Charles de Danzay

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Charles de Danzay
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Charles Quissarme de Danzay, appelé Charles de Danzay, né en 1515 à Saint-Maixent en Poitou et mort le , est un diplomate français.

Issu d'une famille de petite noblesse, il se convertit au calvinisme lors d'un séjour à Strasbourg. Il est ensuite ambassadeur de la France au Danemark de 1548 à sa mort en 1589, restant au même poste sous les règnes de cinq rois de France successifs. À partir de Copenhague, il tisse et entretient des liens diplomatiques avec tous les pays d'Europe du Nord riverains de la mer Baltique. Il cherche notamment à y maintenir ou à y rétablir la paix afin que l'empereur du Saint-Empire ne puisse étendre son influence sur des pays affaiblis par des conflits. Ainsi, il joue un rôle important dans la négociation du traité de Stettin de 1570 qui met fin à la guerre nordique de Sept Ans. Danzay cherche aussi à développer le commerce français, jusqu'en Russie.

Ambassadeur protestant d'un roi catholique, inséré dans un réseau politique international protestant, il tente de concilier deux fidélités, son roi et ses convictions religieuses. Ainsi, il minimise le rôle de Charles IX et de Catherine de Médicis dans le massacre de la Saint-Barthélemy et semble croire, qu'à la fin de son règne, c'est sous la contrainte qu'Henri III agit contre les huguenots. Il promeut, sans succès, l'idée d'un synode général des protestants afin d'unir luthériens et calvinistes.

Payé très irrégulièrement, il est en proie à des difficultés financières croissantes qui finissent par réduire sa capacité d'action. Quand il meurt à Copenhague, il est criblé de dettes.

De Saint-Maixent à Copenhague

Famille et formation

Charles Quissarme de Danzay est né en 1515 à Saint-Maixent en Poitou. Il est le fils de Jean Quissarme, seigneur de Danzay, et de Jeanne Payen, des notables de Saint-Maixent. Charles est le second fils de ce couple. Son frère aîné, qui s'appelle Jean comme leur père, est seigneur de La Touche-Gilbert (seigneurie héritée de leur mère) et de Danzay après la mort de leur père. Ces deux frères ont également une sœur, Perrette[1],[2],[3]. Charles est appelé de Danzay par usage, mais le titre appartient bien à son frère[3].

La famille Quissarme est noble depuis l'anoblissement de Thomas Quissarme, médecin du roi Louis XI[4],[5],[3] et arrière-grand-père de Charles[6]. C'est Thomas Quissarme qui a acquis en 1464 la seigneurie de Danzay, lieu situé dans la paroisse Saint-Georges-de-Noisné et arrière-fief de l'abbaye de Saint-Maixent, relevant de la châtellenie d'Aubigny[7].

Charles de Danzay fait des études à l'université de Poitiers puis part à Paris rejoindre Amaury Bouchard, ami ou parent de la famille Quissarme, seigneur d'Annezay, auteur d'une apologie des femmes, maître des requêtes de l'hôtel du roi et chargé par François Ier de plusieurs missions diplomatiques à l'étranger[8],[9]. Charles de Danzay entre à l'hôtel du roi de France vers 1540/1542, soit à environ 25 ou 27 ans, grâce à l'influence d'Amaury Bouchard. Il est en même temps étudiant à l'université de Paris, où l'on trouve sa trace en 1544. Il étudie les langues vivantes, notamment l'allemand[10],[2],[9].

De Strasbourg à Copenhague

Sa connaissance de l'allemand vaut à Charles de Danzay d'être envoyé en 1547 comme agent secret du roi de France à Strasbourg, ville libre du Saint-Empire, où il feint d'être un étudiant. Il y entre en contact avec le stettmeister Jacques Sturm, homme politique de premier plan de la ville et agent du roi de France dont Danzay transmet les informations. Ce dernier y noue aussi des relations avec le pédagogue protestant Jean Sturm et rencontre Jean Calvin, qui lui transmet son intérêt pour l'astronomie et sa condamnation de l'astrologie. Il reste à Strasbourg jusqu'en 1548[11],[12],[13]. C'est pendant ce séjour strasbourgeois qu'il devient réformé[14],[15],[12],[13],[16].

Grâce à cette mission, Charles de Danzay est connu personnellement du roi de France Henri II et du grand maître le connétable Anne de Montmorency[17]. Après avoir été à Bâle, il est rapidement envoyé au Danemark où il présente ses lettres de créance à la cour du roi Christian III le . Il a alors environ 33 ans[18],[19],[20] et ne sait pas qu'il passera le reste de sa vie comme ambassadeur officiel du roi de France[21]. Il n'a encore que le titre de résident et en sera nommé ambassadeur ordinaire que plus tard[20], peut-être dès 1563 et au plus tard en 1565[22]. Au moment où Henri II envoie Danzay au Danemark, son roi Christian III est une puissance qui compte en Europe du Nord. Le roi de France cherche son alliance afin de faire contrepoids à la puissance de Charles Quint, prolongeant la politique précédemment menée par François Ier[23].

