Communauté Saint-Martin

association publique cléricale de droit pontifical From Wikipedia, the free encyclopedia

La communauté Saint-Martin est une association publique cléricale de droit pontifical rassemblant des prêtres et des diacres séculiers vivant leur apostolat en petites communautés au service des diocèses. Elle est fondée par Jean-François Guérin en 1976 et dirigée par Paul Préaux, modérateur général depuis 2010. La maison-mère de la communauté se trouve à Évron, dans l'abbaye Notre-Dame.

Fondation1976
Lieu de fondationGênes, Italie
SiègeÉvron, France
Faits en bref Repères historiques, Fondation ...
Communauté Saint-Martin
Image illustrative de l’article Communauté Saint-Martin
Logo de la Communauté Saint-Martin

Repères historiques
Fondation 1976
Fondateur(s) Jean-François Guérin
Lieu de fondation Gênes, Italie
Siège Évron, France
Fiche d'identité
Église Catholique
Type Association cléricale publique de droit pontifical, ayant la faculté d'incardiner
Dirigeant Paul Préaux
Membres 206 membres à part entière (2026)

c.100 séminaristes (2026)

Localisation France, Italie, Allemagne, Cuba et Autriche
Site internet communautesaintmartin.org
Fermer

En 2026, elle compte 206 membres, prêtres et diacres. Ils desservent 53 paroisses ou sanctuaires différents et sont présents dans 32 diocèses français, ainsi qu'à Cuba, en Allemagne, en Autriche et à Rome. Elle est aussi présente dans 3 internats dont 2 en France et 1 à Cuba. La maison de formation de la communauté, également située à Évron, accueille une centaine de séminaristes.

Les analyses sociologiques et médiatiques présentent la communauté Saint-Martin comme « néoclassique » et conservatrice. La plupart la rattachent au « catholicisme d'identité ».

Historique

Fondation à Gênes

En 1976, les premiers membres de la communauté Saint-Martin sont installés au couvent Saint-François de Voltri (it)[1], ancien couvent capucin de Gênes, par Jean-François Guérin, sous la protection du cardinal Giuseppe Siri, archevêque de Gênes[2]. Ils y mènent une vie commune dans le cadre établi par son fondateur : rigueur des études et soin de la liturgie, largement en latin mais fidèle au concile Vatican II, néoclassique et non traditionaliste[2].

Giuseppe Siri érige la communauté Saint Martin en « pieuse union » de droit diocésain en 1979[3] et les premiers prêtres, membres de la communauté sont ordonnés[4].

Premières implantations puis retour en France

En 1983, la communauté reçoit son premier ministère paroissial dans le diocèse de Fréjus-Toulon[5]. La maison de formation et la maison-mère s'installent en France en 1993, à Candé-sur-Beuvron, dans le diocèse de Blois, où elles restent jusqu'en 2014[6].

Vue de l'autel de la chapelle du séminaire[n 1].

En 2000, le statut de la communauté évolue d'association de droit diocésain en association de droit pontifical[2] et elle est rattachée à la Congrégation romaine pour le clergé[7]. Depuis 2000, la communauté croît fortement et représente en 2014 un quart des entrées en séminaire des diocèses français[6].

Jean-Marie Le Gall, un des premiers prêtres de la communauté, est élu modérateur général en 2004. Il succède au fondateur de la communauté, Jean-François Guérin, qui décède en 2005[8].

Depuis 2008, le modérateur général est aussi canoniquement l'ordinaire des membres de la communauté, avec la faculté de les appeler lui-même aux ordres, et de les incardiner[9],[7]. En 2010, Paul Préaux est élu modérateur général pour un mandat de 6 ans[10]. Son mandat est réitéré en 2016 et à nouveau en 2022[11].

En , la maison-mère et la maison de formation sont transférées à Évron, en Mayenne, où la communauté Saint-Martin a acquis l'abbaye Notre-Dame d'Évron[12].

Depuis 2022, Édouard de Vrégille, ancien recteur de la cathédrale d'Amiens, assume la charge de responsable du séminaire[13]. Il succède à Louis-Hervé Guiny qui a exercé cette fonction pendant 18 ans[14], jusqu'en 2022, avant de devenir successivement assistant général[15] de la communauté et, à partir de 2024, curé dans le diocèse d'Angers[16].

