Chronologie du projet de barrage de Sivens

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La chronologie du projet de barrage de Sivens relate chronologiquement les différents événements associés au projet de barrage de Sivens : des premières études à l'enquête publique, puis la contestation avec divers recours en justice, l'occupation du site et la manifestation du 25 octobre 2014 qui donne lieu à de violents affrontements entre certains activistes et les forces de l'ordre, et aboutit à la mort du manifestant Rémi Fraisse. Ce dramatique événement est suivi de la suspension des travaux et de discussions entre les différents acteurs pour définir les modalités de poursuite ou non du projet de barrage. En juillet 2016, le tribunal administratif annule les autorisations du projet.

Chronologie 1989-2025 du projet de barrage de Sivens.

Selon Lucien Lacoste, conseiller municipal de Lisle-sur-Tarn, le tout premier projet est privé et remonte à 1969. Un promoteur souhaitait alors construire un complexe touristique de 2 500 hectares comprenant, entre autres, un grand lac de plus de km de long, un héliport, un hippodrome et diverses structures. Ce projet n’a pas abouti[1].

En , le conseil général du Tarn achète la forêt de Sivens qui englobe une partie de la vallée du Tescou[2]. Puis en 1978, un deuxième projet de retenue à des fins agricoles lancée par un groupe d’agriculteurs avorte rapidement. Cette idée est relancée en 1983, encadrée cette fois par la chambre d’agriculture, l’Agence de l’eau d’Adour-Garonne et des techniciens de la compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne (CACG) mais, faute de pouvoir pénétrer sur les terrains pour faire des relevés, le projet est une nouvelle fois abandonné[1].

Période 1989-2014

Études préalables (1989-2006)

En 1989 est lancée l'étude de faisabilité de la retenue de Sivens dans sa forme actuelle, conduite par la CACG avec le soutien financier du conseil général du Tarn. De 1999 à 2003, ce dernier apporte également son soutien aux études géotechniques complémentaires et à l’étude d’avant-projet sommaire réalisée par la CACG[3].

En 2002, le conseil général acquiert la propriété « Métairie neuve » pour constituer un portefeuille foncier pour ce projet[3].

Le plan de gestion des étiages du Tescou (PGE), qui va servir de référence au projet, est réalisé sous maîtrise d’ouvrage du département de Tarn-et-Garonne en 2003. Il présente trois scénarios possibles de retour à l’équilibre. Ce plan est approuvé par la commission de planification de l’Agence de l’Eau d'Adour-Garonne le , et par le préfet de Tarn-et-Garonne coordonnateur de bassin le [4]

En 2002-2004, divers sites de retenue en travers du cours d’eau ont été identifiés. Le site de Sivens est choisi par comparaison avec trois autres sites de barrage en travers du cours d’eau relativement proches, qui n'ont pas été retenus pour des raisons de disponibilité foncière, d'impact sur les milieux naturels et les habitats d'espèces, et enfin d'effets sur les activités humaines[5].

2007

Attribution de la concession d'aménagement

Le conseil général du Tarn publie le un avis d'appel d'offres pour le choix d'un concessionnaire pour l'aménagement du barrage de Sivens. Le marché, d'une durée de 36 mois à compter de la date d'attribution, porte sur la réalisation de l'opération par le concessionnaire. À ce titre, celui-ci doit d'une part définir dans son offre le montant des travaux de l'ouvrage et le coût de la prestation apportée au concédant (maîtrise d'œuvre, étude d'impact, frais d'acquisition des terrains...), et d'autre part rechercher les différents concours financiers sur fonds publics (Agence de l'eau, État, région, conseils généraux...), sachant que ceux-ci devront être égaux à 80 % du montant total de l'opération (la charge résiduelle imputable au département du Tarn ne devant pas excéder 20 % du montant global de l'opération)[6]. Le marché est attribué le à la compagnie d'aménagement des coteaux de Gascogne pour un montant de 6 000 000 € HT[7].

