Cybermilitantisme

utilisation des technologies de communication électronique pour différentes formes d'actions communautaire From Wikipedia, the free encyclopedia

Le cybermilitantisme, militantisme sur Internet ou militantisme en ligne est l'ensemble des formes de militantisme pratiquées sur Internet[1],[2].

Doodle autocensuré par Google en opposition à la proposition de loi américaine Stop Online Piracy Act (SOPA) en 2012.
Black out sur Flickr en 2013.
Slacktivisme. Je suis Charlie, image massivement partagée sur les réseaux sociaux après l'attentat contre Charlie Hebdo en .
Doodle « Go Vote » pour les élections de 2018 aux États-Unis.

Il inclut le hacktivisme (aussi appelé « cyberactivisme »), le slacktivisme et l'art hacktiviste. Des cybermanifestations peuvent être organisées.

Un cybermilitantisme qui émane de personnes opposées à leur régime politique est appelé cyberdissidence.

Émergence

C’est en que la première cyberattaque à motifs explicitement politiques est menée. Celle-ci vise les ordinateurs de la NASA et du département de l’énergie des États-Unis, et consiste en un virus de type worm affichant un message contre l’utilisation de l’énergie nucléaire lors de la connexion des utilisateurs[3].

Le numérique et les réseaux sociaux, précurseurs du cybermilitantisme et de l'activisme numérique, provoquent un renouvellement de l'engagement militant, grâce aux plateformes socio-numériques permettant à plusieurs individus de collaborer à grande échelle, dans le but de défendre une cause commune. En effet, une tendance participative et collaborative auprès des usagers de partager du contenu journalistique et de s’exprimer sur des enjeux aurait été engendrée par l’apparition du Web 2.0 et des réseaux sociaux. Certains évènements et mouvements ont pu voir leur visibilité et leur impact amplifiés grâce aux plateformes collaboratives telles que Facebook et Twitter qui s’appuient sur les contenus produits et partagés par leurs usagers.

Le numérique, émergeant du virage néolibéral des années 1980, comme lieu d’opposition sous une forme qui combine coopération et partage, défense des « communs » et prédilection pour les valeurs libérales d’accomplissement de soi et de mérite individuel[4]. La situation était alors claire, pour une part des acteurs du Web, le numérique et les valeurs qu’il charriait avaient un potentiel émancipateur. Parmi ces acteurs, se trouvaient à la fois des « militants des logiciels libres (libristes), des hacktivistes (hackers militants), des défenseurs des Creative Commons, des pionniers du Web participatif »[4]. Ce potentiel émancipateur du numérique est par la suite, fortement renforcé par l’apparition du Web 2.0 et des réseaux sociaux. En effet, les réseaux sociaux auraient permis une réinvention de l’activisme social. Selon Malcolm Gladwell : « Le monde », nous dit-on « est en plein milieu d'une révolution. Les réseaux sociaux réinventent l'activisme social. Avec des outils comme Facebook et Twitter, la relation traditionnelle entre le politique et les citoyens serait bouleversée. Les réseaux sociaux faciliteraient la collaboration entre les petites gens, les démunis qui pourraient ainsi se coordonner pour faire entendre leur voix »[5]. Ce renouvèlement de l’activisme social, par le caractère participatif des réseaux sociaux, permettant à des individus de collaborer et de s’exprimer sur des enjeux sociétaux changent le militantisme où de nouveaux militants qui modifieraient la face du monde en nourrissant le débat, circuler les idées pour les faire rejaillir dans la société civile[5].

Avec l’avènement du web 2.0 des années 2000, Internet et les réseaux sociaux prennent une place considérable dans les mouvements de protestation[6]. Les principes participatifs, collaboratifs, et « faites le vous-même » adoptés par ce nouveau cyberespace contribuent à la démocratisation du web[6].

Particularités

Le cybermilitantisme découle du courant de pensée de la culture hacker, mouvement idéologique né dans les années 1960 au Massachusetts Institute of Technology[7]. Les hackers revendiquent un libre accès à l’information et considèrent que l’informatisation est un phénomène positif pour l’humanité[6]. Plusieurs sites prônant l’accès et la démocratisation de l’information sur le Web, tels que les « wikis », comme Wikipédia ou wikileaks, s’inscrivent dans cette optique de partage ouvert, sans frontières et de transparence des connaissances.

La liberté d’expression constitue aussi un point central dans la culture hacker. Par exemple, le forum d’échange et de discussions 4chan, qui a donné vie au mouvement hacktiviste Anonymous, représente cet aspect de la culture hacker: sa participation est volontaire, anonyme, non hiérarchique, et ne comporte aucune restriction quant à la liberté d’expression[7]. Ce genre d’environnement libertaire est très prisé des hackers, qui estiment qu'il constitue un idéal de liberté de pensée et d’expression où l’on peut mettre au profit de l’humanité les nouvelles technologies de l’informatique.

Impact

Les cybermilitants adoptent une stratégie politique visant généralement à agir sur l’opinion publique en démocratisant les plateformes de communication[8]. Autant à travers l’art que les attaques informatiques[9], le but du cybermilitantisme est de promouvoir une idée à travers Internet, plateforme médiatique de masse par excellence aux yeux des cybermilitants, permettant visibilité et support vis-à-vis des publics concernés.

