Cheval de Troie
épisode de la guerre de Troie
From Wikipedia, the free encyclopedia
Dans la mythologie grecque, l'épisode du cheval de Troie est un événement décisif de la guerre de Troie.

À l'initiative d'Ulysse, des guerriers grecs réussissent à pénétrer dans Troie, assiégée en vain depuis dix ans, en se cachant dans un grand cheval de bois, harnaché d'or[1], offert aux Troyens. Cette ruse de guerre entraîne la chute de la ville et permet le dénouement de la guerre.
Mythe
Sources du mythe


Huile sur toile d'Henri-Paul Motte (1874).
L'épisode du cheval de Troie est brièvement relaté pour la première fois par Homère dans l'Odyssée, son Iliade arrêtant la narration de la guerre de Troie aux funérailles d'Hector[2],[3]. Tout d'abord, au chant IV (251-290) :
« (…) Dans le cheval de bois, je nous revois assis, nous tous, les chefs d'Argos. Mais, alors tu survins, Hélène ! en cet endroit, quelque dieu t'amenait pour fournir aux Troyens une chance de gloire ; sur tes pas, Déiphobe allait, beau comme un dieu, et, par trois fois, tu fis le tour de la machine ; tu tapais sur le creux, appelant nom par nom les chefs des Danaens, imitant pour chacun la voix de son épouse[4] »
— Odyssée, édition de la Bibliothèque de la Pléiade, 1955.
Puis Ulysse, hôte anonyme d'Alcinoos, demande à l'aède Démodocos de chanter (VIII, 492-495)
« (…) l'histoire du cheval
qu'Épéios, assisté d'Athéna, construisit,
et traquenard qu'Ulysse conduisit à l'acropole
surchargé de soldats qui allaient piller Troie[5]. »
— L'Odyssée d'Homère, traduction de Leconte de Lisle (1998).
Homère résume ensuite sur une vingtaine de vers le récit de Démodocos.
D'autre part, Virgile, qui a contribué à la popularité de l'épisode, en a fait l'objet de tout le chant II de l'Énéide, sous la forme d'un récit fait par Énée à Didon, reine de Carthage.
Récit
Sur une idée d'Épéios[6] ou d'Ulysse[7] — à moins que ce ne soit sous l'inspiration d'Athéna[8] —, les Grecs construisent un énorme[9] cheval en bois, dans lequel ils cachent des guerriers, au nombre desquels se trouvent notamment Ulysse, Ménélas et Néoptolème[10],[11]. Puis les Achéens brûlent leur camp[11], embarquent sur leurs navires et dissimulent leur flotte plus loin, dans la baie de Besik, derrière l'île de Ténédos[12]
En présence du cheval les Troyens sont d'abord désemparés, les avis divergeant sur le sort qu'on doit lui réserver[13]. Avertis qu'il s'agit d'un présent pour la déesse Athéna[14],[15],[16], les uns veulent le faire entrer dans la ville, les autres, menés d'abord par Thymétès[17], prônent la méfiance. Survient alors Laocoon qui exhorte ses compatriotes à se débarrasser du cheval, prononçant la formule célèbre :
« Quidquid id est, timeo Danaos et dona ferentes[18] »
« Quoi qu'il en soit, je redoute les Grecs, même porteurs de présents »
Et, joignant le geste à la parole, il jette un javelot dans le flanc du cheval ; on entend alors des gémissements[19], qui sont sans aucun doute ceux des Grecs.
Un Grec, Sinon, resté sur la côte apparaît alors et faisant croire qu'il a été condamné par les Grecs et qu'il est donc prêt à les trahir[20], tient le discours suivant :
« Calchas a voulu qu'ils fissent [du cheval] une énorme masse et que cette charpente s'élevât jusqu'au ciel, et qu'ainsi elle ne pût entrer par vos portes ni être introduite dans vos murs ni replacer le peuple de Troie sous la protection de son ancien culte[21]. Si vos mains profanaient cette offrande à Minerve, […] alors ce serait une immense ruine pour l'empire de Priam et pour les Phrygiens. Mais si, de vos propres mains, vous la faisiez monter dans votre ville, l'offensive d'une grande guerre conduirait l'Asie jusque sous les murs de Pélops[22],[23]. »
— Virgile, Énéide