Entretien du Tescou

Le Syndicat Mixte d’Entretien du Tescou est créé en septembre 2007 et devient fonctionnel à partir de septembre 2008[8]. Il a pour objet la maîtrise d’ouvrage des études et travaux relatifs à la gestion du Tescou et du Tescounet, l'entretien et restauration des berges et du lit et la gestion et surveillance de ces cours d’eau. Il regroupe les communes de Varennes (Tarn-et-Garonne), du Born (Haute-Garonne), de Lisle-sur-Tarn (Tarn), de Gaillac (Tarn), les communautés de communes du Quercy vert (Tarn-et-Garonne), du pays salvagnacois (Tarn), de Vére Grésigne (Tarn) et la Communauté d'agglomération du Grand Montauban (Tarn-et-Garonne)[9].

2008

Le contrat de concession est signé le [7],[10],[11].

Les différentes études ayant permis de dresser l'état initial du site sont réalisées entre mars et juillet 2008. L'étude de la végétation dans et aux abords de l’emprise du projet est réalisée entre mars et juin 2008, celle des insectes de mai à juillet 2008[12], des amphibiens entre mars et mai 2008[13], des reptiles entre avril et juin 2008[14], des oiseaux entre mars et juin 2008[15]. Une étude hydrologique est réalisée en septembre 2008[16].

Après analyse de différentes variantes d’implantation intégrant les contraintes environnementales, les études de faisabilité puis d’avant projet concluent en 2008 à la faisabilité d’un projet d'1,5 Mm3.

2009

Le 1er décembre 2009, le projet est confirmé dans le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) du bassin Adour-Garonne. Il fixe en particulier un point nodal de gestion des débits sur le Tescou, à Saint Nauphary, auquel est affectée la valeur de référence pour le Tescou de 150 l/s en débit objectif d’étiage (DOE) et de 50 l/s en débit de crise[17].

2010

Saisie pour avis le 4 mars 2010 par la DDT, l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (ONEMA) émet un avis sur le projet de barrage le sur le volet milieux aquatiques et zones humides. Il rappelle que le projet est inscrit dans le plan de gestion des étiages et dans le programme de mesures associé à la masse d'eau dans le SDAGE (Pre-1-1-02), mais signale que des éléments nouveaux sont apparus lors des études environnementales conduisant à identifier le bassin du Tescou en tant que milieux « à forts enjeux environnementaux » selon la définition du SDAGE 2010-2015. Considérant que ces éléments ne sont pas suffisamment pris en compte, il émet un avis défavorable, arguant que le projet n'est pas compatible avec plusieurs dispositions du programme de mesures, du SDAGE, mais aussi au regard du code de l'Environnement. Il demande des compléments d'études pour rendre admissible le projet[18].

Un complément d'étude est ainsi fait en juin 2010 pour mieux caractériser les zones humides selon les exigences de l'arrêté du [19] précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides modifié par l'arrêté du 1er octobre 2009 [20] modifiant l’arrêté du 24 juin 2008 précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides en application des articles L. 214-7-1 et R. 211-108 du code de l'environnement précisant les critères de définition et de délimitation des zones humides[21].

2011

Organisation de la contestation

Si le projet est contesté par certains depuis le début, la contestation se structure à partir de 2011 avec la création, d'abord informelle, du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. L'objectif de ce collectif est de protéger « la dernière zone humide d’importance du bassin versant du Tescou menacée de destruction » et de dénoncer un projet inadapté, dont le coût environnemental et financier est très élevé, au profit de pratiques agricoles qui, selon le collectif, sont une impasse pour les agriculteurs comme pour la société dans son ensemble[22]. Une des premières manifestations du collectif de sauvegarde de la zone humide du Testet est l'organisation le d'une randonnée-découverte pour découvrir l'intérêt écologique et paysager du site et affirmer la volonté de le sauvegarder[23], suivie d'une présence avec banderole dans la gare de Lisle-sur-Tarn le pour obtenir un rendez-vous avec le président du conseil général en vue de « demander la plus grande transparence sur la tenue et les progrès de ce dossier »[24].

2012

Légalisation du collectif d'opposition

Si les actions du collectif d'associations s'opposant au projet de barrage commencent dès début 2011, l'association n'a une existence légale qu'à partir de juin 2012. L'association est déclarée en préfecture le 16 juin 2012 et l'avis de création est publié le 30 juin 2012. L'objet du collectif décrit dans l'avis de publication est de « sauvegarder la zone humide du Testet en tête de bassin de la vallée du Tescou (Tarn) ; promouvoir la restauration d’anciennes zones humides de ce bassin pour leur valorisation et plus largement restaurer la vitalité écologique et la continuité écologique de la rivière et du bassin ; le collectif défend une gestion partagée de l’eau du bassin adaptée à la ressource disponible et non destructrice des écosystèmes ; elle se place dans une logique de développement durable c’est-à-dire d’une économie respectueuse de l’environnement et socialement équitable dans une démarche d’intérêt général »[25]. Le collectif regroupe les cinq associations : la Fédération Départementale de Protection de l’Environnement (UPNET), Lisle environnement, Lisle rando, le Sepra Rabastens et Nature et Progrès[26].

Le collectif renouvelle ses demandes : avoir connaissance du dossier d'enquête, que l'enquête publique soit déplacée au mois de septembre et qu'un échange contradictoire s'instaure entre ceux qui ont voté le projet et le collectif qui présentera ses arguments[26]

Enquête publique

Le le concessionnaire dépose en préfecture pour le compte du conseil général du Tarn, les dossiers de déclaration d'intérêt général et de demande d'autorisation de travaux au titre des articles L214-1 à 214-6 du Code de l'environnement. Une consultation administrative des services de l'État est ensuite diligentée par la direction départementale des territoires (DDT). La DDT émet un avis favorable le , et la DREAL le [27].

Du lundi 3 septembre au mardi ont lieu les enquêtes publiques préalables à la déclaration d'utilité publique des travaux et mesures compensatoires, à la cessibilité des terrains et à l'autorisation des travaux sur le territoire des communes de La Sauzière-Saint-Jean, Lisle-sur-Tarn, Montdurausse, Puycelsi, Salvagnac dans le département du Tarn, et de Monclar-de-Quercy dans le département de Tarn-et-Garonne[28]. Le 10 septembre, une réunion d’information et d’échange avec le public est organisée par la commission d’enquête et rassemble environ 250 personnes, divisées entre partisans et opposants au projet[28]. Mettant en parallèle l'ensemble des effets négatifs et positifs du projet, la commission émet le un avis favorable au projet assorti de réserves, cet avis favorable étant en particulier subordonné à l’avis favorable de la Commission nationale, saisie de la demande de dérogation relative à la destruction d’espèces faunistiques et floristiques protégées[28].

Le le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) se prononce à son tour favorablement sur l'aspect loi sur l'eau du projet. Lors de l'examen du projet, il est rappelé que le projet s'inscrit dans les orientations E du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (|SDAGE) "maîtriser la gestion quantitative de l'eau dans la perspective du changement climatique" et C "gérer durablement les eaux souterraines, préserver et restaurer les fonctionnalités des milieux aquatiques humides". Certains membres font toutefois observer qu'il parait prématuré de se prononcer avant l'avis du conseil national de protection de la nature (CNPN). Deux membres du CODERST expriment un avis défavorable : l'association de protection de la nature et de la défense de l'environnement (UPNET) et la fédération de la pêche[29].

2013

Déclaration de projet et avis divers

Le , le conseil général du Tarn vote en commission permanente une déclaration de projet dans laquelle il présente les engagements du département par rapport au projet, en application de la loi du , dite « loi de démocratie de proximité », qui a créé une nouvelle étape d’information du public sur les projets donnant lieu à enquête publique en raison de leur impact sur l’environnement[30],[31]. Il confirme ainsi « sa volonté de réaliser les mesures compensatoires adaptées », précise que la réalisation de ce projet s’accompagnera d’un plan d’économie d’eau et de bon usage de l’eau en association avec la profession agricole, et rappelle les objectifs du projet concernant les débits d'étiage, la régulation des prélèvements, la mise en œuvre d'une tarification adaptée et la contribution au Plan Climat Énergie du Tarn[32].

Diverses instances consultées émettent des avis défavorables : le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel le [33], le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) en avril et septembre 2013[34]. Toutefois, ces deux instances n'ayant qu'un rôle consultatif, le projet du barrage est déclaré d'intérêt général par la préfète du Tarn le [35].

Au vu de l'avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature (CNPN), la ministre de l’Écologie Delphine Batho signifie le 5 juin 2013 au préfet du Tarn qu'elle ne l'autorise pas à signer les arrêtés. Par la suite, Delphine Batho étant limogée le 2 juillet 2014[36], le projet est relancé. Les préfets du Tarn et de Tarn-et-Garonne le jugent finalement recevable, et signent divers arrêtés : de déclaration d'utilité publique (DUP) le 2 octobre 2013, d'autorisation au titre de la Loi sur l'Eau et les Milieux Aquatiques (LEMA) et de déclaration d'intérêt général (DIG) le 3 octobre 2013. La préfète du Tarn, Josiane Chevalier, signe aussi l'arrêté préfectoral « dérogation espèces » le 16 octobre 2013.

Recours contentieux

Deux recours sont déposés au tribunal administratif de Toulouse le , dont l’un en référé. Le premier concerne la loi sur l’eau et porte sur l’arrêté préfectoral déclarant le projet « d’intérêt général » et est déposé par le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet auquel se sont associées six associations de défense de l’environnement. Le deuxième recours est déposé contre l'arrêté préfectoral autorisant le prélèvement des espèces protégés[37].

De leur côté, les pro-barrage ont souhaité réagir pour dénoncer le « terrorisme écologique ». L’association «Eau, vie, Tescou» rappelle que toutes les procédures légales ont été respectées, et que le projet bénéficie du soutien d’une majorité d’élus locaux protégés[37].

Le premier recours est rejeté par ordonnance du Tribunal administratif de Toulouse le [38].

Occupation du site

En octobre 2013, le groupe d'opposants au projet « Tant qu'il y aura des bouilles » occupe le site[39].

2014

Camp de la Métairie Neuve, sur le haut de la ZAD.
La forêt après le passage des abatteuses en septembre 2014.

Mise en œuvre du projet

Le 12 février 2014, le préfet du Tarn autorise la capture des animaux protégés de la zone et le déboisement de celle-ci[40]. Les opposants au barrage sont expulsés le 27 février 2014 par la gendarmerie, après une décision de justice demandée par le conseil général[39],[41]. Le lendemain, José Bové se rend sur place[42].

Le 1er septembre 2014, le nouveau préfet du Tarn, Thierry Gentilhomme, prend ses fonctions[43], soit le premier jour du chantier de déboisement[44].

Durcissement de la contestation

Le 23 janvier 2014 une attaque violente est perpétrée, selon une représentante du collectif «Zone humide du Testet», par une vingtaine de personnes, certaines encagoulées, sur le bâtiment de la Métairie Neuve, propriété du conseil général, occupée depuis plusieurs semaines par les membres du collectif «Tant qu’il y aura des bouilles». Le représentant du collectif «Zone humide du Testet» déplore ces violences mais aussi les occupations de la Métairie neuve[45].

