Charles-Louis Du Pin
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| Charles-Louis Du Pin de Dupin, Dupin | ||
Photo du colonel Dupin lors de l'expédition du Mexique. | ||
| Surnom | La Hyène de Tamaulipas | |
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| Naissance | Lasgraisses |
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| Décès | (à 53 ans) Montpellier |
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| Origine | France | |
| Arme | Infanterie | |
| Grade | Colonel | |
| Conflits | Conquête de l'Algérie Guerre de Crimée Campagne d'Italie Campagne de Chine Campagne du Mexique |
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| Distinctions | ||
| Autres fonctions | Chef du service topographique en Chine | |
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Charles-Louis Du Pin (1814-1868), né le à Lasgraisses (Tarn)[Note 1] et décédé le à Montpellier (Hérault), est un colonel français, archétype du militaire français intrépide du XIXe siècle avec 19 campagnes et 34 ans de service dont près de 5 au Mexique.
Origines familiales
Charles Louis Désiré Du Pin, aussi orthographié de Dupin[1], naît le [Note 2] à Lasgraisses (Tarn). Il est le fils de Pierre Paul Charles Louis de Dupin (1769-1823), maire de Lasgraisses de 1814 à 1825, et de Marie-Sophie de Genton de Villefranche qu'il a épousée le à Amarens (Tarn)[2].
Formation
Du Pin obtient un baccalauréat littéraire à 17 ans et est envoyé à Paris où il prépare le concours d'entrée à l'École polytechnique. Il est reçu 63e sur 121 au concours de 1834 et sort sous-lieutenant deux ans plus tard avec le même rang. Il parfait son instruction militaire à l'école d'application du Corps royal d'état-major qu'il rejoint le 1er janvier 1837 et après deux ans de cours en sort second[3]. Le il est nommé lieutenant du corps d'état-major.
Le suivant, il débute ses stages réglementaires au 18e de ligne. À partir du 1er mars, il est employé aux travaux de la carte de France et devient un des topographes les plus qualifiés de l'armée ; les cartes qu'il dresse en Algérie[4], Chine et Japon font toujours autorité de nos jours. Promu au grade de capitaine le , il poursuit le ses stages au 33e de ligne.
Campagnes algériennes
Le , Du Pin s'embarque à 29 ans avec son régiment pour l'Algérie où il participe, le , à la prise de la smala d'Abd el-Kader ; il y sauve d'une mort certaine le lieutenant-colonel Morris[5], commandant du 4e régiment de chasseurs d'Afrique. Cet acte de bravoure lui vaut d'être cité par le duc d'Aumale et fait de lui un des personnages du tableau d’Horace Vernet qui immortalise le combat[Note 3],[Note 4].
Du Pin rentre d'Algérie le et y repart le pour un séjour de trois ans. Il est cité une seconde fois, par le Maréchal Bugeaud, le , après le combat de Flissas El Bahr. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le . Le il est affecté au 2e régiment de cuirassiers et est maintenu dans son poste jusqu'au 28 août suivant ; il passe alors au 1er régiment de chasseurs d'Afrique. Il est cité à l'ordre par le colonel Camon, le , après le combat de Ben Nahr, et par le général Yusuf, le , après celui de Mengren.
Rentré d'Algérie le , Du Pin est affecté, le suivant, au 8e régiment de chasseurs. Il se fait mettre en disponibilité le et reprend son service le suivant, à l'état-major de la 4e division d'infanterie de réserve de l'armée des Alpes. Le , il est nommé aide de camp du général Marey-Monge, commandant de la 5e division d'infanterie de l'armée des Alpes.
À nouveau en disponibilité le , il reprend son poste, le , auprès du général Marey-Monge, qui vient d'être nommé commandant de la 13e division militaire à Clermont-Ferrand. Il est promu au grade de chef d'escadron le , et est maintenu dans son emploi jusqu'au . Il est alors détaché auprès du général Lafontaine, inspecteur général d'infanterie pour l'année 1852.
Mis en disponibilité le , il revient en activité le à l'état-major de la 10e division et dès le , il est mis à la disposition du gouverneur général de l'Algérie. Sur place, il prend part à l'expédition des zouaves du général Randon et ses états de service lui valent la rosette d'officier de la Légion d'honneur le et une nouvelle citation, le .
