Communion

sacrement chrétien From Wikipedia, the free encyclopedia

Dans le christianisme, la communion est un rite qui commémore, au cours d'un office religieux, la Cène, c'est-à-dire le dernier repas du Christ pris avec ses disciples, la veille au soir avant sa crucifixion. Le fidèle reçoit une hostie consacrée de la part du prêtre (chez les catholiques), du pain et du vin (chez les orthodoxes) ou un morceau de pain et une coupe de jus de raisin ou de vin (chez les protestants).

Saint Charles Borromée donnant la communion à saint Louis de Gonzague, tapisserie de l'église San Carlo al Corso (Milan). Photo Giovanni Dall'Orto.

L'office pendant lequel a lieu cette célébration se nomme messe chez les catholiques et les anglicans, voire chez certains luthériens, Divine Liturgie chez les orthodoxes et culte chez la grande majorité des protestants.

Le caractère mémoriel de l'Eucharistie (« Faites cela en mémoire de moi », 1 Co 11:24) est consensuel dans le christianisme. Les Églises divergent en revanche sur la modalité de la présence du Christ lors de la communion. Les catholiques et les orthodoxes croient en la transsubstantiation et en la présence réelle (matérielle et physique) de Jésus-Christ, les luthériens en la consubstantiation, les réformés en la présence spirituelle, tandis que d'autres protestants, notamment les évangéliques, tiennent la communion pour un acte purement symbolique destiné à renforcer la foi des participants.

Origine scripturaire

La Cène, iconostase du monastère de Kirillo-Belozersky, XVe siècle.

La Cène est relatée dans chacun des quatre évangiles canoniques : Marc, Matthieu, Luc et Jean. Toutefois, dans l’Évangile selon Jean, au début du chapitre 13, lors du repas pascal, le partage du pain et de la coupe n'est pas mentionné. Le repas est accompagné par le lavement des pieds (Jn 13:2-18).

Réception des espèces

Sous les deux espèces

En Orient, la communion sous les deux espèces a toujours eu lieu (on parle « d’espèces eucharistiques » pour désigner le pain et le vin, en utilisant une catégorie philosophique médiévale). Cette communion au sang du Christ a disparu peu à peu en Occident à partir du XIIe siècle[1] et fut finalement interdite par le concile de Constance en 1415, en réaction contre le mouvement hussite qui la pratiquait et la revendiquait.

Le pain et le vin d'une Cène baptiste.

Par la suite, les protestants ayant adopté la communion au pain et au vin[2], elle ne fut plus pratiquée dans l’Église catholique et la question n'y fut plus discutée jusqu’au concile Vatican II. Ce concile l’encourage dans certains cas (cf. Sacrosanctum Concilium no 55). Il n'existe plus de restriction dogmatique contre la communion sous les deux espèces. Les raisons d'une communion sous la seule espèce du pain sont essentiellement d’ordre pratique : la distribution sous les deux espèces nécessite un plus grand nombre d’auxiliaires.

Dans le catholicisme, les instructions à observer concernant l'Eucharistie sont récapitulées dans Redemptionis Sacramentum (19 mars 2004). Les conférences épiscopales et les évêques de chaque Église particulière ont une certaine latitude dans l'application de ces règles. Pour distribuer la communion sous les deux espèces, le prêtre peut donner l'hostie consacrée, soit en faisant boire le fidèle directement au calice, soit en trempant l’hostie dans le calice et en la donnant au fidèle « uniquement dans la bouche » (§ 103). Ce deuxième geste est désigné sous le nom d'intinction. L'usage courant pour la communion par intinction, bien que rejeté explicitement par Redemptionis Sacramentum (§ 104), est que le fidèle trempe lui-même l'hostie. Un troisième geste est possible mais non pratiqué en Occident, la communion à l'aide d'un « chalumeau » eucharistique (petit tuyau en métal faisant office de paille, parfois en or ou argent) ou d'une cuiller.

Sous une seule espèce

L'évêque catholique Václav Malý donnant la communion en l'église de Přerov nad Labem en République tchèque.

L'usage ancien est certainement celui d'une distribution de pain consacré, distribution faite par le prêtre ou le diacre, à l'image d'un repas. Les bribes d'informations rassemblées vont dans ce sens jusqu'au IIIe siècle.

À partir de la paix de l'Église (313), la liturgie devient plus publique et regroupe des assemblées plus larges.

