Château de la Rivière (Eure-et-Loir)
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| Fondation |
XVIIe siècle |
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Famille de Vitry d'Avaucourt |
| Patrimonialité | |
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| Coordonnées |
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Le château de la Rivière est situé à Pontgouin, dans le département français d'Eure-et-Loir. Construit au début du XVIIe siècle, il a appartenu durant trois siècles à la même famille, la famille d'Aligre, jusqu’au décès en 1926 de Marie Charlotte de Préaulx, marquise d’Aligre, morte sans descendance.
Berceau de la famille d'Aligre


La famille d'Aligre, implantée à Chartres, appartient à ces grandes dynasties de robe qui ont fourni de nombreux serviteurs à la monarchie des Bourbons.
Des trois branches qui la constituent[1], ce sont les d’Aligre de la Rivière ou des deux chanceliers qui demeurent dans les mémoires, même si une erreur est souvent commise : les chanceliers ne sont pas Étienne Ier d'Aligre et Étienne II d'Aligre, mais Étienne II et Étienne III d'Aligre[2].
On peut faire remonter la généalogie de la famille jusqu’à Jean Haligre, originaire de Voves, contrôleur du grenier à sel de Chartres vers 1440[3], dont les descendants exercent différentes charges dans cette même ville jusqu’à la fin du XVIe siècle. Étienne 1er du nom fait des études de droit à Orléans et devient greffier au bailliage, charge qu’il transmet à son fils Raoul. Les Haligre accèdent à l’échevinage, contractent d’habiles mariages, possèdent plusieurs hôtels en ville ainsi que terres et seigneuries.
Le tournant décisif s’opère en 1584 quand Étienne II, fils de Raoul[4], achète la charge de conseiller au Grand Conseil et trois ans plus tard, l’office prestigieux de président au présidial de Chartres (l'équivalent du tribunal civil et criminel). Il se rallie dès 1591 à Henri IV et profite de la promotion de Chartres élevée au rang de capitale provisoire abritant le Conseil du roi, la Cour des Aides et le Grand Conseil. Il devient conseiller d’État en 1613 à l'âge de 53 ans, garde des sceaux en 1624 puis chancelier de France de 1624 à 1626.
La carrière de son fils Étienne III, sous Louis XIV, si elle suit un cours différent, est tout aussi remarquable et se termine par l’obtention de la chancellerie en . Dès 1677, le chancelier Étienne III est deux fois plus riche que ne l'était son père en 1635[3]. Sa fortune, dont plus de la moitié est constituée d'offices et de charges (65%), dépasse deux millions de livres en capital.
Après Étienne III, aucun d'Aligre n'accède plus à un poste gouvernemental. Ils sont soit maîtres des requêtes, soit présidents à mortier au Parlement de Paris, tels Étienne-Claude d’Aligre et son fils Étienne-François. Ils tirent leurs revenus des nombreuses terres, fermes et moulins qu’ils possèdent, non seulement dans le Perche (Bretoncelles acheté vers 1775[5]), dans la région chartraine (Baronville acquis vers 1783) mais aussi en Charente-Maritime (Marans acheté 605.000 livres en 1740 et érigé en marquisat en 1777[6]).
Quand la Révolution éclate, le marquis d’Aligre, comte de Marans, seigneur de Baronville, de la Rivière, de la Forêt, du Favril et autres lieux, émigre et meurt à Brunswick. Son fils Étienne-Jean-François-Charles prend dès 1795 possession de l’immense fortune et des biens laissés par son père. Il fonde avec sa deuxième femme plusieurs établissements charitables dont l’asile d’Aligre à Lèves et l’hôpital de Bonneval.
Pour ne pas laisser le nom de sa famille s’éteindre, il adopte son petit-fils, Étienne-Marie-Charles de Pomereu, par ordonnance royale du . La fortune qu’il laisse s'élève à 60 millions de francs or[7]. La famille d'Aligre est aujourd'hui représentée en Eure-et-Loir par les Rougé d'Aligre, propriétaires du domaine de Baronville.
- Galerie de portraits
- Étienne 1er d'Aligre, seigneur du Favril et de la Rivière, premier chancelier (1559-1635).
- Étienne III d'Aligre (1592-1677) le 2e chancelier.
- Étienne-François d'Aligre (1727-1798), premier président du parlement de Paris.
- Le marquis d'Aligre (1770-1847) et sa seconde femme, née Louise-Charlotte-Aglaë Camus de Pontcarré (1776-1843).
La construction du château


