De ruina et reparatione Ecclesiæ
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Le De ruina et reparatione Ecclesiæ est un pamphlet ecclésiastique en latin composé vers 1400/01, à l'époque du grand schisme d'Occident, par Nicolas de Clamanges. Il a longtemps été connu sous un autre titre, tardif et inexact : De corrupto Ecclesiæ statu.
Ce texte est conservé par dix manuscrits et a fait l'objet d'une édition imprimée dès 1483. L'étude des manuscrits permet d'établir qu'il en a existé deux versions quelque peu différentes, et que celle qui a été répandue par les éditions imprimées du XVe au XVIIe siècle est la seconde. Le texte primitif, dont certains passages furent ensuite supprimés, a été rédigé au temps où le pape Benoît XIII était assiégé dans le palais pontifical d'Avignon (septembre 1398 - ) ; Nicolas de Clamanges, secrétaire de ce pape du à juillet 1398, se trouvait alors à Langres, où il avait été nommé trésorier du chapitre cathédral. Une phrase permet même de préciser les choses, qui dit que le grand schisme d'Occident a déjà duré « per tres ferme et viginti annos », ce qui donne la fin de 1400 ou le début de 1401. Le texte semble avoir été écrit à la demande de Pierre d'Ailly, alors évêque de Cambrai, dont Nicolas de Clamanges était proche, et qui était aussi un partisan de Benoît XIII. En dehors des papes Clément VII et Benoît XIII, Pierre d'Ailly est la seule personne qui soit nommée dans le texte.
La seconde version a été établie plusieurs années après, alors que la situation était changée. Il est possible qu'elle l'est été par Pierre d'Ailly ou Jean de Gerson (autre proche de Nicolas de Clamanges) au moment du concile de Constance (ouvert en novembre 1414) : désireux d'utiliser le texte, ils l'auraient actualisé. Il faut signaler d'autre part qu'en 1409 Pierre d'Ailly rompit avec Benoît XIII pour participer au concile de Pise et se rallier aux papes italiens Alexandre V, puis Jean XXIII (qui le nomma cardinal en 1411), attitude que désapprouva totalement Nicolas de Clamanges.
Contenu
Dans une lettre à Pierre d'Ailly (Ep. XXIX, éd. Lydius), l'auteur définit son propos : il ne peut rien faire d'autre que de décrire l'état funeste de l'Église, la décadence profonde de la société ecclésiastique ; il ne propose aucun remède à cette situation, car Dieu seul, en infligeant des épreuves de plus en plus cruelles à l'Église, obligera finalement les chrétiens à ouvrir les yeux. C'est donc une conception mystique qui est exposée, celle d'une Église pécheresse justement frappée par des calamités, et le mot reparatio n'est pas synonyme ici de reformatio, car des schémas de « réforme » de l'Église seraient totalement vains si la grâce divine n'a pas tout d'abord changé les âmes.
L'auteur part d'une citation de la Première épître de saint Pierre (4:17) : « Tempus est ut incipiat judicium de domo Dei », qui, vu la situation de l'Église, l'a épouvanté. La source de tous les maux est la convoitise des biens terrestres, « terrena cupiditas » : quel contraste entre la simplicité du clergé primitif et la richesse du clergé contemporain ! Le luxe et le faste se sont développés comme une peste, à commencer par la tête dont dépend tout le reste, à savoir les papes. Ce ne sont pas les souverains pontifes comme individus qui sont attaqués, mais l'institution de la curie pontificale avec son excessif accaparement de l'autorité, ses exigences financières démesurées, et tous les abus qui en résultent : les quémandeurs, la chicane, la distribution des prébendes, les clercs intéressés, les collecteurs des revenus pontificaux, véritable plaie des Églises locales. L'auteur en veut par-dessus tout aux cardinaux, à l'origine simples clercs romains, et se considérant maintenant comme les égaux des rois, faisant preuve d'une avidité insatiable, pour ne pas parler de leurs mœurs généralement dépravées. Les évêques partagent les mêmes vices : ils méprisent leur tâche de pasteurs et prédicateurs, qu'ils abandonnent aux ordres mendiants ; leur justice est vénale et inique ; ils vendent les dispenses et les absolutions. Les prêtres ordonnés par eux forment une multitude indigne, ignorante, fréquentant les cabarets et les maisons de jeu. Les moines et les ordres mendiants ne sont pas non plus épargnés par cette critique acerbe.
Cette déchéance généralisée a attiré la colère de Dieu, et la catastrophe est prochaine. Après le schisme oriental, le schisme occidental : la papauté a dû quitter Rome et errer par le monde ; réfugiée à Avignon, la curie y a donné libre cours à sa corruption, dont elle a infecté les Gaules. L'auteur évoque le souvenir du pape Clément VII, de ses humiliations, de sa faiblesse pour tous les quémandeurs, de ses exactions, de son goût pour les beaux jeunes gens.
La conclusion est que, pour rentrer en grâce, l'Église ne doit pas se redresser, mais s'humilier : « prius desolanda, postea consolanda ; prius pænitenda, postea sananda ». C'est Dieu lui-même qui rétablira l'union et restaurera l'Église.
Dans la version remaniée quelques années plus tard, on relève l'atténuation d'expressions à l'origine très virulentes, et aussi la suppression de passages entiers liés au contexte de la rédaction primitive. Le plus long passage supprimé est une déploration des infortunes de Benoît XIII et de sa captivité dans le palais d'Avignon.
Débat sur l'authenticité
Dans sa thèse intitulée Nicolas de Clémanges, sa vie et ses écrits (Strasbourg et Paris, 1846), Adolphe Müntz a soutenu que le texte ne pouvait pas être de Nicolas de Clamanges. Ses arguments ont été réfutés par Gustav Schuberth (Nicolaus von Clemanges als Verfasser der Schrift De corrupto Ecclesiæ statu, Grossenhaim et Leipzig, 1888), sur la base de comparaisons abondantes de style, et ensuite par Alfred Coville dans son édition de 1936, sur la base de l'examen des manuscrits, qui selon lui « apportent des preuves décisives d'authenticité ».
