Conservateur démocrate
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Dans la vie politique des États Unis, un démocrate conservateur est un membre du Parti démocrate dont les opinions sont plus conservatrices que celles de la plupart des démocrates actuels. Traditionnellement, les démocrates conservateurs sont élus dans les États du Sud, les zones rurales et les Grandes Plaines[1] Dans un sondage de 2024 9 % des démocrates s'identifiaient comme conservateurs[2].
Avant 1964, le Parti démocrate et le Parti républicain disposaient chacun d'ailes libérales, modérées et conservatrices très influentes. Durant cette période, les démocrates conservateurs formaient la moitié démocrate de la coalition conservatrice. La loi sur les droits civiques changea les rapports de forces au sein de l'électorat et plus tard au sein même du parti démocrate. Après 1964, le Parti démocrate a conservé son aile conservatrice jusque dans les années 1970, grâce à la politique de la machine urbaine. Au XXIe siècle, le nombre de démocrates conservateurs a diminué à mesure que le parti s'est d'avantage orienté à la gauche de la politique américaine, avec une baisse significative de l'identification conservatrice parmi les démocrates pendant le premier mandat de George W. Bush, entre 2002 et 2005, et pendant le second mandat de Barack Obama, entre 2014 et 2017[3],[4].
La coalition Blue Dog représente actuellement les démocrates centristes et conservateurs à la Chambre des représentants des États-Unis. Le groupe a historiquement eu une influence significative sur le parti au cours des années 1990 et 2000, bien que son influence sur le parti ait diminué depuis les années 2010 et notamment durant la présidence Obama. Actuellement elle représente 10 représentants des États Unis sur les 212 démocrates et les 435 de la chambre.
1876–1964 : Le Sud solide
Le « Sud solide » décrit le soutien électoral fiable des États du Sud des États-Unis aux candidats du Parti démocrate pendant près d'un siècle après la Reconstruction. À l'exception de 1928, lorsque le candidat catholique Al Smith s'est présenté sur la liste démocrate, les démocrates ont remporté une large victoire dans le Sud à chaque élection présidentielle de 1876 à 1964 (et même en 1928, le Sud divisé a fourni la majeure partie des voix électorales de Smith). La domination démocrate trouve son origine dans l'animosité de nombreux Sudistes envers le rôle du Parti républicain dans la guerre de Sécession et la Reconstruction qui était vue comme le parti du nord et des populations noires.
1874–1928 : Montée du populisme agraire
En 1896, William Jennings Bryan remporta l'investiture du Parti démocrate en favorisant l'argent plutôt que l'or et en dénonçant le système bancaire. Il disposait d'une base solide dans les États du Sud et dans ceux des Plaines, ainsi que dans les centres miniers d'argent des Rocheuses. Il était faible dans les zones urbaines et les communautés d'immigrants opposées à la prohibition[5]. Les démocrates conservateurs s'opposèrent à lui, notamment dans le Nord-Est, où les « démocrates de l'or » étaient les plus actifs. Ces « démocrates de l'or » étaient des partisans de Grover Cleveland, le héros des démocrates conservateurs. Ils formèrent le parti démocrate national et nommèrent John Palmer, ancien gouverneur de l'Illinois, à la présidence, et Simon Bolivar Buckner, ancien gouverneur du Kentucky, à la vice-présidence. Ils nommèrent également quelques autres candidats, dont William Breckinridge, au Congrès du Kentucky, mais ne remportèrent aucune élection. Bryan et ses partisans (incluant Woodrow Wilson) dominèrent généralement le parti. Cependant, les conservateurs nommèrent leur candidat en 1904 Alton B. Parker.
1932–1948 : Franklin D. Roosevelt et la coalition du New Deal
Les élections de 1932 ont entraîné un réalignement majeur dans l'affiliation politique. Franklin D. Roosevelt a forgé une coalition de syndicats, de libéraux, de catholiques, d'Afro-Américains et de Blancs du Sud. Le programme de Roosevelt pour atténuer la Grande Dépression mettait l'accent uniquement sur les questions économiques et était donc compatible avec les opinions de ceux qui soutenaient les programmes du New Deal mais étaient par ailleurs conservateurs. Parmi eux figuraient les Démocrates du Sud, qui constituaient un élément important de la coalition du New Deal de Roosevelt.
