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Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme

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La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) est une juridiction pénale spéciale du Bénin, instituée par la loi n° 2018-13 du 2 juillet 2018. Compétente sur l'ensemble du territoire national, elle juge les infractions économiques et financières, les actes de terrorisme ainsi que les faits de cybercriminalité[1].

Sigle
CRIETVoir et modifier les données sur Wikidata
Siège
5e arrondissement de Cotonou, Bénin
Pays
Président de la CRIET
Edouard Cyriaque DOSSA
Faits en bref Sigle, Siège ...
Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme
Cadre
Sigle
CRIETVoir et modifier les données sur Wikidata
Siège
5e arrondissement de Cotonou, Bénin
Pays
Organisation
Président de la CRIET
Edouard Cyriaque DOSSA
Personnes clés
Elon’m Mario Metonou (Procureur spécial)
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Contexte et création

Au moment de l'accession de Patrice Talon à la présidence de la République du Bénin en avril 2016, les affaires de corruption, de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux relèvent des tribunaux de droit commun, dont les capacités sont jugées insuffisantes par le nouveau président face à la sophistication croissante de ces infractions.

Dans son discours sur l’état de la Nation de décembre 2018, Patrice Talon affirme que la CRIET « est un précieux instrument de lutte contre la corruption. C’est un instrument de salubrité qui manquait dans le registre judiciaire…pour permettre à chacun de nous de renoncer aux vices au profit de la vertu »[2].

La juridiction entre officiellement en activité le lundi 27 août 2018, date à laquelle le président de la Cour suprême Ousmane Batoko procède à l'installation de ses membres lors d'une audience tenue à la Cour d'appel de Cotonou, en présence du ministre de la Justice Sévérin Quenum[3].

Initialement installée à Porto-Novo, la CRIET déménage en mars 2024 à Cotonou, au quartier commercial de Ganhi, dans les anciens locaux de la Cour suprême[4].

Missions et compétences

La CRIET a pour mission de réprimer les infractions économiques et financières, les actes de terrorisme et, depuis 2021, les infractions commises à raison du sexe des personnes[5]. Sa compétence s'étend à l'ensemble du territoire national.

Compétence matérielle

La CRIET juge notamment :

  • l'abus de fonctions, l'abus de confiance et l'enrichissement illicite,
  • la corruption d'agents publics nationaux et internationaux,
  • la corruption dans la passation des marchés publics et dans le secteur privé,
  • les soustractions et détournements d'agents publics d'une valeur égale ou supérieure à 10 millions de francs CFA,
  • les vols, extorsions et escroqueries,
  • le blanchiment de capitaux, la fraude fiscale et le délit d'initié,
  • les actes de terrorisme, leur financement et les crimes contre la sûreté de l'État,
  • les infractions commises par voie électronique,
  • le viol sur mineur, le mariage forcé et le harcèlement d'apprenants,
  • les infractions foncières et domaniales.

Compétence territoriale

Le parquet spécial de la CRIET dispose d'une compétence nationale pour les infractions économiques, le terrorisme et les infractions commises à raison du sexe. Pour les infractions foncières et domaniales à caractère pénal, sa compétence couvre les communes d'Abomey-Calavi, Allada, Cotonou, Kpomassè, Ouidah, Porto-Novo, Sèmè-Podji et Tori-Bossito[6], correspondant au ressort territorial de la Cour spéciale des affaires foncières[7]. Cette dernière traite pour sa part les litiges civils fonciers, les deux juridictions étant ainsi complémentaires.

Bien que siégeant à Cotonou, la juridiction peut tenir des audiences foraines dans d'autres localités du pays selon les nécessités de service [8]. La première audience foraine s'est tenue à Parakou en novembre 2023[9].

Fonctionnement

Critiques sur l'indépendance

La CRIET suscite des oppositions dès son entrée en vigueur. En octobre 2018, le professeur de droit public Georges Barnabé Gbago dénonce une Cour créée « à la sauvette », sans passage préalable devant la Cour constitutionnelle, et dont certains articles violent selon lui « les principes généraux de droit mais aussi les engagements que le Bénin a pris à travers la signature de conventions internationales »[10].

