Dans des régions chaudes
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| Artiste | |
|---|---|
| Date |
1890 |
| Type |
tableau |
| Technique |
huile sur toile |
| Dimensions (H × L) |
107 × 81 cm |
| No d’inventaire |
Ж-2500 |
| Localisation |
Musée russe, Saint-Pétersbourg (Russie) |
Dans des régions chaudes (en russe : В тёплых краях) est un tableau du peintre russe, d'origine ukrainienne, membre de l'association des Ambulants, Nikolaï Iarochenko, réalisé en 1890 à Kislovodsk. Le tableau se trouve dans la collection du Musée russe à Saint-Pétersbourg, où il est exposé en permanence. Il a fait l'objet d'un don au musée par l'épouse de l'artiste, peu après le décès de son mari en 1898.
Le personnage représenté sur le tableau est Anna Tchertkova, écrivaine pour enfants, publiciste, épouse de l'éditeur et personnalité publique Vladimir Tchertkov, l'ami proche de Léon Tolstoï. À l'époque de la création de la toile, le peintre était atteint d'une tuberculose aiguë. Dans une lettre à Anna Tchertkova, il lui écrira plus tard :
« Pendant un mois et demi je n'ai plus pu bouger et je n'étais plus bon à rien sinon à m'allonger ou m'asseoir dans un fauteuil entre des oreillers, comme vous-même sur le tableau que j'ai peint de vous. »
Anna Tchertkova, quant à elle, a subi un choc grave un an avant la réalisation du tableau. Sa fille bien-aimée est morte, en bas âge, après deux jours de maladie. Pendant de nombreuses années, elle a été dépressive et souvent maladive. Les photographies de l'époque du séjour des époux Tchertkov chez le peintre ont été conservées, de même que les croquis des peintres Iarochenko et Mikhaïl Nesterov et de Vladimir Tchertkov lui-même qui sont relatifs à la réalisation du tableau Dans des régions chaudes.
Les contemporains ont immédiatement apprécié Dans des régions chaudes. La toile a attiré l'attention des chercheurs sur l'œuvre de Iarochenko, des historiens d'art, à la fois pendant la période soviétique et durant la période qui a suivi en Russie.
Le tableau représente une partie de la véranda de la villa de l'artiste à Kislovodsk. Dans le fond de la toile apparaît le mont Sosnovka et une de ses falaises[1]. Le publiciste et critique d'art Mikhaïl Nevedomski (ru) décrit ainsi l'héroïne du tableau : « Une femme de l'intelligentsia atteinte de tuberculose passe son dernier printemps au milieu des fleurs et d'une abondante verdure »[2]. Dans un autre article, il parle à propos du tableau : « Une jeune femme atteinte de tuberculose venant mourir au bord de la mer, sous le soleil parmi les roses et les platanes »[3],[4]. L'historienne Alla Verechtchaguina développe cette idée en voyant sur ce tableau « une femme pâle, triste, malade… parmi les beautés florissantes de la nature méridionale »[5]. Le fondateur et premier directeur du musée-domaine Nikolaï Iarochenko, Vladimir Seklioutski, a suggéré qu'Anna Tchertkova était plongée dans ses souvenirs. Elle est à moitié couchée sur son oreiller avec un plaid jeté sur ses genoux. Son regard est rêveur, mais exprime le désir de vivre. Boris Rozenfeld écrit à son propos : « deux yeux noirs expressifs »[6], « et des lèvres qui prononcent le mot vie ». Ensoleillé, rempli de verdure, de fleurs, et de l'air pur de la montagne, ce paysage crée, selon Seklioutski, une atmosphère optimiste et inspire au spectateur l'espoir de la guérison de l'héroïne de la toile. Seklioutski regrette que les critiques d'art aient sous-estimé ce tableau. Il fait remarquer, au-delà des qualités picturales, l'empathie sincère de l'artiste pour son personnage, le désir ardent de lui venir en aide[7].