Une expulsion des opposants « installés illégalement sur le site » a lieu le en application d’une ordonnance rendue le par le président du Tribunal de Grande Instance d’Albi, et à la demande du Conseil général du Tarn, maître d’ouvrage. La préfecture estime de son côté que « cette expulsion doit permettre notamment la réalisation des mesures indispensables de protection de la faune prévues avant le début des travaux [...] que la présence des opposants sur site rendait impossible jusqu’à présent »[46]. Un escadron de gendarmerie mobile est venu épauler la compagnie de Gaillac. Quelques affrontements ont lieu, avec des jets de gaz lacrymogène pour disperser les opposants. L’opération se solde par une interpellation. Une fois l’ensemble du campement nettoyé, et le dispositif des gendarmes levé, une nouvelle occupation du site est engagée[47].

En avril 2014, diverses actions regroupant 400 personnes sont menées par les opposants sous le terme de « printemps de Sivens », dont la « convergence des marches »[41]. Durant le même mois, plusieurs décisions de justice de la cour d'appel de Toulouse et du Conseil d'État sont en défaveur des opposants au barrage[35]. Le 16 mai 2014 a lieu une autre expulsion d'opposants au barrage[48].

À la fin du mois d'août 2014, alors que les préparatifs de déboisement commencent, la zone est de nouveau occupée[49]. Des affrontements entre les opposants et les forces de l'ordre ont lieu les 26 et 27 août. Les forces de l'ordre répondent à des jets de pierre par des tirs de gomme-cognes[50]. Selon la journaliste Angélique Négroni du Figaro, les forces de l'ordre auraient également essuyé des jets de cocktails molotov, des bouteilles contenant de l'acide chlorhydrique et des bonbonnes d'essence lors de ces affrontements[51].

Trois personnes entament une grève de la faim entre fin août[52] et début septembre, et demandent la publicité du rapport d'experts commandé par Ségolène Royal. Les grévistes prolongent leur grève au-delà d'un seuil qui pourrait entraîner des dommages irréversibles pour l'organisme (40 jours), et sont hospitalisés le 21 octobre, sans avoir été entendus. Selon François Simon, un élu EELV et médecin généraliste qui suit ces grévistes de la faim, les militants « cesseront eux-mêmes la grève de la faim si leur bilan de santé est préoccupant ». La durée de ces grèves de la faim a été de 48 à 53 jours selon les cas[53].

Les travaux de déboisement commencent le 1er septembre 2014[54].

Sur le site-même du barrage sont présents environ 200 opposants (collectif du Testet, collectif Bouille et confédération paysanne) et 130 gendarmes. Une cinquantaine de manifestants se sont également rassemblés devant le siège du conseil général du Tarn à Albi[54],[55].

Le 6 septembre, environ 150 opposants manifestent à Albi en soutien aux sept grévistes de la faim[56].

Le 7 septembre, environ 1 000 personnes dont José Bové manifestent près de la zone déboisée[57]. Le même jour, une structure doit être démontée, après la décision du 5 septembre du tribunal d'instance d'Albi[58],[59].

Le 9 septembre, cinq manifestants s'enterrent à mi-buste sur un chemin d'accès au chantier afin d'empêcher l'entrée d'engins de défrichement. Ils sont délogés par les forces de l'ordre[60],[61].

Le mardi 9 septembre, 70 opposants investissent l'hôtel du Conseil général à Albi pour demander un moratoire sur les travaux. Le bâtiment subit diverses dégradations et tags durant son occupation et son évacuation musclée par les forces de police. Le responsable du SDRT (ex-Renseignements généraux) a le nez cassé par un coup de tête d'un quinquagénaire[62],[63],[64],[65]. Dans son évacuation sans ménagement, la police malmène des journalistes, leur arrache leur matériel ; un conseiller régional en écharpe, Guillaume Cros est « molesté, insulté » et jeté dans les escaliers. Certains manifestants sont matraqués à terre. Thierry Carcenac alors en déplacement à Paris réagit dans un communiqué : « Le conseil général du Tarn a été la scène d’une rare violence ce matin, vers 10h 30. Une quarantaine d’opposants à la retenue de Sivens ont en effet pris d’assaut les lieux, par la force, détruisant tout ce qui était à leur portée, et s’en prenant avec une rare brutalité au personnel du conseil général présent sur les lieux. […] Le personnel présent, particulièrement choqué, a assisté à des scènes de vandalisme perpétrées par certains opposants se revendiquant comme anarchistes. »[63].

