Castel Henriette
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| Type |
Villa à usage d'habitation |
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| Style | |
| Architecte | |
| Construction |
1899 |
| Démolition |
1969 |
| Propriétaire |
Particuliers |
| Patrimonialité |
Recensé à l'inventaire général |
| Pays | |
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| Département | |
| Commune |
| Coordonnées |
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Le Castel Henriette, aujourd’hui disparu, était une villa Art nouveau située 46 rue des Binelles à Sèvres, banlieue résidentielle à l'ouest de Paris, dans le département des Hauts-de-Seine.
Construite en 1899 par Hector Guimard (1867-1942), à la demande d'une riche veuve, cette demeure privée fut modifiée dès 1903 à la suite de l'effondrement de l'étroite tour qui la surmontait, puis peu à peu abandonnée dans l'entre-deux-guerres avant d'être démolie en 1969.
Aussi audacieuse dans ses formes qu'homogène dans son esprit, elle était particulièrement représentative des innovations architecturales et décoratives de son concepteur durant la période où s'épanouit précisément le « style Guimard ».
Si le discrédit frappant l'Art nouveau en France à partir des années 1920 a entraîné de nombreuses destructions, celle du Castel Henriette semble avoir paradoxalement contribué à relancer l'intérêt du public et des historiens d'art pour la vie et les œuvres subsistantes de son chef de file parisien.
L'année 1899 est pour Hector Guimard une année particulièrement productive.

Au tournant du XXe siècle, Hector Guimard, âgé d'un peu plus de trente ans, est devenu un architecte de l'Art nouveau assez connu, notamment grâce au Castel Béranger, immeuble de rapport qu'il a achevé en 1898 dans le quartier d'Auteuil à Paris[1]. S'il est très demandé dans le 16e arrondissement, sa clientèle s'est élargie et, en plus des cours qu’il dispense à l'École des arts décoratifs, il mène de front plusieurs chantiers, aussi bien dans la capitale que dans la banlieue ouest ou en province (maison Coilliot à Lille)[2],[3].
En 1899, en particulier, déjà sollicité pour dessiner les accès et entrées du métro de Paris, Guimard travaille à la réalisation de la vaste salle de concert Humbert de Romans[4], tout en concevant plusieurs demeures de campagne qui libèrent son imagination des contraintes urbaines : la Bluette et la Sapinière à Hermanville-sur-Mer, le Castel Éclipse à Versailles (dessiné sinon réalisé), le Modern Castel à Garches, le Castel Henriette à Sèvres[3].
La commanditaire de ce dernier, Mme Caroline Hefty née Heuzey (1836-1907), est une veuve fortunée demeurant boulevard Suchet, à Paris, et désireuse de se faire bâtir une résidence secondaire à Sèvres, commune bourgeoise et tranquille du département de la Seine[5],[3]. Elle donne les moyens de sa créativité à son architecte qui, selon l'idéal de l'Art nouveau, se fait aussi décorateur et conçoit l'extérieur et l'intérieur comme un tout harmonieux[6],[7]. La maison sera baptisée d'après le deuxième prénom de la propriétaire — peut-être son prénom usuel[8] — précédé, comme pour d'autres constructions de Guimard à cette même époque, du vocable moyenâgeux de « castel »[9].
Les documents manquent pour reconstituer l'évolution du projet et les étapes de sa construction, mais le Castel Henriette porte quelques traces (jambages, colombages) des villas de Garches ou d'Hermanville dont Guimard s'occupe au même moment[8].
Reconstitution des lieux

Des photographies et les archives d'Hector Guimard, conservées pour la plupart au musée d'Orsay[10], permettent de reconstituer l'allure voire, partiellement, l'agencement intérieur et la décoration du Castel Henriette.
Dans un quartier calme et arboré de Sèvres, « il faut imaginer, écrit l’historien de l'art Georges Vigne[a], un surprenant castelet repérable d'assez loin grâce à une tour étroite et élancée, couronnée par une haute structure lui donnant l'apparence d'une lanterne[3] ». L'édifice est situé en bordure de la rue des Binelles, à l'angle de la rue Falconet, de façon à ce que puisse se déployer sur l'arrière un vaste jardin en pente douce, agrémenté d'un chalet et d'une grotte artificielle — sans compter un garage[11],[8],[12].