Comme pour confirmer ses dires, deux serpents surgissent de la mer et se jettent sur Laocoon et sur ses enfants[24], puis ils se réfugient dans le temple d'Athéna[25]. Le message semble clair aux Troyens : Athéna leur est farouche, il faut donc l'apaiser. Ils n'ont pas pensé que peut-être c'était en raison d'offenses personnelles que Laocoon a pu faire à la déesse qu'il était puni[26]. Ils décident alors d'ouvrir une brèche dans les murs de la cité pour faire entrer l'offrande[27]. À plusieurs reprises, lorsqu'ils déplacent l'engin, ils perçoivent des bruits à l'intérieur, qui sont ceux des armes grecques qui s'entrechoquent[28]. Si on ajoute à ce signe les prédictions que Cassandre avait déjà faites auparavant[29],[30] et le bruit du javelot de Laocoon, on voit que c'est malgré des indices nombreux que les Troyens ont accepté l'offrande. Selon certains[29], Priam aurait agi de sa propre initiative, et sans l'intervention de Sinon.
Une fois la nuit venue, un complice des Grecs fait des signaux lumineux depuis la cité pour les engager à attaquer. Pour les uns, c'est Hélène qui feint de mener une procession nocturne, accompagnée de flambeaux[31] ; pour les autres, c'est Sinon qui allume un feu[32]. D'autres encore racontent qu'Hélène s'étant placée sous un cheval et imitant la voix des femmes des guerriers, les appelle. Ceux-ci sont tentés de répondre à cette voix familière, mais Ulysse réfrène leurs désirs[33],[34].
Nature du mythe

Peinture de Giovanni Domenico Tiepolo (XVIIIe siècle).
Après avoir vainement assiégé Troie pendant dix ans, les Grecs ont l'idée d'une ruse pour prendre la ville : Épéios construit un cheval géant en bois creux, dans lequel se cache un groupe de soldats menés par Ulysse. Un espion grec, Sinon, réussit à convaincre les Troyens d'accepter l'offrande, malgré les avertissements de Laocoon et de Cassandre. Le cheval est tiré dans l'enceinte de la cité, franchit donc les portes Scées[a], les Troyens font alors une grande fête.
Lorsque les habitants de Troie sont pris par la torpeur de l'alcool, la nuit, les Grecs sortent du cheval et ouvrent alors les portes, permettant au reste de l'armée d'entrer et de piller la ville. Tous les hommes sont tués, les femmes et les filles sont emmenées comme esclaves. Les enfants mâles sont tués eux aussi pour éviter une éventuelle vengeance.
Dans l'épisode du cheval de Troie, Ulysse, personnage devenu célèbre pour sa mètis (« intelligence rusée »), rend un conseil très apprécié dans la guerre de Troie à laquelle il participe. Ici, il s'agit en fait d'une ruse. Elle se distingue de la tricherie mais aussi du délit (ou du crime) en cela que la ruse est autorisée par la loi ou les règles de l'usage, du jeu, de l'art, de la société ou des accords internationaux. En l'espèce de l'art de la guerre chez les Grecs, il s'agit plus particulièrement d'une ruse de guerre.
Selon Paléphatos
Selon les Histoires incroyables de Paléphatos de Samos, les Grecs construisirent un cheval de bois d'après la dimension des portes : moins large afin de pouvoir être tiré à l'intérieur, mais plus haut. Les chefs se tenaient dans une vallée boisée, près de la cité — lieu baptisé « Creux de l'embuscade ». Sinon, venu du camp argien comme un déserteur, leur annonce que, s'ils se refusent à faire entrer le cheval dans la ville, alors les Achéens reviendront combattre. En entendant cela, les Troyens abattent les portes et introduisent l'animal de bois dans la cité. Pendant qu'ils festoient, les Grecs les assaillent, à travers la brèche qui avait été pratiquée dans les remparts, et c'est ainsi qu'Ilion aurait été prise.
Interprétations

Certains auteurs ont suggéré que le cadeau n'était pas un cheval cachant des guerriers dans ses flancs, mais un bateau porteur d'une ambassade de paix, offre que les Troyens trop peu méfiants ou trop heureux de faire la paix auraient imprudemment acceptée[35]. Après la fête, les Troyens découvrent la sinistre réalité. Selon l'historien Alexandre Tourraix, « cette hypothèse consiste à établir un rapport immotivé entre un fait probable : la destruction de Troie VI par un tremblement de terre, un mythème transmis par l'épopée et les mythographes : le stratagème du cheval de bois, et les liens bien connus de Poséidon, l'Ébranleur du sol, avec le cheval[36] ».

