Conepatus humboldtii
espèce de mammifères
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Conépate de Patagonie, Mouffette de Humboldt, Moufette de Patagonie
Répartition géographique
Statut CITES
- Conepatus chinga chinga (Molina, 1782) (Synonyme junior) [1]
- Conepatus Humboldtii J. E. Gray, 1837 (protonyme) [1]
- Viverra Conepatl J. E. Gray, 1837 [1]
- Mephitis patagonica H. Lichtenstein, 1838 [1]
- Mephitis Humboldtii d'Orbigny, 1844 [1]
- Mephitis Humboldtii d'Orbigny, 1845 [1]
- Mephitis castaneus d'Orbigny & P. Gervais, 1847 [1]
- Conepatus nasutus Var. 2. humboldtii J. E. Gray, 1865 [1]
- Mephitis patachonica Burmeister, 1869 [1]
- Gulo mapurito Coues, 1877 [1]
- Conepatus humboldti Matschie, 1898 [1]
- Conepatus chinga Wolffsohn & C. E. Porter, 1908 [1]
- Conepatus suffocans J. A. Allen, 1916 [1]
- Conepatus proteus gaucho O. Thomas, 1927 [1]
- Conepatus castaneus Corbet & J. E. Hill, 1980 [1]
- Conepatus humboldtii castaneus Wozencraft, 2005 [1]
- Conepatus humboldtii humboldtii Wozencraft, 2005 [1]
- Conepatus humboldtii proteus Wozencraft, 2005 [1]
Conepatus humboldtii, la Mouffette de Humboldt, également connue sous le nom de Conépate ou Moufette de Patagonie, est un mammifère carnivore de la famille des Mephitidae.
Sur le plan taxinomique, ce Conépate (Méphitiné du genre Conepatus) est considéré comme une espèce valide selon le système ITIS ()[2], mais les révisions génétiques et morphologiques récentes tendent à l'inclure au sein du taxon élargi du Chinga (Conepatus chinga) vivant au Brésil et en Argentine.
Dénominations
Taxonomie
Histoire taxonomique
La première description scientifique de la Moufette de Humboldt (Conepatus humboldtii) a été publiée en 1837 par le zoologiste britannique John Edward Gray dans le périodique The Magazine of Natural History[6]. Pour établir cette nouvelle espèce, Gray s'est appuyé sur des spécimens collectés dans la région du détroit de Magellan et déposés dans les collections du British Museum[6]. Le naturaliste l'a caractérisée par un pelage noir doté d'une large bande blanche s'étendant sur chaque flanc du dos pour s'unir au niveau de la couronne de la tête, ainsi que par une queue blanche subcylindrique et très touffue parsemée de poils plus courts à pointe noire[6]. L'épithète spécifique humboldtii a été choisie en hommage au naturaliste allemand Alexander von Humboldt.
Taxonomie actuelle
Pendant plus d'un siècle, le Chinga (Conepatus chinga) et la Moufette de Humboldt (Conepatus humboldtii) ont été considérés comme distincts sur la base de critères externes superficiels (taille, coloration et motifs du pelage) et d'études phylogénétiques à échantillonnage restreint qui les plaçaient sur des clades séparés[7]. Cependant, une révision systématique majeure publiée en 2013 par Mauro I. Schiaffini et son équipe a réévalué leur statut en analysant un échantillon massif de 350 spécimens (crânes, peaux et tissus génétiques) couvrant l'Argentine, l'Uruguay et le Chili, notamment leur zone de transition en Patagonie septentrionale[7].
Les analyses morphologiques et moléculaires combinées ont invalidé les anciens critères diagnostiques. L'examen par morphométrie géométrique des crânes et des mandibules a révélé un chevauchement complet entre les deux taxons, montrant que les variations anatomiques s'expliquent par une logique environnementale clinale (liée à l'aridité et aux précipitations affectant le régime alimentaire) plutôt que taxinomique. De plus, les motifs du pelage se sont révélés hautement instables au sein d'une même population. Sur le plan génétique, l'analyse de l'ADN mitochondrial (gènes cytochrome b et COI) a mis en évidence des distances moléculaires très faibles et la paraphylie de C. chinga, dans laquelle s'imbriquent totalement les populations de C. humboldtii. En l'absence de barrières morphologiques ou moléculaires, l'étude conclut qu'ils forment une seule espèce.
