Jean V de Bretagne
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Philippe Le Hardi (1402-1404)
| Jean V | |
Sceau du duc. | |
| Titre | |
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| Duc de Bretagne | |
| – (42 ans, 9 mois et 20 jours) |
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| Couronnement | |
| Régent | Jeanne de Navarre (1399-1402) Philippe Le Hardi (1402-1404) |
| Prédécesseur | Jean IV |
| Successeur | François Ier |
| Comte de Montfort | |
| – (27 ans, 10 mois et 6 jours) |
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| Prédécesseur | Jean IV |
| Successeur | François Ier |
| Biographie | |
| Dynastie | Maison de Montfort |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Château de l'Hermine, Vannes (Bretagne) |
| Date de décès | (à 52 ans) |
| Lieu de décès | Manoir de la Touche, Nantes (Bretagne) |
| Sépulture | Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier |
| Père | Jean IV de Bretagne |
| Mère | Jeanne de Navarre |
| Conjoint | Jeanne de France |
| Enfants | Anne (1409-ap.1415) Isabelle (1411-1442) Marguerite (1412-1426) François Ier (1414-1450) Catherine (1416-?) Pierre II (1418-1457) Gilles (1420-1450) |
| Résidence | Château de l'Hermine |
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| Ducs de Bretagne | |
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Jean V de Bretagne, dit Jean le Sage[Note 1], membre de la maison de Montfort, né le au château de l'Hermine à Vannes[Note 2], premier fils et troisième enfant du duc Jean IV et de sa troisième épouse Jeanne de Navarre, devient duc de Bretagne[Note 3] à la mort de son père, le . Il meurt le , au manoir de la Touche à Nantes, une propriété de l'évêque Jean de Malestroit.
Son règne est marqué par une politique d'équilibre entre la France et l'Angleterre dans une phase cruciale de la guerre de Cent Ans (1337-1453). Allié aux Anglais et aux Bourguignons au moment du traité de Troyes (1420), il se réconcilie peu après avec Charles VII et laisse son frère Arthur combattre à ses côtés et devenir connétable de France en 1425. Il s'efforce par la suite de rester neutre entre les deux camps.
Un autre aspect de son règne est la reprise des menées de la maison de Penthièvre, opposée à la maison de Montfort au moment de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364). Fait prisonnier par Marguerite de Clisson en 1420, il obtient après sa libération la condamnation des Penthièvre dont tous les biens sont confisqués.
C'est sous son règne que Gilles de Rais, maréchal de France et ancien compagnon de Jeanne d'Arc, est condamné à mort et exécuté à Nantes en 1440 pour pratiques criminelles.

Origines familiales
Jean V de Bretagne fait partie de la maison de Montfort, qui règne sur le duché de Bretagne du milieu du XIVe siècle (guerre de Succession de Bretagne, 1341-1364) à la fin du XVe siècle (mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII).
Il est le fils de Jean III de Montfort (1339-1399), par la suite Jean IV de Bretagne, et le petit-fils de Jean II de Montfort (1294-1345), qui, prétendant au trône ducal en 1341, après la mort du duc Jean III, s'est trouvé en concurrence avec Charles de Blois, soutenu par le roi de France Philippe VI, au moment où venait de commencer une guerre franco-anglaise de longue durée (1337-1453).
Le parti des Montfort, soutenu par le roi d'Angleterre Édouard III, sort vainqueur du conflit en 1364. Mais traditionnellement en France, Jean II de Montfort (mort en 1345) n'est pas considéré comme duc de Bretagne, de sorte que c'est son fils qui est désigné comme Jean IV. Au contraire l'historiographie anglaise fait de lui le duc Jean IV, de son fils le duc Jean V et de son petit-fils le duc Jean VI.
Jean III de Montfort, puis Jean IV de Bretagne, a été marié à trois reprises, avec Marie d'Angleterre (1344-1361), fille du roi Édouard III, avec Jeanne Holland (1350-1384), fille du comte de Kent Thomas Holland, et avec Jeanne de Navarre (1370-1437), fille du roi de Navarre Charles II et petite-fille du roi de France Jean le Bon, mère de Jean V.
Jean V de Bretagne a eu deux sœurs aînées, Jeanne et Isabelle, qui n'ont pas longtemps vécu, et deux sœurs cadettes :
- Marie (1391-1446), duchesse d'Alençon en 1414 ;
- Marguerite (1392-1428), vicomtesse de Rohan en 1407.
