Cosséens
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Les Cosséens (Κοσσαίοι en grec ancien) sont un peuple nomade vivant dans les montagnes du Zagros. Ils apparaissent aux yeux des auteurs grecs, principales sources d'information pour la connaissance de ce peuple, comme de féroces barbares. Reconnaissant la suzeraineté achéménide, ils demeurent cependant autonomes au sein de l'empire perse. Cette autonomie est garantie par le contrôle de défilés situés le long d'une des routes royales reliant Suse à Ecbatane. Une fois par an, les chefs cosséens rencontrent le grand roi et se font remettre des présents en échange du passage de la caravane royale dans la région et de la fourniture d'un contingent engagé dans l'armée perse. Ces rapports subtils sont remis en cause lors de la conquête de l'empire achéménide par Alexandre le Grand ; le conquérant et ses successeurs antigonides puis séleucides tentent d'intégrer les Cosséens dans les empires grecs qui exercent leur autorité sur la région : Alexandre y parvient en 323, Antigone échoue en 317. À la suite de cet échec, les Séleucides ne mènent aucune tentative sérieuse pour soumettre ce peuple, dont la dernière mention dans les sources remonte aux années 160.
Sources

Ce peuple demeure peu connu ; en effet, les sources antiques, qui évoquent son existence à partir de sa conquête par Alexandre le Grand, semblent avoir des Cosséens une connaissance lacunaire et limitée, chaque auteur mentionnant leur existence divergeant sur la région qu'ils habitent. Cependant, les rapports particuliers entretenus par les Cosséens avec le pouvoir achéménide, documentés, permettent de connaître l'existence de ce petit peuple, par ailleurs mal appréhendé par les historiens antiques et modernes[1],[2],[3],[4].
Les campagnes militaires hellénistiques fournissent également aux historiens antiques l'occasion de digressions sur ce peuple. Ainsi, Arrien les évoque longuement dans les chapitres consacrés aux campagnes d'Alexandre dans les montagnes du Louristan. Ces digressions ne donnent pas d'indications précises sur les Cosséens. Cependant, ces mêmes sources les présentent comme des montagnards peureux, guerriers impénitents mais prompts à la dérobade[1],[5],[6],[7].
Historiographie
À la suite de Vincenc Prasek, l'historiographie place les Cosséens parmi les Indo-européens. Cependant, comme le rappelle Pierre Briant sans plus de précision, cette interprétation est remise en cause depuis le début du XXe siècle, notamment en raison de l'existence d'une archerie d'élite[8].
Les opinions diffèrent concernant leurs liens avec les Kissiens. Daniel Potts énumère les différents avis. Certains, comme Carl Ferdinand Lehmann-Haupt et George Glenn Cameron, considèrent les Kissiens et les Cosséens comme deux peuples distincts. D'autres comme Friedrich Delitzsch et Adolf Billerbeck voient dans les deux noms des variantes d'un même ethnonyme, qui dérive de l'akkadien Kaššu ou Kassite[9].
Pierre Briant utilise l'exemple des Cosséens et des Ouxiens pour montrer la nécessité de prendre en compte la perspective distordue des sources gréco-romaines, qui doivent être considérées dans le contexte perse achéménide. Une nouvelle analyse de ces sources ainsi que des « Katarraktai » du Tigre montre que les Cosséens n'étaient pas des « brigands » des montagnes pour le roi achéménide Darius III. Sur la base de tablettes trouvées à Persépolis, Wouter Henkelman affirme que les tribus pastorales des monts Zagros ont pu bénéficier d'échanges sous la forme de céréales ou de vin en contrepartie de la fourniture en animaux nécessaires pour les sacrifices religieux de la capitale[10],[11].
Localisation

Les sources demeurent divergentes quant à la localisation de la Kossaia, la région où vivent les Cosséens.
Néarque, le premier Grec qui en a des connaissances de première main, les place dans un territoire voisin des Mèdes et affirme ailleurs qu'ils sont aussi voisins des Ouxiens. Ses textes, perdus, sont connus par les résumés qu'en ont fait Strabon dans la Géographie et Arrien dans l'Anabase d'Alexandre[2],[9].
Strabon place la Kossaia à proximité de la région « où vivent les Mèdes », c'est-à-dire la Médie, sans plus de précision. Diodore de Sicile, reprenant Polybe, situe leur habitat dans le Louristan, le long de la route directe mais escarpée, reliant Suse à Ecbatane, le long de laquelle ils contrôlent quelques défilés secondaires[12], les faisant voisins des Mèdes et des Ouxiens. Ptolémée, enfin, situe la Kossaia à proximité de l'Assyrie[1],[2],[13],[14],[15].
Le territoire qu'ils occupent est décrit par Strabon comme petit, pauvre et aride ; cette description permet au géographe d'expliquer ainsi leurs expéditions de pillage contre les populations voisines[16].
Mode de vie
Des barbares
Selon les sources antiques, les Cosséens constituent l'incarnation de la barbarie absolue. Ils vivraient dans des cavernes et se nourriraient des fruits de la chasse et de la cueillette. Selon Diodore de Sicile, ils se nourrissent de glands, de champignons et des produits de la chasse. Cependant, il apparaît plus vraisemblable que ce peuple nomade pratique l'élevage ovin. Le nomadisme est attesté, selon Hérodote, par la forte proportion de lait et de viande dans leur alimentation[N 1]. Pour subsister, les Cosséens multiplient les raids de pillage contre leurs voisins, selon Diodore de Sicile, et Strabon, qui les présente comme de redoutables pillards, très audacieux[2],[5],[17],[18],[13].
Ces pratiques, ainsi que l'isolement dans lequel ils vivent, incitent les sources grecques, puis romaines, notamment Plutarque dans ses Vies parallèles, appuyé sur des sources grecques disparues, à présenter le peuple des Cosséens comme des animaux à civiliser[19],[20].
Organisation sociale
L'organisation des Cosséens serait celle de petites communautés rurales, agglomérées autour d'un terroir, à l'image des peuples voisins. Ces communautés sont soumises à des dynastes locaux, interlocuteurs autonomes et privilégiés du roi achéménide. Ces communautés vivent des produits de la terre ; Ptolémée évoque des villages, abandonnés pour des refuges moins faciles d'accès lors des incursions macédoniennes d'Alexandre le Grand, puis d'Antigone le Borgne. Strabon dépeint un tout autre mode de vie, les présentant comme une population remuante : Vivant dans des grottes, les Cosséens délaissent le travail de la terre, menant de continuelles expéditions de pillages pour compléter leur régime de chasseur-cueilleur[2],[6],[21],[22],[23].