Le même jour, José Bové, Jean-Luc Mélenchon et des élus locaux s'expriment en parallèle contre le barrage dans une lettre ouverte au président du conseil général du Tarn[66].

Le 20 septembre marque la fin du déboisement[67],[68].

Le 29 septembre, alors que des travaux de décapage du site devaient être effectués, des affrontements entre les opposants du barrage et les gendarmes mobiles ont lieu lors de l'évacuation d'une vingtaine d'opposants par les forces de l'ordre, avec des jets de cocktails molotov, de bouteilles d'acide, des tirs de gomme-cognes et de gaz lacrymogènes[69],[70],[71].

Le 20 octobre, Cécile Duflot et Noël Mamère se rendent sur le site pour soutenir les opposants au barrage[72].

Le petit pont du Testet permet le franchissement du Tescou par le sentier de randonnée (GR de pays) : ici en août 2014 avant les travaux de déboisement et en octobre après déboisement.

Rapport d'expertise

Terrassements du chantier au 2 novembre 2014.

Le , Ségolène Royal, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, nomme une mission d’expertise pour favoriser le dialogue et vérifier les garanties d’une gestion durable de la ressource en eau. Cette mission, composée de deux ingénieurs généraux des ponts, eaux et des forêts, est chargée d'évaluer le projet et de s'assurer que celui-ci permette de « concilier la sécurisation d’une activité agricole raisonnée et la préservation de la ressource aquatique et des milieux naturels »[73]. La lettre de mission est signée le 29 septembre 2014[74].

Ce rapport, très critique vis-à-vis du projet et préconisant plusieurs améliorations, est remis à Ségolène Royal le 27 octobre[75]. Pour les deux ingénieurs, le projet est surdimensionné avec une retenue d'eau d'1,5 million de m3 dont 726 000 m3 pour l'irrigation alors que 448 000 de m3 seraient suffisants. Cette erreur d'analyse aurait pour origine une méconnaissance de l'évolution des pratiques agricoles dans le secteur. Par ailleurs, le projet du barrage a pour origine le plan de gestion des étiages. Ce document est conçu uniquement par des agents de l’administration et des chambres d’agriculture et il ne fait pas l'objet d'une consultation du public. De facto, ces documents défendent les seuls agriculteurs et non l'ensemble des usagers de l'eau. Les deux auteurs préconisent donc d'élaborer un schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) permettant d'associer tous les usagers et pas uniquement les agriculteurs[76]. Les experts regrettent que la décision d'un barrage à cet endroit ait été privilégiée « sans réelle analyse des solutions alternatives possibles »[77]. Ils estiment que le coût de 8,4 millions d'euros hors taxe est très élevé, au regard de la quantité d'eau stockée[78]. Ils estiment qu'il existe une véritable pénurie d'eau dans cette zone et que les solutions à mettre en œuvre doivent permettre de « maintenir une activité satisfaisante sur le territoire »[77].

Les deux experts rappellent que la décision de l’arrêt du chantier relève exclusivement du conseil général. Ils considèrent qu'il est difficile d’y procéder, au regard de l'avancement des travaux et des « engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole ». Ils proposent une amélioration du projet, afin d’assurer sa conformité avec les « règles de financement en agriculture »[77].

Le 4 novembre, la ministre Ségolène Royal réunit les élus locaux, les représentants des services de l’État, des associations et de la profession agricole pour trouver une solution au conflit autour du barrage de Sivens[79].