La visite pastorale de 2022 et ses suites

Une visite pastorale[17] est confiée en à l'évêque de Mende Benoît Bertrand, assisté d’André Marceau, ancien évêque de Nice, et de la provinciale pour la France des religieuses de l'Assomption, Anne Descours[18],[19],[20].

À l'issue de cette visite conduite entre et , un rapport de 1 300 pages est produit, complété en mars de la même année par un audit financier[21],[22]. Bien que cette visite relève de « nombreux aspects positifs de la Communauté Saint-Martin et de ses membres », notamment « le grand service rendu à l'Église de France au travers des paroisses, sanctuaires et œuvres, que la communauté porte et déploie », elle met aussi en cause le fondateur de la communauté, Jean-François Guérin, pour ses dérives autoritaires et de possibles agressions sexuelles (baisers forcés)[23],[24].

Après examen du rapport, le Dicastère pour le clergé place le la communauté Saint-Martin pour une durée de trois ans sous la supervision de deux assistants apostoliques, Matthieu Dupont, évêque de Laval, et François-Marie Humann, abbé de Mondaye. Ces deux assistants sont chargés de faire la vérité sur le passé de la communauté et de l'accompagner dans un travail de réformes portant sur le recrutement, la formation et l'accompagnement de ses séminaristes[25],[26]. Début 2026, la communauté Saint-Martin décide la formation d'une commission indépendante « vérité, écoute et responsabilités » (Civer) destinée à faire la lumière sur les dysfonctionnements passés ou actuels en mettant à sa disposition l'ensemble de ses archives. La commission met également en place une cellule d'écoute. Son rapport est attendu fin 2027[27].

En 2026, pour commémorer les 50 ans de sa fondation, la communauté organise un pèlerinage entre Blois et Tours qui réunit 1 500 pèlerins[28].

Caractéristiques

En 2026, la communauté Saint-Martin compte 206 prêtres et diacres[29]. En 2023, ils étaient 185[14], en 2019, 103[30]. La maison de formation prépare une centaine de séminaristes au sacerdoce (2026)[29], de cinq nationalités différentes[31]. Neuf prêtres ont été ordonnés en 2025[32].

Prêtres et diacres en communauté

Prêtres, diacres, et séminaristes de la communauté Saint-Martin.

La communauté met ses membres au service des évêques désireux de leur confier des missions apostoliques variées : paroisses, aumôneries de collège et d’internat, sanctuaires, maisons de retraite[33],[4]. Les prêtres vivent en communauté d'au moins trois[2] dans les diocèses dans lesquels ils sont envoyés. Ils sont répartis en une quarantaine de communautés locales.

La communauté Saint-Martin se définit elle-même comme un « corps mobile de prêtres et de diacres qui vivent en communauté et qui se mettent au service des évêques »[34]. Ses membres vivent « un sacerdoce partagé », communautaire, selon Le Monde, qui évoque un « commando en soutane » : ils s'appliquent à « une affirmation des principes du christianisme dans le monde contemporain, une évangélisation franche, voire démonstrative, en plein espace public et non plus seulement dans l'intimité d'une chapelle »[33].

Statut canonique

Canoniquement, la communauté est une association publique cléricale de droit pontifical.

Le supérieur général de la communauté est appelé « modérateur »[35] selon le droit canonique. Il a la faculté d’incardination des membres dans la communauté, octroyée par la Congrégation pour le clergé[7]. Il est élu par l'assemblée générale des membres, pour un mandat de 6 ans, et confirmé par la Congrégation pour le clergé[10].

Les membres « relèvent hiérarchiquement du modérateur de la communauté, avec un devoir d’obéissance à l’évêque du diocèse dans lequel ils sont envoyés »[7].

Maison de formation

Fonder un séminaire a été la première intention du fondateur de la communauté Saint-Martin, Jean-Francois Guérin, en 1976. Il a établi la maison de formation en Italie « pour les candidats au sacerdoce qui entendaient rester fidèles au pape, tout en s’inscrivant dans l’enseignement de Vatican II »[34].

