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Le comté d'Herbauges est une principauté[1] créée par Louis le Pieux[2] à partir des pagi d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges[2], alors situés à l'ouest du comté du Poitou (Bas-Poitou, actuelle Vendée) afin de lutter efficacement contre la menace normande et l'avancée bretonne. Les comtes d'Herbauges étaient originaires d'Aquitaine[1] mais exerçaient aussi leur souveraineté sur Nantes et son comté avant que ceux-ci ne passent sous domination bretonne au milieu du IXesiècle[3].
Le comté d'Herbauges était dirigé depuis le château d'Hério, situé sur l'île de Noirmoutier.
Michel Kervarec relève le toponyme «Herbonne», nom d'une île, cité dans un texte du XVIIesiècle sous la forme «Derbonne». Il l'interprète comme un composé Arb-onna (la rivière de Arb) et estime que ce préfixe Arb est aussi présent dans Herbauges, désignant à la fois un territoire au sud de la Loire et son chef-lieu de localisation incertaine[4].
La plus ancienne mention de Herbauges (territoire) se trouve dans Grégoire de Tours: «Vicus est in Erbatilico, nomine Becciacum,...» («il y a un village en Herbauge, du nom de Bessay...»); Bessay se trouvant sur la rive sud du Lay, cela permet de situer la limite sud de l'Herbauge à la vallée (entière) du Lay, ce que confirme la présence du lieu-dit Ingrandes (commune de la Réorthe)[4].
Michel Kervarec analyse Erbatilicum comme dérivant de *Arb-basilica (la basilique de Arb). Considérant que des fouilles sous l'abbatiale de Saint-Philbert ont révélé une bâtisse du IIesiècle comportant une basilique, il estime que la ville d'Herbauges correspond à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (appelé anciennement Deas avant l'arrivée des moines de Noirmoutier au IXesiècle fuyant justement les raids vikings). Le nom Deas conserve la trace d'un ancien culte païen, voué à une divinité féminine, qui aurait localement le surnom de Arb, probablement personnification du lac de Grand-Lieu; cette divinité gauloise serait Belisama, assimilée par les Romains à Minerve[4].
Histoire
Le pays d'Herbauges et la cité d'Herbauges en Aquitaine
Les pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges (Herbatilicum, Teifalia et Medalgicum) apparaissent au Nord-Ouest du royaume d'Aquitaine.
Le pays d'Herbauges était un territoire situé à proximité de la côte atlantique, cité pour la première fois par Grégoire de Tours[5]. Le pays d'Herbauges était voisin de deux «pays» plus petits, le pays de Tiffauges et le pays des Mauges, situés plus à l'intérieur des terres, dans le bocage vendéen.
Sur la partie nord du pays d'Herbauges, il aurait existé une ville peuplée et riche: la cité d'Herbauges ou «Herbavilla». Cette ville légendaire aurait, selon un mythe local, été engloutie au VIesiècle dans le lac de Grand-Lieu sur ordre divin afin de punir ses habitants de leur péchés et de leur rejet de l'évangélisateur St-Martin-de-Vertou[6].
Les pays d'Herbauges, des Mauges et de Tiffauges étaient compris dans l'Aquitaine, mais sur une partie du plateau armoricain.
Plateau armoricain située au sud de la Loire, la partie occidentale du Poitou, (qui à l’époque s’étendait jusqu’à l’estuaire de la Loire), s’apparente essentiellement a un territoire granitique dont le relief est légèrement accidenté (collines vendéennes) et bocageux, ce qui le rend moins propice à l’agriculture que les grandes plaines fertiles du Haut Poitou. Le nom de «Bas» Poitou donné à cette partie du Poitou, s’explique d’ailleurs, non pour son altitude, mais pour son niveau de richesses, puisqu’il désignait un territoire de la province plus pauvre et considéré par les élites provinciales comme ayant une valeur inférieure à celui de la partie désignée comme «Haute»[10],[11].
Situé en périphérie de l’Aquitaine mais aussi du comté du Poitou et relativement éloignés du centre de commandement que constituait Poitiers, les pays d’Herbauges, de Tiffauges et des Mauges, ont connu une autonomisation progressive vis-à-vis du reste du Poitou au fil des siècles[12]. Cette différence se manifesta notamment lors de la période des raids vikings.
En effet, en 820, les Vikings menacent Noirmoutier, brûlent le prieuré de Beauvoir, prennent et pillent l'île de Bouin[13], font prisonniers ses habitants et repartent pour leur pays, chargés du butin. Face à leurs razzias et aux menaces permanentes qu'ils font peser sur les populations du bas-Poitou, les seigneuries décident d'organiser la défense et la résistance à ces envahisseurs.
Les frontières du comté d'Herbauges reprenaient peu ou prou celles du territoire du peuple celte des Ambilatres probablement présent sur cet espace dans l'antiquité et liés au gaulois armoricains situés de l'autre coté de la Loire.
