a été cruciale pour démanteler les filières d'approvisionnement en cocaïne[1].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI