Chen Yun

homme politique chinois From Wikipedia, the free encyclopedia

Chen Yun, (chinois : 陈云 ; chinois traditionnel : 陳雲 ; pinyin : Chén Yún) né le à Shanghaï et morte à Pékin, est un cadre du Parti communiste chinois et de la république populaire de Chine. Il est l'un des dirigeants les plus importants sous les périodes de Mao Zedong, puis de Deng Xiaoping. Dans les années 1980, il est considéré comme la deuxième personnalité la plus influente de Chine, juste après Deng Xiaoping. Chen Yun est également connu sous le nom de Liao Chenyun (廖陈云), car il avait adopté le nom de famille de son oncle (Liao Wenguang ; 廖文光) après le décès de ses parents.

PrédécesseurDeng Xiaoping
SuccesseurFonction supprimée
PrédécesseurDong Biwu (indirectement)
SuccesseurQiao Shi
Faits en bref Fonctions, Président de la Commission consultative du Parti communiste chinois ...
Chen Yun
Illustration.
Chen Yun en 1958
Fonctions
Président de la Commission consultative du Parti communiste chinois

(4 ans, 11 mois et 10 jours)
Prédécesseur Deng Xiaoping
Successeur Fonction supprimée
Secrétaire du Comité central pour l'inspection disciplinaire du Parti communiste chinois

(8 ans, 10 mois et 9 jours)
Prédécesseur Dong Biwu (indirectement)
Successeur Qiao Shi
Vice-président du Parti communiste chinois

(3 ans, 8 mois et 25 jours)
Président Hua Guofeng
Hu Yaobang

(9 ans, 10 mois et 4 jours)
Président Mao Zedong
Premier vice-Premier ministre du Conseil des affaires de l'État de la république populaire de Chine

(10 ans, 3 mois et 6 jours)
Premier ministre Zhou Enlai
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Lin Biao
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance District de Qingpu, Shangaï
Date de décès (à 89 ans)
Lieu de décès Pékin
Sépulture Cimetière révolutionnaire de Babaoshan
Nationalité Chinoise
Parti politique Parti communiste chinois (1925-1995)
Conjoint Yu Ruomo
Enfants Chen Yuan
Chen Weilan
Diplômé de École internationale Lénine
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Figure politique majeure du Parti communiste chinois (PCC) avant la fondation de la république populaire de Chine (RPC), Chen intègre le Comité central du PCC en 1931, puis le Bureau politique en 1934. Il prend la tête du Département de l'organisation du PCC en 1937 et devient l'un des proches conseillers de Mao Zedong. Il joue un rôle important dans le Mouvement de rectification de Yan'an en 1942 et commence à se voir confier des responsabilités en matière économique la même année. A partir de 1949, Chen Yun dirige la Commission centrale des finances et de l'économie.

Après la fondation de la RPC, Chen contribue activement à modérer les idées économiques radicales de Mao et participe à l'élaboration du premier plan quinquennal. Aux côtés de Deng Xiaoping et Zhou Enlai, il joue un rôle déterminant dans la reconstruction économique de la Chine après le désastreux Grand Bond en avant (1958-1960), prônant une économie de marché encadrée. Chen fut rétrogradé durant la révolution culturelle, mais revint au pouvoir après la mort de Mao en 1976.

Après la réhabilitation de Deng Xiaoping, Chen critiqua ouvertement les politiques maoïstes, et devint par la suite l'un des architectes de la politique de réforme et d'ouverture de Deng. Tête de proue de la réforme avec Deng, Chen Yun devient l'un des huit immortels du parti communiste chinois. Initialement fervent défenseur des réformes économiques, il adopta progressivement une position de plus en plus conservatrice à leur égard, devenant une figure clé du ralentissement de nombreuses réformes et le chef des factions conservatrices du PCC. Chen démissionna du Comité central en 1987, mais conserva son influence en tant que président du Comité consultatif central jusqu'en 1992, date à laquelle il se retira définitivement de la vie politique.

Jeunesse

Chen est né à Qingpu, dans le Jiangsu (aujourd'hui un quartier de Shanghai), en 1905. Il était typographe pour la célèbre maison d'édition Commercial Press de Shanghai, qui imprimait des ouvrages révolutionnaires et même des Bibles protestantes[1],[2]. Il joua un rôle de premier plan comme jeune organisateur au sein du mouvement ouvrier au début et au milieu des années 1920, avant d'adhérer au Parti communiste chinois (PCC) en 1924. Après le Mouvement du 30 mai 1925, Chen fut un organisateur important du parti avec Zhou Enlai et Liu Shaoqi. Zhou et Yun résidèrent un temps dans une église du Christ à Changting, qui abritait un comité révolutionnaire[1]. Après le massacre de Shanghai par Chiang Kai-shek en 1927, Chen s'enfuit dans sa ville natale, mais revient rapidement pour mener clandestinement son travail de syndicaliste.

Chen était l'un des rares organisateurs du Parti communiste issu d'un milieu ouvrier urbain. Il a travaillé clandestinement comme organisateur syndical à la fin des années 1920, a participé à la Longue Marche et a siégé au Comité central de 1931 à 1987. Il a été actif tout au long de sa carrière dans le domaine de l'économie, malgré le fait qu'il n'ait reçu aucune éducation formelle après l'école primaire.

Débuts au sien du PCC

Montée dans le parti

Chen Yun siégea au Comité central lors de la troisième session plénière du VIe Comité central du PCC en 1930 et devint membre du Politburo en 1934. En 1933, il fut évacué à Ruijin, dans la province du Jiangxi, siège de la principale zone « soviétique » du PCC. Il était responsable de l'ensemble des activités clandestines du Parti dans les « zones blanches », c'est-à-dire les lieux échappant à son contrôle. Lors de la Longue Marche, il fut l'un des quatre membres du Comité permanent du Bureau politique à participer à la conférence de Zunyi en janvier 1935. Chen quitta la Longue Marche au printemps 1935 et retourna à Shanghai. En septembre 1935, il se rendit à Moscou en tant que représentant du PCC auprès du Komintern.

Retour en Chine

Membres du présidium de la sixième session plénière du sixième Comité central en 1938. (De gauche à droite au premier rang : Kang Sheng, Mao Zedong, Wang Jiaxiang, Zhu De, Xiang Ying, Wang Ming ; de gauche à droite au deuxième rang : Chen Yun, Bo Gu, Peng Dehuai, Liu Shaoqi, Zhou Enlai, Zhang Wentian)

En 1937, Chen retourna en Chine comme conseiller du dirigeant du Xinjiang, Sheng Shicai. Il rejoignit ensuite Mao à Yan'an, probablement avant la fin de l'année 1937. En novembre 1937, il devint directeur du Département de l'organisation du Parti, poste qu'il occupa jusqu'en 1944. Au début des années 1940, il faisait partie du cercle restreint des conseillers de Mao. Ses écrits sur l'organisation, l'idéologie et la formation des cadres furent intégrés aux importants documents d'étude du Mouvement de rectification de Yan'an de 1942, une campagne de persécution politique qui consolida le pouvoir de Mao au sein du Parti[3]. Durant cette période, il est connu pour avoir protégé certains camarades accusés d'être trotskistes et critiqué les exagérations de la campagne dans la région du Shandong[4].

Premier responsable de l'économie communiste

La carrière économique de Chen débuta en 1942, lorsqu'il fut remplacé par Ren Bishi à la tête du Département de l'organisation du PCC. Dans ses nouvelles fonctions, Chen fut chargé de la gestion financière du Nord-Ouest de la Chine. Deux ans plus tard, il fut également nommé responsable des finances de la région frontalière du Shaan-Gan-Ning. En 1946, il ajouta le Nord-Est de la Chine à son portefeuille (alors sous l'autorité du général Lin Biao et du commissaire politique Peng Zhen).

Au milieu des années 1940, Chen contribua largement à la stratégie du Parti de « guerre économique ». Selon ce concept, la relance de l'économie dans les zones libérées constituait une contribution majeure à la lutte révolutionnaire. Chen affirmait que le développement économique et la production étaient essentiels, expliquant que « ce n'est qu'en résolvant le problème de l'alimentation et de l'habillement des masses que nous pourrons devenir leurs dirigeants. Un homme d'affaires révolutionnaire est donc un révolutionnaire à part entière »[5].

L'un des principaux défis pour les communistes durant cette période fut d'éliminer la monnaie des nationalistes et de la remplacer par les monnaies utilisées dans les zones de base révolutionnaires[5]. Une autre contribution de Chen Yun au développement précoce de l'économie chinoise a été sa stabilisation des prix à Shanghai après que le gouvernement nationaliste n'ait pas réussi à endiguer la crise financière causée par les spéculations des monopoles d'entreprises[5].

Durant la république populaire de Chine

Chen Yun avec Mao Zedong, Zhu De et Zhou Enlai en 1954

En mai 1949, Chen Yun fut nommé à la tête de la nouvelle Commission centrale des finances et de l'économie. En juillet 1948, il avait été désigné pour diriger la Commission des finances et de l'économie du Nord-Est, nouvellement créée[6].  Peu de temps après, la Commission administrative du Nord-Est créa le Comité de planification économique du Nord-Est (principal organe bureaucratique chargé de la planification économique en Mandchourie), dont Chen prit la tête[6].

Début 1952, Zhou Enlai dirigea une équipe chargée d'élaborer le premier plan quinquennal, avec Bo Yibo, Li Fuchun et le général Nie Rongzhen. Zhou, Chen et Li présentèrent le projet à des experts soviétiques à Moscou, qui le rejetèrent. Début 1953, Gao Gang et la Commission d'État à la planification commencèrent à travailler sur ce qui allait devenir la version finale du premier plan quinquennal[7]. Après la chute de Gao, Chen Yun, Bo Yibo, Li Fuchuan et (plus tard) Li Xiannian gèrent l'économie chinoise pendant plus de 30 ans.

Reconstruire et moderniser

Dans les années 1950 et 1960, Chen était un fervent défenseur de mesures économiques davantage axées sur le marché[8]. Rétrospectivement, il estima plus tard que ce sont les erreurs de Mao qui avaient le plus empêché la Chine d'atteindre ses objectifs quinquennaux[3]. En 1956, lors du VIIIe Congrès national du Parti communiste chinois, Chen fut élu vice-président du Comité central[9]. À cette époque, Mao et Chen partageaient le constat que le système économique, calqué sur celui de l'Union soviétique, était excessivement centralisé, mais leurs idées divergeaient quant aux solutions à apporter. Chen estimait que les marchés devaient jouer un rôle économique plus important, tout en restant soumis à un plan contrôlé par l'État[10]. Il utilisa la métaphore de l'oiseau en cage pour décrire l'économie socialiste : si la cage était trop petite, l'oiseau ne survivrait pas. Si la cage restait ouverte, l'oiseau s'envolerait. A contrario, l'idée de Mao consistait plutôt à déléguer les pouvoirs aux autorités provinciales et locales, qui étaient en réalité des comités du Parti plutôt que des technocrates d'État, et à recourir à la mobilisation des masses plutôt qu'à un plan central détaillé ou au marché pour stimuler la croissance économique.

Chen en 1958

Le programme de Mao s'imposa et ces politiques convergèrent avec le reste du Grand Bond en avant, qui s'avéra finalement désastreux. Dès le début de 1959, l'économie montrait déjà des signes de faiblesse. En janvier de cette année-là, Chen Yun publia un article appelant à une augmentation de l'aide soviétique. En mars, il publia une critique modérée mais générale du Bond en avant, notamment de sa dépendance aux mouvements de masse. La croissance économique, affirmait-il, n'était pas simplement une question de vitesse. Elle exigeait une attention particulière aux conditions de travail sûres et à la qualité de l'ingénierie. Elle dépendait des compétences techniques, et non de la seule conscience politique[3].

Place difficile au sein de la nouvelle Chine

Marginalisation par Mao

Chen Yun avec Mao Zedong en 1966

Après plusieurs mois de tension avec Mao quant-à savoir quelle solution adoptée pour faire repartir l'économie, Chen tomba en disgrâce[8]. À l'été 1959, le Parti convoqua une réunion à Lushan, ville thermale, pour examiner la politique du Grand Bond en avant. Le ministre de la Défense, le maréchal Peng Dehuai, s'en prit au radicalisme de cette politique, ce que Mao interpréta, ou feignit d'interpréter, comme une attaque personnelle contre son autorité. Mao répliqua par une violente attaque personnelle contre Peng. Ce dernier perdit ses fonctions militaires et le Parti entreprit une purge générale contre ce que Mao qualifiait d'opportunisme de droite. Toute réforme de la politique du Grand Bond en avant était désormais exclue. La Chine poursuivit sur sa lancée pendant encore un an ou plus, et à la fin de 1960, elle était plongée dans une famine profonde. Chen Yun partageait sans aucun doute les critiques de Peng Dehuai à l'égard du Grand Bond en avant et s'allia à Zhou Enlai et Deng Xiaoping pour gérer l'économie après le Grand Bond en avant, ce qui exigeait de composer avec la susceptibilité du président Mao à la critique[7]. Chen conserva néanmoins ses fonctions de vice-président du Parti et de membre du Politburo, et continua d'exprimer ses opinions en coulisses. En 1961, il mena des enquêtes dans les zones rurales autour de Shanghai. Lors d'une attaque menée contre lui par un groupe radical au sein du système financier, il rapporta les propos des paysans, dans le contexte de la révolution culturelle :

« Au temps de Tchang Kaï-chek, nous mangions du riz. Sous le glorieux règne du président Mao, nous n'avons plus que de la bouillie.»

D'après sa nécrologie, Chen fut l'un des principaux architectes des politiques économiques de la période de la « voie capitaliste » (1961-1962), durant laquelle la politique économique chinoise privilégiait les incitations matérielles et cherchait à encourager la croissance économique plutôt que de poursuivre des objectifs idéologiques. Cette approche est souvent qualifiée de « théorie de la cage à oiseaux » de Chen, appliquée à la reprise économique post-Grand Bond en avant, où l'oiseau représente le libre marché et la cage, la planification centralisée. Chen proposait de trouver un équilibre entre « libérer l'oiseau » et l'étouffer par une planification centralisée trop restrictive. Cette théorie allait devenir par la suite un point central des critiques formulées à l'encontre de Chen durant la révolution culturelle. Sa seule apparition publique à cette époque fut une photographie publiée en première page du Quotidien du Peuple et d'autres grands journaux le 1er mai 1962. On y voyait Chen serrer la main du président Mao, sous le regard de Liu Shaoqi, Zhou Enlai, Zhu De et Deng Xiaoping (l'ensemble du noyau dur des dirigeants de l'époque, à l'exception de Lin Biao). Aucune légende ni autre explication ne figurait sur l'image.

Purge durant la révolution culturelle

Durant la révolution culturelle, Chen Yun fut dénoncé dans les publications des Gardes rouges, mais pas dans la presse officielle. Il fut réélu au Comité central lors du IXe Congrès du Parti en avril 1969, mais pas au Bureau politique. Il n'occupait plus aucune fonction opérationnelle. Plus tard dans l'année, il fut « évacué » de Pékin, comme de nombreux autres dirigeants de la première génération, inactifs ou tombés en disgrâce, dans le cadre d'un prétendu plan visant à se prémunir contre une éventuelle invasion de l'Union soviétique, avec laquelle la Chine était en profond désaccord. Chen fut embauché dans une usine à Nanchang, dans la province du Jiangxi, où il travailla pendant trois ans. En janvier 1975, il fut élu au Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire, le parlement chinois[7].

Durant la période des réformes

Retour au pouvoir

Chen avec Deng Xiaoping en 1952

Suite à la mort de Mao en septembre 1976 et au coup d'État contre la bande des Quatre un mois plus tard, Chen s'impliqua de plus en plus dans la vie politique du pays. Avec le général Wang Zhen, il demanda au président du Parti, Hua Guofeng, la réhabilitation de Deng Xiaoping lors de la Conférence de travail du Comité central du PCC en mars 1977, mais leur requête fut d'abord rejetée[7]. Après la réhabilitation de Deng la même année, Chen mena l'offensive contre l'ère maoïste lors de la Conférence de travail du Comité central du PCC de novembre-décembre 1978, soulevant les six questions sensibles suivantes : les purges de Bo Yibo, Tao Zhu, Wang Heshou et Peng Dehuai ; les événements de Tiananmen de 1976 ; et les erreurs de Kang Sheng. Chen souleva ces six questions afin de discréditer Hua et ses partisans de gauche[7]. L'intervention de Chen Yun a fait pencher la balance en faveur d'un rejet ouvert de la révolution culturelle et de la promotion de Deng Xiaoping, en décembre 1978, au poste de chef de facto du régime.

En juillet 1979, Chen Yun a été nommé à la tête (avec Li Xiannian comme adjoint) de la nouvelle Commission économique et financière nationale, composée de ses propres alliés et de planificateurs économiques conservateurs. En avril et juillet de la même année, il a tenu de nouveaux propos provocateurs lors de réunions internes du Parti, bien que leur authenticité ait été niée (de manière équivoque) par les porte-parole officiels. Dans ces déclarations, Chen Yun déplorait le manque de progrès économique de la Chine et la perte de confiance du peuple envers le Parti. En avril, il a critiqué le train de vie luxueux des dirigeants du Parti (y compris le sien) et a déclaré que s'il avait su, avant la libération, ce que seraient les dix années suivantes (c'est-à-dire la période de la révolution culturelle), il aurait fait défection pour rejoindre Tchang Kai-shek. Il déplora les méthodes dictatoriales de Mao et laissa entendre, sans toutefois l'affirmer avec force, que le Parti devait adopter une ligne plus conciliante envers les dissidents. Si « Lin Biao et la Bande des Quatre, c'est-à-dire les gauchistes radicaux », avaient pu assurer au peuple nourriture et vêtements, dit-il, ils n'auraient pas été aussi faciles à renverser.

Critique de l'ère Mao

En juillet, Chen développa ces thèmes dans une autre intervention (qui comprenait également quelques observations sarcastiques sur les goûts littéraires du défunt président). Chen déclara : « On dit que les anciennes dynasties et le Kuomintang "gouvernaient" le pays, mais on parle plutôt de la "direction" du Parti communiste. Or, le Parti est bel et bien un parti au pouvoir, et s'il veut conserver sa position, il doit aussi conserver le soutien du peuple. Il ne doit pas se tenir au-dessus des masses, mais vivre parmi elles à leur service. Le bien-être du peuple et la position dominante du Parti exigent tous deux que celui-ci réduise la distance qui le sépare du peuple. »[11],[12]

Les anciennes dynasties, expliqua Chen, savaient l'importance d'une politique de concessions ou de recul face à des positions intenables. Le Parti doit pouvoir prendre du recul par rapport à ses pratiques passées : en matière d'économie, de culture, d'éducation, de science et d'idéologie. Sans compromettre le principe fondamental du socialisme, Chen estimait que le Parti devait, pour le moment, accepter la coexistence avec certains aspects du capitalisme. Mais tout cela, ajouta-t-il, devait être fait avec prudence : autrement, la Chine risquerait d'abandonner le socialisme et de restaurer le capitalisme. Ces déclarations annonçaient la réorientation majeure du communisme chinois dans le cadre du mouvement de réforme[11],[12].

Artisan de la réforme

Bien que Deng Xiaoping soit considéré comme l'architecte des réformes économiques de la Chine moderne, Chen Yun a largement contribué à la stratégie adoptée par Deng, et s'est impliqué plus directement dans les détails de sa planification et de sa mise en œuvre. Un élément clé de la réforme consistait à utiliser le marché pour allouer les ressources, dans le cadre d'un plan global. Les réformes du début des années 1980 constituaient, en réalité, la mise en œuvre finale du programme que Chen avait esquissé au milieu des années 1950. Chen qualifiait ce système d'« économie en cage ». Selon lui, « la cage représente le plan, et sa taille peut varier. Mais à l'intérieur de la cage, l'oiseau [l'économie] est libre de voler à sa guise. »

En 1981, un « Groupe de pilotage financier et économique » concurrent fut créé sous la direction de Zhao Ziyang et composé d'une équipe diversifiée de planificateurs économiques. En 1982, Chen Yun, alors âgé de 77 ans, quitta le Politburo et le Comité central pour prendre la présidence de la nouvelle Commission consultative centrale, une institution créée pour permettre aux dirigeants de la génération fondatrice de rester impliqués dans les affaires publiques[12].