Cyrille de Jérusalem (315-386), dans sa dernière Catéchèse mystagogique, explique comment l'hostie consacrée était saisie directement par la bouche dans la main droite, où elle avait été déposée[3].

« Lorsque tu t'avances, ne t'approche pas les mains grandes ouvertes, ni les doigts écartés ; mais avec ta main gauche, fais un trône pour la droite qui va recevoir le Roi. Reçois le corps du Christ dans le creux de ta main et réponds « amen ». Avec soin, sanctifie alors les yeux par le contact du corps sacré. Prends-le, veille à n'en rien perdre. En effet si tu en perdais une parcelle, ce serait comme si tu perdais l'un de tes membres ! Dis-moi, si on te donnait des paillettes d'or, est-ce que tu ne les garderais pas avec le plus grand soin, en veillant bien à ne pas en perdre, pour ne pas subir de dommage ! Ne dois-tu pas être plus attentif encore à ce qui est bien plus précieux que l'or et les pierres précieuses pour ne pas en laisser tomber une miette ? »

 Cyrille de Jérusalem, Cinquième Catéchèse mystagogique

La réception de l’hostie dans les mains des communiants est supprimée par crainte qu’ils en fassent un usage sacrilège, et aussi par sentiment de respect croissant[1]. Cette évolution se situerait vers le VIe siècle ou peu avant[4]. Après 800, sa réception dans la main n'est plus attestée que comme un privilège du clergé[5]. Le concile de 878 affirme qu’« à aucun laïc ou femme on ne mettra l’eucharistie dans les mains, mais seulement dans la bouche »[1].

Le , malgré une consultation de tous les évêques de l'Église latine, qui votent contre cette autorisation (567 placet vs. 1233 non placet), Paul VI autorise le "nouveau rite" de réception de la communion dans la main (tout en rappelant le maintien en vigueur de l'"usage traditionnel" de réception sur la langue)[6],[7].

Selon Redemptionis Sacramentum (2004), « tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège apostolique, on peut lui donner la sainte hostie »[8].

Débats théologiques

Lors des premiers siècles du christianisme, les Pères de l'Église demeurent divisés sur la nature de l'Eucharistie[9]. Certains, comme Ambroise de Milan, soutiennent sa dimension symbolique[réf. souhaitée]. D'autres considèrent que l'Eucharistie implique la transformation de l'essence des offrandes (mais non de leur apparence), mais se divisent entre tenants d'une forme de double essence (par exemple Faute de Riez dans son homélie sur le corps et le sang du Christ) et tenants d'une complète transformation de l'essence (Cyrille de Jérusalem, Athanase d'Alexandrie). La position d'Augustin d'Hippone est la présence réelle mystique, ou spirituelle, car, écrit-il, « le Christ est au ciel mais se rend présent spirituellement »[réf. nécessaire]. Cette dernière interprétation est reprise ultérieurement par Calvin.

Si les théologiens des Églises orientales se rapprochent de la position d'Athanase, dans les Églises d'Occident les points de vue se sont radicalisés jusqu'à devenir irréconciliables, en particulier lors de la Réforme protestante, de la Réforme radicale et de la Contre-Réforme catholique. D'une part l’Église catholique a souhaité faire adhérer l'ensemble des chrétiens à l'interprétation d'une complète transformation de l'essence des offrandes (la transsubstantiation), interprétation qui s'était généralisée au bas Moyen Âge et qui fut confirmée par le concile de Trente, et d'autre part les protestants ont produit plusieurs écoles qui se sont opposées entre elles. Pour autant il s'agit dès l'origine de débats sur les modalités de l'efficacité du sacrement et non d'une remise en cause de sa nécessité ou de son importance.

La diversité de ces mouvements théologiques a abouti à des scissions au sein du christianisme occidental, et notamment à l'anathème dirigé contre les luthériens (notamment le Décret sur la justification du concile de Trente, chap. 16, § 60) par l'Église romaine.

Catholicisme

La communion commémore et renouvelle le repas (la Cène) que Jésus a partagé avec ses disciples à Pâques, et est pour l'Église catholique la réception du corps et du sang Christ lui-même[10]. C'est au cours de la Cène, au soir du Jeudi saint, que Jésus a institué le sacrement de l'Eucharistie.

Dans le déroulement de la messe, la communion se situe à la fin de la 3e partie (la liturgie eucharistique). Elle correspond au moment où le ministre de l'eucharistie donne au fidèle une hostie consacrée (avec éventuellement, selon les habitudes, le vin consacré).

