Corinne Gobin
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Corinne Gobin, née le à Seraing (Belgique), est une politologue belge, maîtresse de recherche au Fonds de la recherche scientifique (FNRS) et professeure à l'Université libre de Bruxelles (ULB). Elle est retraitée depuis le .
Corinne Gobin a été assistante de 1987 à 1997 à l'Institut d'Études européennes de l'Université libre de Bruxelles[1], dans la section de science politique, après avoir achevé en 1983 un parcours d'études en sciences politiques et relations internationales dans la même Université.
Elle obtient son doctorat en sciences politiques en 1996 avec une thèse intitulée : Consultation et concertation sociales à l'échelle de la Communauté économique européenne. Étude des positions et stratégies de la Confédération européenne des syndicats (1958-1991)[2].
Elle est nommée chercheuse qualifiée du FNRS en 1997 et est promue maîtresse de recherche du FNRS en 2007, effectuant ses travaux de recherches à l'ULB.
Elle y crée en 2000 un groupe de recherche spécialisé dans l'étude du discours politique, le GRAID[3] (Groupe de recherche Acteurs internationaux et Discours)[4], un des centres de recherche de l'Institut de Sociologie de l'ULB.
Elle enseigne un cours de méthode de statistique textuelle à appliquer sur des corpus de textes politiques et médiatiques[5] pour la Faculté des Lettres, Traduction et Communication et la Faculté de Philosophie et Sciences sociales de l'ULB.
Travaux
Ses travaux portent sur la manière dont se construit et se transforme un « imaginaire dominant » de gouvernement politique dans les sociétés humaines, dans la continuation de la pensée de Cornelius Castoriadis.
Pour ce faire, elle pratique l'analyse de discours, entre autres à travers l'analyse statistique de grands corpus de textes institutionnels chronologiques (lexicométrie, statistique textuelle).
Elle s'efforce de saisir comment, à travers les pratiques discursives, des organisations socio-politiques véhiculent certaines représentations du pouvoir politique, de la vie en société et des rapports entre gouvernants et gouvernés et comment certaines idées de gouvernement deviennent hégémoniques et/ou mythiques.
Elle a travaillé sur deux grands champs d'étude :
- l'apparition et le développement de l'eurosyndicalisme auprès des Autorités communautaires européennes. Elle a ainsi dépouillé dans le cadre de sa recherche doctorale les archives du Secrétariat syndical européen (1958-1972) et de la Confédération européenne des syndicats (1973-1991) afin d'analyser plus de trente ans de relations politiques entre eurosyndicalisme et pouvoir politique européen. Pierre Bourdieu[6] renvoie à ses travaux pour montrer l'effet de neutralisation qu'a eu l'imaginaire politique de « dialogue » et de « partenariat social » développé par la Commission européenne avec la présidence de Jacques Delors sur toute dynamique de contre-pouvoir syndical;
- la transformation des politiques sociales et des droits sociaux à rémunération (salaire, retraite...) dans le discours de la Commission européenne sous l'effet de la réalisation d'abord du marché intérieur de 1985, ensuite de l'Union économique et monétaire (UEM) de 1985 à 2013, ayant montré comme le rappellent François Denord[7] et Antoine Schwartz[8] que le « social » se transforme alors en « antisocial »[9].
Il ressort de l'ensemble de ces travaux la description et l'analyse des transformations radicales qui s'opèrent sur l'imaginaire démocratique, à travers les luttes sociales et syndicales, d'abord de façon progressiste avec le développement d'un imaginaire de l'État de service public (1945 -1975), ensuite dans une logique fortement régressive avec l'émergence et l'installation comme nouvelle hégémonie de l'imaginaire néo-libéral (1975-…), qui à l'échelon de l'Union européenne, se constitue à travers l'installation du régime politique de la nouvelle gouvernance. Ses derniers travaux ont porté sur les traits discursifs spécifiques du discours néo-libéral de l'Union européenne[10],[11]. Elle y explique les traits contre-démocratiques du discours politique prônant l'austérité[12].
Guy Hermet et Alain Supiot mettent avant le travail de Corinne Gobin sur le remplacement de réseaux de mots par d'autres afin de montrer le basculement d'un imaginaire démocratique à un imaginaire « techno-libéral » lié au développement de la gouvernance par l'Union européenne[13],[14],[15]
Maximos Aligisakis, dans Pouvoir et société en Europe : essai critique sur l'intégration européenne[16], présente à divers endroits du livre l'essentiel de ses thèses et résultats de recherche sur le régime de gouvernance européenne et son imaginaire politique particulier de gouvernance technocratique en tant que contre-projet politique à la démocratie, neutralisant toute possibilité de contre-pouvoir syndical , en renvoyant le lecteur à plusieurs de ses publications.Ses travaux portent sur la manière dont se construit et se transforme un « imaginaire dominant » dans les sociétés humaines[17]. Elle analyse pour cela l'évolution dans le temps des discours des grandes Organisations internationales. Elle s'efforce de saisir comment, à travers leurs discours, ces organisations véhiculent certaines représentations du pouvoir politique, de la vie en société et des rapports entre gouvernants et gouvernés[18].
Corinne Gobin a beaucoup travaillé sur l'histoire syndicale et sur l'histoire des politiques de l'Union européenne. Elle analyse notamment l'évolution du contenu des droits sociaux collectifs[19] et les transformations radicales de l'imaginaire démocratique qu'opèrent, d'abord en l'approfondissant la création de l'État social de service public (1945 -1975), ensuite dans une logique régressive l'émergence des politiques néolibérales[20].
L’ensemble de ses publications sont accessibles sur le site de la bibliothèque des sciences humaines de l’Université libre de Bruxelles (https://bib.ulb.be/).
Prises de position
Corinne Gobin se positionne publiquement en faveur de la déprofessionnalisation de la vie politique et l'accès du plus grand nombre à l'exercice de la délibération politique, éventuellement via des formes de tirage au sort.
Elle a pris également à plusieurs reprises position pour le respect du droit de grève[21].
