Collège Notre-Dame de Sudbury
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Le Collège Notre-Dame de Sudbury (Ontario) est une école secondaire catholique fondé en 1948. Elle compte environ 700 élèves, inscrits de la 9e à la 12e année.
Origine et premières années (1920 - 1960)
D’abord ouvert comme le pensionnat Notre-Dame-du-Bon-Conseil en 1920, les Sœurs Grises de la Croix répondent à la pression des parents pour un retour au moins partiel d’un cours supérieur franco-catholique, mais pour les filles, puisque le Collège du Sacré-Cœur se charge des garçons[1]. La maison mère fournit des institutrices qualifiées et les sœurs du couvent Notre-Dame-du-Bon-Conseil collaborent pour assurer deux locaux, qui formeront la base d’une école privée, soumise à l’inspection par la province, avec les parents qui défraient le coût de l’instruction.
Dès l’ouverture du Collège Notre-Dame à l’automne 1948, 50 jeunes filles se présentent pour le cours de 9e année. L’enthousiasme pour les 10e et 11e années ne fléchit pas : en 1950, l’école privée compte 150 élèves ; en 1954, elle en compte 269[2]. Dans la cour du couvent, on érige une construction à deux étages pour y loger des classes, des laboratoires et une bibliothèque. En , les locaux débordent, donc il faut que l’hôpital Saint-Joseph consacre une aile, laissée libre par la construction de l’école des infirmières, à l’école secondaire. On y retrouve six salles de classe de la 10e à la 12e années puis une 13e année se rajoute en 1954.
Cette expension mène à un manque d’espace incitant à la création d'un nouveau bâtiment moderne et spacieux. Le , le maire de Sudbury participe à la première pelletée de terre du futur collège. Moins d’un an plus tard, les Sœurs de la Charité et leurs élèves emménagent dans une école toute neuve. La bâtisse à quatre étages offrira les cours classique, commercial, ménager et musical. La population fournit une contribution de 300 000 $, en plus de 200 000 $ donnés par Mgr Coallier à son décès (ou un total équivalent à 4,5 millions en dollars de 2020[1]). Le , les 340 élèves participent à une chaine humaine et transportent pupitres, chaises et boîtes au nouveau lieu[3].
Le personnel comprend 13 religieuses, chacune spécialisée dans la matière, avec 12 salles de classe, des laboratoires de biologie, de physique et de chimie, un gymnase, une cafétéria, une bibliothèque, une chapelle, un département d’enseignement ménager et des salles d’enseignement commercial et de musique[1]. L’établissement est béni et ouvert officiellement le par Mgr Carter. Le Collège n’accueille alors que des externes. Compte tenu des moyens de transport, plus personne ne voit l’utilité d’un pensionnat. La réputation du Collège attire une clientèle féminine de plus en plus nombreuse : de 280 en 1961, les effectifs passent à 500, en 1966.
Les entrées dans la congrégation commencent à chuter dramatiquement dans les années 1960 : 26 en 1967, 5 en 1969, 0 en 1975[3]. En même temps, la congrégation voit une hausse significative des départs à partir des années 1960 : ils passent de 3 en 1962 à 45 en 1967 pour un total de 313 pendant la décennie 1960, et 338 pendant la décennie suivante[3]. Les Sœurs se tournent vers un recrutement en Afrique, au Japon et en Amérique latine pour compenser[3]. La promotion vocationnelle se maintient à l’École secondaire Saint-Joseph de Hull et au Collège Notre-Dame, les deux établissements qui restent à la congrégation à la fin des années 1960.
Évolution et transformation en école mixte (1960 - 1980)
Les Jésuites annoncent à l’automne 1966 la fermeture du Collège du Sacré-Cœur (pour garçons) à la fin de l’année scolaire. L’édifice est vendu le à la Commission des écoles séparées de Sudbury. Dès l’automne 1967, le Collège Notre-Dame prend la relève partielle de l’éducation des jeunes hommes et devient une école mixte. L’établissement en accueille 168 à la rentrée en 1967, faisant grimper le nombre total d’élèves à 715 (ou 23% de garçons)[3],[4]. Cependant, en 1967 et 1968, la plupart des jeunes Canadiens-français fréquentent des écoles secondaires bilingues et de langue anglaise de la région telles que Sudbury High.
Depuis 1968, la Congrégation a une caisse commune dans laquelle les religieuses et les institutions doivent désormais verser les excédents de revenus, les salaires et les pensions. « Avec ces nouveaux avoirs, le conseil général peut générer une plus grande équité entre les provinces en redistribuant des dons d’argent en fonction des besoins de chacune[3]. » Les profits des ventes de propriété, dont la ferme de 445 hectares à Orléans en 1970, « vient grossir ce fonds commun[3] ».