La maison de formation située à l'abbaye d'Évron forme des séminaristes selon quatre axes : la formation spirituelle, pastorale, humaine et intellectuelle[34]. Elle est affiliée à l'université pontificale du Latran[36]. Ses formateurs sont pour la plupart des prêtres de la communauté, formés eux-mêmes dans différentes universités, à Paris, Strasbourg ou Rome[37]. Le séminaire proprement dit est précédé d'une année de propédeutique depuis [11].

Au milieu de la formation, les séminaristes passent un an en stage dans la communauté locale d'une paroisse. L'ensemble du cursus dure sept ans jusqu'à l'ordination diaconale, huit ans jusqu'à l'ordination sacerdotale[34],[38]. Les séminaristes participent aux rencontres des séminaires diocésains français[39],[40],[31].

La liturgie des Heures à la maison de formation.

Le séminaire compte une centaine de jeunes hommes en formation ; il est actuellement la plus grande maison de formation de prêtres en France[41]. La moyenne d'âge des séminaristes est de 26 ans (2023)[14]. Ils viennent de familles catholiques fréquentant pour certaines des paroisses confiées à la communauté[14]. Selon Marie Bordet, « l'institution attire des jeunes bien nés, issus de familles pieuses », avec de nombreux enfants, parfois aisées. L'ouest parisien ainsi que les enfants des familles de militaires ou d'origine aristocratique « sont surreprésentés »[42],[43].

Les journées au séminaire sont rythmées par les offices et les repas pris en commun accompagnés de lectures à table. La formation des prêtres fait des emprunts au mode de vie monastique[37].

Le quotidien Le Monde note que « malgré ces contraintes monacales, force est de constater que le séminaire respire une formidable joie de vivre[44]. » Selon le sociologue des religions Yann Raison du Cleuziou, on sait y « alterner des moments d'ascèse, de jeûne et des temps festifs où on s'amuse, on boit, on chante »[2]. L'Express rapporte la devise de la maison : « Prendre Dieu au sérieux sans se prendre au sérieux »[2]. Le journal Le Progrès souligne « le style direct, souvent doublé d’un humour solide, que l’on retrouve chez la plupart des membres, très rarement mystiques ou ampoulés »[45].

L'attractivité de la communauté Saint-Martin s'explique par une vie communautaire jugée rassurante et par sa présence dans plusieurs diocèses qui permet à ses membres une mobilité[2]. Elle s'explique également, selon Yann Raison du Cleuziou, par la jeunesse des prêtres qui la composent, à l'instar de ceux des communautés nouvelles, qui favorise les vocations[46].

La formation au séminaire d'Évron coûte, en 2022, 16 000 euros par an pour un séminariste, à la charge de sa famille[43].

Liturgie et spiritualité

Messe célébrée ad orientem dans la collégiale de Candes.

Les prêtres de la communauté célèbrent la messe selon la liturgie du concile Vatican II[34]. Dans les messes « conventuelles », le latin est utilisé[47], tout comme au séminaire où la messe de Paul VI est célébrée en latin avec du chant grégorien[14]. Dans les paroisses desservies en France par la communauté, la messe est dite en français[47]. Elle n'a pas « repris la liturgie tridentine, malgré les sollicitations de plusieurs évêques français lui demandant d'assurer des messes selon le rite Saint-Pie V pour la partie « traditionnelle » de leurs fidèles »[47].

La communauté s'inspire de saint Martin de Tours dont elle prend pour exemple le goût de la vie contemplative et de la vie communautaire, la mission aux périphéries, dans des paroisses en dehors des grandes villes, et l'amour des pauvres[4]. Au-delà, la spiritualité de la communauté puise dans la tradition bénédictine, dans l'École française et dans la tradition de vie canoniale[9]. Selon le site cath.ch, le fondateur, « moins adulé que d’autres fondateurs de communautés nouvelles, Jean-François Guérin, décédé en 2005, laisse à ses héritiers un style terre à terre, un peu boyscout, peu enclin à la mystique ou au sentimentalisme »[48].

Messe célébrée face au peuple.

