Cohérence cardiaque

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Courbes de variabilité cardiaque avec ou sans cohérence. Ces courbes de principe montrent comment varie la fréquence cardiaque dans deux situations. La 1re correspond à un cas de respiration naturelle : la fréquence cardiaque varie alors bien plus qu’on ne le croit souvent. Le 2e cas est obtenu par la pratique de la « cohérence cardiaque » , la fréquence cardiaque est plus régulière, elle est synchronisée avec la respiration : accélération pendant l'inspiration et ralentissement pendant l’expiration. La synchronisation est maximale -résonance- vers 0,1 Hz (1 respiration toutes les 10 s) et concerne aussi les variations de la pression sanguine[1],[2],[3].

La cohérence cardiaque[N 1] est une technique respiratoire basée habituellement sur la pratique régulière d’une respiration rythmée lente (environ 6 respirations par minute) qui équilibre les actions des branches sympathique et parasympathique du système nerveux autonome sur le cœur, ce qui peut amener des conséquences positives en matière de santé physique ou mentale. Les exercices de cohérence cardiaque peuvent être indiqués comme intervention complémentaire à d’autres approches thérapeutiques ou en prévention, et notamment en cas de stress[6],[4].

La cohérence cardiaque est apparue au tournant des années 2000 dans le cadre des travaux scientifiques sur la variabilité de la fréquence cardiaque : alors que la fréquence cardiaque varie de manière chaotique habituellement, il est apparu que ces variations deviennent cohérentes et plus amples lors des exercices de cohérence cardiaque. De plus, des systèmes de biofeedback peuvent être utilisés pour augmenter cet effet en recherchant le rythme de respiration optimal, appelé fréquence de résonance.

Le monde médical et les scientifiques ont mis du temps à s'intéresser à la cohérence cardiaque et restent dans une démarche prudente. Toutes les situations ne sont pas améliorables. Parfois, des dérives commerciales ont pu se produire, par exemple en vente de matériels ou de prestations de développement personnel[5]. Il n’en reste pas moins que l'intérêt de la cohérence cardiaque est de plus en plus confirmé par la recherche scientifique, en particulier dans les domaines de la santé physique ou mentale, de l'éducation ou du sport et par l’intérêt des chercheurs et des thérapeutes pour ces approches thérapeutiques non-invasives, peu coûteuses et pouvant être poursuivies de façon autonome[6],[4],[7],[8].

La fréquence cardiaque fluctue de manière permanente. Cette variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) est un bon indicateur de la capacité du cœur à faire varier son rythme en fonction des sollicitations internes ou externes qui agissent en particulier à travers le système nerveux autonome. Celui-ci comprend deux composantes antagonistes : le système nerveux orthosympathique appelé par simplification « sympathique » (action accélératrice) et le système nerveux parasympathique (action de frein)[2],[9].

Le nerf vague (parasympathique) fait diminuer la fréquence (ou rythme) cardiaque. Le système nerveux sympathique augmente la fréquence cardiaque et la force des contractions.
Action du système nerveux autonome sur le rythme cardiaque[10].

La synchronisation des systèmes sympathique et parasympathique génère un phénomène de « balancier physiologique » appelé cohérence cardiaque. Elle est obtenue à un rythme de respiration voisin de 6 respirations par minute, générant des modifications physiologiques et agissant sur les échanges entre le cœur et le cerveau[2],[9],[11].

Courbe montrant comment varie la VFC en fonction du rythme respiratoire.
Le maximum de variabilité cardiaque (VFC) est observé à un rythme de respiration spécifique à chacun, vers respirations/min, soit un cycle respiratoire (inspiration-expiration) de 10 secondes (fréquence de 0,1 Hz). Le but des exercices de cohérence cardiaque est de placer la personne à un maximum de VFC[11].

Pour chacun, il existe une fréquence respiratoire optimale, dite de résonance (entre 4 à 7 respirations par minute) qui donne les variations les plus amples de la fréquence cardiaque, afin « d'obtenir des bénéfices à la fois physiques et mentaux »[6].

L’expression « cohérence cardiaque » est plutôt à destination du public tandis que les scientifiques utilisent souvent l'expression « biofeedback de variabilité de la fréquence cardiaque »[N 1], même si le biofeedback[N 2] n'est pas pratiqué. Ainsi, dans une méta-analyse de 2023[6], il apparaît que les études scientifiques s'appuient sur trois types de méthodes pour amener la cohérence cardiaque : soit chaque participant respire à une fréquence de respiration fixe, imposée, généralement 6 respirations par minute ; soit chaque participant suit un dispositif de biofeedback qui, à partir de mesures sur la personne et via un écran,lui indique sa fréquence respiratoire de résonance et il lui est demandé de caler sa respiration sur cette fréquence ; ou encore chaque participant doit respirer à sa fréquence de résonance qui a été détectée au préalable.

Les études réalisées montrent que la cohérence cardiaque trouve des applications prometteuses dans de nombreux domaines :« Les auteurs suggèrent que le [biofeedback de variabilité de la fréquence cardiaque] pourrait être considéré comme une excellente intervention complémentaire pour les professionnels qui travaillent dans les domaines de la santé, de la médecine, de l'éducation et du sport. »[6],[13],[N 3]. La santé mentale (stress ou dépression par exemple) est aussi concernée[1],[7],[17],[18]. Les exercices de cohérence cardiaque « pourraient être conseillés en tant que low-tech peu coûteuse, à utiliser à des fins de prévention et de traitement d’appoint, avec peu d’effets indésirables attendus »[4].

Par ailleurs, comme les études portent sur de nombreux domaines et que les effets physiologiques sont complexes, il y a besoin d’améliorer la qualité des études scientifiques pour qu'elles puissent être mieux comparées entre-elles et répétées (répétabilité) : « Les effets physiologiques de la respiration lente sont en effet vastes et complexes »[8],[11].

Historique

Il est historiquement connu que la respiration lente volontaire (par exemple dans le yoga depuis plus de 2 000 ans) peut aider à réguler l'homéostasie. Au milieu du XXe siècle, les pratiques respiratoires ont commencé à se répandre en occident lorsque des publications scientifiques internationales ont étayé le fait que la respiration lente avait des effets bénéfiques sur la santé mentale[2],[11].

Ensuite, la recherche a progressé, s'appuyant sur les techniques de variabilité de la fréquence (ou du rythme) cardiaque (VFC ou VRC). À partir de 1997, Vaschillo et Lehrer ont pu décrire les mécanismes physiologiques en jeu quand la fréquence respiratoire est voisine de 6 respirations par minute : la VFC passe alors d’un régime complexe à un régime sinusoïdal ample et plus régulier (voir les courbes en début d’article), ce qui a permis de découvrir l'existence de l'état de cohérence cardiaque[1],[19],[3].

En France, en 2003, le docteur David Servan-Schreiber a fait connaître la cohérence cardiaque au grand public en publiant son livre Guérir[20],[21]. Il a été suivi, en 2012, par David O’Hare avec sa méthode 3.6.5[13],[22],[N 4]. Différentes institutions se sont montrées intéressées. Ainsi la Fédération Française de Cardiologie recommande de pratiquer des exercices de cohérence cardiaque pour limiter le stress et ses conséquences sur le cœur[13],[23]. L'Armée française a recours à la cohérence cardiaque « afin d’optimiser les capacités de chacun et développer les forces morales physiologiques et psychologiques »[24].Des chercheurs (à Sorbonne Université, INSERM, UFR STAPS Normandie Université...) sont actifs sur la cohérence cardiaque[2],[4].

Critique et discussion

Notes et références

Voir aussi

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