Le château est construit dans le premier quart du XVIIe siècle sur une base datant d’un logis du XVe siècle avec des matériaux venant de la démolition du château de la Plesse[8], en plus du grès brun provenant d'une terre de l'évêque de Chartres qui reconstruit la résidence de campagne de l'évêché juste au-dessus du château de la Rivière.
Étienne II d'Aligre commence par réunir, à partir de 1592, la propriété restée indivise entre les héritiers après le décès de sa tante Michelle Haligre, veuve de Jehan Pocquet[9]. Cette opération est terminée quand il rend aveu pour le domaine le . Cet aveu précise que la maison est entourée de douves franchissables par un pont-levis, celui du que l'habitation seigneuriale est « un hostel et manoir en forme de pavillon (...) clos à murailles de mathière avec les fossés à eau tout à l'entour dudit hostel et manoir dont la construction a commencé par le grand corps central. »
Ce bâtiment unique couvert d'un toit à quatre pentes est détaillé dans le marché de maçonnerie du passé devant notaire par l’entrepreneur et non le maître d’ouvrage[10]. Les dimensions de ce bâtiment sont de 12 toises sur 25 pieds, ce qui correspond aux 23,30 m sur 8,50 m du bâtiment central.
Étienne d'Aligre s'est adressé pour la réalisation de ce corps de bâtiment au maître maçon parisien Antoine Petit qui a confié ce travail à deux maçons habitant à proximité de Pontgouin, Marceau Marant et Pierre Dufray. On leur doit l’inscription des dates sur deux parties opposées : 1628 sur la tour d'angle ouest (ce qui permet de dater toute la partie ouest du château), 1629 sur le pavillon du pont-levis. Ces constructions ont été réalisées pendant l’exil sur ses terres du chancelier d'Aligre démis de ses fonctions sur ordre de Richelieu le , ainsi que le relate le duc de Saint-Simon dans ses Mémoires[11]
« La reine mère, réconciliée avec le roi son fils, voulut établir ses créatures. Les sceaux furent donnés à Marillac le 1er juin 1626, et Aligre envoyé chez lui à La Rivière, petite maison qu'il avait sous le château de Pontgouin, terre et maison de campagne des évêques de Chartres. »
Si le chancelier n'a plus les sceaux, il bénéficie de son titre à vie et continue à recevoir son traitement annuel de 100 000 livres jusqu’à sa mort à la Rivière, le 11 . A cette date, seul le bâtiment central, la partie latérale côté ouest et le pavillon du pont-levis flanqué de ses deux tours (la tour du four à pain et la tour du colombier) ont été réalisés.
L'aménagement du parc et l'achèvement du château

Il incombe à Étienne III d'Aligre (1592-1677), fils aîné du chancelier et héritier du château en 1637, d’en poursuivre l'embellissement.
Il entreprend de faire construire, par un premier marché passé le avec Robert Cathois, un canal d’une largeur de 7,80 m et d’une profondeur de 1,62 m. La longueur n'est pas précisée mais doit être conséquente puisque sa construction nécessite deux années de travaux. Un bail daté de 1640 indique que le canal alimenté par l'Eure est nouvellement fait.
Dans un marché passé le avec Louis Poullard et son associé, Étienne d'Aligre prévoit de « faire et parachever le canal commencé par feu Robert Cathois » en l’élargissant à 12 m. En 1642-1643, le cours de l'Eure est détourné et l'ancien lit de l'Eure comblé.
C’est justement à la sortie du parc, à Pontgouin, que Louvois comptera quelques années plus tard faire débuter le canal censé approvisionner les bassins de Versailles[12],[13].


Si les travaux débutent par le canal plutôt que par le château, c’est qu’Étienne d'Aligre doit laisser la priorité à son suzerain, l'évêque de Chartres qui a à cœur de rebâtir le château des évêques entre 1632 et 1642. Le maître-maçon Pierre Hébert et ses ouvriers travaillent simultanément sous les ordres de l'évêque de Chartres, Léonor d'Estampes de Valençay, et d’Étienne d'Aligre.
Un premier marché est passé le pour l'approvisionnement en matériaux, puis un deuxième en . Le , le charpentier Roynard est chargé de « toute la charpenterie du logis neuf que ledit seigneur fait faire au bout du grand corps de logis du dit lieu de La Rivière, du costé de Pontgouin, qui est le corps du dit logis en forme de pavillon, la tour et le petit logis qui est en saillie dans la cour, le tout attenant l'un à l'autre (...) pareil et semblablement à l'autre pavillon, tour et petit pavillon près à l'autre bout dudit grand corps de logis vers Boizard ». En 1643, Pierre Hébert construit le pavillon latéral est, la tour nord-est dénommée tour de la chapelle et le petit pavillon d'extrémité est. À la fin des travaux, la façade mesure 66 m de long. La ferme et les dépendances du château sont construites par Pierre Hébert en 1644-1645. Le pigeonnier comporte 940 boulins, correspondant aux 940 arpents de terres que possédait la famille d’Aligre au moment de sa construction.
Pendant la Fronde, Étienne d'Aligre doit rester à Paris. Il demande à son cousin, Michel Le Tellier, secrétaire d'État à la guerre, de veiller à la garde du château. Après la Fronde, il poursuit l'aménagement de la chapelle. Un marché est passé avec Pierre Boucher, peintre de La Loupe, pour la mise en couleur et la dorure de la chapelle. À la fin des travaux, la surface du parc est agrandie. Peu avant 1705, Étienne IV d'Aligre[14] (1660-1725) fait construire une glacière en maçonnerie. À la mort de sa femme est établi le l’inventaire des meubles du château[15].
Quand leur petit-fils Étienne François d'Aligre (1727-1798) hérite du château de La Rivière, le parc a une superficie de 53 ha. Il continue à l'agrandir en y incluant des bois qu’il entoure d'une nouvelle muraille. La condition en a été le consentement des paroisses de Pontgouin, Saint-Germain-de-l'Épinay et Belhomert à supprimer le chemin qui longe le mur du parc[16].
La tourmente révolutionnaire

