Chen Li-an
homme politique taïwanais
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Chen Li-an (chinois traditionnel : 陳履安 ; pinyin : ) (né le 22 juin 1937), parfois orthographié Chen Lu-an, est un mathématicien, économiste et homme politique taïwanais. Il a été président du Yuan de contrôle de 1993 à 1995.
| Chen Li-an 陳履安 | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Président du Yuan de contrôle | |
| – (2 ans, 7 mois et 22 jours) |
|
| Président | Lee Teng-hui |
| Prédécesseur | Huang Tzuen-chiou |
| Successeur | Wang Tso-jung |
| Ministre de la Défense nationale | |
| – (1 an, 8 mois et 25 jours) |
|
| Président | Lee Teng-hui |
| Premier ministre | Hau Pei-tsun |
| Prédécesseur | Hau Pei-tsun |
| Successeur | Sun Chen |
| Ministre sans portefeuille | |
| – (4 ans, 6 mois et 12 jours) |
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| Président | Lee Teng-hui |
| Premier ministre | Yu Kuo-hwa |
| Ministre des Affaires économiques | |
| – (1 an, 10 mois et 10 jours) |
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| Président | Lee Teng-hui
Lee Huan |
| Premier ministre | Yu Kuo-hwa |
| Prédécesseur | Lee Ta-hai |
| Successeur | Vincent Siew |
| Ministre du Conseil de la Science et des Technologies | |
| – (4 ans, 1 mois et 20 jours) |
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| Président | Chiang Ching-kuo |
| Premier ministre | Yu Kuo-hwa |
| Vice-ministre de l'Éducation | |
| – (6 mois et 2 jours) |
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| Président | Yen Chia-kan |
| Premier ministre | Chiang Ching-kuo
Hsu Ching-chung |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Qingtian, Zhejiang, république de Chine |
| Parti politique | Kuomintang |
| Père | Chen Cheng |
| Mère | Tan Xiang |
| Conjoint | Tsao Chin |
| Diplômé de | Massachusetts Institute of Technology |
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Enfance et éducation
Chen est né en Chine, dans la ville de Lushan, dans la province côtière du Jiangxi, le 22 juin 1937. Sa famille est originaire du comté de Qingtian, dans la province du Zhejiang [1]. Son père, le général Chen Cheng, est un homme politique de premier plan du régime nationaliste chinois et un commandant militaire de l'Armée nationale révolutionnaire[1] qui participe à la Guerre contre le Japon et à la Guerre civile contre les communistes. Chen Li-An suit son père lors de l'exil du régime nationaliste chinois sur l'île de Taïwan, en 1949. Après des études au lycée affilié à l'université nationale normale de Taïwan, Chen poursuit ses études aux États-Unis.
Chen obtient une licence en génie électrique au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1960, puis poursuit ses études à l'université de New York, où il reçoit une maîtrise en mathématiques et un doctorat en mathématiques à l'Institut Courant des sciences mathématiques en 1968, sous la direction du mathématicien américano-hongrois Peter Lax. Sa thèse de doctorat s'intitule « Résolution de problèmes mal posés par des techniques de programmation mathématique »[2].
Carrière politique
Chen Cheng, devenu l'indéboulonnable vice-président du régime du général Tchang Kaï-chek[3], disparaît en 1965, victime d'un cancer. Sur son lit de mort, il aurait, selon le témoignage de Chen Li-An, appelé son fils à "ne pas oublier la Chine continentale"[1], tombée aux mains des communistes depuis 1949. Revenu à Taïwan après ses études en 1970, il est nommé président de l'université de Technologie Ming Chi (en) à Taishan[1]. Il devient à l'époque l'une des principales figures des "princes" du KMT, ces fils de ministres et de membres du parti, favorisés à tous les niveaux de la société comme Ma Ying-jeou[4]. Les médias regroupent d'ailleurs avec Chen Li-an trois autres hommes, dans un groupe appelé les "Quatre Princes du Kuomintang (zh)" (國民黨四公子), Lien Chan, Shen Chun-shan (en) et Frederick Chien[5].