Indépendamment des combles et du campanile d'origine, la villa, assez petite, comporte selon ses parties un ou deux étages. De forme ramassée, en partie circulaire, elle est animée de plusieurs décrochements ainsi que d'ouvertures variées irrégulièrement réparties sur les pans de façades et les différents niveaux[13],[8]. Le porche d'entrée est placé en angle et la façade sur la rue, relativement fermée, contraste avec celles qui donnent sur le jardin, percée de très larges baies[5]. Le gros œuvre est réalisé en moellon, les toits en bâtière sont recouverts de tuiles à emboîtement[11]
Dès 1903, probablement touchée par la foudre, la tour s'effondre. Guimard ne la relève pas mais transforme sa base en terrasse et en profite pour modifier quelques détails de la façade : il ferme un balcon au-dessus de la porte d'entrée, en crée un nouveau au second étage et redessine une fenêtre du premier en supprimant un encorbellement[14].
En continuateur des préceptes rationalistes d'Eugène Viollet-le-Duc[15] et compte-tenu de l'espace relativement restreint dont il disposait, Hector Guimard aurait conçu pour l'intérieur des agencements fonctionnels, décentrant vers la façade l'étroite cage d'escalier (axe prolongé à l'origine par la tour) et réduisant les dégagements afin d'agrandir les pièces principales, salon et salle à manger au rez-de-chaussée, chambres à coucher au premier étage[5],[8]. Selon un parti pris esthétique inauguré au Castel Béranger, il semble qu'il ait laissé visibles aux plafonds les poutrelles métalliques séparant les hourdis de plâtre[16].

Dans l'idée d'une œuvre d'art totale ou de « l'art dans tout » typiques de l'Art nouveau[17], il a également dessiné les moindres détails, de la plaque de lave émaillée qui porte le nom de la résidence aux éléments du décor intérieur : sols en mosaïques, portes, cheminées, vitraux, motifs peints aux murs, revêtement en pierre de verre pour la salle de bains, ferronneries, et pour finir des meubles en harmonie avec la maison. Si le lit n'a peut-être pas en définitive été fabriqué, le mobilier de la salle à manger — une grande table, des chaises à entretoises obliques et deux buffets en bois de cerisier[18] — a été en partie conservé[5],[19].
L'affirmation d’un style
Le Castel Henriette fut l'un des fleurons d'une phase où Hector Guimard s'est montré particulièrement inventif[20],[9].
De 1896 à 1903 — première période Art nouveau de Guimard, parfois dite « militante »[9] — se confirment, à travers des édifices pourtant divers, l'unité comme l'originalité de son esthétique. Si la série des « castels » combine, selon une formule du spécialiste de l'Art nouveau Philippe Thiébaut, « onirisme des façades et rationalisme des plans[21] », celui de Sèvres surprend à la fois par la diversité et par la dynamique continue des façades. Toutes différentes, elles semblent s'imbriquer de manière fluide grâce aux ouvertures, aux contrastes mesurés entre les matériaux, à des lignes architecturales donnant l'impression que les volumes cherchent à déborder de leurs limites en hauteur ou en largeur, ainsi qu'à des balcons qui ceinturent les différents niveaux tels des chemins de ronde, et portent la marque du graphisme inventif de Guimard[22],[8].
C'est semble-t-il la première fois dans l'œuvre du jeune architecte qu'est obtenue cette « continuité de façades particulièrement intéressante, chacune gardant son caractère propre[8] ». D'après Philippe Thiébaut, le Castel Henriette offre de ce fait un brillant exemple du « mouvement giratoire » auquel est invité le regard : l'entrée principale placée à l'angle d'une structure orthogonale contribuerait à amorcer « les spirales ascendantes de l'élévation générale ». Et George Vigne conclut à « une folie passablement excentrique, où dominent des effets décoratifs sophistiqués, d'une virtuosité toute graphique[23] ».
Un mouvement continu analogue aurait caractérisé l'intérieur du bâtiment, à partir de l'axe décentré de la tour et de la cage d'escalier : les espaces s'y seraient distribués à la manière d'un réseau, générant « des parois convexes et concaves, des angles aigus et obtus »[5]. Considérant quant à lui les planchers-plafonds à poutrelles métalliques et hourdis de plâtre, l'historien d'art Claude Frontisi[b] voit la modernité du « très médiéval Castel Henriette » dans la transposition à une habitation privée d'un principe de fabrication sérielle inauguré pour le Castel Béranger[16]. Hector Guimard continue après cela dans la voie des innovations architecturales, mais en épurant peu à peu son style et en confiant de plus en plus le décor aux matériaux de construction[23].