Le , en l’église Saint-Maclou de Rouen, Étienne-Jean-François-Charles d’Aligre épouse Marie Adélaïde Charlotte Godefroy de Senneville[17] qui apporte une dot de 600 000 livres et l’apanage autour de la seigneurie du Grand-Daubeuf[18]. Le couple réside soit au château où Mme d’Aligre, dit-on, aurait fait détruire les écussons sculptés qui ornaient la porte monumentale du parc pour prévenir de plus grands dommages[19], soit à l'hôtel de Senneville à Rouen.
Le , leur fille Étiennette-Marie-Catherine-Charlotte est baptisée en l'église de Saint-Ouen[20]. Son parrain est son grand-père paternel présentement à Bruxelles.
Cette naissance coûte la vie à la jeune mère qui décède le à l’âge de 19 ans[21]. Si le grand-père est à Bruxelles, c'est que le , à Paris, les émeutiers sont venus le chercher, lui qui était réputé pour être un adversaire acharné des réformes. Il n’a dû sa survie qu’à son ancien maître d’hôtel, avec lequel il a échangé ses vêtements[22]. Il s’est hâté de quitter la France pour s’installer avec sa famille à Bruxelles, puis à Londres[23] où sa fortune de 4 millions et demi est placée[24]. Il meurt à Brunswick en 1798 à l’âge de 71 ans.


Par décret du , l’Assemblée Nationale abolit les anciennes divisions en bailliages, seigneuries et autres châtellenies. En 1793, par décision du maire, le château de la Rivière qui dépendait de la paroisse du Favril est rattaché à la commune de Pontgouin. Les propriétés ecclésiastiques ou appartenant à des émigrés sont séquestrées. Le domaine de la Rivière est cartographié par deux géomètres et des lots sont constitués pour être vendus par adjudication.
L’entreprise du citoyen Tetu propose d’acheter tout le domaine pour y implanter plusieurs manufactures de blanchisserie, foulerie, papeterie, filature de coton, laine et fil et les convertir en toile[25]. Un rapport est rendu le .
Face aux réticences de l’administration, l’ingénieur en chef des travaux publics de Chartres, dans un courrier du , indique combien toute la superficie du domaine est nécessaire. Le bâtiment principal, en d’autres termes le château, servira de logement et de bureaux aux chefs, les bâtiments du pourtour de la cour d’entrée seront employés comme magasins des matières premières, filatures et séchoirs. Les ouvriers employés à la manufacture logeront dans les bâtiments de la ferme tandis que les granges et écuries seront occupées par les chevaux et les voitures propres au transport des marchandises fabriquées ou à fabriquer. Il faudra une quantité de terre en labour suffisante pour procurer du fourrage.
Pendant tout ce temps, Étienne-Jean-François d’Aligre qui n’a pas émigré, contrairement à son père, et qui demeure à Rouen demande la levée du séquestre des terres de la Rivière et de Bois-Landry. Elles lui appartiennent du fait d’une disposition de son contrat de mariage en date du [26]. Il obtient gain de cause le , à la suite de la décision de la commission des revenus nationaux, convaincue que « la République doit toujours être juste et (que) le zèle pour ses intérêts peut lui nuire si elle passe les bornes de l’équité. »
Malgré tout, le marquis aurait juré ne plus remettre les pieds à la Rivière et aurait acheté pour cette raison le domaine des Vaux[27]. Sont-ce les dégradations commises au château et dans les bois ou la rage non contenue des acheteurs lésés ou encore les souvenirs de temps révolus qui en sont la cause ? Nul ne le sait.
La famille d’Aligre a su en tout cas manœuvrer dans la tourmente révolutionnaire puisque le château de Baronville a, lui aussi, échappé à la vente. Grâce au subterfuge mis en place par M. d’Aligre père, le domaine a été racheté de 1791 à l’an II par un de ses fermiers du nom de Labiche, maire de Béville[28], puis à partir d’ par le même, avec la mention « au profit d’Étienne-Jean-François d’Aligre », enfin à partir d’ par M. d’Aligre en personne[29].


