Disciple que Jésus aimait
disciple anonyme de Jésus
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L'expression « le disciple que Jésus aimait » ou « le disciple bien-aimé » (en grec ancien : ὃν ἠγάπα ὁ Ἱησοῦς), est utilisée à plusieurs reprises dans l’Évangile selon Jean pour désigner un disciple anonyme de Jésus de Nazareth.
Les exégètes et les chercheurs en ont proposé plusieurs identités notamment, suivant la tradition chrétienne, soit l'apôtre Jean, fils de Zébédée, soit un personnage secondaire du ministère de Jésus, qui aurait pris de l'importance en fondant la communauté johannique, soit un personnage symbolique incarnant une manière de disciple parfait. Certains chercheurs l'identifient soit au rédacteur de l'évangile johannique soit à Lazare.
Analyses
Lors de la Cène, c'est le disciple bien-aimé, qui, « couché sur le sein de Jésus », lui demande qui va le trahir[v 1]. Lors de la Crucifixion, Jésus confie sa mère Marie au disciple bien-aimé, en disant : « Femme, voici ton fils », puis au disciple « Voici ta mère »[v 2]. Quand Marie Madeleine découvre le tombeau vide, elle court le dire au « disciple bien-aimé » et à Pierre. C'est le premier à atteindre le tombeau[v 3]. C'est encore lui qui le premier reconnaît Jésus au lac de Tibériade après sa Résurrection[v 4]. Dans l'épilogue, Pierre s'enquiert auprès de Jésus du sort de ce disciple[v 5]. Enfin, pour certains exégètes, il est possible qu'il s'agisse du « disciple connu du grand-prêtre » qui accompagne Pierre et Jésus lors de la confrontation de ce dernier avec Hanne[v 6].
L'évangile s'achève par deux versets[v 7] qui identifient ce « disciple bien-aimé » à l'auteur[1] dans ce qui constitue l'épilogue de l'évangile[v 8], dont une majorité de commentateurs estime qu'il est de rédaction plus tardive que le chapitre précédent[2] et de rédaction relativement ancienne[n 1]. L'interprétation traditionnelle voit dans le passage à la première personne l'opportunité d'identifier l'auteur de l'évangile avec « le disciple que Jésus aimait »[3].
En attribuant ainsi le texte à une personne nommée « Jean »[n 2], il est vraisemblable que le cercle des éditeurs johanniques, à l'instar de la tradition, envisageait l'apôtre Jean, mettant ainsi le « disciple bien-aimé » en relation avec le cercle des disciples proches de Jésus et garantissant de la sorte son autorité[4].

Trois approches prédominent en ce qui concerne l'identité de ce « disciple bien-aimé »[5] :
- Une première approche consiste à l'assimiler à un personnage connu des textes du Nouveau Testament, à l'instar de ce que suit la tradition chrétienne avec Jean, fils de Zébédée — ou « Jean le Zébédaïde » — ou encore, quoiqu'assez rarement, avec Lazare[6], Jean-Marc[n 3], Matthias[7], Thomas ou encore Marie-Madeleine[8] ;
- Dans une autre approche, des exégètes ont considéré ce « disciple bien-aimé » comme un personnage symbolique incarnant une manière de disciple parfait ;
- Une troisième approche défendue par Raymond Edward Brown envisage le « disciple bien-aimé » comme un personnage secondaire du ministère de Jésus qui, de ce fait, n'aurait pas été évoqué par les synoptiques et qui aurait pris de l'importance à travers la communauté johannique — qu'il a pu fonder[n 4] — laissant à travers le quatrième évangile le portrait d'un personnage idéal, plus proche de Jésus par l'amour que Pierre lui-même[5]. Selon Brown, ce « disciple bien-aimé »[v 9], qui serait le témoin oculaire sur lequel l'évangile attire l'attention au pied de la croix de Jésus [v 10], pourrait être la source de la tradition du quatrième évangile, dont l'évangéliste — qui parle de lui à la troisième personne[v 11] — serait un disciple, le ou les rédacteurs ultérieurs étant peut-être d'autres disciples relevant de l'« école johannique »[9]. Par ailleurs, l'ajout du chapitre 21 par quelqu'un qui n'est pas l'auteur du corps du texte semble témoigner d'une tentative pour identifier Jean, fils de Zébédée au « disciple bien-aimé »[10]. Dans ce chapitre[v 12], le dialogue entre Jésus et Pierre présuppose la mort du « disciple bien-aimé » qui ne peut de la sorte être l'auteur de l'intégralité du quatrième évangile[11].
Le « disciple bien-aimé » a souvent lui-même été identifié à Jean, fils de Zébédée, l'un des douze Apôtres. Des historiens comme Oscar Cullmann ont distingué deux Jean, l'apôtre et l'évangéliste, ce dernier étant identifié dans ce cas au « disciple bien-aimé ». L'attribution de l'évangile à un Jean le Presbytre, cité par Papias et distinct du fils de Zébédée, a été défendue par plusieurs exégètes comme Jean Colson[12], Oscar Cullmann[13], François Le Quéré[14], Joseph A. Grassi[15], James H. Charlesworth[16], Xavier Léon-Dufour[17].
Dans un ouvrage de synthèse (Qui est le disciple que Jésus aimait), Joseph Lê Minh Thông, dominicain titulaire de l'enseignement sur saint Jean à l'École biblique et archéologique de Jérusalem, estime qu'« il s'agit d'un personnage historique et symbolique, sans être Jean l'Apôtre ; il n'appartient pas aux Douze ; sa présence dans le texte peut évoluer du disciple de Jésus, témoin oculaire de sa mission, à la rédaction finale de l'évangile, en passant par la tradition johannique qui en fait une figure symbolique pour la communauté »[18].
Le disciple bien-aimé et l'évangile de Jean
Tenant de la réhabilitation de la théorie de témoins oculaires ayant directement connu Jésus, Richard Bauckham reprend l'hypothèse de la rédaction du quatrième évangile par le « disciple favori »[19] mais, bien qu'il ne lie pas ce dernier à l'apôtre Jean, ses hypothèses exégétiques et textuelles, qui soulèvent certaines difficultés[20] dont l'absence totale de mention de ce disciple dans les synoptiques[21], sont vivement débattues[22].
Jean Zumstein[23] tire prudemment les conclusions, largement acceptées, de ce débat sur « la question johannique » : a) il faut faire la différence entre, d'une part, le « disciple bien-aimé », qui a été « le fondateur de la tradition et de l'école johannique », et d'autre part, une ou deux générations plus tard (entre 85 et 100 de notre ère), le rédacteur de l'évangile issu de son témoignage et d'un demi-siècle de réflexion et d'interprétation et dans un contexte qui n'est plus celui qu'ont connu Jésus et ses premiers disciples ; b) identifier « le disciple bien aimé », origine de la tradition johannique, avec l'apôtre Jean, fils de Zébédée, dont on perd la trace après l'assemblée de Jérusalem (avant l'an 50), ne repose pas sur le texte, mais sur une tradition dont le premier témoin est Irénée de Lyon, vers 180.
Versets
« Un des disciples, celui que Jésus aimait, était à table à côté de Jésus. »
— Jn 13,23 (Bible Segond 21)
« Pierre se retourna et vit venir derrière eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s'était penché vers Jésus et avait dit : " Seigneur, qui est celui qui va te trahir ? " »
— Jn 21,20 (S21)