Peinture représentant un homme debout en armure
Le roi de Danemark Frédéric II, roi de Danemark de 1559 à 1588. Tableau de Hans Knieper (en) (1581).

Quand il part pour Copenhague, Danzay est gentilhomme de la chambre du roi. Il devient officiellement panetier en 1557[22]. Même alors qu'il est au Danemark, il touche ses gages de panetier, 400 livres par an, ainsi que ceux de maître d'hôtel, 500 livres par an[24]. Danzay ne reste pas tout le temps à Copenhague et voyage régulièrement en Suède, dans les villes de la mer Baltique et jusqu'en Suisse. Il revient quelques fois en France, l'été[25]. Ainsi, il fait un court séjour en France en 1550, mais repart vite. En effet, le roi Christian III projette d'envahir l'Écosse  royaume protégé par la France  pour conquérir les Orcades et Charles de Danzay est chargé de l'en dissuader. Après avoir réussi cette mission[26],[27], il revient à Paris en 1553, 1557, 1563 et 1564. Reparti à Copenhague en 1565, il reste ensuite au Danemark[28].

Son statut peut être résumé dans la titulature employée dans une lettre de Charles IX envoyée le  : pour le roi, il est « nostre conseiller, maistre d'hostel ordinaire et ambassadeur résident près très hault, très excellent et très puissant prince nostre très cher et très ami, bon frère et cousin le roi de Danemark »[22]. Représentant du roi de France, Danzay a une place de premier plan à la cour de Danemark. En effet, il y est le seul représentant étranger avec le rang d'ambassadeur ordinaire et, comme il représente le roi de France, il occupe la place qu'aurait tenue ce roi s'il avait été physiquement présent. Danzay, de noblesse récente, se retrouve donc à avoir préséance sur des princes, par exemple l'électeur de Saxe Auguste Ier lors du repas de mariage du roi de Danemark Frédéric II en 1572[29]. Il accède facilement à ce roi, avec qui il a des relations suivies, le suivant dans ses déplacements dans le royaume. En 1579, il est le parrain du second fils de Frédéric II, Ulric[30].

En plus de l'allemand, Danzay acquiert une bonne connaissance des langues scandinaves[31]. Il fait copier dans un registre les lettres qu'il envoie à la cour de France, ce qui permet de connaître son activité. Le registre conservé commence en 1567 et contient des lettres au roi Charles IX, à la reine mère Catherine de Médicis, aux frères du roi, le futur Henri III et François d'Alençon, et à Anne de Joyeuse. Il est probable qu'il y en a eu d'autres pour les périodes précédentes[32]. Le courrier qu'il envoie au roi est partiellement chiffré, suivant un système homophonique. Le code employé attribue différents symboles aux lettres de l'alphabet les plus utilisées[33].

Le rôle central d'un diplomate

La guerre et la paix

Installé à Copenhague, Danzay va régulièrement en Suède, dans le but d'établir de bonnes relations avec le roi Gustave Ier Vasa, tout en maintenant l'amitié entre la France et le Danemark, y compris quand les rois de France se succèdent avec les avènements successifs de François II et de Charles IX[34]. En 1575, Danzay rappelle lui-même sa principale mission, qui lui a été donnée sous le roi Henri II :

« Les principaux conseillers du feu roi Henri […], quand sa Majesté m'envoya en Danemark, me donnèrent cette instruction qu'ils m'ont depuis souvent réduit en mémoire : c'est que je devais soigneusement retenir les rois de Danemark et de Suède en une bonne et ferme amitié et leur misse en jalousie les grandes forces de leurs voisins, et remontrasse les faciles moyens qu'ils avaient de les ruiner. Pour cette cause que le Roi, comme leur ancien ami, les voudrait assister et défendre contre ceux qui entreprendraient de les offenser, connaissant bien que ceux qui feraient telles entreprises ne lui seraient sûrs amis, et que, les conservant, il assurait grandement son Etat ; aussi que sa Majesté espérait qu'ils reconnaîtraient fidèlement cette sienne faveur, s'il en avait besoin, et que cela suffirait.[23],[35],[36] »

page grise avec des écritures noires
Signataires (dont Charles de Danzay) du traité de Stettin de 1570.

