Le comté de Porcien est un découpage apparu en Champagne lors de l'émergence de la féodalité, et qui tendait à sauvegarder l’intégrité territoriale d'un ancien pagus de l'époque carolingienne.
Le terme de porcien, variante orthographique de portien, correspond au pagus Portuensis, pagus Portensis, pagus Porcensis, territorium Portense, en raison du portus (du passage) sur l'Aisne utilisé par la voie romaine menant de Reims à Cologne[1].
Historique
Les pagi étaient un découpage administratif hérité de l'Empire romain. Les empereurs carolingiens avaient placés à la tête de chaque pagi un fonctionnaire royal, appelé comte, nommé et révoqué par le souverain, une charge théoriquement non héréditaire[2]. La champagne était divisée en plusieurs pagus: Flodoard cite le Dormois, le Voncois, le Stadunensis, le Châlonnois, l'Omois, le Laonnois, le Valois, le Porcien, le Tardenois, et le Soissonnois[3].
Le pagus de Portus est cité dans le testament de St-Remy. De nombreux territoires y appartiennent à l'Église de Reims, à la suite de ce testament. Lors du Traité de Verdun en 843, le pagus portuensis est placé sous l'autorité de Charles le Chauve. Il devient dès lors un comté-frontière. Le Porcien et ses comtes endossent, de fait, le rôle de défenseurs du royaume contre le puissant voisin Lotharingien et surtout Germanique. Les décennies qui précèdent l'An mille sont marquées par des tensions politiques, liées au conflit entre Carolingiens et les Grands de la Francie, la lutte autour du siège archiépiscopal de Reims, et l'avènement en Germanie de la dynastie des Ottoniens qui ambitionnent, avec le Saint-Empire romain germanique, de reconstituer sous leur houlette l'ex-empire Carolingien (découpé en 843)[2]. Dans cette région, la force de la maison d’Ardenne, membre important de l’aristocratie lotharingienne, freine les tentatives d’émancipation des seigneurs féodaux dans plusieurs pagi de Champagne. Les comtes féodaux ardennais n’apparaissent qu’après l’an Mille. En Porcien, le lignage d'Etienne de Porcien puis de Roger de Porcien s'emploie à sauvegarder l’intégrité territoriale de l'ancien pagus. Aucun seigneur implanté dans ce pagus ne cherche à usurper le titre de comte: la concurrence vient davantage des comtés et seigneuries périphériques qui cherchent à annexer des territoires[2].
↑Octave Guelliot, Géographie traditionnelle et populaire du département des Ardennes, Librairie Emile Nourry, , 410p., «Divisions féodales et ecclésiastiques»
123Pascal Sabourin, «Seigneurie, monastère et peuplement aux XIe et XIIe dans la région ardennaise: un état de la question», Revue Historique Ardennaise, t.XXVII, , p.35-66
12Philippe Seydoux, Gentilhommières et Maisons fortes en Champagne: Marne et Ardennes, t.1, Paris, Éditions de La Morande, , 320p. (ISBN2-902091-30-3), p.98