Cinzia Ruggeri

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Décès
(à 77 ans)
Milan, Italie
Nom de naissance
Cinzia Ruggeri
Nationalité
Drapeau de l'Italie Italienne
Cinzia Ruggeri
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Naissance
Décès
(à 77 ans)
Milan, Italie
Nom de naissance
Cinzia Ruggeri
Nationalité
Drapeau de l'Italie Italienne
Activité
Formation
Accademia di Arti Applicate, Milan
Mouvement
Influencée par
Studio Alchimia, Memphis
Œuvres principales
Homage à Lévi-Strauss (1983)
Stivali Italia (1986)
Bed Dress (1986)

Cinzia Ruggeri, née le à Milan et morte le dans la même ville[1], est une artiste et styliste italienne. Figure du postmodernisme italien, elle est reconnue pour ses créations vestimentaires surréalistes intégrant des technologies innovantes et pour son approche transdisciplinaire mêlant mode, art contemporain, design et architecture[2].

Formation et débuts

Cinzia Ruggeri naît à Milan en 1942[3]. Elle étudie le dessin, la graphisme et la photographie à la Scuola Superiore delle Arti Applicate de Milan[3]. En 1960, à l'âge de dix-sept ans, elle présente sa première exposition personnelle de peintures abstraites à la Galleria del Prisma de Milan, accompagnée d'un texte de l'écrivain Dino Buzzati[2],[3].

Elle effectue ensuite un stage à l'atelier Carven à Paris, où elle approfondit sa formation dans la haute couture[1],[4]. De retour en Italie, elle assume la direction artistique de l'entreprise paternelle UniMac, l'une des sociétés de production de prêt-à-porter féminin et de manteaux de l'époque[3],[5].

Bloom et carrière indépendante

En 1972, après la cessation d'activité de l'entreprise familiale, Ruggeri fonde la société Bloom SpA[3]. Elle collabore avec le fabricant de lin Vittorio Solbiati, ce qui contribue à établir sa réputation dans l'utilisation de cette fibre naturelle[3]. En 1977, elle lance sa propre collection sous son nom, se distinguant par l'utilisation de formes architecturales comme la ziggurat et par des représentations de la silhouette de l'Italie[1].

Durant les années 1970 et 1980, Ruggeri développe une affinité avec la scène du design radical milanais[5]. Elle collabore avec Studio Alchimia, fondé par Alessandro Guerriero en 1976, créant des pièces uniques et des prototypes plutôt que des productions en série[6]. Elle est également associée au groupe Memphis, fondé par Ettore Sottsass en 1981, bien qu'elle n'entretienne pas de relation formelle avec celui-ci[5],[7].

Ruggeri maintient toutefois son indépendance vis-à-vis des groupes et mouvements émergents de la période postmoderniste[6]. Au cours de sa carrière, elle collabore avec diverses personnalités et institutions, notamment le musicien Brian Eno, le collectif photographique Occhiomagico, le designer Alessandro Mendini, le magazine Casa Vogue et la maison Carven[1].

Dernières années

Au sommet de sa carrière, Ruggeri quitte Milan pour s'installer dans les Pouilles, dans le sud de l'Italie, où elle réside pendant une dizaine d'années avant de revenir dans sa ville natale et de reprendre son activité artistique[8]. Elle décède à Milan le [1].

Œuvre

Approche conceptuelle

L'œuvre de Ruggeri se caractérise par une transgression des frontières entre les disciplines, notamment l'architecture, l'art, la mode et le design[6]. Elle conçoit le vêtement comme un espace architectural à habiter, une approche qu'elle développe dès les années 1960[9].

Elle développe le concept de « vêtements comportementaux » (abiti comportamentali), des créations vestimentaires permettant au porteur d'exprimer ses émotions ou ses états intérieurs[10]. Dans un entretien de 2013, elle explique : « La mode m'a permis d'explorer les secrets intimes, les besoins et les désirs du porteur, mais aussi ses lubies, ses engouements et ses troubles nerveux »[10].

Ruggeri théorise également le « facteur félicitant » (fattore felicitante), cette composante de plaisir issue du désir d'expérimenter avec les formes et les matériaux à travers la conception de vêtements[11].

Innovations technologiques

Ruggeri expérimente l'intégration de technologies dans les vêtements[12]. Parmi ses innovations figurent :

  • des robes équipées de diodes électroluminescentes (LED) pouvant être activées par un bouton intégré, conçues pour les porteurs timides ou souffrant de troubles de la communication[10],[9];
  • des textiles recouverts de cristaux liquides changeant de couleur en fonction de la température corporelle du porteur[10],[9];
  • des vêtements cinétiques intégrant des éléments en mouvement[9].

