Date de la mort de Jean Baptiste
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La date de la mort de Jean le Baptiste n'est pas connue avec précision. Les seules sources sur son exécution par Hérode Antipas, sont les évangiles synoptiques, et les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe. Elle est généralement placée un peu avant la crucifixion de Jésus, elle-même datée, d'après la chronologie que l'on peut déduire du Nouveau Testament, en 30 ou 33[1].
Datation de la mort de Jésus
Selon les évangiles synoptiques, Jean le Baptiste fustige le mariage d'Hérode Antipas avec la femme de son frère Hérode Philippe, Hérodiade[2] : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère » (Mc 6,18). En effet, cette union choquait « en raison de l'interdiction légale du mariage avec la femme de son frère » (Lv 18,16, Lv 20,21), que Jean-Baptiste rappelait sans ménagement[3]. À la demande de la fille d'Hérodiade, Salomé, Antipas le fait jeter en prison puis exécuter[2].
Toujours selon les synoptiques (Mt 14,1-2,Mc 6,14-16Lc 9,7-9, Jean le Baptiste est mis à mort avant Jésus, ce dernier étant pris par Hérode Antipas pour le Baptiste ressuscité[4].
Selon les évangiles, Jésus est crucifié sous la préfecture en Judée de Ponce Pilate[5], dont on sait par ailleurs qu'elle dure de 26 à 36. D'autres éléments du Nouveau Testament permettent de réduire la fourchette : Luc (3:1) indique que Jean-Baptiste commence sa prédication la quinzième année du règne de Tibère soit vers 28-29, et que celle de Jésus commence peu après[5]. Cette date est corroborée par l'évangile de Jean (Jean2-20), selon lequel au début de la prédication de Jésus, il s'est écoulé 46 ans depuis la construction du temple de Jérusalem, ce qui nous amène en 27-28[5]. La durée de la prédication de Jésus est difficile à préciser, mais va de quelques mois si l'on suit les synoptiques à deux ou trois ans si l'on suit l'évangile de Jean[5]. Par ailleurs, une date tardive est difficilement compatible avec la chronologie de Paul de Tarse tirées des Actes des Apôtres et de ses Lettres (en particulier la lettre aux Galates : « En prenant en compte la datation de Luc pour le début de la prédication de Jean le Baptiste, la période de l'administration de Pilate, et les éléments chronologiques déduits de la Chronologie de Paul, la plupart des historiens se contentent de dire que Jésus a été exécuté entre 29 et 33 »[6].
Les évangiles indiquent que cette exécution a eu lieu un vendredi, mais pour les synoptiques c'est le lendemain de la Pâque (15 Nisan) alors que pour l'évangile de Jean c'est le jour de la Pâque (14 Nisan). Les historiens retiennent généralement plutôt la version de Jean, car il semble douteux que le procès et l'exécution de Jésus ait pu se dérouler pendant la pâque juive[5]. Les données astronomiques sur la visibilité de la nouvelle lune permettent de savoir que dans la fourchette 29-33, les dates possibles pour un vendredi 14 Nisan sont le 7 avril 30 et le 3 avril 33[1],[7].
La date de la mort de Jean le Baptiste est donc généralement placée par les historiens vers 28/29 : Simon Claude Mimouni[8], Paul Mattei[9], William Horbury (en)[10], Farah Mébarki[11], E. Mary Smallwood[12], Schwentzel[13], Knut Backhaus[14], Paul Hollenbach[15], Werblowski (en) et Wigoder[16], ou vers 32, dans l'option de la date de mort de Jésus en 33 : Harold Hoehner (en)[17], Charles Puskas et Michael Robbins[18].
Les Antiquités judaïques
Jean le Baptiste apparaît fortuitement au XVIIIe livre des Antiquités judaïques, lorsqu'il raconte la défaite des armées d'Hérode Antipas contre celles du roi des Nabatéens Arétas IV. Pour Flavius Josèphe, cette guerre a été déclenchée par la répudiation de Phasaélis, la fille d'Arétas, par Hérode Antipas qui voulait se remarier avec Hérodiade.
