Château de Vins
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| Château de Vins | ||
Le château vu du sud. | ||
| Début construction | XVIe siècle | |
|---|---|---|
| Fin construction | XIXe siècle | |
| Propriétaire initial | Famille provençale de Vins | |
| Propriétaire actuel | Jean Clotaire Bonnet, artiste peintre | |
| Destination actuelle | Académie d'été de musique, concerts et stages de perfectionnement instrumental et vocal | |
| Protection | ||
| Coordonnées | 43° 25′ 57″ nord, 6° 08′ 36″ est | |
| Pays | ||
| Région | Provence | |
| Département | Var | |
| Commune | Vins-sur-Caramy, Communauté de communes : Comté de Provence | |
| Géolocalisation sur la carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur
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Le château de Vins est situé sur la commune de Vins-sur-Caramy, dans le département du Var, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à 8 km de Brignoles et à un kilomètre au nord-est du village, à une altitude de 340 m.
Environnement
Le "castrum de Vicinis" ou "de Vizins", le château de Sainte Suzanne, apparaît dans trois chartes des années 1060[2],[3]. En 1543, le « bourg castral de Vins », avec son village, l’église et le château sont construits sur un éperon rocheux et dominent la vallée du Caramy sur l'éperon rocheux dominant la vallée du Caramy, rappelle l'emplacement du premier château déjà mentionné au XIe siècle mais qui fut abandonné en 1471.
En effet, au début du XVIe siècle, un nouveau château fut construit plus bas. Celui-ci a appartenu à la famille des comtes de Provence[4] avant de passer par alliance aux familles de Brici puis de Garde. Hubert de Garde, futur « généralissime » des armées ligueuses de Provence[5],[6],[7] et fils d'Honorat Gaspard Garde, président à mortier au parlement d'Aix, y est né en 1539[8]. Cette famille édifia le château pour en faire sa résidence principale[9].
Hubert de Garde de Vins fut chef de la ligue en Provence. Son fils François obtient l'érection de Vins en marquisat par lettres du mois de enregistrées à Aix en avril suivant. Son petit-fils Jean, marquis de Vins, lieutenant général des armées du roi, capitaine lieutenant de la première compagnie des mousquetaires, meurt en 1731 sans postérité de Charlotte Ladvocat, issue de la robe parisienne, belle-sœur de Pomponne. Le comte du Luc en hérite[8].
Témoin d'une époque de transition entre la forteresse médiévale et le raffinement Renaissance, le château revêt un caractère tout particulier.

Le quartier "Les Prés du Château", où se situe le château, est classé en zone Ub[10] au plan local d'urbanisme de la commune et domine la rivière du Caramy. Il bénéficie aussi du classement en zone N, secteur Np qui délimite deux espaces de la commune à grande valeur paysagère, dans le cône de vue du village et du château[11],[12].
Des vestiges dans une situation très préoccupante ayant nécessité d'importants travaux
Laissé à l'abandon durant la période 1930 à 1940, le monument se ruine. Il sera sauvé à l'initiative d'un propriétaire privé qui y entreprend régulièrement, depuis 1960, des travaux. L'état sanitaire dressé par le propriétaire actuel et le programme pluriannuel de travaux proposé par l'architecte maître d’œuvre, René-Richard Michoud † de Grenoble, donne une idée de l'état du château et des urgences d'interventions auxquelles le propriétaire a dû faire face[13],[14].
L'ensemble des vestiges du château[15] a été inscrit sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du [16].
- 1930 à 1940 : le château de Vins, laissé à l'abandon par ses multiples propriétaires se ruine progressivement.
- Il perd son toit principal, ses poutres, ses fenêtres, ses sols en terre cuite et ses cheminées monumentales, puis sert de remise de foin et de bergerie, ainsi que de lieu de promenade pour les visiteurs des environs.
- Un début d'incendie et les pillages successifs sur l'ensemble du bâtiment accélèrent la chute de l'escalier principal qui distribuait les appartements du 1er étage ainsi que les plafonds à la française et les murs maîtres.
- Seule la façade sud et les 4 tours d'angle ont résisté aux assauts du temps.
- 1959 : sur l'ensemble des bâtiments, plus de tuiles, plus de charpentes : tout a disparu, pillé sans doute.
- Au rez-de-chaussée, les énormes poutres de la grande salle ont été vendues pour décorer des villas sur la côte. Même les pierres sculptées des fenêtres à meneaux de la partie gothique ont été emportées par des récupérateurs de matériaux.
- Les pierres à arcades ont également disparu. Quelques-unes sont retrouvées dans les déblais. Conservées, elles seront réutilisées plus tard, au moment de la reconstitution de cet ensemble.
