Il est né le au sein d’une famille paysanne modeste du district de Romeas Hek, dans la province de Svay Rieng, au Cambodge. Enfant, il fréquente les écoles des pagodes locales et devient bonze en 1949. Il intègre en 1951 le mouvement khmer issarak, qui lutte contre les Français pour obtenir l’indépendance du pays[1].
En 1954, il rejoint les maquis communistes où il devient rapidement secrétaire de la section d’Ampil[2].
C'est à cette époque, plus précisément en 1955, qu'il se marie à Nhem Soeun dont il a 4 fils et 3 filles. En 1959, il est nommé responsable de la province de Svay Rieng[1].
En maide la même année, très probablement pour échapper aux purges qui s’abattent sur la zone est, il rompt avec le régime khmer rouge alors au pouvoir puis rejoint le Viêt Nam. En décembre 1978, il est l’un des douze membres fondateurs et le vice-président du Front uni national pour le sauvetage du Kampuchéa, mouvement créé depuis le Viêt Nam par d’anciens membres khmers rouges en rupture de ban[2].
Le , lorsque l’armée vietnamienne envahit le Cambodge et chasse les fidèles de Pol Pot du pouvoir, il est nommé ministre de l’intérieur du Conseil populaire révolutionnaire du Kampuchéa mis en place par les troupes de Hanoï pour administrer le Cambodge. Il quittera le gouvernement en , quand il sera élu député de Prey Veng et président de l’Assemblée nationale de la république populaire du Kampuchéa, puis de l’État du Cambodge[3].
Il conservera ce fauteuil jusqu'en 1993. Le , il est nommé membre du Bureau politique et du comité central du Parti révolutionnaire du peuple du Kampuchéa qui deviendra le Parti du peuple cambodgien (CPP), puis, en décembre1981, il prend la présidence du Front uni national de construction et de défense du Kampuchéa. Le , le 14econgrès du comité central du CPP l'élit président du parti[5].
Le , il est nommé chef de l’État par intérim et le restera jusqu’au rétablissement de la monarchie, le . En mai 1993, à la suite des élections générales organisées avec le concours de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (APRONUC), Chea Sim est choisi comme député de Phnom Penh et est élu premier vice-président de l’Assemblée constituante qui, après adoption de la nouvelle Constitution du Royaume du Cambodge devient Assemblée nationale. Lors de la première réunion de cette nouvelle législature, le , il est élu président de cette Assemblée nationale[2].
Ce poste lui permet de continuer à exercer les fonctions de chef de l’État par intérim, lors des absences du roi, fonctions qu’il exercera à de multiples reprises lors des nombreux séjours en Chine et en Corée du Nord de Norodom Sihanouk pour raison de santé. C'est notamment lui qui signera le , le décret donnant naissance aux Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens[6].
Il a souvent été considéré comme dirigeant une faction rivale du Premier ministre Hun Sen au sein du CPP. La querelle entre les deux hommes atteint son paroxysme en 2004 quand, en tant que chef de l’État par intérim il refusera de signer une modification constitutionnelle, résultat des tractations entre Norodom Ranariddh et Hun Sen en vue de former une nouvelle coalition gouvernementale. Cela lui vaudra de devoir quitter un temps le territoire cambodgien. Cet événement marquera le début de son affaiblissement, ses alliés étant alors progressivement remplacés aux postes à responsabilité par des fidèles du Premier ministre[7].
À partir du début des années 2010, ses apparitions publiques plus rares font naître des rumeurs concernant son état de santé (il avait déjà été victime d’une attaque en ) et d’éventuels séjours prolongés dans les hôpitaux vietnamiens[8]. Il décède le [9].
Liens familiaux
Sauf indication contraire, l'ensemble des informations qui suivent sont issues du chapitre Pour une relecture du jeu politique cambodgien: le cas du Cambodge de la reconstruction (1993 - 2005) de l'ouvrage Cambodge contemporain[10]
1 2 3 «Chea Sim», Qui est qui au Cambodge, sur Cambodge.free (consulté le ).
1 2 3 Solomon Kane (trad.de l'anglais par François Gerles, préf.David Chandler), Dictionnaire des Khmers rouges, IRASEC, , 460p. (ISBN9782916063270), «CHEA (Sim)», p.76-77
↑ Henri Locard, Pourquoi les Khmers rouges, Paris, Éditions Vendémiaire, coll.«Révolutions», , 352p. (ISBN9782363580528, présentation en ligne), «Après le totalitarisme», p.311
↑ (en) Joseph Liow et Michael Leifer, Dictionary of the Modern Politics of Southeast Asia, Routledge, , 4eéd., 444p. (ISBN978-0-415-62532-6), p.183
↑ (en) Timothy L.H. McCormack (dir.), Michael J. Tilbury, Gillian Doreen Triggs et al., A Century of War and Peace:: Asia-Pacific Perspectives on the Centenary of the 1899 Hague Peace Conference, Brill, coll.«Melbourne Studies in Comparative & International Law», , 312p. (ISBN978-90-411-1532-4, lire en ligne), p.256
↑ Gregory Mikaelian et Alain Forest (dir.), Cambodge contemporain, Les Indes savantes, , 525p. (ISBN9782846541930), partieII, chap.2 («Pour une relecture du jeu politique cambodgien: le cas du Cambodge de la reconstruction (1993 - 2005)»), p.178