Il doit veiller à la paix entre la Suède et le Danemark afin que l'empereur du Saint-Empire ne puisse pas profiter de leur éventuel affaiblissement et gagner en influence en Europe du Nord[37],[23],[35],[38].

Quand éclate la guerre nordique de Sept Ans entre la Suède et le Danemark en 1563, la France charge Danzay de tenter de réconcilier ces deux pays, d'abord sans succès[39],[40],[41]. En 1564, il transmet à Charles IX la demande du Danemark, qui réclame des bateaux de guerre français, ce que la France n'accorde pas[42],[43]. Il tente ensuite diverses démarches auprès des Suédois et des Danois pour aboutir à la paix et cherche à obtenir le soutien de l'électeur de Saxe, Auguste Ier, de la ville de Lübeck (où il se rend ensuite en 1567 et en 1568) et du roi de Pologne Sigismond II Auguste à ses projets de paix[44]. En 1565, il est accepté comme intermédiaire, au nom du roi de France, par le roi de Suède Éric XIV et par le roi de Danemark Frédéric II[45]. Quand ce dernier tente de recruter des soldats en France, Danzay le prépare au refus prévisible du roi de France[46],[47].

En 1566-1567, Danzay échange une correspondance régulière avec le roi de Suède au sujet d'une éventuelle paix et tente d'obtenir des échanges de prisonniers. Malgré les efforts de Danzay, pour lesquels Charles IX le félicite, les discussions restent bloquées et la conférence prévue à Stralsund en 1567 ne débouche sur rien[48],[49]. Danzay revient rapidement en France à la fin de l'année 1567 puis repart. Le , il est à Copenhague auprès du roi de Danemark[50]. En 1568, le roi de Suède Éric XIV est renversé par son frère Jean III qui fait savoir à Danzay qu'il est disposé à faire la paix, mais les pourparlers traînent encore. La paix est finalement conclue le . C'est un triomphe pour Danzay et pour le roi de France qu'il représente, cité dans le traité de paix[51],[52],[40]. Cet aboutissement est largement son œuvre[31].

Autres négociations

Danzay est aussi au service de la reine mère Catherine de Médicis, à qui il fournit en 1570 huit haquenées qu'il fait acheter en Pologne et en Lituanie et livrer en France, ce qui occasionne une dépense importante[53],[54]. À la demande de la reine, il recrute un nain de cour, Jean Krassowski, dit le petit Domine, à la cour de Prusse et lui envoie en 1572[55],[54],[56]. Jean Krassowski reste ensuite en France jusqu'à sa mort, le [56].

Portrait d'un homme barbu, debout, aux habits noirs décorés de jaune
Jean III, roi de Suède de 1568 à 1592. Tableau de Johan Baptista van Uther (en) (1582).

En 1572-1573, Charles de Danzay participe, avec l'aval de Catherine de Médicis, à un projet de renversement, mené par des nobles suédois, du roi de Suède Jean III pour donner ce trône au duc d'Anjou[57],[58],[59],[60], mais ce dernier est élu roi de Pologne, sans que Danzay y soit pour rien, en 1573[61],[54]. Toutefois, c'est grâce aux renseignements fournis par Danzay que le nouveau roi de Pologne est informé de la situation de son royaume[62]. Cette élection cause une émotion importante dans le Saint-Empire et Danzay négocie pour faciliter le passage de l'importante suite française du nouveau roi qui va s'installer en Pologne en 1573-1574[63],[64],[65] et est à présent à Cracovie auprès de lui. Quand celui-ci, devenu le roi de France Henri III après la mort de son frère Charles IX, abandonne son trône polonais le pour revenir en France, c'est Danzay qui est chargé d'informer le Sénat de Pologne du départ de leur roi éphémère. Il quitte ensuite la Pologne, où, il est, selon lui « en danger, en tel tumulte, d'avoir tous les jours la gorge coupée »[66],[67],[68].

Catherine de Médicis demande à Danzay de se renseigner pour préparer un éventuel mariage de son fils Henri III avec la sœur du roi de Suède, Élisabeth. Elle envoie en Suède le secrétaire d'État Claude Pinart pour négocier ce mariage. Toutefois, ce projet échoue parce qu'Henri III décide lui-même d'épouser Louise de Lorraine, en 1575[69],[70]. Danzay conçoit alors le projet de marier le dernier fils de Catherine de Médicis, François d'Alençon, avec cette même princesse suédoise, à qui son frère abandonnerait ses droits sur la Livonie, le mari d'Élisabeth devenant ainsi grand-duc de Livonie[71],[70],[60]. Ce projet n'est pas accepté par François d'Alençon[72],[70].