- La cour est un vaste champ de pierres et de terre. Des figuiers et arbres de toute sorte sont enracinés, les murs intérieurs principaux se sont écroulés et le lierre envahit une grande partie de la façade Est.
- 1960 : le tri, la conservation des éléments à réemployer et l'évacuation des déblais peuvent commencer.
- Il s'agit d'abord de déblayer les centaines de mètres cubes de gravats grâce aux rails et wagonnets des mines de bauxite[17].
- 1965 : Le château de Vins est inscrit, par arrêté du , dans sa globalité, sur l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques[1].
- Les travaux de restauration se dérouleront en trois phases (1984-1985 et 1988), sous le contrôle de l'architecte des bâtiments de France, aussi bien pour les interventions sur le monument lui-même que pour la mise en valeur des abords de celui-ci.
- Certaines fenêtres à meneaux, dans un état lamentable, ont du être restaurées rapidement.
- Compartimentée, son architecture d'origine n'était plus visible et il fallut enlever les éléments parasites pour lui redonner son cachet d'autrefois. Comme pour la cour d'honneur, les rails et wagonnets ont servi à déblayer les déblais et végétaux qui s'y trouvaient.
- Les loggias, éléments architecturaux importés des villas italiennes à la fin du Moyen Âge, distribuaient deux grandes pièces de la partie sud du château où vivaient les propriétaires de l'époque.
- Travaux effectués avant 1979 :
- Restauration de la toiture de la tour Est, reconstitution des niveaux avec au sol des carrelages en tomettes anciennes récupérées dans les gravois,
- Création d'une cuisine "provençale", avec cheminée, portes et fenêtres, carrelage au sol en carreaux de Salernes. Cette cuisine sera souvent utilisée pour les stages de musique, concerts...
- 1982 : Les appartements, côté Est, ont été aménagés.
- Travaux effectués après 1979 :
- Réalisation d'un ensemble de quatre grandes salles : plafonds à la française, tomettes provençales, fenêtre avec vitres teintées aux fins de mettre en valeur les meneaux parfaitement conservés, hall d'entrée, escalier menant au premier étage, création d'une salle de bains, boiseries des portes en noyer. Ces salles sont utilisées en été pour les Cours de flûte et le logement des stagiaires et pour les concerts. Le premier étage est constitué d'une grande salle servant l'été pour les élèves en stage de flûte traversière. Salle d'eau et toilettes, chambre dans la tour...
- 1984 : restauration des arcades du rez-de-chaussée.
- 1985 : réalisation de la balustrade avec sa main courante par le sculpteur Chevênement, de Roybon[19], installé dans l'abbaye de Saint Antoine.
- La reconstitution du modèle exact de ces balustres a pu se faire grâce à l'un d'entre eux, retrouvé dans un jardin du village.
- Un chantier de bénévoles, dans le cadre d'un chantier de jeunes, a été créé pour débuter les travaux d'aménagement de la grande salle voûtée.
- 1987 :
- Aile Ouest : Contreforts repris en sous-œuvre du mur Ouest. Avec réemploi des pierres récupérées dans les ruines, mise en place de contreforts pour contrevanter la poussée des voûtes de la cave, création d'une terrasse d'accès au jardin pour faciliter le circuit de visite.
- Aile ouest, niveau cour intérieure : Reconstruction du mur sur la cour pour fermeture du volume de la grande salle avec percements identiques à ceux de la façade Ouest : les ouvertures seront garnies de fenêtres à meneaux XVe siècle en noyer. Sur la cour, en prolongement de la façade reconstruite, mise en place d'une porte gothique de récupération donnant accès aux dégagements desservant le futur escalier prévu pour l'étage, l'escalier de la cave et le futur accès au Pavillon d'entrée. Couverture générale de cette aile. Plafond à la française dans la grande salle. Au niveau inférieur aménagement des caves en toilettes, vestiaires et hall d'entrée desservant la grande salle voûtée.
- 1988 : Réalisation de la 2ème partie des arcades par les sculpteurs Campbell et l Asis.
- Étage des chambres : La conception des chambres est analogue à de petites cellules aux fins de loger des stagiaires. Surélévation de l'aile Ouest, jusqu'au niveau de la génoise du toit principal pour la création de chambres, d'un sanitaire et de l'escalier d'accès à l'étage. Réfection des toitures.
- 1989 : Raccordement de la façade de l'aile Ouest avec le bâtiment principal.
- 2003-2004 : Afin de mettre définitivement le château hors d'eau des travaux ont été effectués par l'entreprise « Les Charpentiers du Haut-Var »[20].
- Ils consistaient à mettre en place la charpente et la toiture en partie sud ainsi que des deux tours, dont l'une abrite la chapelle du château.