Normes de distribution et de réception

L'instruction Redemptionis Sacramentum (2004) précise les normes pratiques de réception de la communion par les fidèles. Ils doivent au préalable ne pas être « en état de péché grave » ou avoir recouru à la confession sacramentelle. Les fidèles doivent communier soit à genoux, soit debout avec le geste de respect préalable établi par la conférence des évêques du pays. L'instruction précise également[8] :

« Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège Apostolique, on peut lui donner la sainte hostie. »

La communion est donnée par les prêtres et les diacres. Des ministres extraordinaires peuvent les aider « seulement en cas de nécessité ». Redemptionis Sacramentum demande le maintien de l'usage du plateau de communion[8].

Durant le Triduum pascal

Les hosties consacrées le Jeudi saint (premier jour du Triduum pascal) au cours de la messe sont placées, ou réservées, au reposoir pour être utilisées le lendemain à l'office de la Passion. Au soir du Jeudi saint, le tabernacle est vidé et laissé ouvert, et la veilleuse rouge est éteinte. Les fidèles qui le désirent vont au reposoir pour un temps d’adoration qui peut aller d’une heure à une partie de la nuit. Entre le moment de la mort de Jésus sur la croix et sa Résurrection, fêtée le Samedi saint au soir et le dimanche de Pâques, la messe n'est pas célébrée avec la communion. Toutes les hosties utilisées pour Pâques doivent avoir été consacrées auparavant le Jeudi saint et placées ensuite dans le reposoir, avec éventuellement certaines d’entre-elles déposées sur l’autel dans un calice recouvert d’une patène mise à l’envers ou d'un voile de calice. À la fin de l'office du Jeudi saint, tous les autels, sauf celui qui est utilisé comme autel de repos, sont dépouillés. Le Saint-Sacrement reste dans ce lieu temporaire jusqu'à la partie de la communion de la messe des Présanctifiés (service liturgique du Vendredi saint).

Protestantisme

Culte avec Sainte Cène en l'église protestante Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg.

Dans les cultes protestants, où le plus important est la liturgie de la parole, la Cène se situe à la fin de l'office. La célébration du culte ne comprend pas systématiquement la célébration de la Cène.

Après l'exposé fait par Martin Luther de la théorie de la consubstantiation (transformation sacramentelle des offrandes avec coexistence de deux essences) sont venues les conceptions calviniennes (présence réelle de Jésus-Christ sous la modalité spirituelle) et zwingliennes (conception mémorielle et symbolique surtout défendue par son disciple Bullinger), puis les catholiques romains réaffirment dans les textes du concile de Trente la théorie de la transsubstantiation (transformation complète de l'essence des offrandes) issue du 4e concile de Latran (1215)[9].

Pour Jean Calvin, et à sa suite l'ensemble des réformés, presbytériens, congrégationnalistes, la croyance dans l'idée que les fidèles consommaient la chair de Jésus lors du rite de la sainte communion était blasphématoire. Cette position l’empêcha de s'entendre avec Luther et ses partisans. Sa compréhension des textes bibliques, c'est que la présence du Christ est bien réelle, mais qu'elle est spirituelle et non physique.

Bien que le christianisme évangélique embrasse une diversité de traditions théologiques, ses courants dominants tels que l’anabaptisme, le baptisme ou le pentecôtisme ont adopté la position de Zwingli. Cette approche tend donc à être majoritaire parmi les chrétiens évangéliques, pour qui la Sainte-Cène est alors vue comme une ordonnance, un souvenir du sacrifice de Jésus-Christ et une annonce de son retour[11],[12],[13]. La majorité des églises évangéliques utilisent du jus de raisin et un morceau de pain comme éléments de symbole [14],[15].

Intercommunion

L'Église catholique accepte que, dans certaines circonstances, de façon exceptionnelle et à certaines conditions, l'admission à l'Eucharistie soit autorisée ou même recommandée à des chrétiens d'autres Églises ou Communautés ecclésiales[16]. Ces circonstances sont définies par le canon 844 du Code de droit canonique de 1983 et par le canon 671 du Code des canons des Églises orientales.

Des efforts sont faits depuis les débuts de l’œcuménisme pour autoriser une intercommunion entre les chrétiens des différentes confessions, notamment dans la communauté de Taizé et au sein du Groupe des Dombes.

Notes et références

Voir aussi

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