Crise migratoire à Ceuta en 2021
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La crise migratoire à Ceuta en 2021 fait suite à la traversée illégale de la frontière par des milliers de migrants marocains et subsahariens dans la nuit du 16 au . L'ouverture temporaire de la frontière a été organisée délibérément par le Maroc pour faire pression sur l'Espagne[1],[2].
Cet évènement se déroule sur fond de crise diplomatiques entre les deux pays, liée à la revendication par le Maroc du Sahara occidental , à l'accueil médical en Espagne du chef indépendantiste sahraoui Brahim Ghali, et à la crise économique au nord du Maroc, fortement aggravée par la pandémie de Covid-19[3]. L'évènement fait au moins deux morts par noyade. Le calme revient le [4].
Contexte
L'enclave espagnole de Ceuta au Maroc n'est pas reconnue par le Maroc, mais l’absence de douane dans ces zones franches est mise à profit pour le commerce.
Depuis 1992, des accords signés par Rabat et Madrid permettent d’expulser automatiquement les Marocains entrés illégalement et les migrants subsahariens majeurs[5]. En 1993, l'Espagne construit avec le soutien de l'UE un mur à la frontière entre Ceuta et le Maroc[5]. Cette barrière donne au Maroc un outil de pression diplomatique, en lui permettant d'exercer un chantage migratoire[6],[7], dénoncé par les ONG[8].
Certains marocains peuvent franchir la frontière pour une courte durée dans une démarche de migration circulaire[5], mais dans les conditions de travail sont difficiles[9] et provoquent en 2017 la mort de deux femmes, piétinées dans des bousculades à la frontière entre Fnideq et Ceuta[10]. En 2019, le Maroc ferme le poste-frontière dévolu aux porteurs de marchandises entre le Maroc et Ceuta, officiellement pour réguler la contrebande, mais aussi pour faire pression sur l’Espagne sur la question du Sahara occidental[5],[11]. Depuis les accords de Madrid signés en 1975, ce territoire est partagé entre le Maroc et la Mauritanie, mais le Front Polisario réclame l'indépendance. En , Donald Trump reconnait la souveraineté marocaine, et le Maroc exige que l’Espagne fasse de même[12], alors que l’ONU, qui a classé le Sahara occidental territoire non autonome, voudrait que la question soit réglée par un référendum d’autodétermination[13].
La décision en 2019 de mettre fin à la contrebande qui faisait vivre toute la région laisse des milliers de personnes sans ressource[14],[15]. Au printemps 2020, la fermeture due à la pandémie de Covid-19 porte un coup à l’économie de Fnideq et de ses environs[16],[17]. Les traversées clandestines vers l’Espagne continuent, au rythme de plusieurs centaines d'arrivées par mois selon le ministère espagnol de l’intérieur[16], elles sont réprimées par l'Espagne[18]. En déjà, au moins 15 migrants marocains étaient morts noyés alors que des centaines essayaient de nager jusqu’à Ceuta. La police tire vers eux des balles en caoutchouc[19].
Chronologie
Dans la nuit du 16 au , à la faveur d’un relâchement des contrôles frontaliers intentionnel de la part du Maroc, entre 8 000 et 9 000 Marocains et quelques migrants subsahariens[5], dont au moins 2 000 mineurs non accompagnés[8], traversent à la nage ou à pied la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta[5]. Le , la moitié d'entre eux avaient été expulsés[20],[21], des centaines d’autres échappent à la police[22].
Les corps d'au moins deux personnes mortes par noyade sont repêchés[23]. La photo d'un bébé sauvé de la noyade par un membre de la garde civile espagnole[24] devient virale[25],[26], et rappelle le sort d’Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie en .
Selon les accords signés entre le Maroc et l'Espagne et le droit espagnol, les migrants adultes entrés illégalement à Ceuta et Melilla peuvent en effet être expulsés sans procédure ni délai. Au contraire, les mineurs doivent être pris en charge par l’Espagne[13]. Plus d'un millier d'entre eux, dont beaucoup d’enfants âgés de 7 à 14 ans emportés par le mouvement de foule vers la frontière, sont accueillis dans des structures d’accueil aménagées en urgence[22],[27],[28].
Crise diplomatique
Cette crise migratoire, sans précédent pour l'Espagne, aurait été orchestrée intentionnellement par le Maroc[29],[30] alors que les relations entre les deux pays se sont envenimées depuis l'accueil en Espagne, fin , du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné de la Covid-19[31],[32]. Ennemi du Maroc, il est notamment accusé par Fadel Breika, un opposant politique sahraoui, de « détention illégale », « tortures » et « lèse-humanité »[33].
L'UE exprime immédiatement sa solidarité avec l’Espagne et lui promet son soutien, et rappelle au Maroc que les frontières espagnoles sont aussi des frontières européennes[11].
L'évènement aggrave la crise entre le Maroc et l'Espagne[34], avant qu'elle ne s'apaise en [35],[36], alors que le Maroc et l'Algérie qui continuent de s'opposer au sujet du Sahara occidental rompent leurs relations diplomatiques[37],[38].
Drame de Melilla en juin 2022
Les accès aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla rouvrent le [39]. Mais le , une trentaine[40] de migrants meurent lors d’une nouvelle tentative d’entrée de près de 2 000 clandestins à Melilla[41],[42]. 133 migrants réussissent à entrer à Melilla et sont placés en centre de rétention. L’ONU dénonce « un usage excessif de la force » contre des migrants[43].
