Corporation propriétaire

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Ugo Spirito vers 1930.

La Corporation propriétaire (en italien Corporazione proprietaria) est un concept proposé sous le fascisme italien par le philosophe Ugo Spirito. Elle consiste en une corporation, semblable à une guilde, qui prend possession de l'entreprise où travaillent ses membres. Ce système était présenté comme une troisième voie et un moyen de créer une collaboration de classe destinée à mettre fin au dualisme entre capital et travail par le transfert des moyens de production à la corporation composée des membres de l'entreprise.

La Corporation propriétaire est née d'une idée d'Ugo Spirito, exprimée pour la première fois lors de la IIe Convention sur les études syndicales et corporatives, tenue à Ferrare en  :

« Le fascisme et le corporatisme, je les ai vus avec la foi d’un révolutionnaire orienté vers une conception de caractère communiste qui eut son point culminant dans la proposition de la corporation propriétaire au congrès de Ferrare en 1932. De Bottai, j’attendais une collaboration explicite dans cette direction, même dans les limites d’une situation politique extrêmement difficile, dominée non seulement par les deux forces capitalistes, mais surtout par la culture libérale et conservatrice, par Croce et Einaudi. » (Ugo Spirito, Memorie di un inconsciente, Rusconi, Milan, 1977, p.190.)

donc le produit de la transformation d'une société à responsabilité limitée en société par actions, passant du statut juridique d'une société privée à celui d'une institution de droit public, pour forcer le capital à sortir du circuit de prise de décision pour être relégué au rôle passif et externe de la simple participation aux bénéfices.

Cette transformation entraînerait deux conséquences :

  • Le transfert du contrôle du capital des actionnaires, personnes imposables en termes de productivité et de travail, aux salariés de l'entreprise
  • Le transfert des moyens de production, et donc de la propriété de la société elle-même, à la société.

Dans cette perspective, le travailleur se transforme en un véritable protagoniste de l’entreprise dans laquelle, à égalité de droits, tous ceux qui exercent une activité productive sont membres et, selon les propres termes de Spirito, le capital passe des actionnaires aux travailleurs qui deviennent :

« Propriétaires de la corporation pour la part qui leur revient en fonction des différents degrés hiérarchiques. » (Ugo Spirito, Capitalismo e corporativismo, 1934.)

La proposition s'inscrivait donc d'une part dans la continuité de la conception fasciste de la collaboration de classes (par opposition à la lutte des classes marxiste et au libéralisme capitaliste), abolissant la distinction entre employeur et employé ; d'autre part, dans la promotion publiciste de la propriété, selon les principes de l'État éthique de Giovanni Gentile, envisageant l'épuisement progressif de la propriété privée au profit de l'exercice public de l'entreprise. Cette dernière conception était inhérente à la conception de Gentile du rapport entre l'individu et l'État, partageant une même entité, puisque l'État corporatif organise et discipline en son sein toute la vie de la société. De plus, la société à responsabilité limitée s'inscrit dans la conception idéologique du fascisme dans la sphère du travail et de l'économie en se référant à l'article VII de la Charte du travail :

« (…) l’organisation de l’entreprise est responsable de la direction de la production avant l’État (…) il est également juste que les techniciens, employés, ouvriers, qui sont appelés à réaliser un projet donné, soient considérés comme des collaborateurs actifs et intelligents, et qu’en découle une somme réciproque de devoirs et de droits. » (Arnaldo Mussolini, Commento alla Carta del Lavoro, Istituto Editoriale Scientifico, Milano, 1928.)

« (…) la solution logique apparaît être celle de la “corporation propriétaire” et des corporations qui participent à la corporation. C’est une solution qui, du moins sur le papier, résout les antinomies (…) elle unit le capital et le travail, supprime le système dualiste, fond l’entreprise et la corporation, et permet enfin une identification effective de la vie économique individuelle avec celle de l’État. » (Ugo Spirito, Individuo e Stato nell'economia corporativa, relazione al II Convegno di Studi sindacali e corporativi, Ferrara, maggio 1932[1].)

Avec la Corporation propriétaire, Spirito entendait créer l'un des outils capables de s'opposer et de gagner la lutte contre le marxisme et le capitalisme, donnant naissance à une « nation de producteurs » qui se discipline par le biais du système des sociétés, ce qui faisait coïncider l'intérêt individuel avec l'intérêt national et communautaire grâce à l'appartenance de tous les travailleurs eux-mêmes aux organes de l'entreprise.

Réceptions

Le concept reçut le soutien de Mussolini lui-même, qui l'adopta avec enthousiasme, affirmant qu'il « surmonte l'opposition entre l'économie libérale et l'économie socialiste ».

Au sein de la gauche fasciste, deux camps se formèrent. Certains partisans soutenaient le concept de Spirito, le considérant comme un prolongement cohérent du collaborationnisme de classe fasciste et percevant la collaboration de classe comme un moyen bénéfique aux intérêts de la nation. L'autre faction, en revanche, émettait des réserves, estimant que la lutte des classes, et non le collaborationnisme, était le véritable vecteur de la promotion des intérêts nationaux. Ce courant affirmait également que le concept annihilait de fait l'essence même du syndicalisme dans le cadre plus large du corporatisme.

Mise en œuvre

Après l’instauration de la République sociale italienne et la publication du Manifeste de Vérone, certains éléments de la société par actions furent mis en pratique par la promulgation d’un décret de socialisation (décret législatif du , n° 375). Ce décret, approuvé et signé par Benito Mussolini et plusieurs dignitaires fascistes, établit un cadre juridique et réglementaire complet visant à la socialisation de la direction. En vertu de ses dispositions, des conseils de gestion furent institués, composés de cadres, de techniciens et d’ouvriers[2].

Au cœur de cette approche figurait la participation de l'État et des entreprises à la gestion et à la planification stratégique des grandes et moyennes entreprises. L'objectif était de dépasser la division traditionnelle entre employés et direction et de promouvoir une collaboration harmonieuse entre ces acteurs.

Cependant, la mise en œuvre de ces mesures a été entravée par le contexte de guerre et d'occupation allemande. La réalisation du concept de société à responsabilité limitée est demeurée très restreinte, empêchant ainsi d'explorer pleinement ses impacts potentiels sur la structure économique et la participation des travailleurs.

Voir aussi

Notes et références

Bibliographie

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