- Le capitaine Du Pin sauve d'une mort certaine le lieutenant-colonel Morris[Note 4]
- Reconnaissance faite par le capitaine Du Pin dans le désert algérien
Campagnes de Crimée et d'Italie
Du Pin est attaché à l'état-major général du camp du Midi le et passe le suivant à l'état-major de la 1re division d'infanterie du camp du Midi, devenue ensuite 7e division puis 4e division du 2e corps de l'armée d'Orient avec laquelle il part en Crimée. Il y exerce successivement les fonctions de chef d'état-major de la 1re division du 2e corps de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la 1re division du 3e corps de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la 1re division du 4e corps de l'armée d'Orient (), chef d'état-major de la 7e division d'infanterie du 2e corps de l'armée d'Orient () ; le , à l'âge de 40 ans, il est promu au grade de lieutenant-colonel.
Rentré de Crimée, il est nommé le chef d'état-major de la 3e division d'infanterie de l'armée de Lyon, mais, à la suite d'une accumulation de dettes dans des mess, maisons de jeu ou établissements spéciaux, il est muté en Corse comme chef d'état-major de la 17e division militaire ().
À partir du , Du Pin prend part à la campagne d'Italie comme chef d'état-major de la division de cavalerie du 1er corps de l'armée d'Italie.
Campagne de Chine
De retour en France, Du Pin devient chef d'état-major de la 7e division à Besançon (). Il est nommé le chef du service topographique du corps expéditionnaire de Chine[Note 5] et embarque le pour la Chine ; il est cité par le général de Montauban pour la prise des forts du Peï-Ho le .


Le , il escalade les murs du palais d'été de Pékin, avec quelques hommes, permettant ainsi aux alliés d'entrer sans combat. Il est promu au grade de colonel le . En , il obtient l'autorisation de se rendre au Japon où il voyage pendant quatre mois en compagnie du journaliste Antoine Fauchery[6] ; de ce séjour, il tire un livre publié en 1868 Le Japon : mœurs, coutumes, description, géographie, rapport avec les Européens[7],[Note 6].
De retour en France, il est confirmé colonel le et affecté provisoirement au dépôt de la guerre à Paris le . Il se heurte fortement au chef d'état-major du corps expéditionnaire de Chine et est même soupçonné d'avoir fourni, au retour, des documents officiels à Paul Varin pour son ouvrage Expédition de Chine[8],[Note 7] qui présente une analyse foncièrement différente du rapport officiel rédigé six mois plus tôt. Aussi, le , il est muté disciplinairement comme chef détat-major du 4e corps d'armée à Lyon.
Du Pin y fait à nouveau parler de lui pour une sombre affaire de vente d'objets chinois. En effet, il a rapporté de nombreux objets de la mise à sac du Palais d'été, à Pékin, par les troupes franco-britanniques[9]. Mais, amateur de femmes, grand buveur et joueur, il doit vendre cette collection pour payer ses dettes ; l'annonce de la vente publique à l'hôtel Drouot[10], qu'il fait paraître dans les journaux au moment où des accusations de pillages sont portées contre le général de Montauban, cause un tel scandale que Napoléon III en personne, à qui le ministre de la Guerre soumet le dossier, décide de le placer en non activité par retrait d'emploi, le [Note 5],[Note 8].
Campagnes du Mexique

Du Pin n'est pas homme à s'apitoyer sur son sort alors que la France se lance dans une expédition au Mexique. Usant de ses relations, il obtient, sur décision ministérielle du , d'être rappelé à l'activité et détaché auprès du général Almonte, chargé de l'organisation de l'armée impériale mexicaine ; le , il s'embarque à Cherbourg. Désœuvré du fait du total désintérêt que porte ce général à l'organisation de l'armée, Du Pin fait le siège de ses camarades qui composent l'état-major du général Forey, commandant en chef du corps expéditionnaire, à Orizaba.
Au même moment, la guérilla prend corps et le corps expéditionnaire tient difficilement le terrain entre la côte et le point clé de la route de Mexico que représente Puebla ; une contre-guérilla, d'origine privée et de recrutement international, s'organise et parvient à assurer la sécurité extérieure du port de Veracruz. Ses succès militaires sont pourtant inexploitables par manque de coordination entre son chef, le suisse Charles de Stoëcklin[11],[Note 9], et les officiers français responsables de la région. Cette situation conduit le général Forey à rechercher un officier français capable de développer, d'unifier et de coordonner les différentes contre-guérillas existantes dans le cadre du dispositif de sûreté des approvisionnements du corps expéditionnaire.