Les démocrates conservateurs s'opposèrent au New Deal, surtout après 1936. Parmi eux figuraient le sénateur Harry F. Byrd et sa puissante organisation d'État en Virginie, le sénateur Rush Holt Sr., le sénateur Josiah Bailey et le représentant Samuel B. Pettengill. L'American Liberty League fut fondée en 1934 pour s'opposer au New Deal. Elle était composée de riches hommes d'affaires et de démocrates conservateurs, dont l'ancien député Jouett Shouse du Kansas, l'ancien député de Virginie-Occidentale et candidat démocrate à la présidentielle de 1924, John W. Davis, et l'ancien gouverneur de New York et candidat démocrate à la présidentielle de 1928, Al Smith. En 1936, l'ancien secrétaire adjoint à la Guerre des États-Unis, Henry Skillman Breckinridge, se présenta contre Roosevelt à l'investiture démocrate à la présidence. John Nance Garner, du Texas, un sudiste conservateur, rompit avec Roosevelt en 1937 et se présenta contre lui à l'investiture démocrate à la présidentielle de 1940, mais perdit. En 1938, les démocrates conservateurs du Congrès, principalement du Sud, formèrent une coalition avec les républicains qui bloqua en grande partie la politique intérieure libérale jusqu'aux années 1960.
Néanmoins, une majorité des démocrates du Sud soutenaient la politique étrangère de Roosevelt puis celle de Truman.
Roosevelt a tenté de purger les démocrates les plus conservateurs dans de nombreux États en 1938. Il a notamment tenté de destituer ceux qui se présentaient à la réélection et qui avaient fait échouer son projet de remplir la Cour suprême en 1937. Il a échoué dans presque tous les cas, à l'exception d'un succès majeur en battant John J. O'Connor à Manhattan, un porte-parole des grandes entreprises.
Une autre source de dissidence conservatrice démocrate contre le New Deal provenait d'un groupe de journalistes qui se considéraient comme des libéraux classiques et des démocrates de la vieille école, et qui étaient opposés par principe aux grands programmes gouvernementaux ; parmi eux figuraient Albert Jay Nock et John T. Flynn, dont les opinions devinrent plus tard influentes dans le mouvement libertaire.
1948-1968 : Réaction ségrégationniste
La proclamation par le président Truman et Hubert Humphrey du soutien à un volet des droits civiques dans le programme du Parti démocrate de 1948 a conduit à une scission de 35 délégués du Mississippi et de l'Alabama. Ces délégations du Sud ont désigné leur propre Parti démocrate des droits des États, connu sous le nom de Dixiecrats, avec le gouverneur de Caroline du Sud Strom Thurmond en tête. Les Dixiecrats ont tenu leur convention à Birmingham où ils ont désigné Thurmond pour la présidence et Fielding Wright pour la vice-présidence. Les dirigeants des Dixiecrats ont œuvré pour que Thurmond-Wright soit déclaré ticket « officiel » du Parti démocrate dans les États du Sud[6]. Cet objectif fut réussi en Alabama, en Louisiane, au Mississippi et en Caroline du Sud ; dans les autres États, ils ont été contraints de se présenter comme ticket tiers. Preston Parks, élu grand électeur de Truman dans le Tennessee, vota toutefois pour le ticket Thurmond-Wright. Leander Perez a tenté de maintenir le Parti des droits des États en Louisiane après 1948 mais cela fut un échec.
Des candidats démocrates du Sud dissidents similaires, se présentant sur des plateformes de droits des États et de ségrégation, se poursuivront en 1956 (T. Coleman Andrews) et en 1960 (Harry F. Byrd). Aucun ne connaîtra autant de succès que la campagne de l'American Independent Party de George Wallace en 1968. Wallace s'était brièvement présenté aux primaires démocrates de 1964 contre Lyndon Johnson, mais s'était retiré prématurément. En 1968, il fonda le nouveau American Independent Party et reçut 13,5 % du vote populaire et 46 votes électoraux, remportant même plusieurs États du Sud. Le parti présentera des candidats à la présidence lors de plusieurs autres élections, y compris des démocrates du Sud (Lester Maddox en 1976 et John Rarick en 1980), mais aucun d'entre eux n'eut de succès comparable à Wallace en 1968.
1970–1999
Après 1968, la déségrégation étant une question réglée, les démocrates conservateurs majoritairement sudistes, parvinrent à se maintenir au Congrès tout au long des années 1970 et 1980. Parmi eux figuraient des députés démocrates aussi conservateurs que Larry McDonald. Sous l'administration de Ronald Reagan, le terme « charançons du cotonnier » fut appliqué à ce bloc de démocrates qui votèrent systématiquement en faveur des baisses d'impôts, de l'augmentation des dépenses militaires et de la déréglementation prônée par l'administration, mais s'opposèrent aux coupes dans les dépenses sociales.