Dans les années 1980 et 1990, il multiplie les passages dans les ministères. Il devient ainsi vice-ministre de l'Éducation entre 1977 et 1978, dans le gouvernement du président Chiang Ching-kuo. Nommé ministre du Conseil de la Science et des Technologies entre 1984 et 1988, Chen Li-an se consacre essentiellement aux affaires scientifico-économiques et soutient le projet politique du Premier ministre Sun Yun-suan, aboutissant à la création du Parc technologique de Hsinchu, un complexe scientifique et technique accompagnant l'ascension de Taïwan dans le secteur des semi-conducteurs[1]. Dans ce cadre, il s'oppose à Morris Chang, le fondateur du géant Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, qui souhaite constituer son entreprise avec le modèle industriel des fonderies[6]. Il développe aussi une excellente relation avec l'entrepreneur Wang Yung-ching (en), PDG du groupe Formosa Plastics Corp (en) et avec les milieux d'affaires[5]. Il est ensuite ministre des Affaires économiques entre 1988 et 1990, dans le premier gouvernement du président Lee Teng-hui, où il orchestre le miracle économique taïwanais et l'ouverture économique avec la Chine. Il succède enfin au conservateur Hau Pei-tsun, devenu Premier ministre, au poste de ministre de la Défense nationale, entre 1991 et 1993, étant chargé des dossiers des frégates de Taïwan (contrat signé en août 1991) et des Mirages de Taïwan (signé en 1992)[7].
En 1993, le président Lee Teng-hui nomme Chen Li-an à la tête du Yuan de contrôle, un organe institutionnel possédant des pouvoirs d'audit, de contrôle et de lutte anti-corruption. À l'époque, Chen connaît une illumination bouddhiste et se convertit, fondant une association, la Hwa-yu Foundation (化育基金會) chargée de prêcher le bouddhisme tibétain à Taïwan[5].
Chen Li-an se fait le chantre d'une réunification "la plus rapide possible" avec la Chine continentale, s'opposant à la stratégie de "localisation" du président Lee, qui souhaite implanter le KMT à Taïwan et intégrer les taïwanais dans la vie politique du pays. Chen dénonce aussi pro-activement la corruption du régime, héritée de l'époque dictatoriale et symptôme de l'apparition des triades liées au parti nationaliste[5]. Alors que le président Lee réforme la Constitution et planifie les premières élections présidentielles au suffrage universel de l'histoire de la république de Chine pour 1996, Chen décide de présenter une candidature dissidente, pro-réunification et bouddhiste, qui amène le KMT à lancer une procédure de destitution[8].

La campagne de Chen Li-an est marquée par son image d'honnêteté, soutenue par de nombreuses organisations bouddhistes. La juriste Wang Ching-feng, elle aussi membre du Yuan de contrôle, devient la candidate au poste de Vice-Présidente sur le ticket mené par Chen. Première femme sur un ticket présidentiel de l'histoire de la république, Wang joue aussi sur un caractère incorruptible[9]. Chen et Wang orientent leur campagne sur les thèmes d'intégrité gouvernementale, de protection de l'environnement, de renouveau spirituel et de bonnes relations avec la république populaire de Chine[9]. Sa candidature, cependant, minoritaire et soutenue par aucun parti, ne jouit pas d'une bonne couverture médiatique[9]. Certes, il est plus exposé que le candidat indépendantiste Peng Ming-min (en) dans la presse proche du gouvernement, mais le président Lee domine clairement[9]. En réaction, il réalise un "pèlerinage" dans la campagne taïwanaise, pour recueillir les doléances populaire[1]. Il souffre aussi de la compétition d'une autre candidature dissidente du KMT et pro-réunification (cela dit, bien plus radicale) à sa droite, menée par l'ancien gouverneur de la province de Taïwan (en), Lin Yang-kang (en), soutenue, en sus, par le Nouveau Parti (en)[9]. Les différences politiques entre les deux politiciens empêchèrent la constitution d'un ticket commun. Le ticket Chen-Wang finit par échouer en quatrième position d'une élection placée sous haute tension avec 1,7 millions de voix[5].