Le général Forey est séduit par la personnalité et l'efficacité du colonel Du Pin et lui confie le commandement de la contre-guérilla dans les Terres chaudes (Tierra caliente), zone comprise entre la Soledad (es) à l'Ouest et Veracruz à l'Est avec mission de « poursuivre à outrance les bandits des Terres chaudes et purger le pays »[Note 10]. Le , Du Pin rejoint son quartier-général à Medellin (es) et prend le commandement de sa troupe, unité semi-régulière comprenant une centaine d'hommes de onze nationalités différentes, équipés et payés par l'armée française[Note 11]. Il la réorganise totalement en faisant passer l'effectif à 650 hommes, ce qui lui permet d'opérer avec deux colonnes mixtes de 250 hommes chacune, tout en assurant la sûreté de son cantonnement[Note 12].
Cette nouvelle organisation tactique permet à la contre-guérilla, initialement cantonnée dans un rôle de couverture de Veracruz face au Sud, de prendre une part active à la sécurité des convois dans les Terres chaudes. En , partant de Medellin avec un escadron mixte, Du Pin parvient à surprendre le centre de guérilla de Tlaliscoya à 80 kilomètres de sa base, après deux jours de marche. Après la destruction de la compagnie Danjou à Camerone le , Du Pin tient garnison à la Soledad et relève le régiment étranger dans une partie de sa mission. Implanté dans la zone la plus exposée aux raids des guérillas coordonnés par le colonel Milán et de la garde nationale de Jalapa du colonel Camacho, il parvient même, en , à occuper temporairement Huatusco, une des bases des guérillas. Le , ses hommes mettent en déroute les troupes mexicaines ayant participé à l’assaut de Camerone et Du Pin est considéré par la Légion comme le « vengeur de Camerone »[Note 13].

En et malgré quelques coups d'éclat comme l'attaque du convoi du colonel Ferrerer, les guérillas mexicaines sont obligées d'abandonner aux troupes françaises ou mexicaines alliées les Terres chaudes de Veracruz. Auréolé de ces premiers succès, Du Pin est nommé, le , gouverneur de Tampico et de la province côtière du Tamaulipas. Le , il sort de la ville pour affronter les brigades des généraux Pavon et Carvajal, lesquelles fortes de 1 200 hommes mènent le siège de Temapache (es) tenu par le colonel Llorente et ses 300 mexicains alliés de la France[Note 14]. Bien que faible numériquement, la colonne de contre-guérilla par son arrivée pousse Pavon et Carvajal à lever le siège et à se retrancher dans le village de San Antonio. Le , Du Pin déloge par un assaut frontal les mexicains et disperse par la force les deux brigades[12],[Note 15]. Ce succès lui vaut d'être cité par le général Bazaine pour sa belle attitude au combat de San Antonio[Note 16].
La région sud du Tamaulipas pacifiée, Du Pin peut achever la réorganisation de sa contre-guérilla dont il parvient à porter l'effectif à 1 000 hommes et plus de 500 irréguliers. Les troupes de Juarez qui craignent sa redoutable efficacité en surnomment les hommes Los diablos colorados (les diables colorés) en raison de la couleur rouge des dolmans des cavaliers du 1er escadron ou Los camiceros colorados (les bouchers colorés).
Deux mois plus tard, Du Pin monte une nouvelle opération contre les guérillas à l'ouest et au nord de Tampico. Il écrase les guérillas du général Casado et du lieutenant-colonel Perez, ainsi que les débris de la brigade Pavon aux ordres du colonel Mascarenas au cours de deux engagements aux Planteadores le et à Tantima le . En août, celles du Nord subissent le même sort si bien qu'en quatre mois, il parvient à soumettre et à contrôler un territoire de plus de 10 000 kilomètres carrés avec moins de 1 500 hommes grâce à la légèreté de ses colonnes de plus en plus aguerries.