Manifestation des 25 et 26 octobre 2014 et mort de Rémi Fraisse

La coordination des opposants au barrage de Sivens lance un appel à un grand rassemblement sur site le 25 octobre[80]. Après la venue lundi de Cécile Duflot et Noël Mamère venus apporter le 21 octobre leurs soutiens aux manifestants[81], diverses personnalités viennent sur le site le 25 octobre parmi lesquelles José Bové (député européen d'EELV et syndicaliste de la Confédération paysanne), Pascal Durand (député européen d'EELV) et Jean-Luc Mélenchon (député européen du Parti de gauche)[82],[83].

En prévision du rassemblement, la préfecture fait évacuer le chantier ainsi que tout le matériel. Les gendarmes mobiles présents pour protéger le chantier sont retirés. Ne restent sur place qu'une cabane de chantier et un générateur électrique équipé de projecteurs, gardés par trois vigiles. Dans la nuit du 24 au 25, « un groupe d'une trentaine de personnes » incendie cette cabane et ce générateur[84], ce qui provoque probablement le retour des forces de l'ordre[85],[86]. La gendarmerie revient donc sur le site alors que les CRS se retirent eux à 18 heures[84]. Selon la journaliste Louise Fessard, dans l'après-midi, plusieurs centaines de policiers antiémeutes sont présents sur le chantier, malgré la promesse du préfet : un policier syndiqué s'étonne de cette présence alors « qu'il n'y avait ni risque ni d'atteinte aux biens ou aux personnes », un haut fonctionnaire relèvant que cette zone était loin d'être vitale[87]. Selon le commandant du groupement de gendarmerie du Tarn, 2 000 personnes manifestaient pacifiquement quand « 100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus [qui] ont jeté des engins incendiaires » sur les forces de l'ordre[88]. Cette zone déserte est alors transformée en zone de guérilla, le tout alors que la nuit est tombée[89].

L'affrontement est violent. Aux jets de cocktails Molotov et de pierres, les gendarmes retranchés dans un enclos grillagé répliquent avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes[90]. Selon Mediapart, plus de 700 grenades de tous types dont 42 grenades offensives « OF F1 » auraient été tirées[91], alors que le directeur général de la gendarmerie nationale Denis Favier n’évoque que 23 grenades « OF F1 »[92]).

Vers deux heures du matin, une grenade offensive atteint un militant, Rémi Fraisse, qui est tué sur le coup par l’explosion[93]. L'autopsie indique que Rémi Fraisse est mort de plaies importantes au dos, causées par une explosion de trinitrotoluène (TNT)[94]. Le 28 octobre Claude Derens, le procureur d'Albi, après avoir dans un premier temps refusé de confirmer l'hypothèse d'une grenade lancée par les forces de l'ordre, évoquée dans la presse[95], reconnaît que l'enquête est orientée vers une grenade offensive projetée par les forces de l'ordre[96]. L’avocat de la famille de Rémi Fraisse confirme le 28 octobre avoir déposé deux plaintes: l'une pour « homicide volontaire » et l'autre pour « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner »[97]. Le procureur d'Albi se dessaisit du dossier au profit du parquet de Toulouse, compétent pour les affaires touchant au domaine militaire, qui ouvre le 29 octobre une information judiciaire contre X au motif : « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, faits commis par une personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions »[98].

Le Défenseur des droits Jacques Toubon annonce de son côté avoir décidé de se saisir d'office « de la mort de ce jeune homme », en tant qu'autorité indépendante[97].

31 octobre 2014 : Suspension des travaux

Le 31 octobre, et après avoir adressé ses « condoléances attristées à la famille et aux amis de Rémi Fraisse », le président du conseil général du Tarn « [prend] acte de l’impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens » sans toutefois envisager un arrêt des travaux[99]. Ben Lefetey, du collectif des Bouilles, souhaite que cette suspension dure au moins jusqu'à 2015, temps qu'il estime nécessaire au départ des éléments les plus radicaux de la ZAD[100].

Période postérieure au 31 octobre 2014

Références

Annexes

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