Les prêtres de la communauté portent la soutane[34]. Ainsi, selon Le Monde, ils expriment un « affichage de la religion jusque dans la livrée »[44]. Selon l'évêque Jean-Pierre Batut, la soutane n'est plus portée comme « un drapeau, c'est un peu leur bleu de travail »[2], portée pour « susciter l’échange »[45]. Les séminaristes prennent la soutane en fin du parcours de formation[14]. Dans des assemblées cléricales, il arrive que les membres de la communauté ne portent pas la soutane, avec l'objectif « de ne pas provoquer ou de ne pas mettre mal à l'aise le clergé local »[47]. Josselin Tricou qualifie « le port de la soutane ou l’usage liturgique du chant grégorien et du latin » comme « des pratiques restitutionnistes »[49], c'est-à-dire d'observance plus traditionnelle que les charismatiques[50].

Les prêtres se font appeler « don », en raison de l'origine italienne de la communauté[44],[6].

Annuellement, la communauté organise une retraite sacerdotale à Lourdes, ouverte aux prêtres extérieurs[51],[52].

Aspects financiers

Les prêtres sont pris en charge par les diocèses dans lesquels ils sont envoyés[48]. Ils gagnent environ 800 euros par mois[33].

Les besoins propres de la communauté et de sa maison de formation sont financés par les frais d'inscription au séminaire, les quatre internats privés, les ventes des revues, la possibilité d'offrir une messe en ligne[43].

La formation des séminaristes coûte 2,3 millions d’euros par an. 94 % des cette somme proviennent de dons, dont les trois quarts viennent des familles des séminaristes, participant au moins à hauteur de 500 euros par mois[37]. En 2021, 300 000 euros du budget global sont financés par le fond Proclero[37],[53], géré par le groupe Meeschaert et fondé par Pascal-André Dumont qui est aussi l'économe général de la communauté[53].

L'acquisition de l'abbaye d'Évron, cédée en 2012 à la communauté Saint-Martin par les Sœurs de la charité de Notre-Dame d'Évron, a coûté 2,8 millions d'euros et a été suivie d'un investissement de 3 millions d'euros pour les travaux de rénovation et de remise aux normes. Elle a été financée par la vente des bâtiments du séminaire précédent, dans le Loir-et-Cher, et par un appel aux dons[54],[33].

La communauté obtient en 2022, au Luxembourg, la reconnaissance du statut d’utilité publique, lui donnant droit à des avantages fiscaux. L'empêchement préalable de la reconnaissance par le gouvernement avait été déclaré irrégulier par la cour administrative[55],[56].

Ministères

Bénédiction des tombes à Neviges, paroisse confiée à la communauté Saint-Martin.

Les prêtres de cette communauté officient en 2023 dans 32 diocèses de France[57] avec une quarantaine de lieux d'apostolat principalement en France[58]. En 2017, elle pourvoyait des prêtres et diacres pour 19 diocèses[59].

La communauté est présente principalement en France, et, en dehors de la France à Cuba, en Italie, en Allemagne[60] et en Autriche[61]. Il y a des contacts avec plusieurs diocèses aux États-Unis, mais pas de communauté établie dans le pays[4].

Dans la curie romaine, un membre de la communauté est au service de la Congrégation pour le clergé[47]. À Rome, la communauté se voit confier l'église française Saints-Claude-et-André-des-Bourguignon en 2025[62].

Chaque année, la communauté organise une marche pour étudiants, la Route Saint-Martin, qui regroupe entre 300 et 400 jeunes[63],[64].

Paroisses et sanctuaires

La communauté dessert des paroisses (comme Arles, Dijon ou Laval[30]), des sanctuaires (comme Lourdes, Montligeon[30], le Mont Saint-Michel[65] ou Neviges[60]) et des aumôneries[9]. Lui sont confiés des cathédrales (comme celles d'Amiens[66], de Soissons[59] ou de Gap[67]) aussi bien que des paroisses en pays rural (comme Mortagne-au-Perche[68] ou Font-Romeu[30]) ou des églises touristiques (comme Saintes-Maries-de-la-Mer ou Honfleur[69]). La communauté est présente à Paris depuis 2013[70].

En plusieurs endroits, des membres de la communauté exercent leur ministère conjointement avec des prêtres diocésains ou issus d'autres communautés ; ainsi au Mont Saint-Michel dont l'abbatiale est gérée par les Fraternités monastiques de Jérusalem[37] alors que le recteur est un prêtre de la communauté Saint-Martin[71] ; ou à Lourdes, où les membres de la communauté interviennent en tant que chapelains[72]. Des collaborations moins formelles existent également avec la communauté des Béatitudes et avec l'abbaye Saint-Joseph de Clairval[73]. Les membres de la communauté participent ainsi à une « présence chrétienne diversifiée »[74].