Pour s'éviter la garde de trop nombreux points permanents, Du Pin complète l'organisation de son unité par le recrutement, ou l'organisation, d'unités mexicaines placées sous son commandement, en marge de sa propre contre-guérilla, auxquelles il confie la garde de ses garnisons successives et dont il emmène les meilleurs éléments dans certaines opérations. Ainsi à Tampico en , il confie au colonel mexicain Prieto une contre-guérilla locale forte de deux escadrons et de deux compagnies de 123 hommes chacune.
Au grand dam des généraux, il ne dépend que du commandant en chef qui lui a donné carte blanche. S'estimant libre de son action, il rétablit les circuits économiques et contrôle la route commerciale de la partie centrale du Tamaulipas, ce qui gêne considérablement les affaires illicites de certaines sociétés bordelaises, comme des livraisons de poudres et de capsules de fusils. Une première campagne dans la presse française, conduite à partir de l'été 1864 à l'instigation de sociétés de commerce relayant des accusations déjà portées par la presse mexicaine met en cause son action. Localement maître du terrain, jamais inspecté par aucune autorité pendant tout son temps de commandement à Tampico, Du Pin se laisse aller à son penchant naturel pour l'autonomie, ce qui lui attire des jalousies dans le corps expéditionnaire français.

Il emploie dans sa troupe comme auxiliaires de nombreux Indiens chargés du « nettoyage » et les exactions de son escadron provoquent l’indignation tant des Mexicains que des Français. Certains de ses hommes sont enterrés vivants, la tête seule dépassant, les Mexicains faisant charger leur cavalerie sur eux. Sa bande de soldats-brigands qui lui sont tout dévoués et lui-même avec sa grande barbe, son uniforme mexicano-hongrois éclatant et bizarre et son pistolet dans la ceinture, sont bientôt connus de toute l'armée, et ses colonnes infernales, redoutées des libéraux. Sur les territoires qu'il contrôle, il signe les décrets « gouverneur Charles Du Pin »[13],[Note 17].
Ses méthodes sont expéditives. Il multiplie les coups de main, exécute les prisonniers, brûle les villages soupçonnés de connivence avec les juaristes, élimine les civils suspects. Il ne fait pas de quartier et les actes de cruauté ne le rebutent pas[Note 18]. Sa tête est mise à prix pour 100 000 francs, en vain. Dans le même temps, il écrit de tendres lettres à sa nièce qui aurait voulu l'épouser si seulement ses parents y avaient consenti, et il dira lui-même « J'ai fait une guerre atroce »[13]. Mis en cause par l'empereur Maximilien, et par ses pairs, au choix le « monstre des Terres chaudes »[13], le « diable rouge »[13],[Note 19], la « hyène de Tamaulipas »[Note 20] ou encore « le tigre des tropiques »[Note 21], est renvoyé en France en [Note 22], et remplacé un temps par le capitaine Ney d'Elchingen. Il est alors commandeur de la Légion d'honneur depuis le .
Une enquête le lave des accusations de détournements de fonds portées contre lui[Note 23] et il revient au Mexique en [Note 24]. Le général Bazaine refuse cette fois de céder à Maximilien, furieux de son retour[Note 25], et déclare à l'intéressé « Je serais trop heureux d'avoir beaucoup d'officiers de votre trempe »[13]. Mais le conflit entre l'empereur du Mexique et le colonel fait grand bruit, et met en évidence les conditions pénibles et les moyens discutables de l'intervention. Du Pin finit par être remplacé, définitivement cette fois, à la tête de la contre-guérilla par De Galliffet qui ne change pas de méthode.
Mis en disponibilité le , il est nommé en récompense[13], le suivant, chef d'état-major de la division de cavalerie du 4e corps, puis, le , chef d'état-major de la 10e division militaire, à Montpellier (Hérault). Usé par ses campagnes et les excès de toutes sortes[Note 26], il décède avant ses cinquante-quatre ans, célibataire et dans le dénuement, d'une méningite le à l'Hôtel-Dieu Saint-Éloi de la ville[Note 27],[Note 28].
Le général Du Barail, dans Mes Souvenirs, le compare à un « condotiere »[Note 29], c'est-à-dire à un chef de troupes mercenaires. Écrivain[7],[Note 30], photographe[Note 6], savant, mondain et guerrier, sa vie privée tumultueuse[Note 5] l'a peut-être empêché d'accéder à de plus hautes fonctions militaires.

