Oberste Heeresleitung

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Les deux principaux chefs de l'OHL de 1916 à 1918 : Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, en 1917.

L’Oberste Heeresleitung (le « Commandement suprême de l'armée de Terre »), abrégé souvent en OHL, était l'échelon de commandement le plus haut de l'armée de terre allemande pendant la Première Guerre mondiale.

Dirigé théoriquement par l'empereur Guillaume II, il l'est en réalité par le chef de l'État-major général, poste auxquels se succèdent les généraux Moltke, puis Falkenhayn et enfin Hindenburg.

L'empereur

L'empereur est à la tête de l'OHL ; son entourage porte l'appellation de « Grand Quartier général de Sa Majesté l'empereur et roi » (Grosses Hauptquartier seiner Majestät des Kaisers und Königs), créé officiellement par un ordre du cabinet militaire de l'empereur le .

Traditionnellement, le commandant suprême de l'armée prussienne est le roi de Prusse ; ce principe est étendu lors de la fondation de l'Empire allemand en 1871, l'empereur allemand (Deutscher Kaiser) devenant le commandant suprême de la marine de guerre (la Kaiserliche Marine) et de l'armée allemande (la Deutsches Heer) regroupant sous ses ordres les différentes armées (prussienne, bavaroise, saxonne, wurtembourgeoise, badoise, hessoise, etc.). L'empereur personnifie l'unité de l'Empire et donc l'unité du commandement : le chef de l'État-major général et le chef de l'État-major de la marine sont nommés par lui et ne sont responsables que devant lui. De plus, entre les militaires et l'empereur, sont détachés un certain nombre d'officiers de liaison, chargés de soutenir le point de vue du Grand État-Major face à Guillaume II, le dernier d'entre eux, Alfred Niemann, est nommé le 3 août 1918[1].

De plus, la constitution fédérale du Reich assure à l'empereur le commandement nominal de l'armée impériale. De ce fait, l'OHL est placé sous ses ordres et travaille sous sa responsabilité[2].

L'empereur Guillaume II, bien qu'ayant pendant la Première Guerre mondiale le titre de « seigneur suprême de la guerre » (Oberste Kriegsherr), délègue cependant la totalité de la gestion militaire du conflit au généraux de l'OHL, ne prenant presque aucune décision opérative[N 1],[3]. il en est de même pour certains des commandants des différentes armées, des chefs prestigieux (notamment plusieurs princes des familles régnantes) efficacement secondés par leur chef d'état-major, comme l'explique l'empereur à son fils héritier : « Je t'ai confié le commandement de la 5e armée. Tu auras comme chef d'état-major le général von Knobelsdorf. Ce qu'il te conseillera, tu le feras »[N 2].

L'arrivée au commandement de l'OHL de Hindenburg, assisté de Ludendorff, remet en cause la réalité du rôle de l'empereur Guillaume II ; en effet, à partir du , date de la nomination de Hindenburg au poste de chef de l'État-Major général, l'empereur n'exerce plus qu'une autorité nominale sur l'armée impériale allemande[2].

Ne prenant pas part aux décisions strictement militaires, l'empereur participe, seul ou avec ses homologues des puissances centrales, à un certain nombre de conférences entre les militaires et les responsables politiques des puissances centrales ; y assistent l'empereur, ses conseillers militaires, le chancelier et d'autres personnalités gouvernementales, et parfois des responsables politiques des alliés du Reich. Au cours de ces conférences, des traités de coopération entre alliés sont signés, des offensives sont planifiées. En 1918, plusieurs se tiennent en présence ou hors la présence des monarques étrangers alliés au Reich, l'une des dernières, connue comme la seconde conférence de Spa, se déroulant le 14 août 1918 ; au cours de cette conférence, la défaite du Reich est actée par les responsables militaires du Reich[4].

État-major particulier

Au sein du quartier général, les plus proches collaborateurs de l'empereur forment son état-major particulier, composé de sa Maison militaire et de ses trois cabinets, institutions existant depuis le temps de paix.

La Maison militaire de l'empereur est composée de ses trois aides de camp généraux (Generaladjutant) Oskar von Chelius, Hans Georg von Plessen (qui est aussi le commandant du quartier général) et Moriz von Lyncker (qui est en même temps chef du cabinet militaire), de ses quatre officiers d'ordonnance, de plusieurs officiers adjoints et de ses deux médecins[5].