Le même mois, l'Union nationale des magistrats du Bénin (UNAMAB) sort de son silence lors d'une assemblée générale extraordinaire. Elle pointe une atteinte au principe du double degré de juridiction, une « fragmentation de la justice » et une immixtion du gouvernement dans le fonctionnement de la cour, notamment par la nomination des membres de la chambre des libertés en Conseil des ministres au lieu du président de cour, comme le prévoit la loi[11].

En novembre 2018, lors de sa rentrée judiciaire, le Barreau du Bénin publie un rapport de 46 pages concluant que la CRIET « viole de manière manifeste et inacceptable la légalité ». Le Barreau réclame l'abrogation pure et simple de la loi de création[12].

La Cour constitutionnelle finit par reconnaître elle-même que certaines dispositions de la loi sont contraires à la Constitution. Par la décision DCC 19-055 du 31 janvier 2019, la Cour constitutionnelle déclare l'alinéa 2 de l'article 12 de la loi de création de la CRIET contraire à la Constitution, estimant qu'il « rompt la cohérence » de la loi et « viole le principe de l'égalité des armes »[13].Le texte de base prévoyait en effet que seul le parquet pouvait faire appel d'un arrêt de non-lieu, tandis que l'accusé renvoyé en jugement ne disposait d'aucun recours équivalent[13].

Ces critiques amènent le gouvernement à réviser le texte fondateur. La loi 2020-07 du 17 février 2020 modifie des dispositions de la loi initiale[14]. Le garde des Sceaux Séverin Quenum rejette quant à lui les griefs formulés contre la juridiction dans un entretien accordé à Jeune Afrique : « Il n’y a pas d’instrumentalisation politique de la justice », affirmant que les premières personnalités visées par la Cour appartenaient à l'entourage même du président de la République[15].

En avril 2021, l'un des magistrats de la CRIET, Essowé Batamoussi, démissionne et quitte le Bénin. Il remet en cause l’indépendance de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). "Le juge que je suis, n'est pas indépendant. Toutes les décisions que nous avons été amenées à prendre, l'ont été sous pression, y compris celle qui a vu le placement de madame Reckya Madougou en détention".[16]

Affaires et condamnations notables

Davantage d’informations Année, Personne ...
Année Personne Qualité Chef(s) d'accusation Peine prononcée
2018 Sébastien Ajavon Homme d'affaires et candidat à la présidentielle 2016 Trafic international de stupéfiants[17] 20 ans de prison + 5 millions FCFA d'amende[18]
2020 Komi Koutché Ancien ministre des Finances, ancien DG du FNM Détournement de deniers publics, abus de fonctions[19] 20 ans de prison + 500 millions FCFA d'amende[20]
2021 Joël Aïvo Professeur de droit constitutionnel Blanchiments de capitaux et de complot contre la sûreté de l'État 10 ans de prison + 45 millions FCFA d'amende[21]
2021 Reckya Madougou Ancienne garde des Sceaux Association de malfaiteurs, acte de terrorisme, financement de terrorisme et abus de fonction 20 ans de réclusion + 50 millions FCFA d'amende[22]
2023 Virgile Ahouansè Journaliste Diffusion de fausses informations 12 mois avec sursis + 200 000 FCFA d'amende
2025 Steve Amoussou alias Frère Hounvi Cyberactiviste Harcèlement par voie électronique, diffusion de fausses nouvelles et incitation à la rébellion 2 ans de prison ferme + 2 millions de FCFA d'amende [23]
2025 Olivier Boko Homme d'affaires, ex-conseiller du président Talon Complot contre la sûreté de l'État, corruption, faux et usage de faux 20 ans de prison + 4,5 milliards FCFA d'amende + 60 milliards solidaires à l'État[24]
2025 Oswald Homeky Ancien ministre des Sports et des Loisirs Complot contre la sûreté de l'État, corruption, faux et usage de faux 20 ans de prison + 4,5 milliards FCFA d'amende + 60 milliards solidaires à l'État[25]
2025 Rock Nieri Homme d'affaires Complot contre la sûreté de l'État 20 ans de prison + 4,5 milliards FCFA d'amende + 60 milliards solidaires à l'État[26]
2026 Schadrac Houngnibo Coordonnateur national de l'ONG Urgence panafricaniste de Kemi Seba Diffusion de fausses informations 24 mois ferme + 5 millions FCFA[27]
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Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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