Histoire de la création du tableau
Vers le milieu des années 1880, l'avancement rapide de la carrière de Nikolaï Iarochenko dans la fonction publique s'est arrêtée. Pendant de nombreuses années il a été colonel par ancienneté de grade, faisait partie des artilleurs à pied de la garde, était chef d'atelier de l'usine de munition de Saint-Pétersbourg fondée en 1869[8]. Puis il a connu des problèmes de santé avec une aggravation de sa tuberculose[9],[10], et a du prendre de nombreux mois de congés (parfois sans conserver ses droits au salaire) [11]. L'épouse du peintre affirme dans sa biographie, que son supérieur lui avait conseillé de présenter une demande de démission pour cause de maladie, ce qui lui aurait assuré une pension complète. Mais Iarochenko a rejeté cette proposition, affirmant qu'il qu'il quittait l'armée de son plein gré, par désir de se consacrer librement à la peinture[12]. Le peintre participe activement aux activités des Ambulants, au sein desquels il est régulièrement réélu au conseil d'administration de la société, s'occupant également des petites tâches quotidiennes : préparation des emballages pour les transports de tableaux, tenue de la caisse[13]. Sa collaboratrice Frida Roguinskaïa à l'Institut de théorie et d'histoire des beaux-arts écrit qu' « il portait pratiquement le poids de la gestion de la société des Ambulants »[14]. Dans la seconde moitié des années 1880, l'art figuratif en Russie perd progressivement son emphase et tente de transmettre les impressions, les émotions de la réalité. Cela a remis en avant les problèmes de la compétence professionnelle des artistes et l'exigence d'une sélection plus stricte des critères d'évaluations[15]. À cet égard il existait au sein de la société des Ambulants de vives controverses entre les membres plus anciens et ceux de la jeune génération. Iarochenko s'est efforcé de maintenir non seulement l'unité au sein de la société des artistes, mais également sa pérennité[16].
Anna et Vladimir Tchertkov à la Villa blanche de Iarochenko
Le tableau Dans des régions chaudes de Nikolaï Iarochenko a été peint dans la Villa blanche à Kislovodsk[17], dans laquelle se trouve aujourd'hui le musée-domaine N. Iarochenko[18]. Iarochenko s'est rendu pour la première fois à Kislovodsk en 1875[9]. En 1885, l'épouse de Iarochenko, Maria Pavlovna Nevrotina (1854-1915 env.), visite la ville également. Ils s'étaient mariés en 1874. Elle était diplômée du Cours Bestoujev[19]. Finalement, Iarochenko n'a déménagé de Saint-Pétersbourg qu'en 1892, après avoir pris sa retraite de la fonction publique, et en raison d'une forte détérioration de sa santé[9]. La maison où l'artiste a vécu et où il s'est installé à Kislovodsk se trouvait sur une colline, et donnait d'un côté sur la place de la cathédrale et de l'autre sur un verger. L'artiste a peint la terrasse lui-même dans le style pompéien. C'est là que la famille déjeunait habituellement, buvait le thé et passait ses temps libres en été. Cette terrasse offre une belle vue sur le mont Sosnovka. C'est là que le tableau Dans des régions chaudes a été réalisé[20]. Dans leur villa, les Iarochenko organisaient des soirées et des chanteurs et musiciens s'y produisaient. C'est là qu'a eu lieu le mariage de la fille Olga du peintre Mikhaïl Nesterov. L'atelier de Iarochenko était aménagé dans une petite pièce de la maison, dotée d'une large fenêtre[21].