Il a aussi deux frères cadets :
- Arthur (1393-1458), détenteur de l'honneur de Richmond en Angleterre, connétable de France en 1425 et duc de Bretagne en 1457 ;
- Richard (1395-1438), comte d'Étampes et seigneur de Clisson.
Dès 1396, un mariage est organisé entre Jean de Bretagne et Jeanne de France (1391-1433), fille du roi Charles VI, qui est une cousine issue de germains[1]. Des problèmes de dispense pontificale ont pour résultat qu'une deuxième cérémonie de mariage a lieu en 1397.

Début de règne jusqu'à sa majorité (1399-1406)
Jean V devient duc à l'âge de dix ans. La régence du duché et la tutelle du jeune duc reviennent d'abord à sa mère.
Il est couronné duc le .
Peu après, Jeanne de Navarre est demandée en mariage par le roi d'Angleterre Henri IV. Elle accepte, mais un certain temps s'écoule avant son départ, car il faut qu'elle transmette ses responsabilités. C'est finalement son oncle, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (frère de Charles V), qui la remplace à la fin de 1402. Elle part en Angleterre en et en devient reine en février[Note 4]. Jean V est désormais le beau-fils du roi Henri IV.
Cela n'empêche pas que deux conflits entre Bretons et Anglais aient lieu en , le premier en au cours duquel Jean de Penhoët, amiral de Bretagne, et Guillaume du Châtel mettent en déroute la flotte anglaise ; le second de à , lorsqu'une flotte bretonne commandée par l'amiral de Penhoët, ravage Jersey, Guernesey et l'ouest du Devonshire, ce qui provoque des représailles anglaises à la pointe Saint-Mathieu. Un coup de main contre Dartmouth s'achève par la mort de Guillaume du Châtel et de 200 Bretons débarqués sur la côte anglaise. Un mois après, une flotte commandée par Tanneguy III du Chastel, frère de Guillaume, prend Dartmouth qui est livrée aux pillage, aux massacres et à l'incendie[2].
Jean V rend hommage pour le duché à Charles VI le .
Il se réconcilie avec Olivier de Clisson, l'ennemi de son père. Peu après, il se brouille avec Clisson et est sur le point de l'assiéger, quand ce dernier meurt.[pas clair]
Relations avec la France, l'Angleterre et la Bourgogne (1406-1422)
Le règne personnel de Jean V commence en 1406. La France et l'Angleterre sont alors en paix, mais à partir de l'assassinat de Louis d'Orléans (1407), une guerre civile oppose les Armagnacs (proches du roi de France) et les Bourguignons (partisans du duc de Bourgogne). En 1415, l'Angleterre rentre en guerre, Henri V (successeur de Henri IV en 1413) prétendant avoir droit au trône de France plus que Charles VI.
De 1407 à 1418, la cour de Bretagne s'efforce de rester à l'écart du conflit entre Armagnacs et Bourguignons. Après avoir entretenu des relations étroites avec le duc de Bourgogne (Jean sans Peur, successeur de Philippe le Hardi en 1404), Jean V se rapproche des Armagnacs de 1407 à 1411[réf. nécessaire].
En ce qui concerne l'Angleterre, il renouvelle la trêve en 1407, 1409 et 1411. Puis, lorsque Henri V lance son armée en France en 1415, Jean V s'allie avec Charles VI. En retard, ses troupes ne participent cependant pas à la bataille d'Azincourt, un désastre pour l'armée française, mais son frère Arthur y est fait prisonnier et emmené en Angleterre. Jean V récupère alors à peu de frais la ville de Saint-Malo, occupée par les troupes françaises depuis , conformément au traité d'alliance[réf. nécessaire] conclu avec Charles VI.
En 1420, à la suite du complot des Penthièvre (infra), il se rapproche des Anglais et des Bourguignons. Il fait partie des signataires du traité de Troyes, conclu entre le roi d'Angleterre, le duc de Bourgogne et Charles VI (sous la tutelle de la reine Isabeau de Bavière), traité qui évince le dauphin Charles de la succession. Lorsque Charles VI meurt en 1422, peu après Henri V, c'est le fils que celui-ci a eu de Catherine de France, fille de Charles VI, qui est proclamé roi de France (Henri II, non reconnu par les listes royales) en même temps que roi d'Angleterre (Henri VI). Le dauphin Charles, qui se considère néanmoins comme Charles VII, se réfugie alors au sud de la Loire, notamment à Bourges.