« A ce moment il y eut un conflit entre Arétas, roi de Pétra, et Hérode pour la raison suivante. Le tétrarque Hérode avait épousé la fille d'Arétas et vivait avec elle depuis longtemps. Partant pour Rome, il descendit chez Hérode, son frère, fils d'une autre mère, car il était né de la fille du grand pontife Simon. Or, le tétrarque s'éprit de la femme de celui-ci, Hérodiade, qui était la fille d'Aristobule, un autre de ses frères, et la sœur d'Agrippa le Grand; et il eut l'audace de lui parler de l'épouser. Elle y consentit ; ils convinrent qu'elle cohabiterait avec, lui dès son retour de Rome et qu'il répudierait la fille d'Arétas. II s'en alla donc à Rome après avoir conclu ce pacte. Quand il revint, ayant réglé à Rome les affaires pour lesquelles il s'y était rendu, sa femme, instruite de son accord avec Hérodiade, le pria, avant qu'il eût découvert qu'elle savait tout, de l'envoyer à Machaero - sur les confins du territoire d'Arétas et de celui d'Hérode - sans rien dévoiler de ses intentions. Hérode l'y envoya, supposant que sa femme ne se doutait de rien. Mais elle, qui avait envoyé quelque temps auparavant des émissaires à Machaero, lieu dépendant alors de son père, y trouva préparé par le commandant tout ce qui était nécessaire à son voyage. A peine y fut-elle arrivée qu'elle se hâta de gagner l'Arabie, en se faisant. escorter par les commandants de postes successifs ; elle arriva aussi vite que possible chez son père et lui révéla les intentions d'Hérode. Arétas chercha un prétexte d'hostilités dans une contestation au sujet des frontières du territoire de Gamala. Tous deux réunirent leur armée en vue de la guerre et y envoyèrent à leur place des généraux. Une bataille eut lieu et toute l'armée d'Hérode fut taillée en pièces à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe, étaient au service d'Hérode. Hérode manda cette nouvelle à Tibére. Celui-ci, irrité de l'incursion d'Arétas, écrivit à Vitellius de lui faire la guerre et de le ramener enchaîné, s'il le prenait vivant, ou d'envoyer sa tête s'il était tué. Tels furent les ordres donnés par Tibère au proconsul de Syrie. »
— Flavius Josèphe, Antiquités judaïques XVIII,109-119[19]
« Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l'armée d'Hérode avait péri, c'était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l'avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien et qu'il excitât les Juifs à pratiquer la vertu, à être justes les uns envers les autres et pieux envers Dieu pour recevoir le baptême ; car c'est à cette condition que Dieu considérerait le baptême comme agréable, s'il servait non pour se faire pardonner certaines fautes, mais pour purifier le corps, après qu'on eût préalablement purifié l'âme par la justice. Des gens s'étaient rassemblés autour de lui, car ils étaient très exaltés en l'entendant parler. Hérode craignait qu'une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tout les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s'emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d'avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s'être exposé à des périls. À cause de ces soupçons d'Hérode, Jean fut envoyé à Machaero, la forteresse dont nous avons parlé plus haut, et y fut tué. Les Juifs crurent que c'était pour le venger qu'une catastrophe s'était abattue sur l'armée, Dieu voulant ainsi punir Hérode »
— Flavius Josèphe, Antiquités judaïques XVIII,109-119[19]
« Il est intéressant de noter que Josèphe rend compte l'arrestation et l'exécution de Jean le Baptiste dans le contexte du déclenchement de la guerre entre Antipas et Arétas du fait de son divorce d'avec sa première femme. Autrement dit l'ordre de la narration suggère un lien entre le divorce d'Hérode et l'arrestation de Jean ; le nouveau testament rend ce lien explicite. Alors que dans le nouveau testament, la raison du conflit entre Jean et Antipas est personnelle et morale (Jean fustige son mariage), dans Josèphe la raison est publique et politique (Antipas craint des émeutes) »[20].
Le premier mari d'Hérodiade et frère d'Antipas est appelé Philippe dans les évangiles de Marc et Matthieu (il n'est pas nommé dans celui de Luc, et Hérode chez Flavius Josèphe). Du fait de cette confusion ce personnage est généralement appelé Hérode Philippe par les exégètes.