Le , le Conseil scolaire des écoles catholiques romaines séparées du District de Sudbury est formé à partir de la fusion de 24 petites commissions scolaires séparées suite au travail de l’administrateur scolaire Onésime Tremblay[5]. Le Conseil compte initialement 42 écoles françaises, 28 écoles anglaises et sept écoles mixtes situées dans un rayon de 110 kilomètres de Sudbury. 14 333 des 24 376 élèves (59%) sont de langue française et son budget de démarrage est de 14,2 millions de dollars (99 millions en dollars constants). Des ajouts sont prévus aux écoles des banlieues et de la campagne du district tels que des gymnases, mais pas en ville. Un nouveau siège social sera construit sur la montagne, derrière l’ancien collège du Sacré-Cœur, et ouvrira en 1973[6].
Le Conseil continue d’offrir la 9e et la 10e année gratuitement (comme le permet la loi provinciale) au Collège Notre-Dame. L’ouverture de MacDonald-Cartier en 1969 et de l’École secondaire Hanmer en 1970 amène une chute importante au Collège Notre-Dame. Entre et , l’effectif chute de 715 à 186 élèves (une diminution de 74% en deux ans[3]). Le collège se trouve ainsi « en mode survie ». La directrice, Sr Yvonne Charbonneau, plaide la cause de l’établissement auprès des parents dans Le Voyageur le [7].
L’établissement considère une laïcisation pour obtenir un plein financement, puisque le Sudbury Board of Education ouvre deux nouvelles écoles secondaires publiques de langue française en 1972 pour répondre au débordement à MacDonald-Cartier. Cependant la présence importante de religieuses dans l’établissement – que ce soit pour l’enseignement mais aussi pour des tâches annexes comme le secrétariat et la comptabilité retarde l’embauche d’un personnel laïque.
Au Collège Notre-Dame, les inscriptions stagnent en 1971 à 194 élèves, mais elles atteignent près de 300 en 1973 et 416 en 1975. En 1975, le Collège Notre-Dame recommence à accueillir des élèves pensionnaires à un couvent à quelques rues, offrant aux élèves de milieux éloignés et venant de familles pouvant se le permettre une éducation secondaire catholique de langue française. La Mère Marcelle Gauthier lance un appel en afin d’obtenir des enseignantes pour le collège Notre-Dame et l’École secondaire Saint-Joseph de Hull, les deux institutions restantes de la communauté. « Ces deux écoles privées catholiques nous appartiennent et l’Église nous demande de les garder à tout prix[8]. » Le mobilier du Mont-St-Joseph est transféré au Collège Notre-Dame. La Congrégation y envoie aussi 5 sœurs revenus d’Afrique.
Les inscriptions atteignent 685 en 1977 et augmentent d’année en année[3]. La croissance est telle qu’elle mène à la construction d’une section supplémentaire en 1979 : dix nouvelles salles de classe, un laboratoire mieux équipé, un double gymnase, une bibliothèque plus spacieuse et une salle de repos pour les enseignantes et des bureaux administratifs.
Financement gouvernemental et adaptation continue (1980 - 2000)
En 1980-1981, le Collège Notre-Dame est la plus grande école francophone de la région avec 930 élèves, tandis que l’École secondaire Macdonald-Cartier en compte 667, Rayside 675, Hanmer 600, et Franco-Jeunesse en comprend 700[9]. Depuis 1981, avec une rallonge importante, le Collège Notre-Dame accueille en moyenne 1 000 élèves.
Le , le premier ministre Bill Davis surprend en annonçant que les conseils scolaires séparés pourront faire financer les 11e, 12e et 13e années dans leurs écoles secondaires. Pour les rares écoles secondaires privées, dont le Collège Notre-Dame, il s’agit d’une planche de salut. En 1984, une vingtaine de religieuses œuvrent au Collège sans recevoir de salaire, sans compter les allocations de la congrégation. Or, les sœurs prennent de l’âge et il n’y a pas de relève. La directrice depuis 1983, Sr Rachelle Watier, craint de perdre une liberté d’action en acceptant les subsides gouvernementaux, mais le Collège accepte son intégration au Conseil séparé en 1987, mais l’édifice demeure la propriété des Sœurs de la Charité d’Ottawa.
À l’aube du 50e anniversaire du collège Notre-Dame, en 1997, la directrice Rachelle Watier juge que l’école s’est adaptée et a maintenu un niveau d’excellence reconnu par tous :
"Un nouveau programme de science qui intègre science, mathématiques et technologie, initié par Sr Nicole Bérubé, connaît un succès éclatant. Le Collège a reçu de la province de l’Ontario, le prix Roberta-Bondar, prix qui reconnaît l’apport scientifique qu’a joué le Collège Notre-Dame au niveau de la province et qui a poussé plusieurs élèves vers des carrières scientifiques et technologiques. Ce sont là des succès académiques qui parlent, bien sûr, mais ce qui, à notre sens, est un plus grand succès c’est que nombreux son nos jeunes qui ont mis de belles valeurs chrétiennes dans leur vie et leu foyer et qui sont devenus dans divers milieux des agents de compassion. En somme, le Collège est en excellente santé[10]."
Les effectifs religieux disponibles se raréfient toutefois : de 20 en 1984, elles ne sont plus que 6 en 1997[3]. Les religieuses se questionnent sur l’avenir de l’œuvre et sur la manière dont le Collège correspond au charisme de compassion des Sœurs de la Charité. Sr Rachelle se veut rassurante que les buts de l’institution s’arriment avec le charisme communautaire[10].
Adaptation au nouveau milénaire (2000 - présent)
Sr Rachelle et la supérieure provinciale, Sr Laura Barbeau, commencent à réfléchir sérieusement à l’avenir de l’établissement au tournant du millénaire. Malgré les initiatives des Sœurs de la Charité d’Ottawa pour faire renaître une « culture des vocations », les résultats sont mitigés : de la soixantaine de candidates qui font un bout d’essai, seule une douzaine poursuivent[3]. On parvient à recruter au Cameroun, mais presque plus au Canada.
Le statut confessionnel de l’établissement et son statut linguistique sont préservés par le Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario, fondé le et occupant le siège social de l’ancien conseil scolaire séparé bilingue. Le Conseil général de la congrégation annonce la vente du Collège Notre-Dame au conseil scolaire franco-catholique en 2002. « Nous étions dans l’abondance, mais la communauté n’avait plus de personnel pour la direction et l’enseignement[11] », selon Sr Denise Cousineau, ex-enseignante. Sr Rachelle est alors la dernière religieuse de la congrégation à diriger une école secondaire et se montre sereine devant la passation des pouvoirs :
"Quand j’ai vu le temps politique propice pour vendre, j’ai appelé les responsables communautaires. C’était le temps de fermer ces œuvres. C’était le temps de tourner la page. À ce moment, Dieu merci, j’ai vécu ce gros changement avec beaucoup de paix et de sérénité. Il fallait avancer. J’avais passé 38 ans de ma vie dans cette institution[12]."
Quelques religieuses continuent d’y travailler : Sr Rachelle dirige l’institution jusqu’en 2007, puis Sr Nicole Bérubé y enseignent jusqu’en 2009. Elle y offrira des services de pastorale à titre de bénévole par la suite.
Notes et références
- 1 2 3 Louise Guay (Sœur Paul-Émile), Les Sœurs Grises de la Croix d’Ottawa. Mouvement général de l’Institut 1876-1967, Ottawa, Maison mère des Sœurs Grises de la Croix, , p. 328-329
- ↑ J.-Raoul Hurtubise, Les écoles bilingues de Sudbury, Sudbury, La Société historique du Nouvel-Ontario, , p. 38
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Chantal Gauthier et France Lord, La charité en action. L’histoire récente des Sœurs de la Charité d’Ottawa,, Montréal, Carte blanche, , p. 90-93, 97, 101-105, 116-120, 143-144, 166-172
- ↑ Daniel Marchildon, Toute une histoire ! Sudbury, Sudbury, Centre franco-ontarien de ressources en alphabétisation, , p. 60
- ↑ Conseil des Écoles séparées catholiques romaines du District de Sudbury, Les Écoles séparées catholiques de Sudbury. Cent ans d’éducation catholique 1884-1984, Sudbury, , p. 16
- ↑ Julie Lafrenière, « Des luttes au consensus 1965-1982 », dans Guy Gaudreau, Bâtir sur le roc. De l’ACFÉO à l’ACFO du Grand Sudbury (1910-1987), Sudbury, La Société historique du Nouvel-Ontario, , p. 112
- ↑ Yvonne Charbonneau, « Le CND reste ouvert », Le Voyageur, , p. 1 (lire en ligne)
- ↑ « Lettre de Marcelle Gauthier aux supérieures provinciales, dans Chantal Gauthier et France Lord, 2016 », op. cit., , p. 169
- ↑ Fédération des élèves du secondaire franco-ontarien (FESFO), Liste des écoles secondaires françaises et mixtes, Ottawa, Université d’Ottawa, Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF), Fonds FESFO, C107-2/27/5,
- 1 2 Rachelle Watier, « Collège Notre-Dame – Rapport présenté au Congrès provincial», 1997, p. 1 et 4, dans Chantal Gauthier et France Lord, », op. cit., , p. 171
- ↑ Denise Cousineau, Entrevue effectuée en 2011, dans Chantal Gauthier et France Lord, op. cit.,, , p. 173
- ↑ Rachelle Watier, « Entrevue effectuée en 2011, adns Chantal Gauthier et France Lord, », op. cit., , p. 173