Ambassadeur de la France au Danemark, Danzay y représente aussi la reine douairière d'Écosse, Marie Stuart. Il cherche à améliorer le sort, misérable, des arquebusiers écossais au service du roi de Danemark. Il échoue en particulier à faire libérer leur capitaine, John Clark, emprisonné parce qu'il réclame au roi le paiement des sommes dues. Danzay est sollicité en 1569 par James Hepburn, comte de Bothwell, ancien mari de Marie Stuart et emprisonné par le roi de Danemark. Le roi de France Charles IX tient à ce qu'il reste en prison, ce que Danzay transmet au roi de Danemark, qui durcit les conditions de détention de Bothwell. Ce dernier meurt en prison en 1575[73].

Relations avec les érudits

Page d'un livre avec en haut un dessin de château et en bas un plan
Le château d'Uraniborg en 1598.

À Copenhague, par sa position et ses qualités propres, Danzay acquiert la considération des érudits. L'écrivain et théologien danois Erasmus Lætus (da) lui dédie un poème latin dès 1557[74],[75],[30] et, en 1573, dans un autre poème (Rerum Danicarum libri XI), loue son activité lors de la conclusion du traité de Stettin (1570) qui met fin à la guerre nordique de Sept Ans[75]. En 1580, un professeur de l'université de Greifswald (ville de la Hanse), Seccerwitz, fait figurer dans un recueil de poésies latines deux danois éminents, Tycho Brahe, Erasmus Lætus et Charles de Danzay[76],[77]. Dans son musée personnel, l'historien danois Anders Sørensen Vedel (en) fait placer une inscription en l'honneur de Danzay[76],[77],[30].

En 1572, Danzay fait la connaissance de Jean du Pré ou Johannes Pratensis, mort le , médecin de Copenhague d'origine française[77] ainsi que de l'astronome danois Tycho Brahe, qui devient son ami proche[78],[79],[80],[30]. En 1576, Danzay fournit à Tycho Brahe l'inscription latine qui figure sur la pierre angulaire du château-observatoire d'Uraniborg, sur l'île de Ven, que celui-ci fait alors construire[78],[79],[30]. Les lettres que Danzay envoie en France ne sont pas seulement des récits des événements et de ses démarches, mais aussi de véritables mémoires, sur le Danemark, la Suède, le Schleswig ou le Holstein. Le géographe Gérard Mercator s'adresse à Danzay pour obtenir des renseignements sur le Danemark[81].

Favoriser le commerce français

À côté des sujets politiques et religieux, Danzay pense que sa mission s'étend aussi aux questions économiques. Il cherche en particulier à favoriser le commerce français en Europe du Nord et en Russie[82].

Pour faciliter le commerce, il cherche à convaincre les villes de la Hanse d'établir un comptoir en France[83],[16] et va pour cela plusieurs fois à Lübeck. Une première ambassade de marchands de la Hanse part pour rencontrer le roi de France en 1567, mais rebrousse chemin à cause de l'instabilité politique en France. Danzay fait de nouvelles tentatives dans ce sens en 1570 et en 1572. À la réunion des villes de la Hanse à Lübeck de , il obtient de celle-ci qu'elle demande au roi de France la permission d'installer un comptoir dans une ville française[84],[85]. De 1567 à 1577, Danzay écrit régulièrement des lettres à la ville de Dantzig à propos de questions commerciales[16].

Danzay encourage les marchands français à faire du commerce dans les ports de la mer Baltique et négocie avec le roi de Pologne pour sécuriser le trafic, les bateaux étant attaqués par des corsaires. Toutefois, les échanges sont entravés par les guerres successives entre le Danemark et la Suède, entre la Suède et la Russie puis entre le Danemark et la Pologne, cette dernière éclatant en 1572[86]. L'année précédente, en 1571, Danzay propose au roi Charles IX de réunir tous les marchands français qui font des affaires avec la Russie en une seule compagnie, pour mieux négocier avec l'État russe[62]. Il insiste sur l'importance commerciale du port de Narva, conquis par les Russes[87],[88].

En 1575, Danzay expose les bénéfices à réaliser en entreprenant des expéditions commerciales vers la Livonie et le port de Reval (Tallinn)[89] et incite les Français à venir vendre leur sel à Copenhague, où les prix sont élevés[90],[91]. En 1580, Catherine de Médicis le remercie pour tout ce qu'il a déjà fait pour favoriser la liberté du commerce des Français et l'invite à poursuivre son action, en particulier pour obtenir la libération de marchands détenus[92].