Les trois cabinets (Kabinett) de l'empereur sont celui des affaires militaires, celui de la marine et celui des affaires civiles. Le cabinet pour les affaires militaires (Militärkabinett) est un organe exécutif indépendant du ministère de la Guerre et de l'État-Major général composé de quatorze membres tous officiers ; son chef (Kabinettschef), le général Lyncker depuis 1908, présente à la signature de l'empereur les décisions (les « ordres supérieurs du cabinet » : Allerhöchste Kabinett Order, AKO) et les nominations aux commandements[6]. Le cabinet de la marine (Marinekabinett) est l'équivalent pour la marine de guerre (la Kaiserliche Marine), avec l'amiral Georg Alexander von Müller comme chef depuis 1906[7]. Le cabinet secret pour les affaires civiles (Geheimes Zivilkabinett) est composé de quinze membres chargés de donner des avis sur la politique intérieure et l'administration ; son chef depuis 1908 est Rudolf von Valentini[8].

Autres membres

Une partie du gouvernement allemand quitte Berlin à la mi- pour rester aux côtés de l'empereur :

S'y ajoutent les représentants des forces armées :

État-major général

Le véritable commandant

Le comte von Moltke, chef de l'état-major général en .

Si le commandant suprême théorique de l'armée est l'empereur, dans la pratique depuis la guerre austro-prussienne de 1866 c'est le chef du « Grand État-Major général » (le großer Generalstab, une institution fondée en 1808 dans le cadre des réformes prussiennes) qui donne les ordres au nom du Roi de Prusse. Ce principe est maintenu lors de la fondation de l'Empire allemand en 1871, le Grand État-Major général étendait son commandement aux troupes wurtembourgeoises, bavaroises, badoises ou hessoises (selon l'article 63 de la Constitution impériale). Son siège est à Berlin, sur la Königsplatz, dans un bâtiment de briques rouges, la Rotenhaus[10].

Le Grand État-Major général est indépendant des quatre ministères de la Guerre prussien, bavarois, saxon et wurtembergeois, et ne dépend pas du Reichstag ; de plus, le chef de l'État-Major (Generalstabschef) a un droit d'accès direct à l'empereur (Immediatvortrag[11]. Ses missions sont la formation des officiers d'état-major (reconnaissable à la bande rouge de leur pantalon) et l'étude des plans de déploiement, renouvelés tous les ans.

Depuis 1906, le chef du Grand État-Major général est Helmuth Johannes Ludwig von Moltke (surnommé « Moltke le Jeune ») ; il est le neveu de Helmuth Karl Bernhard von Moltke (dit « Moltke l'Aîné »), l'ancien chef de l'État-Major général pendant les guerres de 1866 contre l'Autriche et de 1870-1871 contre la France. Le , Moltke devient le « chef de l'État-Major général des armées en campagne », responsable de la concentration des troupes aux frontières puis des opérations. Pendant toute la mobilisation d'août 1914, le Grand État-Major est maintenu à Berlin, car il doit rester avec l'empereur. Une fois la concentration des troupes achevée, le commandement suprême s'installe le à Coblence ; de là, il donne l'ordre de passer à l'offensive.[réf. souhaitée]

Composition de l'état-major

Lors de la constitution de l'État-Major général au début de la mobilisation d'août 1914, Moltke est secondé par cinq sous-chef de l'état-major et par 262 officiers[12] répartis en seize sections[13]. Moltke n'exerce pas de contrôle direct sur la Kaiserliche Marine, qui dépend du Reichsmarineamt.

Les sections du Grand État-Major général sont réduites le au nombre de quatre[14] :

  • la section centrale (Zentral-Abteilung : gestion des courriers), confiée au colonel von Fabeck ;
  • la section des opérations (Operationsabteilung : préparation et organisation des unités, ainsi que l'élaboration et la diffusion des ordres), dirigée par le lieutenant-colonel Gerhard Tappen ;
  • la section des renseignements (Nachrichtenabteilung : informations sur les armées étrangères), commandée par le lieutenant-colonel Richard Hentsch, avec sous ses ordres la section III.b. (Geheime Nachrichtendienst des Heeres, ND : service secret d'espionnage et de contre-espionnage) du lieutenant-colonel Walter Nicolai ;
  • la section politique (Politische Abteilung) du lieutenant-colonel Wilhelm von Dommes.