Des prêtres de la communauté ont également servi dans leurs diocèses en tant que vicaires généraux, comme Didier-Marie de Lovinfosse à Blois[69] ou Marc Aillet à Toulon[75], avant de devenir évêque lui-même.

Missions d'enseignement et d'éducation

L'ancien hôpital Saint-Julien de Laval, abritant désormais l'Espace Saint-Julien.

Au sein du lycée catholique de Pontlevoy, sur la commune de Pontlevoy, dans le département de Loir-et-Cher, les prêtres de la communauté Saint-Martin sont aumôniers du collège-lycée et responsables de l’internat de garçons[76].

À Laval, l'internat Notre-Dame de Pontmain est dirigé par la communauté. À Laval également, un curé membre de la communauté est engagé dans l'Espace Saint-Julien[77], premier lieu multigénérationnel du genre en France, avec une résidence senior, une colocation pour étudiantes, un accueil périscolaire, une maison de santé et une microcrèche[78].

Les prêtres de la communauté ont fondé des patronages et y travaillent comme aumôniers, comme à Garges-lès-Gonesse[74], Meyzieu[45], Amiens[79], Évron[80], ou encore à Maintenon avec une identité chrétienne « clairement assumée »[81].

Développement

L'implantation d'une communauté locale part toujours de l'initiative d'un diocèse qui appelle la communauté Saint-Martin[14].

L'épiscopat français a d'abord été méfiant envers la communauté, qui bénéficiait surtout du soutien de son aile conservatrice, puis lui a progressivement ouvert les portes de ses paroisses[41]. Selon Jean Mercier, dans La Vie : « Ses prêtres en soutane sont devenus incontournables dans le paysage ecclésial. La Communauté Saint Martin, fondée en 1976, perçoit désormais les dividendes d'une lente et patiente progression, après avoir été longtemps marginalisée, en raison de son style traditionnel[41]. » De même, La Croix souligne la confiance croissante des évêques : « Leur pragmatisme pastoral correspond bien à la vie paroissiale. Cela rassure beaucoup d’évêques. »[29]. La communauté Saint-Martin « est devenue l’un des principaux pourvoyeurs du clergé français »[3].

Baptême d'un adulte au sanctuaire de Neviges.

De nombreux diocèses font appel à la communauté, principalement en raison de la « pénurie de prêtres », mais aussi dans le cadre d'orientations pastorales plus larges[59],[82]. Entre la demande d'un évêque et l'implantation d'une communauté locale, plusieurs années s'écoulent[59].

Positionnement religieux

Une communauté « néo-classique » intégrée dans les diocèses

Selon L'Express, la communauté a un style de vie propre : « le fondateur a posé le cadre de son œuvre : rigueur des études et soin de la liturgie, largement en latin mais fidèle au concile Vatican II, néoclassique et non traditionaliste »[2]. Le Progrès les trouve « à la fois classiques, modernes et entreprenants »[45].

L'article de l'AFP décrit ainsi l'ascension de la communauté : « Arborant la soutane et une foi décomplexée, les prêtres de la communauté Saint-Martin se mettent au service d'évêques qui, d'abord méfiants, sont chaque année plus nombreux à les accueillir »[2]. Le journaliste Samuel Lieven dans La Croix souligne la souplesse et l'obéissance de la communauté, ce qui lui permet d'être de plus en plus acceptée par les évêques[6]. Francis Bestion, évêque de Tulle, qui a fait venir la communauté à Brive-la-Gaillarde, déclare dans une interview que les membres de la communauté Saint-Martin sont « des prêtres tout à fait reconnus, c’est une congrégation romaine, donc tous ceux qui voudraient dire que ce sont des traditionalistes ou des intégristes, je pense qu’ils se trompent. Sinon, je ne les aurais pas fait venir »[83],[84]. Jean-Luc Garin, évêque de Saint-Claude, décrit la communauté comme « très investie dans l’Église en France » et constituée de « prêtres jeunes, dynamiques et sportifs » qui « ne sont pas du tout intégristes »[85].

