Dangourde

brebis mérinos From Wikipedia, the free encyclopedia

Dangourde est une brebis mérinos née vers 1784 en Espagne et morte le 29 fructidor an XI () dans la bergerie du château de Croissy.

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Dangourde
Informations
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Biographie

Une brebis mérinos

En l'an XII, Henri-Alexandre Tessier propose, dans un article des Annales de l'agriculture française, la nécrologie d'une brebis, en se justifiant ainsi : « Faire l'histoire d'une brebis ! Cette idée paroîtra peut-être bisarre, mais puisqu'on a bien donné l'histoire de chevaux, de chiens et autres animaux, je ne vois pas pourquoi il ne seroit pas permis de donner celle d'une brebis, sur-tout, quand sa vie a été accompagnée de circonstances propres à la rendre intéressante pour les naturalistes et les agronomes[1]. »[2].

Description du troupeau de Jean Chanorier[3]

Dangourde est une brebis mérinos, née vers 1784, qui fait partie des 376 moutons importés d'Espagne en France en 1786[4]. Ce troupeau est un don du roi d'Espagne Charles III au roi de France Louis XVI dans le but d'améliorer la race des brebis en France[5]. Le troupeau quitte Villacastín, près de Ségovie, le . À son arrivée en France, une partie est installée dans la bergerie nationale de Rambouillet et d'autres animaux sont dispersés chez différents éleveurs. Dangourde est ainsi conduite au château de Croissy, appartenant à Jean Chanorier[4], qui a acheté une vingtaine de bêtes de ce troupeau[3].

Henri-Alexandre Tessier explique que Dangourde porte les signes de son origine : « la brebis dont il s'agit, avoit les oreilles coupées de différentes manières, et des marques de feu sur le chanfrein, comme toutes celles qui composent les troupeaux espagnols[6] », donc de sa valeur[4]. Il décrit Dangourde comme une « bonne mère, c'est-à-dire qu'elle s'attachoit à ses agneaux[7] », mais la considère ainsi aussi parce qu'elle est féconde longtemps[8].

Il reconnaît que « le désir qu'on avoit de prolonger la vie de cette brebis engagea à la soigner pendant les quatre dernières années seulement, un peu mieux que les autres. On lui donnoit, chaque jour, du son mêlé d'avoine ; elle alloit, avec les agneaux, dans les pâturages les meilleurs et les plus tendres[7] » et que, avec l'âge, ses performances régressent. Néanmoins, ses propriétaires refusent de la faire abattre. On peut y voir une relation spéciale avec un animal en particulier, mais aussi la volonté de démontrer que les brebis peuvent être utiles après l'âge auquel on les abattait généralement, vers sept à huit ans. Ici, Henri-Alexandre Tessier étend cette vie utile jusqu'au-delà de l'âge de quinze ans[9].

Dangourde meurt le 29 fructidor an XI () à environ vingt ans. Elle a alors « tous les signes et tous les caractères de la caducité la plus complète, savoir : les yeux enfoncés, les muscles de la face retirés, un amaigrissement considérable, plus de dents, si ce n'est deux chicots, enfin, elle ne pouvoit plus manger, ni se soutenir. Le berger, la voyant dans cet état, crut devoir, par pitié, hâter ses derniers moments[10] »[4].

Enjeux politiques

Page de conclusion de l'article d'Henri-Alexandre Tessier[11].

La publication de l'article d'Henri-Alexandre Tessier s'inscrit en opposition à la valorisation du grand homme à l'époque révolutionnaire. Dangourde appartient à un projet de révolution scientifique cherchant à favoriser les progrès agricoles. La Commission d'agriculture et des arts dont Henri-Alexandre Tessier est membre a plusieurs fois sauvé le troupeau dont elle fait partie[4], menacé par la colère populaire et la gale. La longévité de cette brebis illustre la réussite d'une politique de reproduction et d'amélioration de l'animal utile développée par ces savants[8].

Henri-Alexandre Tessier insiste sur la valeur de cet animal : « Ainsi, en calculant qu'ayant eu, en sept ans, quatorze agneaux, dont un est venu mort, elle a pu en avoir onze pendant les treize autres années de sa vie. On n'exagère pas en assurant que cette seule femelle a produit vingt-quatre agneaux[12] »[8]. L'exemple de Dangourde est donné pour montrer qu'on peut garder plus longtemps les animaux d'élevage[13].

F. Grelet, le berger qui s'en occupe et lui donne le nom de Dangourde, est cité plusieurs fois dans le texte comme un professionnel très compétent formé à la bergerie nationale de Rambouillet par Henri-Alexandre Tessier et Louis Jean-Marie Daubenton[13].

La biographie de Dangourde est proposée comme un moyen de s'instruire. Elle se termine par quatre conclusions précises et ordonnées : « 1° Les bêtes à laine peuvent vivre vingt ans ; 2° La race des mérinos vit plus longtemps que nos races indigènes ; 3° Parmi les animaux de race mérinos, il y a des femelles d'une grande fécondité ; 4° À un âge avancé, elles donnent encore des agneaux vigoureux, et couverts d'une toison abondante en laine[11] »[8]. Cette biographie doit être reliée aux recherches alors en cours sur l'amélioration de l'agriculture et de la cuisine afin de multiplier les sources d'alimentation pour promouvoir des alternatives à l'abattage précoce des animaux d'élevage. Elle participe à l'élaboration d'un contrôle républicain des ressources naturelles[13].

Notes et références

Voir aussi

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