Durant les années 1980, Chen Yun participa activement aux débats politiques. Dès le début, et en tant que l'un des principaux artisans de la réforme et de l'ouverture, il soutint Deng Xiaoping et les réformes libérales du marché qui avaient connu un tel succès, de l'agriculture aux zones urbaines en passant par le secteur industriel. Il défendit également le maintien d'un rôle actif de l'État dans le développement et la planification du marché, une politique qui influencera les générations futures de dirigeants, notamment Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Jinping. Il joua un rôle déterminant dans la « Campagne contre la pollution spirituelle », organisée fin 1983, afin de préserver le statu quo politique et la stabilité intérieure de la Chine[12].

Chen Yun était largement admiré et respecté pour avoir su trouver un juste équilibre entre un capitalisme de laissez-faire excessif et le maintien d'un rôle prépondérant de l'État dans la conduite de l'économie de marché chinoise. Les réformes et la clairvoyance de Deng et Chen ont contribué à enrichir des générations de Chinois depuis la révolution culturelle de Mao, et ont propulsé la Chine parmi les premières économies mondiales (première en termes de PPA et deuxième en termes de PIB nominal)[13].

Chef des conservateurs chinois

Chen n'était pas, en principe, opposé à la portée des réformes de Deng ; la politique économique chinoise avait de fait gelé les prix à la consommation pendant des décennies, au point que les prix en Chine n'avaient plus guère de rapport avec la valeur relative des ressources, des biens ou des services. Néanmoins, Chen contestait la manière dont les réformes urbaines avaient été mises en œuvre. La conséquence immédiate des réformes des prix de Deng fut une inflation soudaine et massive, sans précédent pour la jeune génération et particulièrement effrayante pour les plus âgés qui se souvenaient encore de l'inflation galopante des dernières années du régime nationaliste. L'augmentation de la circulation monétaire dans l'économie, conjuguée à un système hybride où les fonctionnaires ou les personnes ayant des relations au sein du gouvernement étaient particulièrement bien placés pour tirer profit des nouvelles opportunités, a encouragé la corruption[14].

La première réaction du gouvernement face à l'inflation fut d'octroyer des primes aux employés des entreprises d'État, afin de compenser en partie la hausse des prix. Chen Yun soutenait que, si de telles primes devaient être accordées, elles devaient être indexées sur l'augmentation de la productivité. En pratique, ces primes furent généralisées à l'ensemble du secteur public et eurent le même effet économique que si le gouvernement avait simplement imprimé davantage de monnaie. Les agriculteurs chinois n'étant pas éligibles à ces primes, car n'étant pas considérés comme des fonctionnaires, le secteur agricole chinois, qui avait prospéré lors de la première phase de la réforme, fut particulièrement touché par l'inflation.

La théorie de Chen était que le marché devait compléter le plan. Dans le contexte du maoïsme radical, cela l'avait fait apparaître comme un partisan social-démocrate du socialisme de marché[5]. Il s'avéra cependant que Chen pensait exactement ce qu'il avait dit. Il était beaucoup moins enthousiaste à l'égard du marché que Deng Xiaoping et ses jeunes collègues. Bien que, dans ses déclarations « secrètes » de 1979, Chen ait manifesté un mépris personnel inhabituel pour Mao, il indiqua également partager les craintes du défunt président quant à un possible abandon du socialisme par la Chine au profit du capitalisme. Chen était sceptique quant aux zones économiques spéciales (ZES), qu'il considérait comme une expérience non socialiste[15]. Il jugeait le développement d'une économie de marché socialiste non scientifique et irréaliste.

