Conférence de Kreuznach (7 octobre 1917)
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Conférence de Kreuznach () | ||||||||
Le Parkhotel Kurhaus, hôtel de luxe à Bad Kreuznach, siège du commandement suprême de l'Armée de terre allemande, du au . | ||||||||
| Type | Réunion stratégique | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Pays | Empire allemand | |||||||
| Localisation | Bad Kreuznach | |||||||
| Coordonnées | 49° 50′ 49″ nord, 7° 52′ 01″ est | |||||||
| Date | ||||||||
| Participant(s) | Guillaume II Georg Michaelis Richard von Kühlmann Paul von Hindenburg Erich Ludendorff |
|||||||
| Résultat | Définition d'un nouveau programme des buts de guerre. | |||||||
| ||||||||
| Géolocalisation sur la carte : Allemagne
| ||||||||
| modifier |
||||||||
La conférence de Kreuznach du est une réunion du gouvernement et de militaires allemands sous la présidence de l'empereur Guillaume II à Bad Kreuznach, alors siège de l’Oberste Heeresleitung, le commandement suprême de l'armée impériale allemande[a]. Cette rencontre est destinée à établir de nouveaux buts de guerre pour le Reich impérial[b] alors que la Première Guerre mondiale entre dans sa quatrième année. Au cours de cette conférence, le gouvernement allemand prépare également les négociations qui doivent avoir lieu avec l'Autriche-Hongrie à Vienne le , en élaborant une liste d'exigences que les négociateurs allemands comptent présenter à la double monarchie épuisée par le conflit.
Le Reich face à la Russie
La situation politique en Russie est longuement évoquée par Richard von Kühlmann, alors secrétaire d'État aux affaires étrangères, dans des échanges préalables à la conférence.
Reprenant les analyses de ses prédécesseurs Gottlieb von Jagow et Arthur Zimmermann, le secrétaire d'État perçoit la Russie comme une menace importante, même après avoir imposé une paix favorable à l'Empire allemand, ainsi que de larges cessions de territoires, traduction d'une victoire allemande sur le nouveau gouvernement russe issu de la révolution de Février, privé de toute capacité militaire en raison des désertions massives qui frappent l'armée russe depuis le mois de [1],[2].
Les frictions germano-austro-hongroises
La fin de l'été et l'automne 1917 constituent un nouveau moment dans les relations entre le Reich et la double monarchie : depuis quelques mois déjà, les Austro-Hongrois multiplient les tentatives pour mettre en place les conditions d'une paix de compromis entre les deux blocs d'alliance.
En effet, dès le mois d'août, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères, Ottokar Czernin, informe son homologue allemand, Richard von Kühlmann, de l'ouverture de pourparlers indirects entre la double monarchie et la France, incitant les Allemands à multiplier les initiatives visant à resserrer les liens unissant le Reich et l'empire des Habsbourg[3].
De plus, quelques jours avant cette réunion, lors d'un dîner de gala donné à Budapest par le ministre-président hongrois Sándor Wekerle, Ottokar Czernin rend public son souhait d'une paix « sans annexion ni indemnité », d'une paix blanche, à la grande fureur des Allemands[c],[4].
La note de paix du 1er août 1917

