Colorado Train
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| Colorado Train | ||||||||
Première de couverture du roman, 2017. | ||||||||
| Auteur | Thibault Vermot | |||||||
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| Pays | ||||||||
| Genre | Roman d'aventures, Horreur, Thriller | |||||||
| Éditeur | Éditions Sarbacane | |||||||
| Collection | Exprim' | |||||||
| Date de parution | ||||||||
| Nombre de pages | 360 | |||||||
| ISBN | 2377310001 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Colorado Train est un thriller et roman fantastique français. C'est le premier roman de Thibault Vermot, publié aux Éditions Sarbacane le dans la collection ado-adulte Exprim'. Sélectionné dans le cadre des Pépites du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil ainsi que du prix Vendredi, il reçoit à sa sortie un accueil critique favorable et obtient dans la foulée une mention spéciale du prix Vendredi.
L'histoire de Colorado Train se déroule dans la petite ville de Durango, état du Colorado, durant quelques mois à cheval entre les années 1949 et 1950. Dans une ambiance marquée par la sortie récente de la Seconde Guerre mondiale ainsi que l'angoisse de la guerre froide, un groupe de jeunes gens tâche de puiser dans leur amitié la force de grandir malgré leurs cellules familiales endommagées ou défaillantes. La disparition d'un élève de leur classe déclenche leur curiosité et les pousse à mener l'enquête, et les confronte à la figure brumeuse d'un tueur qui partage avec le Wendigo des légendes indiennes la capacité à apparaître et frapper avant que quiconque ait le temps de réagir. L'affaire prend une tournure résolument tragique quand le tueur s'en prend au petit frère de Michael, l'un des protagonistes.
Ce roman a connu plusieurs états de rédaction ; d'abord nouvelle d'une quarantaine de pages en 2013, novella d'environ 120 pages en 2015, enfin roman de 360 pages dans son état de publication. Le paratexte en clôture du roman indique une durée de rédaction d'approximativement 4 ans : d' à .
Le roman connaît une publication en poche dans la collection Pôle fiction chez Gallimard Jeunesse en , dont il constitue le n°159. Il est également adapté en 2022 par Alex W. Inker en bande dessinée aux Éditions Sarbacane et obtient le prix Coup de Cœur du festival Quai des Bulles de Saint-Malo la même année.
L'incipit
Thibault Vermot écrit la première version du texte en 2013, lors d'un voyage dans l'Ouest des USA. L'idée précise lui vient à Flagstaff (Arizona) en entendant un train siffler au milieu de la nuit. Ce son devient la matrice d'une sensation d'inquiétude qui le pousse à écrire l'incipit de Colorado Train sur son téléphone, incipit qui demeure presque inchangé dans la version publiée[1]. La voix du « hobo » est née, et Vermot expliquera plus tard s'être servi d'une technique tirée du Poète de Michael Connelly pour l'alimenter et la développer[1]. Par la suite, une fois cette ouverture écrite, l'écrivain utilise un fragment de texte écrit en 2009, centré sur l'idée d'un groupe d'enfants confronté à un croque-mitaine :
«Quand on me racontait que le Croque-mitaine viendrait pour me prendre si je n'étais pas sage, j'avais toujours dans un coin de ma pensée cette image terrifiante jusqu'à la folie, de l'orée d'un bois, d'où sortiraient des gamins hurlants, le visage creusé de larmes noires, tendant des bras qui ne seraient plus que des moignons sanglants, car le Croque-mitaine leur a mangé les mains[1].»
De ce collage de textes écrits pourtant à deux moments différents naissent les personnages principaux de Colorado Train, une galerie d'enfants de onze ans présentée au complet à partir du chapitre 9 : Michael, Calvin, Suzy, Don, George et Durham[vermot 1].
De multiples sources d'inspiration

Thibault Vermot affirme que le processus de création de Colorado Train s'est probablement nourri de nombreuses références, mais que la majeure partie de ces références ont agi à un niveau inconscient, quand deux idées présidaient à l'écriture : « raconter une bonne histoire » et « faire peur à [s]on lecteur »[2]. Le roman comporte cependant dès l'ouverture une carte de Durango annotée par l'auteur, tirée des archives de la compagnie ferroviaire Denver & Rio Grande Railroad, datée de 1919, et où apparaissent les lieux autour desquels l'action se focalise : l'école, la rue El Paso, le château d'eau, la gare de Durango ainsi que les directions des mines de Smelter Mountain au sud et de Silverton au nord. Thibault Vermot souligne l'importance du décor et de la géographie au cours de l'écriture de Colorado Train[1], et dans le roman final, de nombreuses références et intertextualités sont identifiables comme ayant eu une influence sur le décor de la diégèse.