Le complot de la maison de Penthièvre (1420)

La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) a opposé deux grandes familles du duché, les Penthièvre, alliés au roi de France, et les Montfort, alliés aux Anglais. Vainqueur, Jean III de Montfort est devenu le duc Jean IV.
Cependant les Penthièvre n'ont pas totalement renoncé à leurs prétentions. Dans les années 1410, leur principale figure est Marguerite de Clisson (1372-1441), fille d'Olivier V de Clisson, veuve du comte de Penthièvre Jean de Châtillon depuis 1404 (elle est comtesse douairière).
En 1420, le duc est invité à une fête que les Penthièvre donnent à Champtoceaux (actuel département du Maine-et-Loire), à une vingtaine de kilomètres à l'est de Nantes. Il s'y rend, accompagné de son frère Richard, mais ils y sont fait prisonnier sur l'ordre de Marguerite de Clisson et placés en détention. Cet enlèvement sans précédent émut les princes européens, mais ne provoqua aucune intervention de la cour de France.[réf. nécessaire]
L'épouse du duc, Jeanne de France, réussit à rassembler autour d'elle des barons bretons, dont l'armée vient assiéger Champtoceaux (-), permettant la libération de Jean V et de Richard. La citadelle de Champtoceaux est alors entièrement détruite, Jean V voulant que l'on arrache tous les murs de sa « prison » jusqu'aux fondations[3]. Marguerite a réussi à s'enfuir avant la reddition de la place.
Les Penthièvre (Marguerite et ses fils) sont convoqués en devant le Parlement et les États de Bretagne réunis à Vannes, mais ils font défaut. Une sentence définitive prononcée le les condamne à la confiscation de tous leurs biens, qui sont réunis au domaine ducal.
Guillaume de Châtillon-Blois, donné comme otage par ses frères, restera 28 ans de 1420 à 1448 détenu par le pouvoir ducal.[pas clair]
La cour de Jean V
Pitre-Chevalier décrit ainsi la cour de Jean V :
« La cour du duc Jean V n'avait rien à envier à celle des plus grands rois. Outre les chancelier, conseillers, alloués [juges], baillis, procureurs, contrôleurs, sénéchaux, etc., on y comptait : les barons qui avaient 50 livres de gages par mois (Porhoët, Rohan, Donges, Penthièvre, Dinan, Malestroit, etc.) ; deux gentilshommes avec chaque baron, ayant « bouche à la cour » ; seize chambellans, commandés par Duparc (chacun quatre chevaux, une capitainerie et 10 livres par mois) ; le grand maître[Note 5], de la Lande (240 livres et un gentilhomme) ; les maîtres d'hôtel (bouche à la cour) ; les écuyers d'écurie, Kerguis à leur tête (deux chevaux de livrée, bouche à la cour, 10 sous par mois) ; les écuyers du corps et de la chambre, en très grand nombre ; les officiers des finances, les confesseurs, les médecins, les secrétaires ; les officiers de paneterie[Note 6] et de napperie[Note 7], sous Jean du Val ; de bouteillerie[Note 8], sous Brient de Montfort[Note 9] ; d'épicerie, de chandellerie[Note 10], de cuisine, de symphonie, d'éculerie [?] ; les chevaucheurs ou courriers[Note 11] ; la chapellerie , la vénerie, sous du Bois de Brullé ; la fauconnerie, sous Saint-Pol et Coëtevenec[Note 12]. La duchesse avait aussi son chambellan (du Juc'h), ses écuyers d'honneur (Rieze[Note 13]) ; son assour [?] (du Cambout[Note 14]) ; son échanson (Baye) ; son huissier de chambre (Trémières) ; son maréchal de salle (Beaumanoir) ; son trésorier (Périon) ; ses dames et demoiselles, ses queux, ses valets, etc. Le duc se faisait suivre de sa vaisselle, c'est ce qu'on appelait le droit du cadenas[4]. »
Jean V dans la guerre de Cent Ans (1422-1442)
1422 est l'année de la mort de Henri V (), puis de Charles VI (). Le dauphin Charles est proclamé roi de France le sous le nom de Charles VII, tandis que le jeune Henri (né le ), fils d’Henri V et de Catherine de France, fille de Charles VI, devient roi d'Angleterre sous le nom d’Henri VI et de France sous le nom d’Henri II (non reconnu). En France, le régent au nom de Henri VI est son oncle Jean de Lancastre, duc de Bedford.