Un « catholicisme d'identité »

Pour Yann Raison du Cleuziou, la « communauté est conservatrice mais pas traditionaliste. […] Ce n'est pas un catholicisme identitaire. »[14] Il la qualifie de « néoclassique »[86],[87],[n 2] à l'instar de la communauté Saint-Jean, catégorie à distinguer des mouvances traditionaliste (comme la fraternité saint Pierre) ou charismatique (comme la communauté de l'Emmanuel)[86]. Cette caractérisation est reprise dans La Vie[88], dans son livre Une contre-révolution catholique[89] et dans une étude sociologique sur le catholicisme contemporain de 2015[90].

Les mêmes communautés, Saint-Martin et Saint-Jean, sont présentées par le sociologue Josselin Tricou comme « restitutionnistes » et exemplaires du pôle d'identité du catholicisme français : elles promeuvent « une foi d’observances plus traditionnelles »[50] que celle des charismatiques et à l’instar desdits « catholiques de la Tradition »  ne se revendiquent pas du tout à la marge de l’Église romaine mais au contraire prétendent en incarner le centre, mais un centre novateur en proposant "des solutions traditionnelles aux besoins nouveaux" »[91],[n 3]. Le même auteur décrit la communauté Saint-Martin comme « une communauté cléricale de fondation récente et exemplaire du "pôle d’identité" du catholicisme français tel que l’a conceptualisé Philippe Portier. Cette exemplarité apparaît par un certain nombre de traits tels que la critique des « dérives » des années post-conciliaires, la lecture des textes du concile Vatican II selon une « herméneutique de la continuité » (Benoît XVI) opposée à l’« herméneutique de la rupture » qu’auraient adopté les « progressistes » postconciliaires, une fondation en rupture avec les structures interdiocésaines de formation jugées trop « molles », des pratiques restitutionnistes comme le port de la soutane ou l’usage liturgique du chant grégorien et du latin – mais dans le respect du rite Paul VI ordinaire, enfin l’affirmation d’incarner un catholicisme minoritaire « décomplexé » dont témoigne la présence assumée et publicisée de ses clercs et de ses séminaristes au sein de la mobilisation contre le projet de loi d’extension du mariage civil aux couples de même sexe »[49].

L'abbaye d'Évron vue du ciel.

Avec les charismatiques, les groupes restitutionnistes (Opus Dei, communauté Saint-Martin, communauté de Saint-Jean, Légionnaires du Christ, Foyers de Charité) forment, selon la politologue Magali Della Sudda, les réseaux du « catholicisme d'identité »[92], les catholiques d'identité étant définis comme ceux qui veulent restaurer « l’Église dans son statut traditionnel de guide de la cité »[93].

Pour Benoît Hopquin du quotidien Le Monde « ce mouvement fidèle au pape préconise, pour faire grossier, une affirmation des principes du christianisme dans le monde contemporain, une évangélisation franche, voire démonstrative, en plein espace public et non plus seulement dans l'intimité d'une chapelle. »[33].

Pour Jean-Louis Schlegel les membres de la communauté Saint-Martin « manifestent une identité heureuse, dans une forme ancienne »[2].

Le journaliste Timothée de Rauglaudre, qui a effectué en une enquête sur la communauté Saint-Martin en plusieurs volets pour le média Les Jours[94], estime que « leur caractéristique principale est d’être conservateur[s] sur le plan liturgique comme théologique » : leur fondateur, en devenant prêtre, avait l'idée « de lutter contre les dérives liées au concile Vatican II ». Il attribue le succès de la communauté à la « droitisation du paysage catholique, la crise des vocations et le besoin de prêtres dans les diocèses, ruraux notamment » ainsi qu'à l'attrait qu'elle exerce sur « des jeunes qui ont besoin de repères », pour la plupart « issus de la bourgeoisie conservatrice ». Le journaliste se dit en désaccord « avec l’étiquette donnée par d’autres médias généralistes, qui parlent de catholicisme "identitaire", voire "ultra-identitaire". »[95]

Un catholicisme identitaire ?