L'été 1890, à la Villa blanche sont accueillis l'éditeur, opposant, activiste, disciple et ami de Léon Tolstoï, Vladimir Tchertkov et son épouse Anna Tchertkova[22], qui est devenue en 1883 la figure emblématique du tableau de Nikolaï Iaronchenko L'Étudiante[23]. Le peintre a utilisé le séjour des Tchertkov à bon escient. Le petit garçon Tchertkov (que l'on appelait Dima en famille) a servi de modèle pour le tableau Enfant endormi (1890, conservé au musée des beaux-arts de Poltava, qui a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale[24]). Quant à Anna, elle pose pour Dans des régions chaudes. Un an auparavant, la fille des Tchertkov prénommée Olga était morte en bas âge (1887 - )[25]. Lucy, comme on l'appelait en famille (plutôt que Olga), était vivante et affectueuse, la préférée de toute la famille et des nombreux membres du personnel de la maison[26]. Elle est morte en deux jours d'une crise de dysenterie. Sa mort a été une dure épreuve pour sa mère. Anna Tchertkova, pendant de nombreuses années après cette épreuve, a perdu sa vitalité et est souvent tombée malade. Pour aider au rétablissement de sa santé, la famille est partie vers le midi[27]. Le peintre Mikhaïl Nesterov vivait lui-même également à Kislovodsk à cette époque et écrit que Iarochenko allouait pour la résidence des Tchertkov toute une aile, plus grande que la Villa blanche elle-même. Nesterov mentionne qu'Anna Tchertkova a posé pour un tableau qu'il désigne sous l'appellation La Malade et non Dans des régions chaudes[28]. Le critique Boris Rozefeld, dans son ouvrage sur la Villa blanche, signale également que le tableau était intitulé La Malade à l'origine puis a été connu comme Dans des régions chaudes[29].
Dans la collection du musée-domaine N. Iarochenko se trouve une photo de Vladimir et Anna Tchertkov à la Villa blanche en 1890[30]. On y trouve aussi des dessins réalisés la même année avec Anna Tchertkova comme sujet : А. К. Tchertkova au balcon (papier, crayon graphique italien, 17,5 × 13,3 cm ; sous le dessin est indiqué de la main du fils de Vladimir la mention : croquis de Iarochenko avec ma mère)[31] et Dessin humoristique des Tchertkov (papier, carton, crayon, 20 × 23 cm)[32].
- Les époux Tchertkov (à droite) à la Villa blanche chez Iarochenko en 1890
- Nikolaï Iarochenko, Anna Tchertkova au balcon, 1890
- N. Iarochenko. Dessin humoristique des Tchertkov, 1890
L'avis des contemporains sur le tableau

Dans le répertoire de la 19e exposition des Ambulants quatre tableaux de Iarochenko sont repris : Portrait de Nikolaï Gay (n° 78, huile, toile, 92,5 × 73,5 cm, actuellement conservée au Musée russe), Dans des régions chaudes (n° 79 du catalogue), Enfant endormi (n° 80), Il a eu son temps (Provodil) (n° 81, huile, toile, 125 × 150 cm, dans la collection du musée de l'oblast d'Omsk M. Vroubel)[33].
Le tableau Dans des régions chaudes est le portrait d'une femme malade, s'appuyant sur des coussins, emmitouflée dans une couverture, vivant tristement dans son fauteuil sur la terrasse d'une villa de Kislovodsk et l'un des critiques de l'époque du tableau a écrit en plaisantant que le héros du second tableau (sur lequel est représenté un vieillard solitaire sur un quai de gare déserte ; sous le toit de la gare restent en suspens d'épais nuages de vapeur, au moment où le train se met en route ; le bagagiste nettoie les saletés sur les pierres du sol ; au fond de la scène, un policier, les mains derrière le dos) se préparait à partir vers un pays chaud, précisément le même que celui où vit la femme malade de tuberculose que l'on voit sur le balcon à Kislovodsk, dans un fauteuil[34].
Les contemporains, qui connaissaient Anna Tchertkova, ne la reconnaissaient pas sur ce tableau L'Étudiante. Par contre, le tableau Dans des régions chaudes est perçu comme un portrait traditionnel (bien que, selon l'historien de la culture Vladimir Poroudominski, auteur d'une biographie de l'artiste à l'époque soviétique, le tableau a une portée plus étendue)[35]. Ilia Répine écrivait à Tchertkov : « Ici, à l'exposition, le tableau de Iarochenko sur Anna Tchertkova en convalescence m'a beaucoup plu. Il est expressif et écrit avec subtilité. C'est une très belle chose »[1],[36]. Léon Tolstoï, voyant la toile Dans des régions chaudes lors d'une exposition posthume consacrée à Iarochenko, lui a donné comme nom : Galia à Kislovodsk (Anna Tchertkova était appelée Galia par ses proches). Les visiteurs de l'exposition des Ambulants s'apitoyaient sur la belle dame qui semblait condamnée à quitter le monde terrestre. Poroudominski note, quant à lui, que dans ce tableau la souffrance manque de contenu interne, de fer et de phosphore, et qu'elle ne provoque pas de compassion, mais de la pitié. Selon ce critique, c'est la raison pour laquelle les reproductions de cette toile ont été présentées dans les revues d'avant la révolution destinées à la population[36].