Inspirations musicales
Une autre matrice du texte se trouve dans la chanson Big Rock Candy Mountain composée et chantée par Harry McClintock (1928), dont les images nourrissent à la fois l'écriture de nombreux passages de Colorado Train, ainsi que l'imaginaire des jeunes personnages du roman[3]. Une liste musicale placée dans le paratexte à l'ouverture du roman indique également dans quel creuset l'auteur a forgé les thèmes et l'imagerie du texte, inspirations classiques (Lontano de Ligeti, L'Île des Morts de Rachmaninov) comme contemporaines (Everybody Knows This Is Nowhere de Neil Young, Wanderlust de Mark Knopfler, The Moor d'Opeth)[vermot 2].
Inspirations poétiques
Dès la première version du texte datant de 2013, le poème Annabel Lee d'Edgar Allan Poe parcourt le récit, traduit et retravaillé par l'auteur pour en constituer la clôture. Dans la version de 2017, ce même poème est utilisé en exergue du chapitre 46 et constitue le sous-texte des émotions de Michael pour Suzy[vermot 3].
Les enfants doivent par ailleurs apprendre le poème Le Corbeau de Poe, canonique dans les écoles américaines, et son refrain est cité dans le roman :
– C’était pas si mal, conclut Durham. On recommencera !
– Nevermore… ! déclama George.
– Me parle plus jamais d’ce poème ! gémit Don
– La prochaine fois, grimaça Suzy, y a un cockpit et je conduis ! [vermot 4]
Dans le chapitre 46, un autre poème est cité, traduit par l'auteur : Escape, d'Elinor Wylie (1923), poème entremêlant les thèmes du refuge et de la menace :
Et vous me chercherez en vain
Dans le creux des racines
Ou bien là
Quand tombe la pluie aux senteurs de pommes
Où les guêpes d'argent nichent
Pendues comme des fruits[vermot 5].

Deux autres poètes sont également cités en exergue du roman. Le premier, Goethe, dont un extrait du Roi des Aulnes est traduit par l'auteur[vermot 6] et évoque le thème de la mort des enfants, qui hante Colorado Train, et que la phrase d'ouverture du chapitre 53 rappelle : « C’est rien, mon enfant. C’est qu’une branche qui gratte contre le bois. C’est rien qu’une branche[vermot 7]. » Le second, Mandelstam, dont la citation sonne comme un avertissement de lecture : « C'étaient des temps apocalyptiques, et le malheur nous suivait à la trace[vermot 6]. »
Inspirations picturales


Les paysages évoqués dans le roman, la petite ville de Durango écrasée par les imposantes montagnes des Rocheuses, entretiennent une similitude avec les tableaux d'Edward Hopper, lesquels représentent fréquemment une réalité simple, crue, au sein de laquelle se cache une forme d'inquiétude existentielle[4]. L'un des tableaux de Hopper, Maison au bord de la voie ferrée, L'Île des morts d'Arnold Böcklin mais aussi les Peintures noires de Goya, les paysages de C.D. Friedrich ou ceux plus épurés et plus angoissants de Léon Spilliaert sont parfois cités par Thibault Vermot comme inspirations récurrentes des décors de son roman[1]. Il cite également les photographies d'Alec Soth ou Sally Mann, qui fournissent du réel une image teintée de solitude, de mélancolie et de sauvagerie[5],[6]. De façon plus concrète, les paysages environnant l'auteur, américains[3] ou normands, lui ont fourni une matière immédiate, parfois frappante comme l'image du château d'eau, lieu central dans Colorado Train[vermot 8] :
« C’est celui qui se trouve dans un champ juste à côté de chez moi, en Normandie. Un matin d’automne, sortant tôt de la maison pour aller au travail, alors que je tournais la tête vers la clôture, j’ai été frappé par l’image du château d’eau érigé dans la brume qui suintait du sol ; et je me suis dit qu’un jour, j’écrirais quelque chose qui tournerait autour de cet inquiétant château d’eau[1]. »