Formes

Hacktivisme

Le hacktivisme consiste en l'utilisation non violente du piratage informatique à des fins politiques[8]. Bien que le piratage informatique soit illégal, son utilisation permet de propager des idées politiques rapidement et à grande échelle[8]. Ces pratiques de piratage hacktivistes sont des activités perturbatrices qui prennent diverses formes. Le type d'attaque hacktiviste le plus répandu est la dégradation de sites web, soit l'altération illégale de pages web de sorte à y placer un message politique. Le hacktiviste peut aussi effectuer des redirections de sites web, du vol d'informations, des attaques par déni de service (DoS ou DDoS) ou des sit-in virtuels[8].

Par ailleurs, les groupes hacktivistes, à l'instar d'Anonymous, sont souvent peu coordonnés et peu médiatisés, du fait que leurs membres accordent une importance particulière à leur anonymat[10].

De plus, la pratique du hacktivisme est sujette à controverse du fait de son illégalité. Par exemple, les révélations d'Edward Snowden concernant la surveillance du web, dont les informations sont tirées de documents confidentiels du gouvernement américain[11], s'inscrivent aussi dans cette approche du cybermilitantisme, ayant ensuite été rendus publics par l'entremise du site Wikileaks et de médias ayant collaboré à leur publication.

Slacktivisme

Le slacktivisme (littéralement « militantisme paresseux »[note 1]) ou clictivisme[12] est une forme de cybermilitantisme qui se développe dans les années 2000 avec l'avènement des réseaux sociaux et qui consiste à cliquer pour participer à un mouvement collectif virtuel sans s'engager plus activement et concrètement.

En dehors d'Internet, le slacktivisme peut se manifester sous la forme de port d'un habit d'une couleur en particulier, d'un bracelet coloré, voire d'un badge ou d'un pin's.

Lors de la crise sanitaire du Covid-19, le slacktivisme sur les réseaux sociaux est devenu par défaut la seule solution pour les rassemblements populaires[13].

Art hacktiviste

L'art hacktiviste, incluant des mouvements tels que Fluxus et le « Mail Art », est défini par l'utilisation de plateformes informatiques de masse pour créer une communauté artistique diversifiée[9]. Fluxus, qui sera composée de plusieurs artistes multidisciplinaires à travers son histoire, formera une base représentative de l'art hacktivisme. Ces artistes sont portés par la volonté d'offrir l'art dans un milieu communautaire libre, hors de tout contrôle des musées, qui selon eux décident ce qui est de l'art et ce qui peut alors être présenté ou non au public[9]. Ce type de cybermilitantisme a connu un essor entre les années 1960 et 1970 avec le mouvement Fluxus[9]. En créant ces milieux propices, ces plateformes permettent à des communautés artistiques de promouvoir l'art sur un niveau transnational, encourageant ainsi l'expérimentation et la liberté d’expression[9]. Celle-ci porte une attention particulière sur la facilité de la distribution de l'art, utilisant la propagation rapide des médias sociaux, et à la création de ces milieux propices dans lesquelles l'art avancera à travers les contributions des membres[9].

La cybermanifestation : cybermilitantisme coordonné et de grande ampleur

Une cybermanifestation ou cyber-riposte est un acte collectif coordonné de cybermilitantisme, parfois de grande ampleur, à la manière d'une manifestation dans la vraie vie. C'est l'imbrication structurelle et la production réciproque des processus d'auto-organisation d'Internet et ceux du système de protestation de la société, se produisant mutuellement et s'influençant l'un l'autre[14].

Elle est généralement à l'initiative d'activistes ou de groupes de pression. Elle peut se dérouler sous la forme de slacktivisme (utilisation massive d'un hashtag sur les réseaux sociaux et partage d'une pétition en ligne[15],[16]) ou de hacktivisme (attaques informatiques coordonnées contre des sites web).

Au sein d'un jeu en ligne, des joueurs peuvent organiser une cybermanifestation en regroupant leurs personnages dans un espace précis de l'univers virtuel. L'objectif est alors de dénoncer une modification des règles du jeu par les développeurs de ce dernier[17]. La manifestation dans Second Life en 2011 est cependant le fait de salariés d'IBM, la firme disposant d'une multitude d'îles virtuelles au sein du jeu dans lesquelles elle organise fréquemment des conférences avec ses employés[18].

La cyberdissidence : cybermilitantisme d'opposition à un régime

Un cyberdissident est un dissident politique qui utilise des moyens de communication électroniques, notamment les réseaux sociaux, pour diffuser ses idées.

Le « cyberterrorisme » : une notion non consensuelle

Le « cyberterrorisme » est un terme controversé qui désigne « l'utilisation illégale de plateformes informatiques ayant pour objectif de commettre des actes de terreur »[19]. Cette pratique se distingue par la propagation d'informations ou de désinformation (fausses nouvelles) dans l'optique de promouvoir le message d'une faction[19], ainsi que la récolte d'informations et le recrutement de membres. Le cyberterrorisme se catégorise en deux types. Le cyberterrorisme peut avoir pour objectif la violence et la peur, similaire aux actes terroristes traditionnels, ou alors l'intention de causer des dommages politiques ou économiques pour susciter une réaction du public et/ou d'un gouvernement[19].

Cybermilitants célèbres

Julian Assange en 2010.
Edward Snowden en 2013.

Notes et références

Voir aussi

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