En aussi, Arthur de Bretagne, sorti de sa captivité en Angleterre, rentre en France. Avec l'autorisation de Jean V, il se met au service de Charles VII, qui en , le nommera connétable de France. Entre et , le duc de Bretagne se réconcilie lui-même à Sablé[réf. souhaitée] avec Charles VII, qui lui pardonne son soutien au traité de Troyes.
Jean V hésite cependant encore à faire un choix net entre Henri VI et Charles VII et met en œuvre une politique de « neutralité teintée d'opportunisme »[5].
Entre et , après avoir fait solennellement hommage pour son duché à Charles VII, il participe à la guerre contre les Anglais. Puis, entre et , il conclut avec Jean de Lancastre un accord de neutralité.
À partir de , Jean V rejoint de nouveau le camp français, mais envoie en ambassade à Londres son jeune fils[pourquoi ?] Gilles.
Malgré la prise de Paris par les troupes françaises en et la supériorité désormais évidente des armées françaises[6], Jean V conclut le avec Henri VI un traité par lequel il s'engage à ne pas donner asile en Bretagne aux ennemis de l'Angleterre.
Parallèlement, en , Jean V est brièvement en conflit avec son neveu Jean II, comte d'Alençon, qui en a aliéné entre les mains[pas clair] de Jean V sa baronnie de Fougères afin de payer la rançon due à la suite de sa capture par les Anglais lors de la bataille de Verneuil en 1424. Mécontent des conditions de la transaction, Jean II d'Alençon, une fois libéré, met le siège devant Pouancé, ville angevine proche du duché de Bretagne. Mais Arthur de Richemont, frère du duc, qui l'accompagne, le décide à faire la paix[pas clair][7].
Relations avec l'Église à l'époque des antipapes (1406-1442)
Devenu majeur, Jean V met un certain empressement à reconnaître l'antipape Benoît XIII comme pape. Il reste fidèle à son successeur Alexandre V, mais sous le règne de Jean XXIII, la Bretagne se rallie à l'élu du concile de Constance Martin V.
Sous le pontificat de son successeur Eugène IV, le duc et les évêques de Bretagne se rapprochent des pères du concile de Bâle sans rompre totalement avec le pape de Rome bien que l'antipape Félix V nomme plusieurs évêques et cardinaux bretons.
Le conflit avec l'Église ne se terminera qu'au début du règne de son fils François Ier qui se ralliera définitivement à Rome[8].
En 1418, Jean V reçoit à sa cour, à Vannes, Vincent Ferrier, le célèbre prédicateur dominicain valencien, qui y meurt l'année suivante et y est inhumé dans la cathédrale.
En collaboration avec l'évêque de Nantes Jean de Malestroit, Jean V est à l'origine de la construction d'une nouvelle cathédrale, dont il pose la première pierre en [9].
Une statue en bois polychrome représentant peut-être le duc se trouve dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët.

Fin du règne, mort et funérailles


Les dernières années de Jean V sont marquées par le procès et l'exécution de Gilles de Retz à Nantes le .
Après sa mort en 1442, le duc est inhumé dans l'église Saint-Pierre de Nantes « près de son père ».
Puis, neuf ans plus tard, son corps est transféré dans la chapelle qu'il avait fondée en l'honneur de saint Yves dans la cathédrale de Tréguier où son gisant (reconstitué[pas clair]) se trouve toujours.
Mariage et descendance
Jean V épouse à Paris, le , à l'âge de 8 ans, Jeanne de France, âgée de 5 ans (1391-1433), fille de Charles VI de France, dont il eut :
- Anne (1409-après 1415) ;
- Isabelle (1411-1442), qui épouse le Guy XIV de Laval ;
- Marguerite (1412-1426 au château de Vitré[11]) ;
- François (1414-1450), duc de Bretagne et comte de Montfort ;
- Catherine (1417-après 1444) ;
- Pierre (1418-1457), comte de Guingamp, puis duc de Bretagne ;
- Gilles (1420-1450), seigneur de Champtocé et d'Ingrandes, mort assassiné en prison sous le règne de son frère François Ier.
Il a aussi eu un fils, Tanguy, dit le bâtard de Bretagne (mort avant 1471), né de mère inconnue, fait seigneur de Hédé par son père.
Ascendance
Hommages
- Place Jean-V à Nantes
- Rue Jean-V à La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique)
- Rue Jean-V à Champtoceaux (Maine-et-Loire)
- Rue Jean-V à Brest