L'historien d'art Boris Rozenfeld écrit, dans son ouvrage sur le musée-domaine de Iarochenko, que les critiques ont reconnu ce tableau et l'ont fortement apprécié. Dans les régions chaudes est d'ailleurs considérée comme l'une des meilleures œuvres réalisée à Kislovodsk[29].
Tableau Dans des régions chaudes dans les collections du Musée russe


En 1898, l'épouse de l'artiste, après la mort de son mari, a donné au Musée russe que l'empereur Alexandre III venait de créer une partie des œuvres de la collection de l'époux décédé[37]. Parmi les œuvres données figurait Dans des régions chaudes classée à l'inventaire du musée sous le n° Ж-2500[38],[39]. Mais une autre variante se trouve dans les collections du musée des beaux-arts d'Ekaterinbourg, donnée par le dramaturge et collectionneur Valeri Ten, son dernier propriétaire privé[40]. Le tableau Dans des régions chaudes est exposé de façon permanente au Musée russe à Saint-Pétersbourg. Sa technique est celle de la peinture à l'huile, sur toile. Ses dimensions sont 107 × 81 cm[41],[38],[39]. Dans le coin inférieur droit du tableau figure la signature et la date : « Н. Ярошенко. 1890 ». À plusieurs occasions, le tableau a été présenté à des expositions. Parmi celles-ci : la 19e exposition des Ambulants en 1891, ensemble avec des tableaux de trois artistes Ivan Endourogov (ru), Ivan Chichkine et Nikolaï Iarochenko. Une autre exposition a présenté le tableau : celle de Moscou en 1899, des œuvres de Iarochenko[41].
Au Musée national de peinture de Kiev se trouve un album de l'artiste datant des années 1880-début des années 1890 (couverture : 25,5 × 33,7 cm, 27 feuilles dont la taille est de : 24 × 33 cm, dont 22 sont couvertes de dessins au crayon, les autres étant vierges). La 12e feuille est un croquis pour le tableau Dans des régions chaudes. En haut à gauche figure la signature Н. Я. Выроб…. Au verso de cette page se trouve le portrait d'un homme en chapeau. Ce croquis a été exposé en 1948 lors d'une exposition des travaux de N. Iarochenko à Kiev[42]. Un autre croquis se trouve au Musée d'État Léon Tolstoï (ru) (papier, crayon, 33 × 23 cm, à l'inventaire sous référence АИГ-858 / 21) et porte le titre Esquisse du portrait d'Anna Tchertkova avec la mention : « Lors de la pose pour le tableau à laquelle a participé la femme de Vladimir Tchertkov, Anna Tchertkova » (croquis signé par l'artiste). Sa partie centrale représente une femme assise dans un fauteuil sur une véranda, appuyée sur un oreiller. Sur le dos de la feuille, on trouve un portrait de l'artiste lui-même de profil[43].
Au musée de l'État Léon Tolstoï est encore conservé un dessin au crayon réalisé par Vladimir Tchertkov (1890, papier, crayon, se trouve dans l'album de dessins de Vladimir Tchertkov), sur lequel est représenté Nikolaï Iarochenko occupé à travailler à son tableau Dans des régions chaudes[44]. La candidate en sciences philologiques Nadejda Zaïtseva mentionne que, à cette époque, Tchertkov réalisait lui-même des dessins du tableau en cours de réalisation et de son épouse[45].
- Nikolaï Iarochenko. Croquis pour le portrait d'Anna Tchertkova, années 1890
- Vladimir Tchertkov. Nikolaï Iarochenko pour le travail sur le tableau Dans des régions chaudes, 1890