Engagés dans le conflit depuis près de trois années, les belligérants sont alors épuisés par une guerre qui se prolonge. Dans ce contexte, le pape Benoît XV publie au début du mois d' un appel au retour de la paix en Europe sur la base du statu quo ante bellum[5].
Dans cette note, Benoît XV lance un appel à la paix générale en Europe : cette note, en réalité rédigée par Eugenio Pacelli, nouveau nonce apostolique en Bavière[d], appelle les belligérants à ouvrir des négociations en vue du rétablissement de la paix, afin de notamment sauver la double monarchie austro-hongroise d'une dissolution qui se révèle tous les jours davantage plus proche[6],[7].
Cet appel, suscitant de nombreuses réserves parmi les catholiques, incite les responsables du Reich à formuler un nouveau programme des buts de guerre. Le , une réponse « simple » à la note pontificale est adressée au Vatican : celle-ci n'entre pas dans les détails des buts de guerre des membres de la Quadruplice[8].
Cependant, dès le , lors d'un conseil de la couronne allemande[e] convoqué pour la circonstance au château de Bellevue, à Berlin, les responsables politiques du Reich définissent précisément leurs objectifs en Belgique, pomme de discorde avec les Alliés. Sur la demande pressante du chancelier, Georg Michaelis, et du secrétaire d'État, Richard von Kühlmann, le Kaiser accepte de renoncer au littoral belge, avant de se raviser le lendemain, après avoir consulté les Dioscures[9].
Parallèlement à cette réponse officielle, les nationalistes et les pangermanistes multiplient les initiatives, renouant avec le Kulturkampf, visant à remettre en cause l'influence des catholiques sur la vie politique allemande : dans un contexte marqué par l'anniversaire de la publication par Luther des thèses de Wittemberg, point de départ de la Réforme protestante, les conservateurs du parti national[f] s'approprient la figure du réformateur saxon et l'érigent en symbole exclusivement allemand[10].
Participants

Réunie sous la présidence de l'empereur Guillaume, la Conférence de Kreuznach du constitue l'occasion d'une rencontre entre responsables civils et militaires du Reich.
Le chancelier du Reich, Georg Michaelis, partage la présidence de la conférence avec l'empereur. Il est assisté du secrétaire d'État aux affaires étrangères, Richard von Kühlmann[1].
Les deux principaux responsables du commandement allemand, les Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff[g], participent également à cette conférence[1].
Réaffirmation des buts de guerre allemands
Durant cette rencontre, les militaires exposent les objectifs qu'ils assignent à la guerre au terme de trois années de conflit, dans un mémorandum en 24 points ; ils se heurtent aux civils, fermes partisans de la dévolution de la couronne de Pologne à un archiduc Habsbourg[11],[12].
Les projets des militaires

Ce document fixe les nouvelles orientations que les militaires souhaitent voir mises en œuvre dans la poursuite des buts de guerre. Les Dioscures cherchent à établir les conditions de la victoire du Reich, aspirant ainsi à mettre la double monarchie sous une stricte tutelle du Reich pour une durée de vingt années, au sein d'une alliance militaire défensive et offensive dans le cadre de la constitution de la Mitteleuropa[13],[14].
De plus, les Dioscures souhaitent que la double monarchie se désintéresse de la Roumanie, en échange de la Pologne[15]. Les militaires allemands souhaitent également obliger l'Autriche-Hongrie à s'engager fermement à poursuivre sa participation dans le conflit jusqu'à la victoire du Reich[14].
Les Dioscures, notamment Erich Ludendorff, se montrent ainsi hostiles à toute politique visant à mettre en place une union douanière avec la double monarchie, trop affaiblie à leurs yeux pour permettre au Reich d'en tirer tous les bénéfices économiques escomptés. Ces hommes se montrent également hostiles à toute mise en place d'une politique garantissant le libre accès du Reich au marché mondial, privilégiant la mise en place de solutions visant à garantir pour l'Allemagne la mise en place d'une autarcie en Europe centrale, réorganisée au profit du Reich, ou à défaut, l'obtention d'accords de long terme avec les États voisins[16].
Compromis
Au terme d'un échange serré entre civils et militaire, le chancelier Michaelis parvient à un compromis entre les positions défendues par les Dioscures et celles prônées par le secrétaire d'État Richard von Kühlmann : les divergences portent plus sur la forme que doit prendre la prééminence allemande en Europe que sur son bien-fondé ou son extension géographique[17].
Ainsi, les militaires exposent les objectifs qu'ils assignent à la guerre au terme de trois années de conflit ; à cette occasion ils se heurtent aux civils, fermes partisans de la dévolution de la couronne de Pologne à un archiduc Habsbourg, mais parviennent à leur imposer leur projet d'annexion d'une large bande frontalière en Pologne[h],[11],[12],[17].