Œuvres majeures

Hommage à Lévi-Strauss (1983)

Cette robe de soie verte à double épaisseur présente une forme de ziggurat étagée le long du col et de la jupe[5]. Elle comporte une fermeture éclair décentrée sur le devant et une poche profonde[5]. La ziggurat constitue un motif récurrent dans l'œuvre de Ruggeri au milieu des années 1980, qu'elle décrit comme un symbole personnel, tout en étant également un motif courant de l'architecture et du design postmodernes de cette période[5]. Cette pièce fait partie de la collection permanente du Victoria and Albert Museum de Londres[10],[1].

Stivali Italia (1986)

Ces bottes à talons hauts en cuir vert sont façonnées selon les contours de la péninsule italienne[2]. Elles sont accompagnées de pochettes assorties représentant la Sicile et la Sardaigne, positionnées comme sur une carte géographique[2].

Bed Dress (1986)

Cette robe-lit est accompagnée d'une coiffe en forme d'oreiller[1]. Elle a depuis inspiré des créations de Viktor & Rolf (collection automne-hiver 2005-2006) et de Maison Martin Margiela (collection printemps-été 2015)[1].

Slap-glove (1983)

Ce gant-sac fusionne un gant et une pochette, permettant au porteur de laisser symboliquement sa « marque » sur quelqu'un[1],[13].

Autres domaines

Au-delà de la mode, Ruggeri s'aventure dans le design d'intérieur et de mobilier, la création de mosaïques, de verrerie, de bijoux et de sculptures[4],[12]. Elle conçoit également des costumes de scène, notamment pour la danseuse et chorégraphe Valeria Magli au Teatro di Porta Romana de Milan[11],[14].

En 1983, elle réalise plusieurs performances artistiques aux titres évocateurs : Performance Adanamica (Performance sans mouvement), La Casa Onirica (La Maison onirique) et Per Vestire Organico (Pour s'habiller de manière organique)[4]. Cette dernière performance, filmée par le collectif Metamorphosi, est présentée lors de l'atelier photographique Nuove tendenze italiane nella creazione di immagini au Palazzo Fortuny de Venise[11],[14].

Elle collabore également avec l'entreprise de design italien Gufram, créant notamment la pièce intitulée Mano[15].

Expositions

Expositions personnelles (sélection)

  • 1960 : Galleria del Prisma, Milan (première exposition)[3].
  • 2015 : Cin Cin 1985-2015, 10 Corso Como, Milan[6].
  • 2018 : Umbratile con Brio, Galleria Federico Vavassori, Milan (commissariat : Mariuccia Casadio)[9].
  • 2019 : Déconnexion, Campoli Presti, Paris[12].
  • 2019 : La règle du jeu?, Galleria Federico Vavassori, Milan (dernière exposition de son vivant)[2].

Expositions collectives (sélection)

Rétrospectives posthumes

  • 2022 : Cinzia says…, MACRO – Museo d'Arte Contemporanea di Roma, Rome (, commissariat : Luca Lo Pinto)[17].
  • 2022-2023 : Cinzia says…, Goldsmiths CCA, Londres ()[1].
  • 2024 : Paper Threads, Fabbrica del Vapore, Milan (16-)[8].

La rétrospective Cinzia says… constitue la première exposition consacrée à l'ensemble de la carrière de l'artiste[17]. Elle présente une sélection de plus de 150 accessoires et vêtements des collections Bloom, Cinzia Ruggeri et Cinzio Ruggeri, restaurés et exposés pour la première fois depuis leurs défilés originaux des années 1970 et 1980[17].

Réception critique

L'œuvre de Ruggeri fait l'objet d'une reconnaissance croissante depuis son décès en 2019[7]. Les critiques soulignent sa position dans l'histoire du design italien, située entre plusieurs disciplines et mouvements sans appartenance formelle à aucun d'entre eux[7].

La critique Emily LaBarge, dans Artforum, qualifie ses créations de « vêtements comportementaux » qui « refusent d'être simplement des vêtements » et constituent plutôt des « explorations transgenres du corps humain »[10]. Helen Barrett, dans le Financial Times, observe que « les vêtements de Cinzia Ruggeri refusent d'être de simples vêtements » et qu'ils « sont mieux compris comme des explorations du corps humain défiant les genres »[13].

La relative méconnaissance de son œuvre de son vivant est parfois attribuée à son genre[7]. D'autres facteurs incluent la difficulté de catégoriser une artiste travaillant dans des contextes variés, ainsi que son propre refus de s'intégrer dans une classification précise[7].

L'historienne de la mode Elena Fava note que le parcours de Ruggeri, bien que reconnu par les spécialistes du secteur, a bénéficié d'une fortune critique limitée, une situation qu'elle attribue à l'absence d'un fonds d'archives organisé, à la complexité de son travail difficilement assignable à un courant, ainsi qu'à la réserve de la créatrice elle-même[16].

Collections publiques

Les œuvres de Ruggeri sont conservées dans plusieurs collections publiques :

Publications

Notes et références

Voir aussi

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