Chen Li-an profite ensuite de l'ouverture économique de la Chine pour investir sur le Continent, créant notamment une manufacture de vêtements appelée Jietuo[1]. Bien qu'il exprime toujours des réserves quant au Kuomintang, qu'il qualifie toujours de « parti pourri »[10], Chen retourne dans l'arène politique en 1999, pour soutenir le candidat du KMT, Lien Chan, lors de l'élection présidentielle taïwanaise de 2000[11]. Le règne incontesté du KMT sur l'île depuis 1945 est effectivement menacé par l'ascension du mouvement indépendantiste, mené par Chen Shui-bian du Parti démocrate progressiste[12]. Le KMT est effectivement furieux de la posture politique du président sortant Lee Teng-hui, qui a multiplié les déclarations faisant de la Chine et de Taïwan des pays séparés et est accusé de favoriser le candidat indépendantiste à Lien Chan[13]. Chen Li-an, partisan d'un rapprochement et d'une réunification express avec la Chine, multiplie les déclarations de condamnation et appelant le futur président à mettre la priorité sur l'amélioration des relations inter-détroit[14]. Chen Li-an déclare que Lien est le seul capable de pouvoir parler avec la Chine, alimentant la ligne de campagne du candidat KMT, qui essaie de se définir comme le seul ayant une expérience de négociation avec Beijing[15].
Après l'échec de Lien, battu par le candidat indépendantiste Chen Shui-bian, Chen Li-an reprend sa carte au parti nationaliste en janvier 2001[16]. Chen déclare qu'il craint que la patrie ne court à la "ruine"[8]. L'influence de Chen est cependant minime à ce stade là et le secrétaire du DPP Frank Hsieh (en) déclare que "cela ne faisait aucune différence"[8]. Il est touché par un scandale alors que Lien Chan accuse le fils du président Chen Shui-bian de n'avoir pas réalisé son service militaire. En rétorsion, l'ancien président Lee Teng-hui dévoile que les deux fils de Lien Chan et que le fils de Chen Li-an avaient profités d'une loi spéciale pour ne pas réaliser leur service non plus[17].

Très peu actif en politique dans les années qui suivent, Chen Li-an est convoqué par le Yuan de Contrôle en 2003 pour une audition dans le cadre des affaires des frégates et des Mirages achetés à la France et dont les contrats avaient été émaillés par des fraudes, de la corruption, des rétro-comissions et les disparitions suspectes de plusieurs personnes concernées par le contrat[7]. Chen est, en particulier, accusé d'avoir participé à la négociation d'achat des Mirages, dont le prix aurait été gonflé.
Chen Li-an a été décoré de l'Ordre des Nuages propices par le président Ma Ying-jeou le 13 avril 2016, peu de temps avant la prise de fonction de la présidente élue Tsai Ing-wen[18].
Il se consacre depuis à des questions scientifiques, et accompagne notamment la présidente Tsai Ing-wen lors d'une visite au synchrotron de Hsinchu (en) en septembre 2016.
| Résultats de l'élection présidentielle de la république de Chine de 1996 | ||||
|---|---|---|---|---|
| Candidat à la présidence | Candidat à la vice-présidence | Parti | Votes | % |
| Lee Teng-hui |
Lien Chan |
5 813 699 | 54.0 | |
| Peng Ming Min (en) | Frank Hsieh (en) | 2 274 586 | 21.1 | |
| Lin Yang-kang (en) | Hau Pei-tsun | 1 603 790 | 14.9 | |
| Chen Li-an | Wang Ching-feng | 1 074 044 | 9.9 | |
| Votes invalides/vides | 117 160 | |||
| Total | 10 883 279 | 100 | ||
