Compère Guilleri
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Compère Guilleri est une chanson enfantine dont l'origine, assez floue, remonte à l'Ancien Régime.
Les frères Guilleri
La chanson reprend peut-être le nom des frères Guilleri[1],[2], nobles de Bretagne, soldats de l'armée de la Ligue catholique pendant la huitième guerre de Religion, sous les ordres du duc de Mercoeur, devenus bandits de grand chemin, après la soumission de leur chef à Henri IV en et la promulgation de l'édit de Nantes en avril, qui met fin aux guerres de Religion en France ; ils auraient un temps trouvé refuge au château de Guillerin en Campénéac (un château désormais détruit car inclus dans le périmètre du camp de Coëtquidan)[3].
La paix a pour effet de démobiliser la plupart des soldats engagés, sauf ceux de l'armée royale et les troupes autorisées par l'édit de Nantes[4]. Certains hommes d'armes éprouvent des difficultés à revenir à la vie civile et continuent d'utiliser la violence, mais pour leur propre compte.
Les frères Guilleri constituent ainsi une bande de brigands qui, pendant dix ans, pille les campagnes françaises dans les provinces de Bretagne, de Poitou, de Saintonge et de Guyenne. Ils sont faits prisonniers en 1608, condamnés à mort et roués vifs à Saintes.
Adéquation de la chanson à l'histoire des frères Guilleri
Mais le « compère Guilleri » de la chanson n'est pas présenté comme un criminel (contrairement par exemple à la Complainte de Mandrin) : il s'agit d'un chasseur qui se blesse au cours d'une partie de chasse à la perdrix et est soigné par les dames de l'hôpital le plus proche. Il est à noter que la « chasse au perdrix » est une métaphore évoquant les armoiries des Seigneurs de l'Aunis, une des régions où sévissaient les frères Guilleri : « de gueules à une perdrix couronnée d'or ».
Dans l'ensemble, les paroles ont un aspect humoristique (le chasseur est un peu ridicule). Une phrase a cependant une dimension tragique : « Te lai[sse]ras-tu mouri[r] ? ».
Autre origine possible
Une autre interprétation repose sur le fait qu'en vieux français, « guilleri » désignait le chant du moineau, par métonymie, le moineau lui-même[5], et par métaphore le sexe masculin. C'est ainsi que le dauphin Louis, fils d'Henri IV, enfant, désignait son sexe, affirmant même qu'il y avait « un os dedans »[6].
Dans ce cas, la « chasse aux perdrix » pourrait peut-être être envisagée comme une métaphore de la recherche de compagnie féminine, avec le risque de devoir ensuite aller à l'hôpital se faire soigner.
Paroles
Il était un p'tit homme
Il s'en fut à la chasse
Il monta sur un arbre
La branche vint à rompre |
Il se cassa la jambe
Les dam's de l'hôpital
L'une apporte un emplâtre
On lui banda la jambe
Pour remercier ces dames |
Notes sur la langue de la chanson :
- « mouri », « couri » au lieu de « mourir » et « courir » (prononciation populaire de l'époque) ;
- « Te lairas-tu » pour « Te laisseras-tu » (forme populaire concurrente du futur simple de l'indicatif, et du conditionnel, cf. https://fr.wiktionary.org/wiki/lairrer) ;
- « tombit », « embrassit » au lieu de « tomba », « embrassa ».
Musique
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e d16 c b8 d
d c16 b a8 c
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\addlyrics {
\lyricmode {
Il é -- tait un p’tit hom -- me
Qui s’appe -- lait Gui -- lle -- ri Ca -- ra -- bi.
Il s’en fut à la cha -- sse,
A la chasse aux per -- drix,
Ca -- ra -- bi, Ti -- ti, Ca -- ra -- bi, To -- to,
Ca -- ra -- bo, Com -- pè -- re Gui -- lle -- ri.
Te lai ’sra- tu, te lai ’sra- tu, te lai ’sra- tu mou -- ri_?
}
}](http://upload.wikimedia.org/score/g/x/gx86sdogepvomtxs5w7iahludku24gt/gx86sdog.png)
Postérité
La chanson est utilisée dans les films
- Jeux interdits de René Clément (1952) : la petite fille, Paulette (Brigitte Fossey), la chante pour se donner du courage alors qu'elle marche dans la nuit avec son copain Michel (Georges Poujouly).
- Les Choristes de Christophe Barratier (2004) : les jeunes choristes la chantent à l'internat.