Le régime communiste chinois, qui remporte en 1949 la guerre civile chinoise, met en place un classement de la population chinoise. D'une part, les bons éléments ou catégories dites rouges constituées de « militaires, cadres du Parti, martyrs de la révolution, ouvriers, paysans pauvres et moyen-pauvres » et, d'autre part, les catégories qualifiées de noires « propriétaires fonciers, paysans riches, contre-révolutionnaires , mauvais éléments et droitiers »[6]. Cette classification concerne directement les individus, mais aussi leurs familles et leurs descendants. Les enfants des catégories noires, traités de rebuts de la société ou de petits chiens, sont des parias souvent battus et humiliés, empêchés de participer à la révolution culturelle[7],[8]. Pendant la révolution culturelle, la lutte contre les cinq catégories noires se développe essentiellement de 1967 à 1969, elle conduit à la mort et à la persécution de millions d'individus. Des tortures sont pratiquées sur ces exclus de la société maoïste « soumis à la « réflexion à froid » (obliger les prisonniers à se coucher dans la neige), à « l’aide chaleureuse » (les griller dans un four), à « la balançoire » (battre un prisonnier suspendu), au « passage de la scie » (traîner les femmes par les pieds à l’aide d’une corde) »[9].
Ce classement permettait ou pas « l’accès aux biens, aux services, aux privilèges et au pouvoir ». Pour l'anthropologue Karine Gatelier, l’individu, défini par sa classe sociale, est alors nié : « le régime s’adresse à et dirige les masses, innombrables et anonymes à qui il dicte tout »[10].
Les Cinq catégories noires sont évoquées pour expliquer l'origine des faillites du régime. Ainsi, durant le Grand Bond en avant, la région de Xinyang a été le cadre d'un épisode particulièrement aigu de la Grande famine : plus d'un million de personnes y sont mortes de faim entre 1959 et le printemps 1960. Un cadre du parti, Xu Zirong, explique cette situation comme suit : « de nombreuses communes sont infiltrées par des éléments des cinq catégories noires, des propriétaires fonciers despotiques, des suppôts des féodaux, des bandits de grands chemins, des sociétés secrètes réactionnaires et pas mal d'agents secrets... ». Pour Yang Jisheng, l'idéologie de l'époque permettait d'expliquer que les problèmes avaient pour origine des personnes issues des mauvaises classes sociales[11].
Avec l'ajout des espions, des traîtres au Parti communiste, des capitalistes et des intellectuels, les Cinq catégories noires deviennent les neuf puanteurs. Ces ajouts ont des origines plus « populaires » mais auront fait entendre leur réprobation aux politiques suivies[12].