Château de l'Hermine (Vannes)
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| Château de l'Hermine | ||
Plan des ruines de l'ancien château de l'Hermine. | ||
| Période ou style | Château fort | |
|---|---|---|
| Début construction | 1380 | |
| Fin construction | 1385 | |
| Propriétaire initial | Duc de Bretagne | |
| Destination initiale | Résidence ducale | |
| Destination actuelle | détruit | |
| Coordonnées | 47° 39′ 22″ nord, 2° 45′ 22″ ouest | |
| Pays | ||
| Commune | Vannes | |
| Géolocalisation sur la carte : Morbihan
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Le château de l'Hermine est un ancien petit château fort intégré aux remparts de la ville de Vannes (Morbihan). Le château est la résidence principale des ducs de Bretagne entre la fin du XIVe siècle et le XVe siècle. Ruiné puis démantelé au XVIIe, il est remplacé au cours du XVIIIe siècle par un hôtel particulier - l'hôtel Lagorce - qui prend le nom de son propriétaire. On l'appelle cependant communément le château de l'Hermine, le souvenir de l'ancienne forteresse des ducs étant bien ancré dans la mémoire des Vannetais.
Le château de l'Hermine
Le château de l'Hermine est un bâtiment défensif et d'habitation voulu par le duc Jean IV de Bretagne, qui désirait bénéficier d'une résidence dans une ville qui lui avait été favorable lors de la guerre de Succession. Il fait intégrer son château aux nouveaux remparts qu'il fait édifier au sud de la ville, doublant la surface de celle-ci (elle passe de 5 à 12 hectares), sur une zone en grande partie soumise aux marées. Il lui donne le nom du motif principal de ses armoiries et de l'ordre de chevalerie qu'il a fondé en 1381.
La construction de ce bâtiment s'échelonne entre 1380 et 1385, le chantier se poursuivant jusqu'au milieu du XVe siècle. Les services de l'hôtel du duc trouvent place dans la basse-cour : la chambre des comptes (installée dans l'hôtel de Cleiss acheté au seigneur de Largouët) qui deviendra un temps la mairie, l'atelier de la monnaie, la maison du four, le jeu de paume ainsi que les écuries ducales[1] bâties dans les années 1440. L'étendue de celles-ci est révélée par les fouilles effectuées en 2000. La construction du moulin des Lices, de la chapelle des Lices entre 1420 et 1425 complète le tout.
L'arrestation du connétable Olivier de Clisson

Le château est le théâtre d'un événement considérable du règne du duc Jean IV : l'arrestation d'Olivier V de Clisson, puissant seigneur breton et connétable de France, descendant des barons de Clisson et héros de la guerre de succession de Bretagne. Compagnon du duc, il change de camp en 1369, rejoignant le parti ennemi, celui de la duchesse Jeanne de Penthièvre. En 1370, il achète le comté de Porhoët; en 1380, il est nommé connétable de France; en 1384, il paye la rançon du comte de Penthièvre Jean de Blois et lui offre sa fille en mariage, devenant ainsi le beau-père d'un possible duc de Bretagne. Devenant un dangereux rival aux yeux du duc Jean IV, celui-ci décide de l'éliminer. L'occasion se présente le , à l'issue des états de Bretagne tenus à Vannes.
Lors du banquet clôturant les états, le duc invite ses hôtes à découvrir son château de l'Hermine en cours de construction. Olivier de Clisson céde à l'invitation de son hôte et, accompagné du duc, visite toutes les pièces. Alors qu'il entre dans la tour du donjon, les gens d'armes de Jean IV se saisissent de lui et il se retrouve les fers aux pieds. Le duc donne l'ordre à Jean de Bazvalan, capitaine du château, d'exécuter le prisonnier. Alarmé toutefois des conséquences de cette exécution, et suivant les conseils du capitaine du château qui n'avait pas suivi les ordres de son souverain, il épargne le connétable. Les deux hommes se réconcilient quelques années plus tard.
La tour du Connétable, qui se trouve dans une courtine de la « première enceinte » et qui n'a rien à voir avec une des tours du château de l'Hermine, porterait ce nom en souvenir d'Olivier de Clisson. Selon la tradition, ce dernier y aurait été arrêté. Cependant, l'actuel édifice est postérieur à cet événement et le nom de la tour provient de sa qualité de demeure du connétable de Bretagne.
Mariage de Marguerite et de François d'Étampes
En 1455, le duc Pierre II et son épouse, la bienheureuse Françoise d'Amboise, ne peuvent avoir de descendance. Avec les problèmes de santé de Pierre se pose la question de sa succession. Pour éviter que le trône de Bretagne ne tombe entre des mains étrangères, le duc décide de marier sa nièce, Marguerite de Bretagne, fille de son frère ainé François Ier, à son cousin, François de Bretagne, comte d'Étampes. Pour sceller cette union, le duc convoque les États de Bretagne à Vannes, lesquels s'y réunissent le jeudi dans la salle haute de la Cohue. S'y rassemblent les principaux seigneurs bretons, ainsi que les évêques, les abbés et les représentants des villes. Tous approuvent l'union matrimoniale voulue par Pierre II.