En 1581, il prévient les commerçants dieppois qu'il vaut mieux s'abstenir d'envoyer des bateaux à Narva, où la situation change, les Suédois pillant les navires. Il leur propose d'atteindre plutôt la Russie par le Nord, par la mer Blanche. Il insiste sur les bénéfices que les Anglais et les Néerlandais tirent de leur trafic avec la Russie, notamment à Arkhangelsk, sur l'intérêt qu'il y aurait à les imiter et propose d'envoyer un émissaire à Moscou pour négocier des privilèges avec le le tsar[93],[88]. Il semble bien être, en France, à l'origine de ce projet de navigation vers la Russie le long des côtes norvégiennes, qu'il expose dès 1571 et reprend en 1581, quand les Russes perdent Narva, reprise par les Suédois[94].

Toutefois, Frédéric II de Danemark voit dans cette éventualité de nouvel itinéraire des marchands français une possible baisse des revenus des droits du Sund et une perte d'activité dans la Baltique. Il cherche à empêcher ce trajet par le Nord et Danzay négocie avec lui en 1582-1583 le paiement d'une taxe par les marins français[95],[96]. En 1586, une expédition française est envoyée vers Arkhangelsk, mais comme ces marins refusent de payer le péage demandé par les Danois, Danzay doit intervenir en leur faveur[97]. Avec le roi de Suède, Danzay négocie, à la demande de Henri III, pour obtenir des vaisseaux en échange du paiement par le roi de France de taxes que le roi de Suède impose aux commerçants français. Il est aussi chargé d'acheter en Suède du bois pour construire des bateaux, sous les ordres du nouvel amiral de France, Anne de Joyeuse[98].

Un réformé dans un réseau international

Ambassadeur protestant d'un roi catholique

Quand, en 1561, le roi de France fait décerner l'ordre de Saint-Michel au nouveau roi du Danemark Frédéric II, celui-ci, luthérien, hésite pour des raisons religieuses[99],[100]. Il est convaincu de surmonter ses réticences par Charles de Danzay. Ce dernier, calviniste, représente une monarchie catholique chez des luthériens, qu'il sait ménager à propos[101]. Il réussit à concilier l'obéissance au roi et les devoirs que sa conscience lui dicte[102]. Tout en étant dévoué à Catherine de Médicis, Danzay est fermement protestant, et estimé comme tel par les cours, luthériennes, de Danemark et de Suède. Les réformés, comme Danzay, ne sont habituellement guère appréciés du roi de Danemark Frédéric II, luthérien zélé, mais Danzay, quoique pieux, sait aller dans le sens du roi lors de leurs discussions théologiques[103].

Danzay fait partie d'un réseau politique international protestant[104],[105]. Il a des relations suivies avec le diplomate protestant Hubert Languet, qui remontent peut-être à l'époque où ce dernier était étudiant à Poitiers, de 1536 à 1539[15],[106],[105] ainsi qu'avec le secrétaire d'État anglais Francis Walsingham, le chapelain et conseiller de Guillaume Ier d'Orange-Nassau Pierre Loyseleur de Villiers et avec Philippe Duplessis-Mornay, conseiller d'Henri de Navarre[104],[105]. Danzay a une influence certaine sur Philippe Duplessis-Mornay, qui lui écrit : « Vous avez telle puissance sur moi qu'ung père sur ung fils »[107],[108]. En plus de ses missives officielles, Danzay cultive une correspondance privée régulière, qui est presque entièrement perdue parce que ses biens ont été saisis par ses créanciers après sa mort[105].

Après le massacre de la Saint-Barthélemy, Danzay expose par écrit au roi de Danemark, au roi de Suède, aux ducs Adolphe de Holstein-Gottorp, Jean VII de Mecklembourg-Schwerin, Jean-Frédéric de Poméranie et Albert-Frédéric de Prusse, au chancelier du roi de Pologne et aux villes baltiques de la Hanse[109],[110] un récit des événements qui fait la part belle au roi Charles IX et à sa mère Catherine de Médicis. Ils sont présentés comme ayant rétabli l'ordre après les troubles causés par les tensions entre le duc de Guise et Gaspard II de Coligny. Danzay lui-même, quoique réformé, semble adhérer à cette version, alors que dans les terres protestantes d'Allemagne du Nord, Catherine de Médicis et le duc d'Anjou sont violemment critiqués[109],[111]. Cet échange diplomatique montre l'étendue du ressort d'action de Danzay, chargé des relations avec tous les États riverains de la mer Baltique[110].