En vertu du principe de priorité, Conepatus chinga (Molina, 1782) demeure le seul nom valide, rétrogradant C. humboldtii au rang de synonyme junior ; une fusion désormais enregistrée en 2021 par l’American Society of Mammalogists dans son Mammal Diversity Database ()[8]. Cependant, la séparation en deux taxons spécifiques reste d’actualité selon la mise à jour pour ITIS ()[2].
Phylogénie
Phylogénie des Méphitinés basée sur le superarbre de Nyakatura & Bininda-Emonds (2012)[9], modifié au niveau du genre Conepatus pour positionner la Moufette de Humboldt sur une branche adjacente au Cinghe, conformément aux affinités génétiques discutées par Schiaffini et al. (2013)[7] :
| Mephitinae |
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Description
Le conépate de Patagonie est un méphitidé de taille relativement petite et trapu. Il mesure entre 30 et 60 centimètres de long (corps et tête) pour une queue de 15 à 21 centimètres, avec un poids variant de 1,1 à 4,5 kilogrammes[10].
Son pelage est principalement noir ou brun-bordeaux. Il arbore deux larges bandes blanches symétriques s'étendent du sommet de la tête jusqu'à la queue, cette dernière étant presque intégralement blanche. À l'instar d'autres conépates, il présente une face totalement noire dépourvue de lignes blanches, ainsi qu'un groin allongé et nu particulièrement adapté pour fouiller le sol. Ses membres antérieurs sont forts et pourvus de longues griffes fouisseuses[11].
Écologie et comportement
Alimentation
Cette moufette possède un régime omnivore à forte dominance insectivore. Elle se nourrit principalement d'invertébrés terrestres (coléoptères, sauterelles et criquets) qu'elle débusque en retournant la terre. Ses dents carnassières, notamment ses molaires inférieures, ont évolué pour acquérir une fonction de broyage adaptée aux carapaces épaisses des insectes ou à la consommation de fruits, montrant une convergence évolutive avec le Chilla (Lycalopex griseus). Pendant la saison hivernale, lorsque les insectes se font plus rares, elle diversifie son alimentation en consommant des petits rongeurs, des oiseaux, des œufs ou des charognes[11].
Comportement et prédateurs
Animal solitaire et principalement crépusculaire, ce conépate adapte ses déplacements aux ressources disponibles. En hiver, il migre temporairement des steppes herbeuses ouvertes vers les zones arbustives, les forêts et les canyons rocheux pour s'abriter et chercher sa nourriture. Il s'établit pour se reposer dans des anfractuosités de rochers, des troncs creux ou des terriers creusés par d'autres animaux[11].
Bien qu'il possède des glandes anales capables de projeter un liquide fétide pour se défendre, il subit une forte prédation de la part des grands prédateurs de la région, un phénomène de prédation intraguilde. Ses principaux prédateurs incluent le Culpeo (Lycalopex culpaeus), le Chilla (Lycalopex griseus), le Chat de Geoffroy (Leopardus geoffroyi), le Colocolo (Leopardus colocolo) et le Puma (Puma concolor)[12].
Répartition et habitat
On rencontre traditionnellement ce conépate dans le sud de l'Amérique du Sud, depuis le nord-est de l'Argentine et du Paraguay jusqu'en Patagonie australe, au niveau du détroit de Magellan. Il s'agit du méphitidé dont l'aire de répartition s'étend le plus au sud, bien qu'il soit absent de l'archipel de la Terre de Feu[14]. Il fréquente principalement les steppes ouvertes, les prairies herbeuses, les zones de broussailles et les éboulis arides, à des altitudes généralement comprises entre 200 et 700 mètres[14].
Le Conépate de Patagonie et l'Homme
Menaces et conservation
L'espèce est globalement considérée en « préoccupation mineure » (LC) par l'UICN en raison de sa présence régulière et de la relative préservation de ses habitats sauvages[14]. Néanmoins, à l'échelle locale, elle souffre de la fragmentation de son environnement due au surpâturage et à l'exploitation agricole, ainsi que de la mortalité liée aux collisions avec les véhicules sur les axes routiers[15].
Chasse et commerce
Entre les années 1960 et 1980, le conépate de Patagonie a fait l'objet d'une chasse intensive visant le commerce international de sa fourrure[14]. Face au déclin de certaines populations, l'Argentine et le Chili ont interdit l'exportation de ses peaux en 1983. Actuellement, l'espèce est protégée par son inscription à l'Annexe II de la CITES depuis 1979, limitant et régulant strictement tout commerce international de l'animal ou de ses sous-produits[5].