Pour protéger à la fois les îles menacées et le continent qui les avoisine, il est décidé la création du comté d'Herbauges, vaste possession militaire ayant pour chef-lieu Ratiatum (aujourd'hui Rezé)[réf.nécessaire], délimité vraisemblablement par la Loire au nord, la Sèvre nantaise, et le Layon à l'est, le Grand Lay au midi et, à l'ouest, par l'océan Atlantique.
Il comprenait un vaste pays s'étendant de la Loire au Lay: le pays d'Herbauges. Deux pagi moins considérables, Mauges et Tiffauges, se trouvent incorporés à ces limites.
Ce comté, nommé Herbauges, renfermait donc des forces militaires assez importantes, pouvant, à l'improviste, se porter sur des points menacés.
Renaud et les habitants de l’Herbauges durent livrer de nombreux combats contre les Normands puis contre les Bretons afin de défendre leurs terres.
En 830, les Vikings s'emparent de Noirmoutier, brûlent et détruisent le monastère. Renaud, ou Raynaud, comte d'Herbauges, reprend possession de Noirmoutier avec des forces considérables.[réf.nécessaire] En 834 des pirates de Scandinavie ravagent les côtes de la Frise[15].
En 835, les Normands se présentent face au port nommé «la Conque» avec neuf vaisseaux de haut bord portant, dans leurs flancs, une cavalerie nombreuse. Ils débarquent, mais la résistance courageuse de Renaud et des insulaires, qui se portent en foule aux remparts, a raison de la bravoure des Normands. Beaucoup de cavaliers et de fantassins normands sont tués[16]. Voulant venger cet échec, les Vikings reviennent quelques mois plus tard, avec des forces plus considérables, s'emparent de l'île de Noirmoutier, abandonnée par les moines et les habitants, et en font une sorte de quartier général où ils rapportent le butin de leurs expéditions.
Au début du IXesiècle, Nantes et son comté n'avaient pas encore été rattachés à la Bretagne mais faisaient partie intégrante du royaume des Francs, de l'empire Carolingien et étaient dirigés par des comtes Francs. Le comté de Nantes était un territoire clé de la Marche de Bretagne, dispositif défensif mis en œuvre par les Francs afin de contrer l'avancée des Bretons vers l'est. Différentes familles franques étaient alors en rivalité pour la possession de ce comté. Nantes exerçant une influence notable sur le comté d'Herbauges[17], Renaud d'Herbauges souhaitait probablement s'en emparer, mais ce comté était contrôlé depuis plusieurs décennies par la famille franque des Widonides dont Lambert II semblait être l'héritier naturel.
Toutefois la domination bretonne sur Nantes n'est pas encore définitive, puisqu'en 909, le roi de France donne le Comté de Nantes et le pays de Retz aux Ingelgeriens, durant le règne de Foulque Ier d'Anjou. De plus le comté de Nantes fût aussi occupé par les Vikings entre 919 et 937. Ce n'est qu'à la fin des années 930 qu'Alain Barbetorte, duc de Bretagne rattache ce territoire au duché de Bretagne.
Toutefois, les frontières du comté de Nantes ont été disputées entre la Bretagne et l'Anjou et le Poitou jusqu'au XIIIesiècle.
L'invasion et la destruction du comté d'Herbauges par les Vikings
Le reste du comté d'Herbauges, privé du pays de Retz et de l'accès à l'estuaire de la Loire que ce territoire lui offrait, se retrouve dans une situation critique. Envahi et ravagé par les Vikings, il disparait à la fin du IXesiècle avec la mort du dernier comte d'Herbauges, Ragenold de Neustrie dit Raino[21].
Durant encore deux siècles, les Vikings commettent de nombreuses et dévastatrices expéditions sur le comté d'Herbauges et, au-delà, vers le cœur du Poitou et jusqu'en Aquitaine.
Ce n'est qu'au début du Xesiècle qu'Alain Barbetorte, Duc de Bretagne, à la tête d'une puissante armée, écrase les forces scandinaves[19]. Le comté d'Herbauges se couvre alors de donjons et forteresses.
Le rattachement des pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges au duché de Bretagne (942-1051)
Au début du Xesiècle, le duc de Bretagne, Alain Barbetorte libéra les pays des Mauges de Tiffauges et d'Herbauges des Vikings, qui avaient occupé et dévasté ces espaces[19] laissés sans réelle administration depuis la chute du dernier Comte d'Herbauges.
Les pays des Mauges, de Tiffauges et d'Herbauges passèrent ainsi, de fait, sous contrôle breton et furent rattachés au comté de Nantes, qui faisait alors partie intégrante du duché de Bretagne depuis sa reconquête par Alain Barbetorte sur les Normands quelques années auparavant.
Cette intégration à la Bretagne fut officialisée par un accord signé en 942 entre Alain Barbetorte, duc de Bretagne et Guillaume III d'Aquitaine dit Tête d'Etoupes[19].
Cet accord fut renouvelé en 983 par un contrat entre le comte de Poitiers, Guillaume Fier-à-bras et le comte de Nantes, Guérech[19].
Après cet accord, le fleuve Lay, au sud[22], et la rivière Layon, à l'est, devinrent les nouvelles frontières méridionale et orientale du comté de Nantes et du duché de Bretagne. Ainsi à cette époque, la majeure partie de l'actuelle Vendée et des Mauges faisait partie intégrante du comté de Nantes et de la Bretagne.
