Chaoui des Amouchas
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| Chaoui des Amouchas Ṯacawiṯ n Iɛemmucen ⵝⴰⵛⴰⵡⴰⵝ ⵏ ⵉⵄⴻⵎⵎⵓⵛⴻⵏ | |
| Pays | |
|---|---|
| Région | Hauts plateaux, Kabylie orientale (wilayas de Sétif et de Béjaïa) |
| Classification par famille | |
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| Statut officiel | |
| Langue officielle | |
| Régi par | HCA (Algérie) |
| Codes de langue | |
| IETF | ber[1]
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| ISO 639-2 | ber[1]
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| ISO 639-5 | ber[1]
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| modifier |
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Le chaoui des Amouchas (en tamazight : Ṯacawiṯ n Iɛemmucen ou Ṯaɛemmucṯ[2]) est une variante du berbère zénète pratiquée dans la région d'Amoucha (ṯamurṯ n Iɛemmucen) ; pays de plaines céréalières et de collines (Djebel Megriss, Kalaoun, etc.) situé à la joncture entre les massifs montagneux de la Kabylie orientale et les hauts-plateaux[3] sétifiens. Ses locuteurs sont dispersés sur une partie du territoire des communes de Kherrata, Tizi N'Béchar, Amoucha, Aïn El Kebira, Aïn Abessa, Oulad Adouane et El Ouricia.

Cette îlot septentrional de chaouiphonie est pratiquée dès la banlieue-Nord de la ville de Sétif, capitale des hauts plateaux jusqu’aux versants Sud du mont Babor, sommet du massif du même nom. Il est adjacent du kabyle dit oriental et du tasahlit (ou kabyle extrême-oriental) avec lesquels le chaoui des Amouchas partage ses frontières septentrionales[4], tandis qu’il est séparé par le reste du bloc chaoui contemporain par le couloir arabophone de Sétif-El Eulma (voir carte).
Langue
Le chaoui des Amouchas est présenté par ses locuteurs tantôt comme une variété de chaoui, de kabyle, ou d’une variété de berbère à part située dans le continuum entre ses langues. La plupart de ses traits caractéristiques (lexicaux, phonétiques et morphosyntaxiques) correspondent à ceux observés en chaoui et plus généralement parmi les langues berbères dites zénètes, mais une influence non-zénète se fait ressentir dans l’ensemble de ces parlers et en particulier dans ceux situés à la frontière avec les aires kabyle et tasahlit au Nord.
Exemples :
- « Demain » est dit azekka (forme pan-kabyle) à Kelaoun / aḏečča (forme pan-chaouie) à Merouaha
Comme dans le reste de l’aire chaoui et plus globalement partout en berbère chaque localité connaît sa variété dialectale propre, la région des Amouchas bien que d’étendue peu élevé est également largement concernée par ce phénomène :
- « Partir » : est dit ggur à Kelaoun / uggir à Megriss
Dans l’état actuel de la recherche sur cette variété (quasi-inexistant), il n’est pas possible de déterminer sur le chaoui des Amouchas est originellement un dialecte zénète ou un dialecte non-zénète « zénatisé », comme d’autres variétés de berbères présentant un statut mixte entre ces deux types de langues berbère (cf. tamazight de l’Atlas blidéen). Signalons que le pays des Amouchas se situe directement au Sud d’Ikdjan, capitale médiévale de la dynastie berbère Koutamas.
En plus des traits chaoui généralement pan-zénète et de traits non-zénètes partagés avec le kabyle/tasahlit, le chaoui des Amouchas connaît quelques caractéristiques de répartition plus régionale souvent partagés avec quelques parlers tasahlit et/ou kabyle voisins. Par exemple sur le plan de la négétion, où ce parler présente le négateur post-verbal ani (à l’origine un interrogatif locatif) attesté par plusieurs parlers tasahlit et kabyles orientaux-Est[5] :
- « Il ne pleut pas » est dit ul iččaṯ ani uɣebbaṛ, en chaoui des Amouchas / ul ikkaṯ ani uɣebbaṛ, en tasahlit de Kherrata / ur tekkaṯ ani lehwa en kabyle des Aït Amrous (Tichy) / ud ṯeččaṯ ca nnewweṯ en chaoui des Aït Frah
Lexique
| Français | Berbère (graphie latine) |
| Moi | nečč (~ neččin ~ neččina) |
| Toi (masculin) | cekk (~ cekkin ~ cekkina) |
| Toi (féminin) | cemm (~ cemmin ~ cemmina) |
| Traverser | ẓwa |
| Tomber | uṭu |
| Entrer | aḏef |
| Participer | ttizi |
| Apporter | awey |
| Lâcher | llef |
| Ciel | ajenna ~ tijennawt |
| Terre | (a)cal |
| Fleur | ṯalellucṯ |
| Corbeau | jaref |
| Guêpe | aberẓeẓẓu |
| Araignée, orgresse | ṯamẓa |
| Lait | aceffa |
| Lait caillé | aɣi |
| Mamelle | ṯinɣi |
| Garçon | ameččuḵ |
| Front | ṯimmi ~ aɛenṭuṣ |
| Moëlle | abuḏuf |
| Laine | dufṯ |
| Natte | ajertil |
| Mur | afrag |
| Long | azegrar |
| Grand | agaɛmir ~ ameqqṛan |
| Petit | abestut ~ abestuḥ |
| Maintenant | luqqa |
| Comme-ça | amma ~ hamma ~ anka |
| Ici | da ~ daha ~ dani |
| Là-bas | ɣadi ~ nnha |
| Pourquoi | mih ~ mihaken ~ miɣef |
| Où | mani ~ manida ~ ani ~ anida |
| Quoi | mata (mata waḏin "qu'est-ce-que c'est que ça ?") |
| Comment | maneḵ (maneḵ tecbid "comment vas-tu ?") |
| En fait | ziɣ (~ ziɣen ~ ziɣenna) |
| Quelques | qli ~ cra |
| Un | wiṭ ~ wiǧǧ |
| Une | ṯicṯ |
Particularités
La dentale emphatique « ḍ » est systématiquement assourdie en « ṭ », phénomène typique dans la région des parlers berbères de la Kabylie orientale. Exemples :
- « Jambe » : aṭaṛ
- « Vent » : aṭu
Le son /w/ est souvent consonantifié en /gw/ (comme dans certains parlers tasahlit et dans le kabyle du sud de la vallée de la Soummam) :
- « Premier » : amezg°aru
- « Large plat en bois » : taẓigg°a
Les locuteurs de cette variété étant tous bilingues berbère-arabe depuis une période possiblement importante, l’emprunt à l’arabe y est particulièrement important. L’arabe venant même parfois remplacer partiellement voir complètement le berbère dans certains champs lexicaux ou registres (chant rogatoire de la pluie, devinettes, etc.) :
- « Brebis » : ccyah
- « Vert » : axeṭri
- « Marmite » : abeṛmil
Dans quelques cas cependant, le chaoui des Amouchas à retenu des termes empruntés à l’arabe dans les variétés voisines (kabyle tasahlit & tazwawt) :
- « Aimer, vouloir » : eɣs ~ exs
- « Cheval » : ayyis
- « Plat à cuire le pain » : afan
- « Mer, bleu » : aziza