Si Charles IX ne choisit pas ses diplomates en fonction des leurs convictions religieuses, mais selon leur efficacité et leur obéissance[112], il est certain que, du point de vue de la cour de France, le fait que ce discours justificatif  qui accrédite la thèse d'un complot protestant contre le roi et minimise l'étendue des massacres  soit porté par un calviniste connu comme tel est un avantage, qui augmente la crédibilité de l'argumentaire. Danzay fait son devoir, distinguant son action au service du roi et ses convictions confessionnelles. Il semble, que plusieurs années après, peut-être mieux informé, il ne se berce plus d'illusions. Il évoque « ceste funeste et maudite journée de Sainct Barthelemi » comme « l'exécution de ce tant cruel et inhumain conseil »[111].

Réformés et luthériens

Hubert Languet  installé à Wittemberg auprès du réformateur Philippe Mélanchthon  et Duplessis-Mornay forment le projet d'unir les Églises protestantes pour l'emporter face au catholicisme. Danzay apporte une dimension politique à ce dessein, qu'il envisage sous la forme d'une union des princes. La cour de l'électeur de Saxe considère que le calvinisme est une erreur dangereuse et promeut une union des Églises luthériennes qui aboutit en 1577 à un projet de Formule de Concorde (publié en 1580 sous le nom de Livre de Concorde). Danzay y voit l'influence de l'empereur Maximilien, qui, selon lui, se pose en protecteur des princes protestants allemands pour mieux les détacher de l'influence du roi de France[113]. Pour Danzay, Languet et Duplessis-Mornay, le projet de Formule de Concorde, inspiré notamment par le théologien Jakob Andreae, est dangereux parce qu'il empêche l'union de l'ensemble des protestants, luthériens et réformés[114],[115],[116].

page imprimée en noir sur fond brun
Ratio Ineundae concordiae inter ecclesias reformatas…, p. 3, avec les initiales de l'auteur.

En 1579, Danzay propose un synode général dans un petit livre en latin intitulé Ratio ineundae Concordiae, inter Ecclesias Reformatas…. Afin d'en assurer la publicité, il fait distribuer des exemplaires de cette brochure lors d'une rencontre entre le roi de Danemark Frédéric II et l'électeur de Saxe Auguste Ier à Güstrow, en Mecklembourg[117],[118],[116] et le fait également éditer en allemand[119],[116]. Officiellement anonyme, l'ouvrage comporte page 3 une indication assez transparente quant à son auteur : « C. Q. D. A. nobili viro authore », « C. Q. D. A. » signifiant « Carolo Quissarme domino Anzæi ». Danzay en assume aussi la paternité dans une lettre à Duplessis-Mornay[120],[118],[116].

Dans cet ouvrage et dans ses lettres à Duplessis-Mornay, Danzay regrette la division entre luthériens et calvinistes et attaque les théologiens luthériens, notamment à propos de la Cène et de la prédestination. Il cite à l'appui de son interprétation une lettre de Martin Luther[121]. Pour Danzay, un des moyens de réduire la fracture entre luthériens et réformés est que les princes s'imposent face à « quelques corrompeus théologiens »[122]. Il a des mots très durs à l'égard de Jakob Andrae, qui, selon lui « depuis quatorze ou quinze ans […], n'a faict que courir, tant en Danemarck que par toute l’Allemaigne, pour cognoistre ceulx qui vouldroient favoriser ses folles opinions, et blasmer les calvinistes »[123]. Au-delà de son appartenance confessionnelle, Danzay reproche aussi aux théologiens luthériens de manquer d'honnêteté intellectuelle[124]. En accord avec Languet et Duplessis-Mornay, il juge que les théologiens manquent de sens politique[125] et qu'il faut leur imposer le silence pour mettre fin aux querelles entre protestants[126]. Dans ce but, il préconise la réunion dans le Saint-Empire d'un synode, sous l'autorité des souverains, avec des envoyés de la reine d'Angleterre, Élisabeth Ire et du roi de Navarre Henri III, avec l'accord du roi de France[127],[122].

Danzay met en avant la politique d'apaisement menée par le roi de France Henri III, qui, par l'édit de pacification de 1576 assure aux réformés français la paix et reproche aux princes luthériens allemands de vouloir déclarer hérétiques les réformés[128].En 1580, il décrit dans une lettre à Duplessis-Mornay un plan d'action qui, tout en préconisant une position théologiquement acceptable par tous les protestants sur le problème de la présence réelle du Christ lors de la Cène, fait du roi de Navarre Henri III le défenseur des réformés français[129],[122].