Grâce à la protection et à la mise en valeur des pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges par les Bretons, ces terres furent repeuplées.
La stabilisation de la frontière « Bretagne-Poitou-Anjou »
Le recul de la frontière bretonne à hauteur du marais breton
À la fin du Xesiècle et au début du XIesiècle, les comtés voisins du comté de Nantes: l'Anjou et le Poitou, tentèrent de reprendre possession de ces terres[19] dont la situation économique était désormais beaucoup plus intéressante.
Le comté d'Anjou étendit son territoire sur le pays des Mauges et sur une grande partie du pays de Tiffauges[22].
Le comté du Poitou annexa, quant à lui, le Sud du pays d'Herbauges, puis l'essentiel des pays d'Herbauges et de Tiffauges.
Afin de stabiliser les nouvelles frontières, une région de marche, au statut spécial, fût progressivement créée.
La frontière bretonne, alors située au niveau du Pertuis Breton remonta jusqu'au niveau de la baie de Bourgneuf, qui en devenant la nouvelle frontière méridionale de la Bretagne pris le nom de baie de Bretagne. Une fois partiellement asséché cet espace devint le Marais breton.
Ainsi le tracé de la frontière sud de la Bretagne repris à peu près celui de l'époque des rois Erispoë et Salomon.
Ce n'est que vers le milieu du XIesiècle que la frontière entre la Bretagne, le Poitou et l'Anjou connu une certaine stabilisation[22]. Après la révolution les frontières des départements de la Loire Atlantique, de la Vendée, et du Maine et Loire reprirent d'ailleurs peu ou prou le tracé des frontières de ces trois anciennes provinces[22].
Notes et références
123456Cédric Janneau. Le Bas-Poitou du Xe au milieu du XIIIesiècle: organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société. Thèse d'histoire médiévale. Poitiers: Université de Poitiers, 2006. 1698 p.
123Véron Teddy, L'intégration des Mauges à l'Anjou au XIesiècle, Limoges, Cahiers de l'Institut d'anthropologie juridique; 15, , 1 vol. (403 p.) (lire en ligne), p.29
↑Jean-Pascal Hamida, «Légende de Loire-Atlantique (3). L’avenir de Nantes dépend de celui de la cité engloutie d’Herbauges», Ouest-France, Presse Océan, (lire en ligne)
↑Michel Rouche, 1976 L'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes, 418-781: naissance d'une nation. Paris, cité par CHAUVET Alain. L'Armorique: essai de géographie régionale. In: Norois, no127, Juillet-Septembre 1985. pp. 345-364; p.347
↑René Musset, Le Bas-Maine, étude géographique, 1917
↑Déprez.E., «Un pays de Bocage du massif Armoricain: Le Bas-Maine, à propos du récent ouvrage de M. Musset», Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest 34-2, , pp. 143-167
↑Cédric Janneau. Le Bas-Poitou du Xeau milieu duXIIIesiècle: organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société.Thèse d'histoire médiévale. Poitiers: Université de Poitiers, 2006. 1698 p. «Une principauté éphémère» p. 198
12Mabille Émile., «Les Invasions normandes dans la Loire et les pérégrinations du corps de saint Martin [premier article]», tome 30, , p.469
↑Cédric Janneau, Le Bas-Poitou du Xe au milieu du XIIIesiècle: organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société. Thèse d'histoire médiévale. Poitiers: Université de Poitiers, 2006. 1698 p. «La principauté maritime de Renaud» p.200
12[Bury et al. 1922] (en) John Bagnell Bury, The Cambridge medieval history [«Histoire médiévale de Cambridge»], vol.3: Germany and the western empire, Cambridge, éd. Cambridge University, , 700p., sur archive.org (lire en ligne), p.20.
↑Ermentaire, Miracula, livre II, XI, 1999, p. 137-138
↑Isabelle Cartron, «Chapitre II. La place du monastère sur l’échiquier politique», dans Les pérégrinations de Saint-Philibert: Genèse d’un réseau monastique dans la société carolingienne, Presses universitaires de Rennes, coll.«Histoire», (ISBN978-2-7535-6701-6, lire en ligne), p.61–89
↑Hubert Guillotel, L'action de Charles le Chauve vis-à-vis de la Bretagne de 843 à 851, Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, , 32p. (lire en ligne), p.7
123456J-B Joseph Aubert et Joseph Boutin, Le Vieux Tiffauges, SITOL-GUIBERT, , 120p. (lire en ligne), Histoire p.7-8
12J-P Brunterch, L'extension du ressort politique, p.129
1234Noël Yves Tonnerre, «Quelques observations sur les relations Nord-Sud dans l'histoire de Nantes», Cahiers du Centre Nantais de Recherche pour l’Aménagement régional no33-34, , p.49-54
Annexes
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
[Kervarec 1999] Michel Kervarec, Association Nantes-histoire, Chemins d'historiens, mélanges pour Robert Durand, Rennes, éd. Apogée, , 191p. (ISBN2-84398-052-6, présentation en ligne), p.64.