Le "vote à deux voix" était courant chez les démocrates conservateurs du Sud dans les années 1970 et 1980. Ces électeurs soutenaient les démocrates conservateurs pour les élections locales, tout en votant pour les candidats républicains à la présidence. Par exemple, Kent Hance a battu le futur président George W. Bush aux élections de mi-mandat de 1978.
À la Chambre des représentants, après la révolution républicaine de 1994, la coalition Blue Dog a été formée par conservateurs et centristes du parti, prêts à négocier des compromis avec les dirigeants républicains qui ont agi comme un bloc de vote unifié dans le passé, donnant à ses membres une certaine capacité à modifier la législation, en fonction de leur nombre au Congrès.
Depuis les années 2000

Lors des élections de mi-mandat de 2006, le Parti démocrate a présenté des modérés et quelques démocrates conservateurs pour les sièges républicains à risque[7]. Les Blue Dog ont remporté neuf sièges lors des élections[8].
Lors de sa campagne de réélection en 2010, Walter Minnick, représentant du 1er district du Congrès de l'Idaho, a été soutenu par le Tea Party Express, un événement extrêmement rare pour un démocrate[9],[10]. Minnick a été le seul démocrate à recevoir une note de 100 % du Club for Growth, une organisation qui soutient généralement les républicains conservateurs[11]. Minnick a perdu contre Raúl Labrador, un républicain conservateur, lors des élections générales.
Au cours du 117e Congrès, alors que le Sénat était divisé à parts égales 50-50, le sénateur américain Joe Manchin de Virginie-Occidentale a exercé une influence énorme en tant que membre le plus conservateur du caucus démocrate du Sénat. Manchin[12],[13]. Après les élections de mi-mandat de 2022, la Blue Dog Coalition a été réduite à huit membres, le nombre le plus faible de son histoire[14]. Joe Manchin a quitté le Parti démocrate et s'est inscrit comme indépendant le [15].
Après l'élection présidentielle de 2024, le nombre de démocrates conservateurs a encore diminué, tant parmi les électeurs que parmi les élus démocrates[16]. Selon un sondage de 2025, le pourcentage de démocrates se déclarant conservateurs a atteint un niveau record de 9 %. Le pourcentage de républicains se déclarant conservateurs a également atteint un niveau record de 77 %[2].
Coalition Blue Dog
La coalition Blue Dog a été formée en 1995[17],[18],[19] pour donner aux membres du Parti démocrate représentant les districts à tendance conservatrice une voix unifiée après la perte du Congrès par les démocrates lors de la révolution républicaine de 1994.
L'expression « Blue Dog Democrat » est attribuée au représentant démocrate du Texas Pete Geren. Geren estimait que les membres avaient été « étranglés » par les démocrates de gauche[20]. Elle est liée à l'expression politique « Yellow Dog Democrat », une référence aux démocrates du Sud, réputés si loyaux qu'ils voteraient même pour un chien jaune avant de voter pour un républicain. Ce terme fait également référence aux peintures « Blue Dog » de l'artiste cajun George Rodrigue de Lafayette, en Louisiane[21],[22].
La coalition prone "une responsabilité budgétaire, une défense nationale forte et un consensus bipartisan plutôt qu'un conflit avec les Républicains ". Elle agit comme un contrepoids aux lois que ses membres perçoivent comme trop à droite ou à gauche sur l'échiquier politique[23]. La Blue Dog Coalition est souvent impliquée dans la recherche d'un compromis entre les positions libérales et conservatrices.
Idéologie et sondages
Historiquement, les démocrates du Sud étaient généralement beaucoup plus conservateurs que les démocrates conservateurs d'aujourd'hui et formaient la moitié démocrate de la coalition conservatrice[24]. Après la révolution républicaine de 1994, le Parti républicain a remporté la majorité des sièges à la Chambre des représentants des États-Unis dans le Sud pour la première fois depuis la Reconstruction, les démocrates conservateurs restants formant la coalition Blue Dog[25].
Les démocrates conservateurs sont généralement conservateurs sur le plan financier et sont souvent aussi conservateurs sur le plan social[24].
En 2019, le Pew Research Center a constaté que 14 % des électeurs démocrates et à tendance démocrate inscrits s’identifient comme conservateurs[26].