Deux fidélités

Auprès du roi de France Henri III et de sa mère Catherine de Médicis, Danzay ne fait pas état de toutes ses démarches en faveur des réformés[130] mais il doit tout de même arbitrer entre ses deux loyautés personnelles, le roi ou ses coreligionnaires[131]. En 1583, les réformés français réunis en synode national à Vitré décident d'envoyer un représentant, choisi par le roi de Navarre, à un futur synode protestant dans le Saint-Empire. Jacques de Ségur, baron de Pardailhan, est chargé de cette mission et Duplessis-Mornay en avertit Danzay par courrier. Après être passé par l'Angleterre, Jacques de Ségur arrive à la cour de Danemark le [132],[133]. Danzay en informe le roi de France, qui répond en déniant toute légitimité à cet envoyé qu'il n'a pas choisi et à qui il n'a donné aucun mandat[134].

Danzay, sans le dire à Henri III, soutient en fait ce projet de synode général, qui correspond à ses attentes. Il l'écrit à Francis Walsingham, secrétaire d'État d'Élisabeth Ire en 1583. Deux ans plus tard, le diplomate anglais Thomas Bodley souligne la « piété et le zèle de Monsieur de Danzay pour l’avancement de la cause commune », le synode général protestant[133]. Ce projet de synode protestant en Allemagne échoue parce que l'empereur le refuse[135].

Jacques de Ségur essaie, en 1585-1586, de lever une armée pour aller secourir les protestants français[136]. Danzay raconte peu à Henri III et à sa mère les résultats éventuellement obtenus par cet émissaire protestant. Si Danzay semble bien informé à propos des négociations de 1583 sur le projet de synode, il se peut qu'ensuite, en 1585-1587, Ségur lui ait en partie caché ses démarches pour constituer une armée de secours, sur instruction de la cour du roi de Navarre, clairement devenu un adversaire d'Henri III. Danzay essaye d'informer ce dernier sans nuire empêcher la mission de Ségur. De plus, il affirme de plus en plus en 1586 qu'il n'a plus les moyens financiers de payer ses informateurs, ce qui permet de justifier son manque de nouvelles précises[137].

Quand le roi de Danemark interroge Danzay sur la situation en France, il lui répond habilement qu'Henri III reste attaché à la paix et n'est pas un ennemi des huguenots. C'est sans doute, aussi, la conviction à laquelle il s'accroche, et dont il semble demander confirmation au roi en lui racontant cet épisode. Il semble croire que le roi de France est obligé d'agir contre les réformés par la Ligue. Ainsi, une armée étrangère se portant au secours des huguenots libérerait aussi le roi de cette contrainte. C'est peut-être cette pirouette qui lui permet de concilier ses deux fidélités[138]. Danzay cherche en permanence à obéir au roi sans désobéir à Dieu, tel qu'il y croit[139].

Endettement et mort

Des difficultés financières croissantes

Les lettres de Danzay montrent qu'il a véritables soucis financiers qui vont croissant. Dès 1565, l'inflation due à la guerre le pousse à réclamer une augmentation de son traitement. En 1573, il est de 1 800 écus par an, irrégulièrement payé. Les démarches de Danzay pour conclure la paix ou obtenir des traités occasionnent des dépenses, dont il demande régulièrement le remboursement au roi en 1570, 1571, 1572 et 1573. Il en est de même pour les achats qu'il fait au nom du roi ou de la reine. Il reçoit un paiement en 1574[140], mais, le se déclare « plus pauvre que je n'étais le premier jour que je vins en Dannemark »[141],[142] et réclame encore des remboursements. En 1575, pour régler des dettes, il abandonne à ses neveux les biens qu'il possède en Poitou et en Saintonge[143]. Parmi les diplomates français du XVIe siècle, Danzay n'est pas un cas isolé. Même si quelques-uns s'enrichissent[144], nombreux sont les ambassadeurs mal payés ou mal remboursés par le pouvoir royal[145].

Les cérémonies de cour auxquelles il assiste (sacre, baptêmes royaux) lui coûtent cher et le roi de France ne le rembourse pas, ou tardivement. En 1580, il écrit qu'il craint d'être emprisonné pour dettes. En 1581, il doit promettre de ne pas quitter Copenhague avant d'avoir remboursé ses créanciers. En , ceux-ci l'empêchent d'accompagner le roi Frédéric II de Danemark qui part hiverner dans le Jutland[146],[147]. Dans leurs lettres, Henri III et sa mère l'assurent qu'il va être remboursé et payé régulièrement, mais ces promesses sont sans effet. En , il rappelle qu'il na pas pu parler à Frédéric II de Danemark depuis six mois, de peur qu'à fréquenter la cour on lui réclame le paiement de ses dettes. En 1583, sa résidence de Kolding est détruite dans un incendie, ce qui aggrave sa situation[146],[148].