Dans les années 1980, Chen s'est imposé comme la figure de proue des opposants les plus intransigeants aux réformes. Il a soutenu la campagne vigoureuse menée au début des années 1980 contre les « trois catégories de personnes », une purge générale visant tous ceux qui avaient été associés aux factions radicales durant la révolution culturelle. Peu après, il s'est allié aux conservateurs hauts responsables du Parti. Durant la période des réformes, Chen a refusé de rencontrer des étrangers et n'a jamais visité les nouvelles ZES. Dans un hommage à Li Xiannian, un ancien collègue du système économique (et, comme lui, l'un des rares véritables prolétaires parmi la première génération de dirigeants du Parti), Chen a néanmoins déclaré qu'il n'était pas nécessairement opposé à tout ce qui concernait les ZES. Bien que Chen soit devenu le chef moral de l'opposition conservatrice à Deng Xiaoping, il n'a pas contesté la primauté personnelle de ce dernier en tant que chef du régime.

Bien que la promotion des réformes politiques et économiques par Zhao Ziyang ait fait de lui l'un des principaux rivaux politiques de Chen, Chen était l'un des cadres du Parti actifs dans les années 1980 que Zhao respectait le plus. Dans son autobiographie, Zhao mentionne Chen comme l'un des rares cadres qu'il qualifiait régulièrement de « camarade ». Avant de mettre en œuvre de nouvelles politiques, Zhao avait pour habitude de rendre visite à Chen afin de solliciter ses conseils et de tenter d'obtenir son approbation. Si Zhao ne parvenait pas à obtenir l'approbation de Chen, il cherchait alors généralement à s'appuyer sur les faveurs de Deng Xiaoping pour faire avancer les réformes[3].

Réaction à Tiananmen

En 1989, Chen, aux côtés de Deng Xiaoping, Li Peng et d'autres, figurait parmi les hauts responsables du Parti chargés des décisions clés concernant les manifestations étudiantes de la place Tiananmen. Rien ne prouve que Chen se soit livré à des diatribes contre les étudiants ou qu'il ait activement préconisé leur répression violente. Bien que Chen se soit opposé à la répression violente des étudiants, il a apporté son soutien à l'armée une fois les opérations commencées. Chen a accepté que Zhao Ziyang soit remplacé à la tête du Parti et a approuvé la nomination de Jiang Zemin par Li Xiannian au poste de secrétaire général du Parti.

Retraite

Tombe de Chen Yun

Après le XIIIe Congrès du Parti en novembre 1987, Chen Yun mit fin à ses 56 années de carrière politique au sein du Comité central du PCC, quittant également le Comité permanent du Bureau politique, tout comme Deng Xiaoping et Li Xiannian. Il succéda cependant à Deng Xiaoping à la présidence du Comité consultatif central. Sous sa direction, ce comité devint une force motrice de l'aile conservatrice du Parti communiste chinois.

Après les événements de la place Tiananmen en juin 1989, l'influence de Chen Yun s'accrut au sein du Parti suite à l'éviction des réformateurs Zhao Ziyang et Hu Qili du Comité permanent du Bureau politique. Toutefois, après la tournée de Deng Xiaoping dans le Sud début 1992, l'influence de Chen Yun et de l'aile conservatrice au sein du Parti diminua considérablement.

En octobre 1992, à l'âge de 87 ans, Chen Yun se retira de la vie politique, en même temps que d'autres figures importantes du Parti, lors du XIVe Congrès du Parti, qui fut également marqué par la dissolution du Comité consultatif central.

Chen est décédé le 12 avril 1995, à l'âge de 89 ans[16]. Il a été incinéré au cimetière révolutionnaire de Babaoshan. Sa nécrologie officielle le décrivait comme « un grand révolutionnaire et homme d'État prolétarien » et un « marxiste exceptionnel »[17].

Bibliographie

  • Thierry Pairault, « Chen Yun 1949-1956. Retouches à un portrait », Études chinoises, no 6-1, 1987. [lire en ligne]

Référence

Liens externes

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