À l'appui de cette interprétation, on remarquera que :
- la civilisation marine grecque assimile le bateau et le cheval, qui est l'animal de Poséidon ; Homère décrit les navires comme les « chevaux de la mer »[37] et qualifie l'offrande de Troie de δουράτεος ἵππος douráteos híppos[38] soit « cheval œuvré », désignation poétique des navires ;
- c'est le navigateur Ulysse, expert en paroles et en ruses, l'un des hommes souvent envoyés en ambassade, qui mène la danse ;
- le sacrifice d'une construction de bois par simple abandon sur une plage est une procédure assez originale pour un rite censé apporter la protection de Poséidon ; l'équivalent n'apparaît nulle part dans la mythologie ;
- les termes utilisés pour placer les hommes dans le cheval sont ceux utilisés lorsque l'on décrit l'embarquement des hommes sur un navire[39].
De nombreuses interprétations sont proposées par des chercheurs : ex-voto équestre (symbole des forces souterraines) offert par les Achéens au dieu Poséidon Hippios pour le remercier d'avoir facilité la destruction de Troie par un tremblement de terre[40]. Selon une autre hypothèse, le cheval de Troie serait en fait une machine de guerre dont on a perdu la mémoire, tels les engins de siège comme le bélier souvent décrits en terme zoomorphes[41].
L'analyse du site archéologique découvert près d'Hisarlık, ne confirme pas ces hypothèses. Les remparts inclinés et l'absence de recul devant les portes ne sont pas favorables à l'idée d'un cheval contenant un bélier ou permettant aux combattants de se hisser au-dessus des remparts. Par ailleurs, des pointes de flèches achéennes ont été mises au jour dans l'enceinte fortifiée. Dans un film documentaire de 2014, une équipe de chercheurs et d'experts militaires conforte l'idée d'un cheval offrande contenant de l'ordre de 9 combattants (contre 30 selon Quintus Smyrnaeus) chargés d'ouvrir les portes de la cité au retour des troupes grecques[42].
Postérité

Expressions
- De cet épisode légendaire est née l'expression « cheval de Troie » pour désigner les dons qui s'avèrent être des pièges pour ceux qui les reçoivent.
- On a aussi conservé l'expression latine timeo danaos et dona ferentes (« Je crains les Grecs même s'ils apportent des cadeaux »), c'est-à-dire « attention aux Grecs porteurs de cadeaux », mis dans la bouche de Laocoon dans l'Énéide[43].
Musée
- Un petit musée a été construit en 1955 sur le territoire de l'ancienne ville de Troie, près des Dardanelles (de nos jours en Turquie). Il présente les restes de la ville, ainsi qu'un cheval de bois construit pour symboliser celui de la légende.
Informatique

En informatique, un cheval de Troie (troyen ou trojan horse en anglais[44]) est un type de programme informatique malveillant, invasif et parfois destructeur. Il se fait passer pour un programme inoffensif. Il est souvent porté :
- soit par un logiciel sous licence et protégé, modifié par des hackers pour en faire cadeau à la communauté numérique ;
- soit par certains gratuiciels, particulièrement lorsque ces derniers proviennent de sites de téléchargement apparemment légitimes voire réputés (ces derniers livrant le dit gratuiciel dans leur propre programme d'installation agissant tel un cheval de Troie, ajoutant un ou des programmes parasites aux côtés du gratuiciel et à l'insu de l'utilisateur).
Stratégie militaire
Le , dans le cadre de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, le Service de sécurité d'Ukraine (SBU) à lancé l'opération militaire Toile d'araignée en utilisant des camions, des camions troyens, comme « Cheval de Troie », ciblant plusieurs bases aériennes russes[45],[46].
Documentaire
- 2014 : L'histoire du cheval de Troie de Tom Fowlie.
- 2016 : épisode 10 Le cheval de Troie de la saison 2 de Les Grands Mythes.
- 2021 : L'Énigme du cheval de Troie de Roland May[47],[48].