Pour Bernadette Sauvaget dans Libération, la communauté, « connue pour son catholicisme identitaire », est ultraconservatrice[96], et « symbolique de la dérive du catholicisme français, résistant de moins en moins aux sirènes de l’extrême droite »[97]. Selon la même journaliste, dans Témoignage chrétien, la communauté est le « fer de lance d’une restauration identitaire » : « Les Saint-Martin considèrent les catholiques comme une minorité menacée et sont hostiles à l'accueil des homosexuels dans l'Église, limitent la place des femmes, rejettent les débats autour du mariage des prêtres »[98].

Pour Marie Bordet dans Le Point, la communauté Saint-Martin « incarne un virage conservateur et identitaire ». Elle cite Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien, qui estime que « cette communauté ressemble à un gentil conservatoire des nostalgies. Mais derrière la façade joviale et folklorique de ces dons Camillo séduisants et sympas, il y a un fond très réactionnaire et une bataille d'identités qui se joue, notamment face à la religion musulmane »[42]. Louis-Hervé Guiny, ancien responsable de la maison de formation, est réputé proche de personnalités politiques classées très à droite comme Philippe de Villiers, Guillaume Peltier et Patrick Buisson[99],[100].

Le média luxembourgeois Reporter.lu présente également la communauté comme une organisation religieuse très droitière appartenant à la mouvance catholique identitaire[55],[56].

Critiques

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) indique en 2023 avoir reçu quatre saisines concernant la communauté Saint-Martin, « sans qu’il puisse y être relevé de dérives sectaires avérées. Ce constat n’équivaut pas à un certificat d’innocuité et la Miviludes reste vigilante à l’égard de tout élément significatif qui viendrait à être porté à sa connaissance »[14].

Selon un témoignage qu'a recueilli le journaliste Timothée de Rauglaudre, l'ancien modérateur de la communauté, Jean-Marie Le Gall, a envoyé dans les années 2000 quelques séminaristes, dénoncés par l'un d'entre eux comme homosexuels, suivre une thérapie de conversion auprès d'un prêtre ami, Tony Anatrella, depuis condamné par l'Église en 2018 et 2022 pour des attouchements sexuels commis dans le cadre de ces thérapies[n 4]. Timothée de Rauglaudre estime « qu'il n'y a pas de problème structurel profond dans la communauté. Il y a eu des abus. Mais ça n’a rien à voir avec ce qui s’est passé dans la communauté Saint-Jean par exemple. »[95].

Modérateurs généraux de la communauté

Évêques issus de la communauté

Quatre évêques ont été prêtres de la communauté Saint-Martin[3]:

Publications de la communauté

Publications de membres de la communauté

  • Paul Préaux :
    • Paul Préaux et Tiphaine Néron Bancel, La folle espérance, les Éditions du Cerf, (ISBN 978-2-204-16705-5).
    • Philippe Paré, Paul Préaux et autres, Coach et prêtres en dialogue: questions d'aujourd'hui, Éditions Nepsis-pare, (ISBN 978-2-490527-22-9)
    • Paul Préaux et Thierry Paillard, Les Prêtres, don du Christ pour l'humanité : Réflexions sur le sacerdoce en temps de crise, Artège Editions, , 248 p. (ISBN 979-1-0336-0999-5). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
    • Collectif et Paul Préaux (dir.), La liturgie, chemin vers Dieu, Communauté Saint-Martin, , 80 p..
  • Louis-Hervé Guiny :
    • Un chemin de liberté pour tous : le combat spirituel, Mame, (ISBN 978-2728933013)
    • Appelés à la joie: 20 questions que tout jeune doit se poser pour trouver sa vocation, Mame, (ISBN 978-2-7289-2469-1).
  • Bertrand Lesoing :
    • Le Noël de saint François, les Éditions du Cerf, (ISBN 978-2-204-15932-6)
    • Dernières nouvelles de l'au-delà: adressées à ceux qui ont perdu un être cher, les Éditions du Cerf, (ISBN 978-2-204-13517-7)
  • Pierre Doat :
  • François Moreau :
    • Théologie fondamentale, Artège Lethielleux, (ISBN 978-2249910357)
    • Guide de lecture des textes du concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, Artège, (ISBN 978-2360400843)

Voir aussi

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Bibliographie

  • Bruno Dumons (dir.) et Frédéric Gugelot (dir.), Catholicisme et Identité : Regards Croisés Sur le Catholicisme Français Contemporain (1980-2017), Paris, Karthala, , 332 p. (ISBN 978-2811118396).

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

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