S'y rajoutent différents services spécialisés :

  • l'intendance générale (Generalintendant des Feldheeres) du major-général Roderich von Schoeler ;
  • le commandement de l'artillerie à pied (General der Fußartillerie) du général Ludwig von Lauter (de) ;
  • le service des chemins de fer de campagne (Feldeisenbahnwesen) du lieutenant-colonel Wilhelm Grœner ;
  • le service de la télégraphie (Telegraphiewesen) du major-général William Balck ;
  • le service des munitions (Feldmunitionswesen) du lieutenant-général Ludwig Sieger ;
  • le service de santé de l'armée en campagne (Feldsanitätswesen) du médecin-général Otto von Schjerning (de)[I 1] ;
  • le service de la poste en campagne (Feldpostwesen) du Feldoberpostmeister Georg Domizlaff (de)[15].

Évolution de 1914 à 1919

La localisation et les dirigeants de l'OHL évoluent en fonction des combats.

De nombreux déménagements

Le siège de l'OHL à Kreuznach, du mois de janvier 1917 au mois de mars 1918, de nos jours.

L'armée allemande étant engagée sur deux fronts, l'OHL va donc se rapprocher alternativement de chacun de ceux-ci en fonction des opérations militaires : à l'ouest en 1914 (batailles des Frontières et de la Marne), à l'est en 1915 (offensive de Gorlice-Tarnów), de nouveau à l'ouest pour la première moitié de 1916 (bataille de Verdun) puis à l'est pour la seconde moitié de 1916, avec un retour définitif à l'ouest en 1917 (offensive du printemps 1918), pour finir par se replier en Allemagne en .

Moltke remplacé par Falkenhayn

À cause de l'état de santé de Moltke qui le force souvent à s'aliter, ses subordonnés prennent une partie importante des décisions de la fin d' au début de septembre, notamment les chefs de section Gerhard Tappen (section opérations), Richard Hentsch (section renseignement) et Wilhelm von Dommes (section politique), à tel point que des historiens ont parlé d'un « conseil de direction » le remplaçant[17]. Selon le major Hans Tieschowitz von Tieschowa (premier officier adjoint du chef de l'État-Major général), « Ces trois hommes furent ceux qui conduisirent effectivement les opérations jusqu'à la bataille de la Marne. À von Moltke, son état nerveux lui interdisait de travailler sérieusement »[N 3],[18].

L'empereur remplace Moltke le au soir par Erich von Falkenhayn (qui est alors le ministre de la Guerre du royaume de Prusse), officiellement pour des raisons médicales, mais dans le contexte de l'échec du plan allemand et de la défaite de la Marne.

Hindenburg et Ludendorff

L'empereur change une nouvelle fois de chef de l'État-Major général le , après la bataille de Verdun, nommant Paul von Hindenburg, assisté d'Erich Ludendorff (ce dernier ayant la fonction d'Ersten Generalquartiermeisters, « premier quartier-maître général »). Ce troisième OHL a pratiquement exercé une dictature militaire jusqu'à 1918.

Ces derniers parviennent au commandement suprême des armées du Reich auréolés du prestige de leurs victoires sur le front de l'Est ; le poste de responsable de l'OHL est alors confié à Hindenburg, tandis que l'autorité de Ludendorff est assurée par la création du poste de premier quartier-maître général[2].

L'OHL à la fin de la guerre

Sous la pression de Max de Bade, chancelier au sein d'un gouvernement initialement mis en place à la demande du grand quartier général[19], Ludendorff est renvoyé par l'empereur le 26 octobre 1918, mettant à sa place Wilhelm Grœner le (Hindenburg reste le chef jusqu'au ). Ce renvoi est le fruit de l'opposition du général à la demande de Woodrow Wilson, exigeant une capitulation sans conditions du Reich[19].

L'empereur abdique le , il est remplacé à la tête de l'État par le Conseil des commissaires du peuple, qui négocie avec le chef de l'Armée dans un contexte révolutionnaire le pacte Ebert–Groener.

Grœner démissionne le pour protester contre les licenciements massifs d'officiers ; il est remplacé par Hans von Seeckt, mais le Grand État-Major général est presque aussitôt supprimé en vertu de l'article 160 du traité de Versailles. Son rôle est partiellement repris pendant la république de Weimar par le Truppenamt (bureau des troupes) au sein du ministère de la Reichswehr, jusqu'à 1935.

La gestion du conflit par le haut commandement allemand

Notes et références

Voir aussi

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