En 1583, le roi de France lui rembourse 2 000 écus, mais cette somme est insuffisante. En 1584-1585, il demande aussi de l'argent à Anne de Joyeuse mais s'endette encore plus en servant de garant au baron de La Fage, qui vient le voir à Copenhague se présentant à lui comme un proche de l'amiral de Joyeuse. En 1585, il affirme qu'il n'est pas emprisonné pour dettes parce que le chancelier de Danemark a répondu de lui. La même année, Frédéric II de Danemark envoie un émissaire en France pour réclamer les sommes dues par Danzay à ses créanciers danois, ce qui est très peu apprécié par Henri III. Néanmoins, le roi de France charge cet envoyé de porter directement au roi de Danemark une lettre le remerciant d'avoir servi de caution à Danzay, ce qui suspend les poursuites contre ce dernier, mais les remboursements ne viennent pas et Danzay est de nouveau assigné à résidence à Copenhague[149].

Les créanciers de Danzay font saisir par le roi de Danemark sept navires chargés de blé au départ du port d'Elseneur pour la France, mais Danzay réussit à obtenir en 1587 qu'on les laisse partir. Le roi Frédéric II de Danemark, protecteur de Danzay, meurt le . La dernière lettre de Catherine de Médicis à Danzay, le , lui promet encore de l'argent qui ne viendra pas. Elle meurt le , son fils Henri III est assassiné le [150].

La mort de l'ambassadeur

Avec l'âge, la santé de Danzay se dégrade. En 1580, il se plaint de son état de santé dans une lettre à Duplessis-Mornay. En 1585-1586, il est victime d'une fièvre continue. Le , il est obligé de s'aliter[151] et meurt le [152],[153],[154],[155]. Il meurt âgé et sans famille puisqu'il ne s'est jamais marié, insolvable, alors que le trésor royal de la France lui doit au moins 20 000 écus[156],[157], soit 60 000 livres[158]. Les obsèques de Danzay ont lieu le lendemain de sa mort, dans la cathédrale Notre-Dame de Copenhague. Un mois après, le , le recteur de l'académie de Copenhague publie un éloge funèbre de Danzay, insistant sur sa piété et sa générosité[159],[160],[30].

Le Danemark fait sceller ses biens et ses papiers, laissés à la garde de son secrétaire, Isaac Maillet[161],[111]. En 1591, trois des créanciers danois de Danzay, Tycho Brahe, Hans Spigel et Erich Lange, font saisir les biens de l'ambassadeur. Son secrétaire, Isaac Maillet, sans argent et vivant d'emprunts, doit laisser les papiers et partir pour la France en 1594[162],[163]. Les documents d'État sont en partie conservés à l'initiative de Jacques Bongars, qui succède à Danzay, mais ce n'est pas le cas des papiers privés de ce dernier[111].

Quatre jours après l'enterrement de Danzay, Jacques Bongars arrive à Copenhague porteur de lettres annonçant l'avènement d'Henri IV et maintenant Danzay dans ses fonctions d'ambassadeur[75],[163]. Fait rare, ce dernier a donc été l'ambassadeur dans le même pays, pendant plus de quarante ans, de 1548 à 1589, de cinq rois de France successifs, Henri II, puis ses trois fils, François II, Charles IX et Henri III et finalement Henri IV[164],[154], tout en étant le seul ambassadeur de la France en Europe du Nord[75]. Comme le résume l'historien Hugues Daussy, « il est de loin le diplomate du XVIe siècle qui est demeuré le plus longtemps en poste »[154]. Alors qu'il est d'origine relativement modeste, il joue un rôle essentiel dans nombre de négociations internationales[139].

Charles de Danzay tombe ensuite dans l'oubli, jusqu'à ce que des historiens danois commencent à éditer sa correspondance, d'abord en 1824 puis en 1901. En 1898, Holger Rørdam écrit une petite biographie, en se fondant sur ces sources publiées et d'autres inédites. Pendant ce temps, Danzay reste ignoré en France, jusqu'à ce qu'Alfred Richard publie une biographie en 1910[154]. Selon Th. Schoell, qui rend compte de cet ouvrage quelques années après, « ce livre opère une vraie résurrection, car le nom de Danzay ne se trouve ni dans les biographies générales, ni même dans l'Annuaire de la Société de l'Histoire de France »[165]. En 2004, Hugues Daussy fait le même constat : « c'est à Alfred Richard, archiviste de la Vienne et érudit poitevin, que Danzay doit d'être sorti de l'oubli »[154].

Armoiries

Les armoiries de la famille Quissarme sont : D'azur à trois chevrons d'argent et trois étoiles de même, mais Charles de Danzay, en tant que cadet, n'en utilise qu'une version simplifiée : D'azur à trois étoiles d'argent posées 2 et 1[4].

Œuvres

Notes et références

Voir aussi

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