- 2012 : Réhabilitation de la façade sud[21].
Description
- Environnement du château.
- Entrée du château.
- Anciennement salle de chasse parties communes, aujourd'hui le salon.
- La chapelle du château.
Haut logis quadrangulaire au sud-est du village sur un massif de maçonnerie légèrement taluté à sa base pour rattraper la pente de la colline. C'est un château de fin du XVe siècle, remanié à la Renaissance puis au XVIIIe siècle[22]. Il s'articule autour d'une cour d'honneur de 200 m2 environ, qui possède une galerie à double arcade surmontée d'une loggia à l'italienne[23].
Les loggias, éléments architecturaux importés des villas italiennes à la fin du Moyen-Âge, distribuaient deux grandes pièces de la partie sud du château où vivaient les propriétaires de l'époque.
Les murs montés en petit appareil très irrégulier ont été enduits à la chaux.
Une fontaine sous un arc en anse de panier est décorée d'un mascaron.
La salle de chasse, initialement partie commune, est actuellement utilisée en salon.
La chapelle, dans une des tours d'angle, a été restaurée.
Les travaux de conservation-restauration-réutilisation
La réutilisation : un bon moyen de conservation des édifices
Il fallait la passion et l’obstination de Jean Bonnet, de son épouse, de leur fils Jean-Luc et de leur ami René Michoud, architecte décorateur, partie prenante du projet depuis le début, pour se lancer dans l’aventure de la conservation-restauration-réutilisation du château de Vins-sur-Caramy, qui témoigne aujourd’hui de la transition entre la forteresse et le type d’habitation d’agrément à l’époque de la Renaissance.
Une aventure sans fin car le patrimoine nécessite des soins constants de qualité des travaux, dans le respect de l’histoire du monument. Les propriétaires ont en effet su donner une seconde vie au château[24]. Le rapport de synthèse de la "1ère Loi de programme relative au patrimoine architectural[25],[26]" initiée par François Léotard alors ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement Chirac II, loi prise dans la foulée de la Loi n° 87-571 du sur le développement du mécénat[27], avait d'ailleurs tenu en 1988 à encourager ces initiatives privées[28].
Cette opération de restauration et la qualité de la réutilisation ont en outre été distinguées du "Prix Architecture et Musique" décerné par "La Demeure historique" récompensant les efforts des propriétaires[29].
Conserver les éléments du passé n’empêche pas de répondre aux besoins d’aujourd’hui ! Quand on parle de réutilisation, la priorité revient souvent à l’usage : la conception et le traitement des espaces d’un bâtiment doivent assurer la qualité et le confort de leur destination, ceci en parfaite cohérence avec les fonctions qui s’y exercent, les activités qui s’y déroulent et les services qui y sont dispensés.
La qualité d’usage intègre ainsi la notion de confort. Un site ouvert au public doit être accessible à tous les usagers, petits ou grands, valides ou handicapés. Instaurer le confort d’usage dans un édifice à vocation culturelle, c’est permettre à chacun de le comprendre, de s’y repérer, de le parcourir sans gêne, sans risque et… tout simplement de se l’approprier. C’est pourquoi le propriétaire, maître d’ouvrage, a aussi souhaité que les espaces favorisent et permettent en même temps une certaine intimité des utilisateurs / usagers. Ceci concerne notamment : le confort acoustique, en chaque endroit, que ce soit les espaces les plus nobles (salles de spectacle ou d’enseignement qui ont à la fois une vocation musicale, de lieu d’exposition…), et les parties communes (cour d’honneur, espaces naturels...).
La discussion doit être ouverte à savoir si un monument doit faire l’objet d’une restauration complète, partielle ou seulement d’une consolidation archéologique qui le gèle dans son dernier état. Mais lui trouver une nouvelle destination commande aussi de satisfaire ses besoins en respectant son caractère, son histoire et son architecture[31].
On ne traite pas de la même manière un château-fort en ruine où il manque tant d’éléments à restituer et un château, un manoir, une maison, une église auxquels il manque planchers et toitures. Bruno Foucart, président des 13e « Entretiens du patrimoine » qui se sont tenus pour la première fois en province (à Marseille en )[32], avait insisté sur le fait que « L’utilisation ou la réutilisation des bâtiments que nous considérons comme patrimoniaux s’est imposée comme une exigence à la fois économique, culturelle et sociale. Pour cette raison, la stricte conservation ne peut pas exclure la vie et ses compromis : elle nécessite au contraire la mise au temps présent des monuments historiques ». Les aménagements du château de Vins sont, comme ceux du château d'Entrecasteaux, du château de Moissac-Bellevue, de l'abbaye de La Celle et bien d'autres, des exemples de référence de réutilisation culturelle dans le département du Var.