Les noces débutent par une grande messe en la cathédrale Saint-Pierre de Vannes, présidée par l'évêque de Nantes, Guillaume de Malestroit. S'ensuivent des banquets et des danses au château de l'Hermine; les joutes animent la place des Lices.
« Au disner, le duc mena la dame nouvelle espousée en la salle de l'Hermine, où elle prit place au milieu du dais… Le duc disna dans la chambre à parer avec les principaux seigneurs… Le duc avait le marié près de lui, sous son dais… Après le disner, environ quatre heures commencèrent les danses aux haults menestriers. Le duc mena Madame de Malestroit, Monsieur de Laval mena la duchesse, les autres seigneurs les autres dames, et continuèrent les danses jusqu'à la nuit… Le lendemain commencèrent les joutes, qui durèrent quatre jours ; et après que les seigneurs les eurent passé en grande joie, festes et esbatemens, ils quittèrent Vennes. »
Le démantèlement
En 1458, François II transfère sa capitale de Vannes à Nantes, condamnant le château de l'Hermine à un usage moins prestigieux. Il est cependant entretenu régulièrement. Le roi François Ier de France séjourne au château pour le vote des états pour l'union du duché en 1532. Le passage du duché dans le giron français en 1532 lui ôte l'espoir d'un usage princier. Le sieur d'Arradon, gouverneur du château, ayant soutenu la cause de César de Vendôme, duc de Penthièvre et gouverneur de Bretagne contre la régente Marie de Médicis, est puni au travers du château. D'Argentré rapporte qu'en 1615-1616, par déférence envers la régente, la communauté de ville qui avait la garde du château en fait extraire des pierres pour réparer la courtine qui mène à la porte Calmont, ruinant une partie de l'édifice. On fait la chasse aux hermines (héraldiques et passantes) sculptées sur les pierres prééminencières du château et de la chapelle des Lices, remarquées par Dubuisson-Aubenay en 1636 et dont il ne reste rien aujourd'hui. À la demande de la communauté, Louis XIV fait donation des ruines du château à la ville en 1697 et leurs pierres servent à la construction des quais du port de Vannes et aux réparations des bâtiments dont la ville avait la charge. Il reste malgré tout au XVIIIe siècle les deux grosses tours-logis dont celle de l'est a conservé un peu d'élévation et dont le premier niveau sert de glacière. Ces restes sont entièrement démolis en 1784 par leur propriétaire M. Lagorce pour y faire sa maison.
L'hôtel Lagorce
Le bâtiment actuel (hôtel Lagorce) date de 1785 et n'a plus rien à voir avec le château médiéval de l'Hermine qui ressemble plus à une forteresse qu'à un « château de loisir ». Les restes du château - deux tours déjà bien arasées - sont complètement détruits en 1798 par Julien Lagorce, traiteur pâtissier, qui l'a acheté en 1784. Il construit sur leur emplacement un hôtel où il tient un restaurant réputé sous le Consulat.
Ruiné, Julien Lagorce le revend en 1803 à un négociant lorientais, puis le château connaît plusieurs propriétaires successifs dans le courant du XIXe siècle avant d'être acquis par l'État en 1876 pour y installer l'école d'artillerie du XIe corps d'armée; le bâtiment subit alors des modifications. De 1960 à 1974, l'hôtel héberge la trésorerie générale du département. En 1976, il devient la propriété de la ville de Vannes qui l'affecte à l'école de droit du Morbihan puis à différentes activités associatives et culturelles dont l'institut culturel de Bretagne. Depuis quelques années, l'école de droit a rejoint le campus et la mairie a aménagé deux grandes salles d'expositions au rez-de-chaussée de l'hôtel[2].
Architecture
La forteresse est adjointe de vastes dépendances où le duc crée un parc : le terrain s'étend de la Garenne à l'étang au Duc. Selon les Chroniques de Froissart, il est « très bel et très fort »[3] et, pour Bertrand d'Argentré dans son Histoire de Bretagne, datée de 1582, « c'est un petit bâtiment pour un prince, qui consiste en un seul corps de logis et force petites tours et il y a en outre deux grosses tours par le dehors ».
Les fouilles de 2023
Les vestiges du site ont été découverts lors de fouilles archéologiques en 2023[4]. Les archéologues de l'INRAP ont découvert des murs de plus de 5 mètres d'épaisseur, illustrant la volonté défensive des bâtisseurs, les restes du logis et de l'escalier d'apparat, des vitraux colorés et des carreaux de céramique finement décorés, des vestiges de latrines et les restes d'un moulin à eau[5].